- il y a 1 semaine
Le porte-parole du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères Pascal Confavreux annonce sur BFMTV que "les services suisses ont confirmé la mort de huit Français". Il s’agit de huit des neuf portes disparus, qui ont été identifiés. "Il reste un Français dont la situation n’est pas confirmée", ajoute-t-il. "Également, 23 Français blessés sont ou ont été pris en charge", précise le porte-parole.
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00:00Bonsoir Pascal Confavreux.
00:01Bonsoir.
00:01Merci d'être avec nous sur ce plateau.
00:03Vous êtes le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
00:05On va parler des Français dans un instant,
00:07mais d'abord sur l'émotion quasi intacte depuis trois jours.
00:11On n'était pas avec nous ces dernières minutes,
00:12mais on était à Cran-Montana devant ce mémorial installé juste devant ce bar.
00:16On était à Versailles également avec l'un de nos envoyés spéciaux il y a quelques minutes.
00:20On sent que l'émotion ne retombe pas.
00:22L'émotion, elle est très forte, évidemment.
00:25Le président, le ministre ont eu l'occasion de le rappeler.
00:29Ce matin, il y avait aussi une cérémonie localement
00:32à laquelle notre consul général et nos services consulaires étaient également présents
00:38et ont pu constater et ont pu témoigner aussi de notre présence et de notre soutien.
00:42Le dernier bilan de ce drame donné il y a quelques heures encore
00:45est de 40 morts et 119 blessés, toute nationalité confondue.
00:49On sait qu'il y avait beaucoup de nationalités différentes cette nuit-là dans ce bar.
00:54Ce soir, quel est le dernier bilan côté français ?
00:56Le bilan s'est malheureusement alourdi.
01:00A l'heure où je vous parle, il faut encore avoir beaucoup de prudence sur ces chiffres.
01:06Mais nous sommes à 8 décédés français, 8 victimes françaises,
01:10qui sont maintenant confirmées et dont les services suisses ont confirmé cela aux familles.
01:21L'humor côté français, le dernier bilan était d'un français décédé.
01:24Et il reste un français qui, pour l'instant, dont la situation n'est pas confirmée.
01:30Et nous avons ensuite 23 français qui sont blessés et qui sont ou qui ont été,
01:37parce que certains aussi sont sortis d'hôpitaux, qui ont été pris en charge.
01:42Voilà où nous en sommes aujourd'hui.
01:43Donc 8 ressortissants français morts cette nuit dans ce bar de Grand Montana.
01:48Toutes les familles évidemment ont été informées aujourd'hui par le Quai d'Orsay, par les autorités suisses.
01:53Elles ont été informées, ce sont les autorités suisses qui sont en première ligne là-dessus.
01:58Bien sûr, localement, les services consulaires ou le centre de crise à Paris,
02:03du ministère des Affaires étrangères, sont en contact avec les familles.
02:05Ce sont des familles qui sont encore sur place à Grand Montana, qui étaient ailleurs en France ?
02:10Les situations sont très variables.
02:15Il y a désormais, il y a évidemment un accompagnement qui est fait.
02:20Et puis la suite, ça va être les autorités suisses qui vont désormais l'indiquer au cas par cas aux familles.
02:28Il y a aussi un accompagnement côté français pour les aider dans les heures, les jours, les semaines qui viennent ?
02:33Bien sûr, bien sûr.
02:34Et en première ligne, c'est notre ambassade de France, notre consulat général à Genève,
02:38puisque c'est la circonscription qui est compétente pour cette zone, qui l'assure.
02:44Bon, 8 morts, un ressortissant français encore porté disparu.
02:48Le bilan n'ira pas au-delà ?
02:51Le bilan, c'est celui à lequel je vous parle à l'heure H.
02:55Et il faut le prendre, encore une fois, avec des pincettes.
02:58Il y a également, vous le disiez, ces 23 Français qui sont blessés parmi les 119 au total.
03:03Ils sont soignés aujourd'hui encore en Suisse, dans les hôpitaux français.
03:06Comment ça se passe ?
03:07Alors, dans ces 23 blessés, vous en avez certains qui sont sortis.
03:11Déjà, il y en aurait 6 qui sont sortis.
03:15Et puis après, il y en a certains qui sont pris en charge dans les hôpitaux français.
03:20D'autres sont pris en charge dans les hôpitaux suisses.
03:22Deux qui sont encore dans les hôpitaux suisses.
03:24Et puis, encore aussi quelques-uns, il y en a 4 qui sont dans les hôpitaux tiers.
03:28Il va y avoir encore des transferts, comme on a pu le voir depuis ces derniers jours,
03:32d'hôpitaux suisses vers des hôpitaux de pays voisins.
03:35L'Italie a apporté assistance, la France aussi.
03:38Alors là, voilà, c'est ensuite un hors-sujet de nationalité.
03:42Vous savez que ces transferts sont faits vraiment sur le principe de l'efficacité.
03:47C'est-à-dire, quel est l'hôpital qui est le mieux en charge,
03:50de pouvoir prendre en charge le patient en question.
03:54La France a déjà accueilli 17 patients.
03:58Français ou non-Français.
04:00Et nous allons en accueillir un 18e dans les heures qui viennent.
04:04On parlait il y a quelques instants des 8 Français désormais identifiés comme morts.
04:10Est-ce que vous connaissez leur âge ?
04:11Il y a quelques minutes sur ce plateau, on parlait de l'extrême jeunesse des victimes identifiées.
04:17J'allais dire des enfants, des adolescents de 14, 15, 16 ans pour certains.
04:21Est-ce que c'est le cas aussi chez les Français ?
04:23Il y a tous les âges, y compris effectivement des jeunes.
04:27Mais après, je ne vais pas être plus précis par respect, notamment pour les familles.
04:31Laurent Valdigué, sur ce qu'on vient d'entendre, c'est-à-dire la confirmation, malheureusement,
04:34de ce qu'on pressentait ces derniers jours.
04:36C'est-à-dire que c'était un Français et huit disparus.
04:38Et puis là, vous avez renversé le chiffre en disant qu'il y a neuf Français décédés.
04:44Huit Français décédés et un toujours porté disparu.
04:47Et un toujours porté disparu.
04:48Avec, si je fais un petit rapide calcul avec les chiffres que vous venez de nous donner,
04:52onze Français blessés soignés en France aujourd'hui.
04:55sur les 18 toutes nationalités soignées en France.
05:01Parce qu'on sait que ce sont des blessures très lourdes et difficiles à soigner.
05:07Des graffes sont déjà en cours, etc.
05:09Donc c'est évidemment une course pour chacun de ces blessés.
05:14Avec une formidable solidarité, bien sûr, des États autour de la Suisse.
05:18Vous savez, dès le 1er janvier, la France avait fait état d'une offre de soins.
05:26Exactement.
05:27Nous avions mobilisé et pré-réservé 19 lits.
05:2914 adultes, 5 pédiatriques.
05:33Et donc les autres États, notamment l'Allemagne, notamment l'Italie,
05:37ont fait ça dans ce qu'on appelle le mécanisme de protection civile de l'Union européenne.
05:41La Suisse a décrété une journée d'hommage aux victimes vendredi prochain.
05:44Au vu du bilan que vous nous donnez ce soir et des relations avec nos amis suisses,
05:50est-ce que la France, d'une façon ou d'une autre, va s'y associer ?
05:53Il y a, bien sûr, les choses sont encore très mouvantes.
05:58Mais évidemment, la France est déjà notamment extrêmement présente et extrêmement mobilisée.
06:02Je vous dis à la fois le ministère des Affaires étrangères en termes de coordination des différents services ici,
06:06mais bien sûr le ministère de la Santé, le ministère des Armées et le ministère de l'Intérieur
06:09sont mobilisés jour et nuit, en réalité, sur ce sujet.
06:15Donc il y aura peut-être aussi de ce côté-ci de la frontière, en France,
06:18une forme d'hommage aux victimes, quelle que soit leur nationalité d'ailleurs ?
06:22Cela sera annoncé, évidemment, en temps utile.
06:25Est-ce qu'on a une idée du nombre de Français qui étaient dans cet établissement ce soir-là ?
06:29Autrement dit, est-ce que le ministère prend en charge aussi, d'une certaine façon,
06:33les victimes non blessées, non décédées, qui seront les victimes de cette nuit-là ?
06:38Nous sommes en contact avec tous ceux qui, en fait, se sont approchés de nous.
06:45Il y a trois niveaux, en réalité.
06:47Vous avez le niveau des autorités valaisannes qui sont le premier niveau,
06:52le second niveau qui est nos services consulaires, notre ambassade,
06:56qui sont sur place, qui ont fait le tour des hôpitaux,
07:00qui sont en contact notamment soit des patients, soit de leur famille,
07:04dans les différents hôpitaux, notamment suisses.
07:06Et puis ensuite, comme on dit en centrale, mais c'est-à-dire à Paris,
07:11le centre de crise et de soutien du Quai d'Orsay,
07:14qui a un numéro de téléphone, qui a à la fois l'ensemble des informations qui remontent du terrain,
07:20la coordination interministérielle, je vous ai dit, le ministère des Armées,
07:22le ministère de la Santé, le ministère de l'Intérieur,
07:25et qui est en contact avec les familles.
07:26Sur la personne qui est toujours portée disparue,
07:28on comprend que vous n'avez pas envie de donner d'informations.
07:31Il y a une famille, quelque part, qui attend un coup de fil.
07:33Est-ce qu'on arrive au bout du travail d'identification ?
07:35Est-ce que c'est une question d'heures, de jours ?
07:38Ça, c'est vraiment les autorités suisses qui le diront.
07:44Je sais que ça a été une de leurs priorités absolues,
07:47de pouvoir faire cette identification dans les plus brefs délais,
07:50dans des conditions aussi très difficiles, bien sûr,
07:53puisqu'il y a vu le nombre de victimes qui étaient concernées.
07:57Jacques Fonbonne, on est tous un peu sous le choc,
07:59du chiffre donné par le porte-parole du Cade d'Orsay il y a quelques instants.
08:03Il ne s'agit pas, évidemment, enfin, un mort est un mort,
08:06quelle que soit sa nationalité,
08:07mais on voit que la France, aujourd'hui,
08:08compte quasiment un quart des victimes identifiées de cette nuit-là en Suisse.
08:13Oui, alors, la proximité géographique fait qu'il y avait certainement
08:16beaucoup de Français.
08:18Il faudrait savoir quels sont, à l'aune de ce que je disais tout à l'heure,
08:22les éléments antémortems qui sont en possession des Suisses.
08:25C'est-à-dire que s'ils ont la possibilité,
08:28à partir de données dentaires, de données d'ADN,
08:30parce que les parents se sont manifestés,
08:32de pouvoir faire les comparaisons.
08:33Et en France, ça marche plutôt bien,
08:35ne serait-ce qu'avec la sécurité sociale.
08:37L'identification, évidemment, à ce moment-là, est beaucoup plus facile.
08:40Est-ce qu'on sait si les familles françaises,
08:42ça a été le cas des corps qui ont été identifiés aujourd'hui,
08:46ont pu récupérer les corps ?
08:47Est-ce que les corps leur ont déjà été restitués ?
08:49Je ne crois pas que ce soit, on en soit encore là.
08:51Pour l'instant, on en a l'identification.
08:53Et puis après, il va y avoir, de manière très concrète,
08:55au cas par cas, un rapprochement entre les familles,
08:58les autorités suisses, pour pouvoir passer sur cette étape.
09:02Oui, parce qu'au-delà de l'identification,
09:05il y a les constatations générales de police technique et scientifique,
09:08c'est-à-dire la position des corps,
09:10leur position par rapport au départ de feu,
09:13c'est-à-dire la possibilité,
09:16d'après ce qu'on va trouver sur la scène de catastrophe,
09:19d'essayer de comprendre la chronologie des faits
09:22et le rôle que chacun a pu y jouer.
09:24Et je rappelle, si vous nous rejoignez en cours d'émission sur BFMTV,
09:28donc ce bilan donné à l'instant par le porte-parole du ministère des Affaires étrangères,
09:3240 morts, ça c'est le bilan qu'on connaissait déjà depuis plusieurs jours maintenant,
09:36dont 8 Français et 1 Français toujours porté, disparu,
09:39quasiment 4 jours après ce drame de Cro-Montana.
09:42Je voudrais qu'on retrouve maintenant celui qui a été,
09:46qui est même très probablement l'un des héros de cette soirée tragique,
09:51c'est Gianni qui est en ligne avec nous.
09:53Merci beaucoup Gianni, je vais vous présenter en quelques mots.
09:55Vous êtes Suisse, vous avez 19 ans, vous êtes étudiant,
10:00vous êtes à Cro-Montana, je crois que vous y êtes encore ce soir,
10:02en vacances avec votre père.
10:04Vous n'étiez pas dans ce bar la nuit de la Saint-Sylvestre,
10:07vous étiez dans la ville avec votre père.
10:09C'est une amie qui vous a appelée pour vous dire ce qui était en train de se passer,
10:12c'est-à-dire ce début d'incendie.
10:14Est-ce que vous pouvez nous raconter ce qui s'est passé ensuite ?
10:19Oui, bien sûr.
10:21Bonsoir tout d'abord.
10:22C'était un soir du 31, tout à fait normal.
10:25On fêtait un nouvel an comme chaque année,
10:27dans un repas de famille tout à fait commun.
10:30Et il y avait une amie qui était justement à ce repas,
10:33qui voulait se rendre aux Constellations.
10:35Donc en fin de repas, elle s'en va.
10:37Et puis pendant le trajet pour se rendre dans ce bar,
10:41et bien elle nous appelle complètement déboussolée,
10:45en pleurs, en nous disant qu'il y a le feu, c'est terrible, venez voir ça.
10:50Donc à partir de ce moment, c'est mon père qui y va en premier.
10:55Il prend l'extincteur de l'appartement,
10:57prend sa voiture et s'y rend très rapidement en quelques secondes,
11:00puisque l'on est à 200 mètres seulement de ce bar.
11:04Et puis derrière, j'apprends moi-même la nouvelle.
11:06Et puis on se rend tout de suite sur les lieux où on découvre une scène d'horreur,
11:11une scène catastrophique,
11:13qui nous laisse complètement figés,
11:17puisque cette scène est complètement surréaliste.
11:22C'est-à-dire que vous n'avez pas hésité avant de rentrer à l'intérieur de cet établissement ?
11:27Alors ce qu'il faut savoir, c'est que quand j'arrive,
11:30moi mon père est déjà à l'intérieur, lui n'a pas hésité du tout.
11:34Quand j'arrive, je vois une scène d'horreur.
11:36À ce moment-là, on cesse de penser.
11:39L'adrénaline prend le dessus énormément.
11:42La différence avec beaucoup de monde,
11:43c'est que j'étais conscient qu'à l'intérieur se trouvaient de très jeunes enfants,
11:47des enfants qui avaient 14, 15, 16 ans.
11:49Je savais qu'ils étaient en train d'y laisser leur vie.
11:53Donc sans réfléchir, j'y suis allé,
11:55sans savoir ce qui m'attendait à l'intérieur par la suite,
12:00avec des images qu'aujourd'hui me restent toujours en tête
12:05et que je pense me suivront pendant un certain temps encore.
12:09Est-ce que vous savez, Djani, combien de personnes vous avez pu aider à l'intérieur de ce bar ?
12:15C'est une question qui revient assez souvent quand même.
12:18Il faut savoir qu'à ce moment-là, on ne compte pas.
12:22Quand l'adrénaline prend le dessus, on tente de sauver le maximum de personnes.
12:27Le nombre de personnes et le type de personnes que l'on sort n'en compte pas.
12:31On vient chercher vraiment les premières personnes qu'on voit.
12:35Il faut savoir que de par cette adrénaline, la soirée est passée,
12:38cette matinée plutôt est passée assez vite.
12:41C'est un peu plus de 3 heures, donc jusqu'à 5 heures du matin,
12:44qui sont passées en un éclair.
12:46Donc je ne saurais pas vous dire aujourd'hui le nombre de personnes que j'aurais pu sauver.
12:52Mais ce que je suis sûr, c'est que j'en ai sauvé plus d'une.
12:57Et je pense qu'aujourd'hui, je peux être fier comme mon père d'avoir pu sauver des vies.
13:04À l'intérieur de cet établissement, quand vous rentrez, le feu s'est donc déclenché depuis plusieurs minutes.
13:10À quoi ressemble la situation quand vous arrivez, quand vous descendez, je suppose,
13:14les marches qui mènent donc à ce bar boîte de nuit ?
13:17Quelle est la situation à l'intérieur ?
13:21Alors nous, on ne descend pas par les escaliers.
13:23On ne peut pas, pour la simple et bonne raison, que la fumée est très dense et très noire.
13:28On ne voit rien. On peut uniquement avancer un mètre dans les fumées.
13:34Mais déjà là, on se retrouve avec énormément de personnes à terre, des personnes inconscientes.
13:40Donc on ne peut pas rentrer. On ne peut pas rentrer très très loin.
13:45Il faut savoir aussi que nous sommes des civils, nous ne sommes pas des professionnels.
13:49Donc l'on tente de s'y aider comme on peut.
13:50On savait que déjà en se rapprochant de cette scène qui est terrifiante,
13:54mais que j'épargnerai les détails par respect pour les familles et les proches qui ont perdu des personnes aujourd'hui.
14:03Donc je ne dirai pas les détails.
14:05En revanche, je peux vous dire que c'était une scène terrifiante,
14:10une scène que je ne suis pas prêt d'oublier.
14:12et qu'à l'intérieur, on savait qu'on mettait notre vie en péril,
14:18mais on ne pouvait pas non plus s'aventurer bien trop loin dans ce bar.
14:23Gianni, si je vous dis que vous êtes un héros, vous dites quoi ?
14:28C'est un mot qui revient très souvent maintenant par les médias,
14:34par les réactions que suscite l'acte réalisé.
14:38Je ne pense pas qu'on puisse parler de héros.
14:40C'est bien trop fort.
14:42Je pense que c'est un devoir aujourd'hui,
14:44comme je dis souvent maintenant aux médias,
14:46face à cette situation, soit on agit, soit on s'effondre.
14:50Ne pas agir s'il n'en est pas effondré.
14:55Cela viendrait à laisser des personnes mourir dans des conditions affreuses.
15:03C'est de la non-assistance finalement à des personnes en danger.
15:07Si je ne me trompe pas, d'ailleurs, c'est un acte qui est pénal tant en France qu'en Suisse.
15:13Donc je pense que cet acte est surestimé.
15:17Cela devrait être quelque chose, je pense, qui devait être considéré plutôt normal qu'héroïque.
15:23Je peux vous demander pour finir comment vous allez
15:25et comment va votre papa qui a dû être, je crois, hospitalisé,
15:28parce qu'il avait évidemment respiré ses fumées toxiques.
15:31Comment va-t-il ? Comment allez-vous, vous, trois jours après ?
15:36Alors pour ma part, je pense que trois jours après, c'est encore un peu tôt
15:41pour estimer ma situation psychologique.
15:46On me fait beaucoup comprendre que les réels séquels arriveront dans quelques semaines.
15:50Je pense que l'adrénaline est encore là.
15:53Le stress l'est également.
15:54Donc pour le moment, je ne me rends pas compte.
15:58Les médias qui me sollicitent d'ailleurs énormément
16:00me permettent de me changer un peu les idées.
16:03Mais c'est vrai que dès lors que je rentrerai chez moi à Genève,
16:07je pense que ce sera une toute autre ambiance.
16:09Et c'est ce que je crains.
16:10Donc il faudrait que j'aille retrouver un spécialiste, un psychologue, assez rapidement,
16:15puisque je n'ai pas réussi à le faire.
16:18Et quant à mon père, lui a été hospitalisé,
16:21puisqu'il est asthmatique et il est entré dans les fumées très loin pendant de nombreuses heures.
16:27Il a été hospitalisé donc 24 heures.
16:30Derrière, il a pu sortir.
16:32Aujourd'hui, il va bien, heureusement.
16:35C'est vrai qu'il nous cache un peu les émotions qu'il a pu ressentir.
16:40Je pense qu'il va avoir lui aussi besoin d'une aide, d'un spécialiste.
16:45Même si c'est vrai que je ne peux pas le voir en lui et il ne veut pas nous le dire.
16:50Mais je pense qu'il va falloir qu'on trouve ça assez rapidement
16:53pour pouvoir nous soigner et pouvoir faire en sorte d'essayer d'oublier ce qu'on a vu à l'intérieur.
16:59Évidemment, on l'entend parfaitement.
17:00Jenny, vous nous dites qu'il faudra peut-être que j'aille voir un spécialiste.
17:02On en a un sur ce plateau.
17:05Joseph Acostini, qui est psychologue, clinicien et psychanalyste.
17:07Qu'est-ce que vous avez envie de dire tout simplement à Jenny,
17:09qui nous raconte qu'il a sauvé des vies de la manière la plus simple, naturelle ?
17:14Je reprends ces mots.
17:15De toute façon, soit on agit, soit on s'effondre.
17:16Quel tact, quelle précision dans le choix des mots ?
17:21Jenny le dit très bien.
17:23Souvent, il y a des sensations d'irréalité,
17:25l'impression d'être spectateur de soi,
17:27des dépersonnalisations, des trous de mémoire,
17:29de la confusion, une forme d'anesthésie émotionnelle.
17:32Et on voit bien qu'il l'a déjà dépassé.
17:35Donc ça, c'est vraiment de bonne augure.
17:37Et il y a beaucoup de, finalement, il y a une forme de narrativité, déjà.
17:44C'est-à-dire que vous pouvez déjà raconter l'histoire.
17:47Et ça, c'est de bons pronostics.
17:49Maintenant, vous avez raison.
17:50On est toujours dans le paradigme du stress dépassé.
17:54On est toujours dans le paradigme de la peur de l'effondrement.
17:58Et tout cela nécessite un accompagnement psychologique, évidemment,
18:02de manière à persévérer dans cette continuité du lien aux autres.
18:08Je crois que, ne pas me tromper, Jenny, vous allez me le dire,
18:12je pense que le fait que vous viviez ça avec votre père
18:15consolide certainement votre base là, votre base de sécurité interne.
18:22Bien sûr, bien sûr.
18:23Puisque le fait que l'on ait vécu la même expérience
18:27nous permet d'en parler à la maison beaucoup.
18:30Toute ma famille n'a pas vu ce que l'on a vu.
18:34Mais c'est vrai que le fait d'avoir vu les mêmes images
18:37nous permet d'en parler entre nous, de nous rassurer
18:40et puis de pouvoir tenter d'aller de l'avant ensemble.
18:45Pascal Confavreux, porte-parole du Quai d'Orset,
18:47est avec nous sur ce plateau.
18:48Peut-être un mot à Jenny qui a sans doute, très probablement,
18:50permis que le bilan s'arrête à 40 morts,
18:54là où il s'est finalement arrêté.
18:55C'est évidemment des histoires et des circonstances héroïques
19:03qui sont mises comme ça en avant.
19:06J'imagine qu'il y en a encore aussi d'autres
19:07et que nous les découvrirons forcément dans quelques heures,
19:12dans quelques semaines.
19:13Moi, j'appelle encore une fois à la pudeur vis-à-vis des noms
19:20et des familles qui sont en ce moment dans ces circonstances aussi dramatiques.
19:25Et puis à l'humilité aussi vis-à-vis des chiffres
19:27qui sont encore très transitoires.
19:31Il y a encore des personnes qui sont non localisées,
19:35donc nous attendons.
19:37Et puis il y a aussi des blessés encore qui sont en traitement très intensif.
19:40Oui, évidemment. Jenny, dernier mot après, je vais vous libérer
19:43et vous laisser évidemment rejoindre votre famille.
19:46Il y avait d'autres personnes, cette nuit-là,
19:48à 2h, 3h, 4h, 5h du matin,
19:51des civils qui ont aidé comme vous
19:52ou vous étiez tout seul ?
19:56Alors, pendant que l'on aidait,
19:59certains civils ont réussi à arriver en même temps que nous.
20:02Je pense qu'on était à peu près, peut-être,
20:05une dizaine en tout à aider,
20:07notamment pour le transport des personnes vers l'extérieur.
20:09Derrière, c'est vrai qu'au fur et à mesure de cette matinée,
20:15beaucoup de parents sont arrivés,
20:16beaucoup de mères en pleurs, de pères en pleurs,
20:19qui là voulaient l'aider.
20:20Mais c'est vrai que, de par le périmètre de sécurité
20:23qui a été mis en place,
20:24la police empêchait certains parents de pouvoir entrer.
20:28Peut-être qu'ils voulaient juste voir leur enfant,
20:30et c'est tout à fait normal.
20:31Peut-être que ces personnes voulaient se rendre utiles,
20:33mais elles n'ont pas pu.
20:34Je pense à mon goût que c'est dommage,
20:39parce qu'on manquait de moyens,
20:42de moyens que ce soit sur les professionnels,
20:45que ce soit sur des personnes qui auraient pu très bien rester
20:49avec celles et ceux que l'on a dû abandonner sur le trottoir
20:54pour aller chercher à l'intérieur.
20:55Il faut savoir que, quand on est dans une situation pareille,
20:58où on est brûlé à ce point-là,
21:00dans une situation entre la vie et la mort,
21:02dans des températures extrêmes,
21:04il faudrait normalement, si j'ai bien compris,
21:07toujours avoir quelqu'un à côté de soi
21:09qui soit là pour nous parler,
21:11de sorte à ce qu'on ne perde pas connaissance,
21:14de sorte à ce qu'on reste toujours dans un état
21:17où on peut aller faire quelque chose.
21:19Donc je pense que l'on aurait pu avoir plus d'aide
21:23de la part des civils.
21:24Il y a eu ceux qui auraient voulu aider,
21:26il y a ceux qui n'ont pas aidé,
21:28mais qui auraient pu, je pense.
21:30Des personnes qui ont filmé aussi beaucoup,
21:31je fais revenir ça assez souvent.
21:35Donc on était dix,
21:37on était dix,
21:38mais je pense que l'on aurait pu être un peu plus.
21:41Général, vous voulez dire un mot ?
21:42Je veux dire un mot à ce jeune garçon
21:43pour vous dire que vous êtes un véritable héros
21:46et il y a deux choses à dire, je pense.
21:48C'est que le feu, ce n'est pas un milieu naturel.
21:51On peut se jeter à l'eau,
21:52sous l'effet de l'adrénaline, effectivement,
21:54on peut sauver quelqu'un sans avoir la peur du vide.
21:57Mais le feu, c'est effectivement quelque chose d'effrayant.
22:01Et puis il y a autre chose qui est magnifique.
22:03C'est que vous dites que c'est un devoir,
22:06je dirais un devoir juridique de sauver des gens
22:08parce que ce serait une non-assistance à personne en danger.
22:11Mais c'est mieux que ça.
22:12Parce qu'en fait, la non-assistance à personne en danger,
22:15elle n'est punissable qu'à partir du moment
22:17où on n'a pas de risque pour soi-même
22:19et où on refuse d'aider quelqu'un.
22:22À partir du moment où il y a un risque,
22:23et là c'était un risque mortel,
22:25c'est magnifique.
22:26Merci beaucoup, Gianni.
22:30On vous salue.
22:31J'ai envie de dire, on vous embrasse même tout autour de ce plateau.
22:34Et salue également votre père pour nous.
22:36Merci beaucoup d'avoir accepté de témoigner ce soir,
22:38trois jours après ce drame de Cran-Montana.
22:41Merci beaucoup.
22:41Bon retour à la fac dans les jours qui viennent.
22:44Ce sera évidemment très particulier.
22:45Si vous devez rejoindre à l'instant sur BFM TV,
22:48nous sommes toujours en édition spéciale avec ce bilan
22:50qui a donc été revu à la hausse il y a quelques instants
22:52par la voix du porte-parole du ministère des Affaires étrangères
22:55qui était toujours avec nous sur ce plateau,
22:57Pascal Confavreux.
22:5840 morts dans cet incendie de Cran-Montana,
23:01dont 8 Français désormais.
23:03Exactement, 8 Français,
23:05avec ce nouveau bilan qui a été alourdi
23:08et un Français qui est donc encore toujours porté disparu.
23:13Et 23 Français blessés parmi les 119
23:16qui l'ont été cette nuit-là,
23:18dont plusieurs de ces Français blessés
23:20qui ont pu quitter l'hôpital ces dernières heures.
23:21Voilà, une partie des 23 blessés français
23:24ont été pris en charge ou sont encore pris en charge.
23:28Et parmi ceux-ci,
23:30certains ont pu déjà quitter l'hôpital.
23:32Voilà.
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