00:00Bonjour Marie, merci d'avoir accepté ce matin de témoigner sur BFM TV.
00:05C'est la première fois que vous prenez la parole dix jours après la tragédie à Cran-Montana.
00:10Vos deux filles de 17 et 20 ans étaient présentes aux Constellations la nuit du drame.
00:16Comment vont-elles aujourd'hui ?
00:18Bonjour à vous tous.
00:23Mes filles sont dans un état grave.
00:25Une de mes filles est au soin intensif.
00:30Elle se bat, elle essaye de faire de son mieux.
00:35Les brûlures sont sévères, entre deuxième et troisième degré.
00:39On lui a rasé complètement la tête.
00:41Elle avait une très belle chevelure.
00:44Aujourd'hui, elle n'a plus ses cheveux.
00:47Aujourd'hui, elle n'arrive plus à s'exprimer.
00:51Aujourd'hui, elle est dans un lit, bloquée.
00:55Et elle se bat parce qu'on n'a pas gagné la bataille.
00:59On ne sait pas comment elle va revenir.
01:01La deuxième est brûlée au troisième degré au niveau du dos, de la main.
01:06Un état psychologique sévèrement, un état psychologique très sévère puisqu'elle a assisté à la mort de ses amis.
01:15Elle a vu tout brûler.
01:17Elle a brûlé elle-même.
01:18Elle a flambé.
01:19Elle a eu le courage d'arracher son pull.
01:21Sinon, j'aurais plus de filles aujourd'hui.
01:23Mon mari, qui est arrivé 20 minutes après sur les lieux du drame, a tout vu aussi.
01:30La dernière de mes filles ne dort plus.
01:32Cauchemar.
01:33Et moi, je ne dors plus.
01:34Alors, vous voulez que je vous dise quoi ?
01:36Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ?
01:38D'abord, c'est la sidération.
01:40C'est la peine.
01:42C'est le traumatisme.
01:44C'est les prières.
01:45On est là.
01:46On essaie de prier.
01:47On dit « Ah mon Dieu ! » et tout.
01:48Maintenant, c'est la colère.
01:49C'est la colère et c'est l'incompréhension.
01:53Alors, aujourd'hui, je vais vous dire.
01:54J'espère que tout le monde va bien entendre.
01:56Que tout le monde va bien ouvrir ses oreilles.
01:57Parce que là, ce que je suis en train de le dire, je ne le dis pas seulement pour mes filles.
02:01Je le dis aussi pour toutes les autres victimes que j'ai au téléphone.
02:05Parce que je suis en contact avec d'autres mamans.
02:06Notamment la maman d'une des filles qui a été enterrée.
02:14On exige punition exemplaire.
02:19On exige, je répète, justice.
02:23On exige que les coupables soient écroués.
02:27Je mesure ce que je suis en train de dire.
02:30C'est-à-dire que je refuse.
02:32Je le dis bien.
02:33L'hypothèse de la libération.
02:34Il n'en est pas question.
02:37Nous ne voulons pas qu'ils sortent.
02:40Ni lui, ni elle.
02:41Car ils savaient très bien ce qu'ils ont fait.
02:44Ils le savent.
02:46Il y a 40 morts, messieurs-dames.
02:4840 morts, 40 enfants.
02:50Marie, vous voulez qu'ils soient en prison.
02:53Vous parlez notamment du couple de propriétaires français du Constellation, Jacques Moretti.
02:59Qui, lui, est en détention depuis hier.
03:00Ce qui n'est pas le cas de Jessica Moretti.
03:02Sa femme, elle-même copropriétaire du Constellation.
03:05Comment avez-vous réagi, Marie, à l'annonce du placement en détention de Jacques Moretti ?
03:09Et du fait aussi que Jessica, que l'on a entendu d'ailleurs, à elle, pour l'instant en tout cas, était laissée libre.
03:15Mais c'est la moindre des choses.
03:18Mais attendez, là, on est où, là ?
03:19C'est la moindre des choses, qu'ils soient en détention.
03:21Mais il aurait dû être en détention à la minute même où le Constellation, il a brûlé.
03:27À la minute même.
03:30Mais ils sont responsables.
03:31C'est leur établissement.
03:34Ils savaient très bien ce qu'ils faisaient.
03:35Je veux dire, il n'y a pas de mot, il n'y a rien à discuter, il n'y a rien à m'expliquer.
03:45On imagine, Marie, la situation terrible dans laquelle vous êtes et les sentiments très différents et complémentaires qui vous traversent depuis 10 jours maintenant.
03:58C'est-à-dire qu'il y a bien sûr la peine et l'inquiétude que vous avez pour vos deux filles qui se sont blessées, brûlées depuis l'incendie.
04:09Votre fille de 20 ans particulièrement, qui, vous le disiez il y a quelques instants, est toujours dans un état très grave.
04:14D'ailleurs, vous nous disiez il y a quelques instants que les soignants la sortent petit à petit du coma.
04:21C'est-à-dire que quand elle est consciente, comment vous diriez les choses ?
04:24Elle revit par moment l'horreur de ce qu'elle a vécu dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier aux Constellations ?
04:34Par moment ? Non, pas par moment.
04:37Non, pas par moment.
04:39Continuellement.
04:41Vous imaginez la souffrance ? C'est continuel.
04:44C'est continuellement qu'elle a les flammes autour d'elle.
04:47C'est continuellement qu'elle voit des morts autour d'elle.
04:50C'est continuellement qu'elle les touffe.
04:52C'est continuellement qu'elle tape sur des fenêtres et des vitres ou des portes, je ne sais pas, qui sont fermées.
04:58Alors ça, je vais vous dire.
05:00Maintenant, ceux qui ont fait ça, c'est eux qui vont être enfermés éternellement dans des flammes et dans de la fumée.
05:07C'est eux qui doivent être enfermés, pas nos enfants.
05:09Vos deux filles, Marie, qui étaient aux Constellations le soir du drame, elles ont tenté de sortir par l'issue de secours qui était fermée, c'est ça ?
05:20Oui, mais on ne pouvait pas.
05:22Comment vous vouliez sortir ? C'est un goulot, c'est tout petit.
05:25Où vous sortez quand vous avez une toute petite porte ?
05:28Bien sûr, monsieur a refait des travaux, je ne sais pas quoi, pour optimiser un maximum de monde dans sa boîte.
05:35Mais bien sûr qu'il n'y a pas d'issue de secours.
05:38Il n'y a aucune possibilité.
05:39C'est un caveau qu'il a fait.
05:42C'est un cimetière qu'il a créé.
05:44Nos enfants étaient voués à mourir.
05:46Vous êtes infirmière, Marie.
05:48Vous êtes infirmière et vous-même vous avez soigné des personnes blessées le soir ou le matin du drame.
05:56Oui, j'ai fait ce que j'ai pu, avec ce que j'avais.
05:59J'ai fait ce que j'ai pu.
06:00Vous savez, je n'ai rien à dire.
06:02Ce n'est pas beau à voir.
06:04Ce n'est pas beau à voir.
06:05Je vous le dis, moi, quand vous avez des petits jeunes qui arrivent avec la peau qui pende
06:09et qui vous regardent avec un regard agarre, vous vouliez que je dise quoi, moi ?
06:13Je n'ai rien.
06:14J'ai soigné, j'ai fait ce que j'ai pu.
06:15Je leur ai dit, descendez vite à l'hôpital.
06:17Vite aller à l'hôpital.
06:20L'accompagnement dont vous bénéficiez, dont vos filles bénéficient, dont votre mari,
06:24qui est lui aussi très choqué, on le serait à moi évidemment,
06:29il est suffisant ?
06:31Il est bien, cet accompagnement psychologique, notamment,
06:34depuis 10 jours.
06:37Alors, je ne vais pas vous mentir.
06:39J'ai eu au téléphone
06:40M. Stéphane Ganser
06:44et j'ai vu M. Mathias Rénard.
06:47Je les ai eu au téléphone.
06:49Bien sûr, ils ont tout fait pour qu'il y ait une bonne prise en charge.
06:52Notamment Mathias Rénard
06:53qui m'a dit, bon, tout de suite,
06:55on va mobiliser des équipes
06:57pour que vous puissiez parler et tout.
06:59Ce n'est pas qu'on ne veut pas parler,
07:01c'est qu'on n'y arrive pas.
07:02On n'y arrive pas, on est dans une tornade.
07:05On n'a pas le temps.
07:06On n'a pas le temps de parler.
07:08On n'a pas le temps pour nous.
07:09Je n'ai pas le temps de vivre.
07:10Je n'ai pas le temps de respirer.
07:12Je n'ai pas le temps de manger.
07:13Je n'ai pas le temps de dormir.
07:14Je n'ai pas le temps de boire.
07:16Donc, mon mari, il a encore moins le temps.
07:19Il y a tout qui se bouscule dans notre tête.
07:21Là, notre temps, il est pris complètement par nos enfants.
07:24On est H24 pris.
07:27La preuve, je n'ai même pas été à la cérémonie
07:29qui a été donnée à Martigny.
07:30Mon ambassadeur était présent sur place,
07:35puisque moi, j'ai la double nationalité,
07:37je le dis, j'ai une autre nationalité.
07:40Notre ambassadeur était présent.
07:41Je n'ai pas pu y aller.
07:43Je ne pouvais pas.
07:43J'étais avec mes enfants.
07:45Je suis maintenant seulement présente
07:50pour mes enfants.
07:52Mes filles doivent s'en sortir d'abord.
07:55Mais, par ailleurs,
07:57j'ai une confiance totale dans mon avocat,
08:00Maître Fenty.
08:01Je sais, je sais combien cette affaire
08:05lui tient à cœur.
08:07Je sais combien il est en colère
08:08avec ce qui se passe en ce moment.
08:10J'ai une entière confiance dans son jugement,
08:14dans sa défense.
08:15Je sais qu'il va faire au mieux.
08:18La lumière doit être faite sur cette affaire.
08:22On doit avoir des explications
08:24et les responsables doivent être punis.
08:29Merci, Marie.
08:30Merci d'avoir pris ces quelques minutes
08:32pour témoigner, pour exprimer ce coup de colère.
08:34Je vous en prie, allez-y.
08:35Alors, le dernier mot que je veux dire.
08:38Messieurs les juges,
08:40messieurs les juges,
08:41s'il vous plaît,
08:42c'est un appel,
08:44pas seulement de moi,
08:45de aussi les autres mamans.
08:48S'il vous plaît,
08:50faites en sorte que ces gens la payent
08:53et qu'ils ne sortent pas.
08:55Vous ne pouvez pas les laisser sortir.
08:58C'est nous condamner, nous, à mort.
09:00C'est nous que vous condamnez
09:01si vous les laissez sortir.
09:02Vous condamnez nos enfants
09:03et vous les brûlez une deuxième fois.
09:05S'il vous plaît, messieurs les juges,
09:07s'il vous plaît.
09:08Voilà.
09:09Merci, Marie.
09:09Sous-titrage Société Radio-Canada
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