00:00Sébastien Lecornu s'est donc expliqué dans les colonnes du Parisien, je ne veux ni de la censure,
00:06encore moins la dissolution a confié ce matin Sébastien Lecornu,
00:10une dissolution qu'il a pourtant brandie comme menace en réponse aux mentions de censure lancées par le RN et la France Insoumise.
00:18Si censure il y a, dissolution il y aura et donc élection législative anticipée les week-ends des municipales.
00:26Écoutons Alexis de La Fontaine qui nous explique tout.
00:28C'est un ultime coup de potière tenté par Sébastien Lecornu et Emmanuel Macron menacés de dissoudre l'Assemblée nationale si le Premier ministre est renversé.
00:38Mais en réalité Emmanuel Macron veut tout faire pour ne pas en arriver là, même si la menace est bien réelle.
00:43Car deux sujets risquent de faire chuter Sébastien Lecornu.
00:47Le premier c'est le Mercosur, le RN et la France Insoumise ont annoncé avoir déposé une motion de censure contre Sébastien Lecornu.
00:54Si les socialistes décident de soutenir ces motions, alors le Premier ministre sera renversé.
01:00Le deuxième c'est le budget. Sébastien Lecornu devrait déclencher le 49-3 dans les jours à venir avec en réponse une nouvelle motion de censure des oppositions.
01:09Là encore les socialistes feront pencher la balance et pour l'instant aucun accord n'a été trouvé avec Olivier Faure.
01:15Mais le parti socialiste en grande difficulté dans les sondages devrait voter contre ces motions de censure.
01:20Il est 11h03 sur Europe 1 et on va avoir vos réactions dans un instant.
01:27Bien sûr, chers auditeurs, 01, 80, 20, 39, 21.
01:31Mes priorités évidemment au direct et aux réactions politiques puisque nous sommes avec le député socialiste du Val d'Oise, Romain Esquenazi.
01:39Merci d'être avec nous monsieur le député.
01:41Tous mes voeux pour cette année 2026.
01:43Bonne année à vous aussi.
01:44Le parti socialiste est resté très silencieux ce week-end sur l'idée de la motion de censure.
01:50On a entendu les réactions du côté du RN, de la France Insoumise, des LR également.
01:55Qu'en pense le PS ?
01:57Écoutez, ce qui est compliqué avec le parti socialiste c'est qu'il ne suffit pas de lire le tweet du chef du parti pour connaître la décision du parti.
02:03Il faut attendre la réunion de groupe et que nous veillons, ou au bureau national, en tout cas que nous veillons une discussion collective et qu'on prenne une décision collégiale.
02:10C'est ce qui sera fait mardi matin à l'occasion de notre réunion de groupe hebdomadaire.
02:13Je peux déjà vous donner, même si je suis porte-parole du groupe, mon sentiment personnel.
02:18C'est qu'une motion de censure, ça sert à faire chuter un gouvernement.
02:20On l'a fait la première fois avec Michel Barnier.
02:24On considérait que les orientations du gouvernement étaient mauvaises.
02:28On n'a pas voté la confiance de François Bayrou, considérant que les orientations étaient mauvaises.
02:33Là, voter une motion de censure sur Mercosur, j'ai du mal à comprendre le sens.
02:38Le gouvernement, à travers son Premier ministre, le ministre des Affaires étrangères, la ministre de l'Agriculture,
02:43se sont opposés au Mercosur, le président de la République, à voter contre.
02:47Donc, on ne voit pas en quoi on ferait passer un message au gouvernement en le censurant.
02:51Et deuxièmement, concrètement, ça ne changerait rien.
02:53C'est-à-dire qu'aujourd'hui, le texte du Mercosur est sur le bureau du Parlement européen.
03:00Si jamais le gouvernement tombe...
03:02Monsieur le député, pourquoi ça change tout ?
03:04Parce que cette motion de censure, elle symbolise une doctrine qui dure depuis d'ailleurs plusieurs décennies.
03:12C'est que plus on a délégué les pouvoirs à Bruxelles,
03:16moins la France a un poids sur sa politique agricole et son commerce extérieur.
03:21C'est très intéressant ce que vous dites.
03:23Vous parlez de sens à donner à la motion de censure.
03:26Alors, soit on considère que la politique agricole est une question de souveraineté,
03:32est un point vital pour la France, l'agriculture française.
03:37Et d'ailleurs, bon nombre de députés socialistes, de responsables socialistes,
03:41sont allés au plus près des agriculteurs ces dernières heures.
03:43J'ai même vu François Hollande sur un rond-point.
03:46Donc, cette motion de censure, c'est de dire,
03:50c'est une humiliation pour la France que de voir ce Mercosur ratifié,
03:55même si la France a dit non, mais forcée de constater que c'est un non symbolique.
04:00Et parce que nous, partis, alors de gauche, de droite, que sais-je,
04:04notre priorité, notre boussole, c'est la souveraineté nationale.
04:07Ce gouvernement n'a pas réussi à faire respecter cette souveraineté.
04:10Et ce gouvernement doit tomber, il est urgent, urgent,
04:14de retourner devant les Français qui attendent et aspirent peut-être à plus de souveraineté.
04:19Voilà comment je traduis la motion de censure qui sera déposée
04:23et par la France insoumise et par le Rassemblement national.
04:26Je note d'ailleurs que vous avez en quelque sorte la même ligne
04:31que les Républicains en disant pour l'instant « wait and see ».
04:35Même si, du côté des LR, ils ont dit « on laisse 48 heures ».
04:39Ils ont posé un ultimatum, on laisse 48 heures à ce gouvernement
04:42et au Président de la République de ne pas mettre la pression sur l'Assemblée nationale,
04:46mais de la mettre sur le Parlement européen et sur Mme Ursula von der Leyen
04:50en utilisant tous les moyens pour freiner la ratification du Mercosur.
04:57Et par exemple, c'est de solliciter la Cour de justice de l'Union européenne.
05:01Mais vous n'êtes pas visiblement sur cette ligne.
05:03Ah ben si, c'est ce que nous avons fait, cher monsieur.
05:05Moi, je partage plutôt effectivement la dernière partie de votre analyse.
05:09C'est que nous avons déjà, alors que le Président de la République
05:12effectivement ne l'avait pas encore fait, à travers nos députés européens
05:15et en lien avec d'autres députés européens, déposé dès le jour de la signature,
05:19dès vendredi, un recours auprès de la Cour de justice européenne, premièrement.
05:24Deuxièmement, nous allons faire un travail de lobbying
05:26sur l'ensemble des groupes au Parlement européen
05:30pour que ce Mercosur, qui doit arriver à l'ordre du jour du Parlement européen
05:36à la fin du mois de janvier, ait un vote contre cette ratification.
05:40Donc moi, je pense que si on veut agir concrètement pour nos agriculteurs,
05:43eh bien c'est au niveau du Parlement européen aujourd'hui.
05:46Vous savez, l'Assemblée nationale s'est exprimée à cinq reprises
05:48à l'unanimité contre le Mercosur.
05:50Et il faut bien dire qu'objectivement,
05:52le gouvernement et le président français ont porté cette position à Bruxelles.
05:56Malheureusement, il y a beaucoup d'États industriels en Europe
06:00qui ont intérêt à ce Mercosur parce que l'Allemagne veut exporter ses voitures,
06:02parce que l'Espagne veut exporter son huile d'olive
06:04et que nous, nous sommes un grand pays agricole
06:06et qu'effectivement, nous sommes malheureusement,
06:09avec l'Autriche, la Hongrie et la Pologne, en minorité,
06:11contre ce texte-là.
06:13Et donc, il faut effectivement se battre pour défendre les intérêts.
06:15Et on y vient, monsieur le député, c'est passionnant ce que vous me dites.
06:18– Puisque vous confirmez deux choses.
06:21Un, le Parlement a de multiples reprises
06:23expliqué qu'il était contre le Mercosur,
06:27quasi à l'unanimité parfois.
06:29Deux, la France, par la voix du président de la République,
06:32certains diraient tardivement parce que vous me dites
06:33« il faut être objectif, le président et le Premier ministre »,
06:36les deux ont dit non.
06:37Pardonnez-moi, le président de la République, depuis neuf ans,
06:40sa position sur le Mercosur, elle est tangente.
06:43C'est-à-dire qu'un coup, il va nous dire non,
06:46un coup, il va nous dire c'est un bon accord.
06:49Mais que la France dise non,
06:52et que l'Union européenne, finalement, valide et donne son feu vert,
06:56c'est la clé du sujet.
06:58C'est même, finalement, l'élément central, monsieur le député.
07:01Vous voyez ce que je veux dire ?
07:02Vous, député de la nation, élu par les Français,
07:06vous qui représentez les Français,
07:08vous nous confirmez en quelque sorte,
07:10mais ce n'est pas vous, ce n'est pas de votre responsabilité,
07:12qu'aujourd'hui, votre poids, il est finalement moins important
07:16que celui de Mme von der Leyen.
07:19Alors, pas seulement celui de Mme von der Leyen,
07:21c'est que nous n'avons pas réussi à constituer,
07:23et ça, effectivement, c'est un échec du président de la République,
07:25je le confirme,
07:26ce qu'on appelle une minorité de blocage au sein du Conseil de l'Europe,
07:30c'est-à-dire au sein des chefs d'État,
07:31parce que vous avez beaucoup plus d'États au sein de l'Union
07:34qui ont intérêt économique à ce que ce Mercosur soit signé
07:38pour doper leurs exportations,
07:40alors que nous, nous craignons de voir arriver sur notre marché intérieur
07:43des produits qui concurrencent de manière totalement déloyale,
07:46et j'étais président de la mission d'information
07:48sur la concurrence déloyale à l'Assemblée nationale ces six derniers mois,
07:51et je vous confirme que vous avez déjà,
07:53en particulier sur le plan industriel,
07:54on a beaucoup parlé de Chine,
07:56le site internet de vente de produits chinois
07:59qui inondent le marché de produits qui ne respectent pas nos normes,
08:03et c'est également le cas pour l'agriculture,
08:04avec des produits pour lesquels même, en contrôle douanier,
08:07vous ne pouvez pas, quand vous avez du bœuf qui arrive,
08:10contrôler qu'il n'y a pas eu d'hormones de croissance
08:12qui sont interdites en France
08:13et qui sont utilisées sur ces exploitations-là.
08:15Donc moi, c'est en ça que je pense que le combat doit se mener aujourd'hui
08:19à l'échelle du Parlement européen,
08:21et que même si demain il y a une dissolution
08:22et qu'une nouvelle Assemblée nationale est composée,
08:24cela ne changera malheureusement en rien le sort du Mercosur.
08:27C'est en ça que j'ai un peu du mal à comprendre
08:29le sens de cette motion de censure.
08:31Nous, effectivement, si jamais c'est le budget actuel
08:34tel qu'il est sorti du Sénat avant les nouveaux débats à l'Assemblée
08:37qui est présenté à l'Assemblée nationale avec un 49-3,
08:39on censurera le gouvernement.
08:40Le budget tel qu'il est sorti du Sénat est pire
08:43que la version 1 du budget Lecornu à nos yeux.
08:46Je comprends alors qu'aujourd'hui,
08:48la priorité des priorités pour le Parti Socialiste,
08:51c'est le budget, le bras de fer qui est engagé,
08:54le poids d'ailleurs qu'a le Parti Socialiste
08:56dans les négociations autour du budget
08:58et notamment les nombreux amendements
09:02qui ont été mis sur la table
09:04et que finalement, certains diraient humiliation pour la France,
09:08à savoir le feu vert de l'Union Européenne
09:11pour le Mercosur alors que la France dit non,
09:13et bien finalement, dans l'échelle des priorités
09:15et dans l'échelle des censures,
09:17vient d'abord celle du budget.
09:19Je vous remercie, monsieur le député.
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