Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 semaines
Invité : Claude Vautrin Grand reporter, écrivain, auteur du Dictionnaire du voyageur
Autre invitée : Mère Doroteea Stefanache Responsable du monastère orthodoxe de Godoncourt (88)

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Ici Lorraine, crack pour l'émission, sur Marouk, sur Moselle TV et Vosges Télévisions.
00:06Ici, votre radio de proximité en Lorraine.
00:30Bonjour chers amis de Sur Marouk, je suis ravi de vous retrouver pour ce nouveau numéro de notre magazine.
00:38Cette semaine, je reçois un grand reporter, un écrivain, un baroudeur.
00:42Il a fait sans doute plus d'une centaine de pays, il nous dira le nombre précisément.
00:47Il a visité plus d'une centaine de pays à travers le monde, mon invité est Claude Vautrin.
00:52Il aime aller voir très loin.
00:55Il aime aussi aller voir tout près, ici, tout près de ses Vosges.
00:59C'est Vosges qu'il aime tant, sur lesquels il a tant écrit.
01:02Et alors, vous allez voir, il nous emmène dans trois lieux absolument merveilleux, mystérieux, très très peu connus.
01:08On va d'abord aller du côté de Godoncourt.
01:11On va aller dans un monastère orthodoxe où nous serons reçus notamment par la mer supérieure.
01:18Et puis, nous irons ensuite sur le mémorial franco-tchécoslovaque à Darnay.
01:23Parce qu'il y a une histoire très particulière qui va nous raconter entre la Tchécoslovaquie et Darnay à la fin de la Première Guerre mondiale.
01:32Et puis, nous viendrons ici sous ce lieu absolument ravissant, fantastique, un ancien prioré étonnant.
01:39Il va nous expliquer aussi pourquoi nous sommes à Saint-Balmont.
01:43C'est, si ma mémoire est bonne, l'ancien prioré de Bonneval.
01:46Voilà, Claude Vautrin nous emmène dans trois lieux extraordinaires.
01:53Et je suis très heureux d'aller le retrouver, je vais le retrouver pour l'instant à Godoncourt.
01:56A tout de suite, suivez-moi.
02:10Bonjour mon cher Claude.
02:11Bonjour.
02:12Content de te voir.
02:13Oui, moi aussi.
02:13Ça fait plaisir.
02:15On va les découvrir.
02:15On va les découvrir, 1740.
02:18Oui.
02:18Et on va découvrir, je pense, maire Dorothée qui nous attend.
02:24On y va ?
02:24Oui, on y va.
02:25C'est parti.
02:25Bienvenue et je suis enchantée que vous avez choisi notre endroit pour votre émission.
02:44Et je vous invite à visiter un peu et éventuellement boire une tisane s'il fait froid.
02:51On veut si.
02:52Merci.
02:53Voilà ma mère.
03:05Alors là, on est dans la chapelle de votre église.
03:10Oui.
03:10C'est ça.
03:10Je voudrais, on va bavarder tous les deux.
03:13Je voudrais quand même demander avant à Claude pourquoi il a choisi ce lieu à Godoncourt, que peu de gens connaissent.
03:19J'ai une affinité particulière avec l'orthodoxie roumaine, pour des raisons.
03:27Et je trouve que c'est un lieu assez spirituellement important, puisqu'il y a eu une transmission entre plusieurs catholiques au départ, patriarcat serbe et maintenant patriarcat roumain.
03:42Et c'est aussi un lieu qui est ouvert à la culture.
03:47Donc spiritualité, culture, ça, ça m'importe.
03:51Mais on est très surpris de découvrir cet endroit.
03:57Ici, vraiment aux confins des Vosges, tu es un petit peu perdu.
04:01Et puis on entre ici, il y a énormément de couleurs, de chaleur.
04:04On est bien accueillis.
04:06C'est magnifique.
04:07Comment ça se passe ?
04:08C'est ouvert au public ?
04:09Les gens peuvent venir vous voir ?
04:11Oui, ça correspond un peu à la vision roumaine sur la vie monastique, qui n'est pas nécessairement tout le temps clôturée.
04:20On est plus dans l'accueil des gens.
04:23Et normalement, c'est ouvert tout le temps.
04:25On n'a pas de porte ouverte.
04:27C'est ouvert tous les jours, du matin au soir à 10h.
04:32Les gens peuvent venir, mais préférablement sur un rendez-vous, ils peuvent trouver nos coordonnées sur Internet.
04:38Parce qu'on peut les accueillir mieux si on est prévenu.
04:42Oui, c'est ça, à la base.
04:43Mais à la base, c'est comme ça.
04:45Les couleurs symbolisent plutôt notre façon d'être.
04:50Nous, les romans, on est très gais.
04:52Oui, c'est vrai.
04:52Et c'est comme ça.
04:53Et on le ressent vraiment tout de suite en entrant chez vous.
04:56C'est magnifique.
04:57Est-ce que vous entretenez des relations avec les autres religions dans le département des Vosges ?
05:04Oui, oui.
05:05On est très proche de l'évêché catholique de Soindier.
05:09On a plusieurs fois par an des contacts par des prêtres.
05:14Par exemple, le père Philippe Balgacini qui vient plusieurs fois par an chez nous.
05:18Même les évêques des Vosges, l'ancien évêque et le nouveau évêque, ils sont venus nous faire des visites.
05:25parce que c'est important pour nous d'avoir des relations proches.
05:29Les autres, ils viennent des protestants.
05:32Des fois, ce n'est pas un endroit qui doit être fermé.
05:35Et aussi, il faut dire que l'orthodoxie, ça n'existe pas en orthodoxie,
05:41dans le sens qu'il y a plusieurs nationalités qui sont orthodoxes
05:44et qui viennent ici des Serbes, des Grecs, des Russes, des Bulgares, des Georgiens, des Romains, bien sûr,
05:51et des Français.
05:52Ceux qui veulent venir sont bienvenus.
05:54Nous, les orthodoxes, on ne fait pas du prosélytisme,
05:57mais on peut dire, venez et voyez comment nous vivons et comment nous sommes.
06:02Très bien. Un grand merci à vous.
06:03De rien.
06:04On poursuit, nous, Claude ?
06:05Oui.
06:05On y va.
06:06Alors, Claude, on est entré dans une petite chapelle.
06:24Il y a plein de petits endroits ici.
06:26Mère Dorothée nous a autorisés à filmer où on voulait.
06:34Quel lien tu as, toi, personnellement, avec la ou les religions, les croyances en général ?
06:40Quel lien tu as ?
06:41Alors, les croyances, pour moi, ça fait partie de la culture, de l'humanité.
06:46Donc, il faut les respecter, à condition qu'elles, évidemment, ne rentrent pas sur le champ public, de façon offensive.
06:58Et ici, c'est un lieu qui respecte cette laïcité extérieure.
07:03C'est-à-dire, ils font dans la spiritualité, la culture, mais avec le respect des autres.
07:10Donc, c'est un lieu de paix, quoi, en fait.
07:12Mais finalement, on se rend compte, alors, toi, qui as beaucoup voyagé, on va en reparler, parce que tu as fait, je ne sais pas combien de pays,
07:17tu les as comptés, en fait, les pays que tu as fait sur la planète ?
07:19130.
07:21130, ouais, c'est pas mal.
07:24On a l'impression, quand même, que la télévision, la radio, fosse les choses quand elle transmet.
07:29Parce que, finalement, on se rend compte, dans plein d'endroits, que ça se passe bien.
07:33Enfin, que la cohabitation entre les religions se passe relativement bien.
07:39Et là, on a encore vu ce qu'elle nous dit, ce que la maire supérieure nous dit, vraiment, avec l'entente avec les religions.
07:45Ça, tu as dû le constater aussi, un peu partout dans le monde.
07:47Oui, le problème, la dérive, c'est qu'on parle toujours des faits négatifs, quoi.
07:53Et souvent, de façon brute.
07:55On parle du fait brut, on ne le resitue pas dans le contexte.
07:58Et ça, c'est dommageable, puisque pour comprendre le monde, il faut effectivement essayer de chercher ce qu'on ne voit pas.
08:08C'est-à-dire, l'invisible.
08:09Pourquoi tel événement arrive ?
08:11Et ça, ça s'explique en permanence, quoi.
08:13Je pense qu'il y a une espèce de refus aujourd'hui de faire comprendre aux gens, quoi.
08:19C'est-à-dire, le système médiatique a beaucoup évolué, quoi.
08:24Oui, c'est vrai.
08:24On en reparlera un petit peu dans le dictionnaire du voyageur, qui est ton livre le plus récent, édité chez Cairo, c'est ça ?
08:33Oui, tout à fait.
08:35Tu parles de l'éthique du voyageur.
08:39C'est quoi l'éthique du voyageur ?
08:41Parce que, comme je le disais tout le temps, tu es allé à peu près partout.
08:44C'est quoi l'éthique du voyageur ?
08:45Alors, l'éthique du voyageur, c'est...
08:47Alors, évidemment, on peut me reprocher de prendre l'avion assez souvent.
08:51Et souvent, on dit que c'est une éthique du voyageur de ne pas dépenser trop de carbone, etc.
08:57Ah oui, d'accord.
08:58Alors que, moi, j'ai une autre vision, puisque je ne vais pas dire le contraire, puisque je prends l'avion.
09:03Mais c'est être respectueux, déjà, avec les gens qu'on rencontre, avec l'environnement qui va être le nôtre pendant un voyage.
09:14Donc, c'est la notion de respect, avant tout, l'éthique, quoi.
09:18Et puis, ne pas arriver en terrain conquis, comme le font certains.
09:24Chercher, chercher la connaissance, pas regarder le monde avec son nombril d'occidental, ce qu'ils font beaucoup, ce que fait le système médiatique aussi.
09:33Oui, très souvent.
09:34Voilà, donc c'est ça un peu mon éthique à moi.
09:37Toi qui as fait de ta vie, quand même, un grand voyage, une addition de voyage, il y a eu aussi beaucoup de prise de risque, oui ou non ?
09:50Est-ce qu'il y a un moment ? Est-ce qu'il n'y a pas un peu chez Claude Vautrin un moment, alors, je ne dirais pas de l'inconscience, mais de l'insouciance ?
09:55Il y a eu, au début de l'insouciance, les premiers reportages de guerre, c'était un peu à tel point qu'un jour, c'est un ami des services de protection, des personnalités, qui m'a dit,
10:06Claude, je te donne mon gilet pare-mal, parce que tu ne recommences pas.
10:11Donc, il y a eu des prises de risque au début, et puis, petit à petit, avec l'expérience, on s'accoutume à ce genre de situation.
10:20Mais je dois dire que, dans l'action, l'action est là, et la peur s'en va, ou l'angoisse s'en va, et c'est ça aussi qui est important.
10:36C'est très marquant, dans le moment qu'on a eu d'échanges avec Mère Dorothée, une très grande douceur, une très grande humilité, aussi.
10:54Et ça m'a fait penser, tout à l'heure, à ce que tu mets dans ton dictionnaire du voyageur, à un moment, tu parles d'arrogance.
10:59L'arrogance, toi qui vois, dans le monde, comment la France, finalement, a évolué dans son image, et tu dis, il y a quand même une forme d'arrogance en France, par rapport à l'image qu'on a.
11:11On a perdu notre superbe, en France.
11:14Complètement, et puis à l'étranger aussi, c'est-à-dire, l'image de la France s'est rétrécie, parce que, justement, on est peut-être encore trop dans la supériorité, allez, on va dire néocoloniale.
11:30Non, mais franchement, il y a des prises de position, notamment de certains de nos dirigeants, qui sont un peu décalés par rapport à la réalité du monde.
11:41C'est-à-dire, il ne faut pas oublier que la France, c'est devenu, on va dire, un petit pays, quoi.
11:48Tout est en train de changer, de se métamorphoser.
11:54Mais à la décharge de beaucoup de gens qui restent arrogants, c'est vrai, est-ce que ce n'est pas aussi le fait qu'ils ne voyagent pas ?
12:02Toi, tu voyages, donc tu vois les choses, donc tu peux mettre les choses en perspective.
12:06Quand on ne voyage pas, on ne se rend pas compte.
12:07Il y a différents types de voyageurs. Quand on sait que 95% des voyageurs vont sur 5% de la planète, ce qui génère du surtourisme, ce qui génère aujourd'hui, y compris des conflits dans les sites touristiques majeurs,
12:25comme des grandes villes patrimoniales, Venise, Barcelone, etc.
12:30Donc il y a aussi cette dimension qu'il faut prendre en compte, c'est-à-dire, il y a différents types de voyages, quoi, en fait.
12:39Mais est-ce qu'on ne pourrait pas rapporter cette problématique-là aux Vosges ?
12:42On parle toujours du Massif des Vosges. Or, ici, à Darnay, il y a une forêt qui est fantastique. Mais touristiquement, on parle toujours le Massif des Vosges, les crêtes qui sont...
12:53Alors moi, qui ai été fondateur de Massif des Vosges Magazine en son temps, si on est là aujourd'hui, c'est parce que j'ai saisi cette espèce de disproportion entre l'Est et l'Ouest des Vosges, quoi.
13:09Oui.
13:09Alors qu'il y a des choses extraordinaires à découvrir.
13:12Vraiment. Vraiment. Est-ce que c'est ça qui t'a fait rentrer dans le journalisme ? C'est-à-dire cette idée d'aller poser sa lumière, on parlait de lumière tout à l'heure, sa lampe de poche, d'éclairer des lieux que personne, finalement, ne voit, et de dire, tiens, attendez, allez voir un petit peu, de gratter, quoi.
13:30Tout mérite d'être connu, appréhendé, y compris les pires pays du monde, de la planète, parce qu'il y a toujours à voir des choses et il y a toujours une humanité qui est là. On le confirme ici, quoi.
13:47Et moi, ce qui m'intéresse avant tout dans le voyage, c'est aller à la rencontre de l'autre, parce que je sais que c'est comme ça que moi, je vais évoluer aussi, quoi.
13:57On va faire un petit retour en arrière, si tu veux bien. L'enfance de Claude Vraiment. Si je te demandais de décrire ton enfance à travers une couleur, c'est quelle couleur ?
14:05Ce serait plutôt le bleu, mais j'ai aussi en tête le vert de l'Atlas, de sélection de Riders, que m'avait offert mes parents, avec toutes les quarts du monde, et je crois que ça a été fondateur.
14:18– Oui, bien sûr. Enfance donc heureuse, je traduis. – Oui, heureuse des valeurs enseignées, mais naturellement, enfin voilà, quoi.
14:29Et puis le respect de ma différence, c'est-à-dire quand à 16 ans, j'ai voulu partir, ils m'ont laissé partir alors qu'ils n'avaient jamais voyagé, quoi.
14:41– Ah oui. – Donc ça aussi, c'est le respect de l'autre, quoi. Et le non-liberté, quoi.
14:47– Oui. Mais alors là, quand tu pars à 16 ans, justement, tu dis « on me laisse partir », c'est pour… parce que t'es lauréat d'un concours, Zélydia, c'est ça ?
14:55Et c'est ça quand même qui te fait… – Ah, c'est le premier pas, ouais, qui est fondateur.
14:59– Dans le métier de gros reporter. – Oui, c'est un peu l'idée, c'est ça, quoi.
15:02C'est-à-dire qu'on part seul, on doit réaliser un sujet qu'on a proposé, qui a été validé, et puis on se débrouille, quoi.
15:11Et on ramène le truc, et puis bon, c'est comme ça que j'ai fait deux bourses et que je suis devenu lauréat national, quoi.
15:17– Ouais. Et après, tu… Alors, Sciences Po Paris, études de lettres, c'est ça ?
15:22– Oui, sociologie aussi. – Sociologie, bien sûr.
15:26Mais Sciences Po Paris, il y a eu une envie à un moment de faire de la politique, ou pas ?
15:32– Je suis allé voir, mais j'en suis revenu rapidement.
15:34– Oui, alors, t'en es revenu rapidement, mais comme je me permets, puisque Sciences Po, on se connaît quand même bien,
15:42tu as gardé des grandes amitiés avec certains politiques, et notamment Philippe Séguin, qui était…
15:49Est-ce qu'on peut parler d'amitié, toi, Philippe Séguin ? Est-ce qu'il y a quelque chose que…
15:52– Un respect mutuel et surtout une confiance. Moi, c'est un mot-clé, chez moi, la confiance.
15:57– C'est vrai. – Et Philippe Séguin, bon, voilà, il avait un destin majeur, quoi.
16:03– Bien sûr, oui. – Mais il était quand même sujet à questionnement,
16:08angoisse, et là, il passait un petit coup de fil. Et moi, j'étais quelqu'un qui n'avait pas d'a priori.
16:16Donc, je l'accompagnais comme ça, quoi, mais avec toute ma franchise et ma transparence, quoi.
16:24Je crois que c'est ça qu'il aimait bien, quoi.
16:26– Oui, je pense. On le fait beaucoup parler, aujourd'hui, alors qu'il est mort.
16:30– Bah oui. – Des fois, c'est un peu gênant, mais…
16:32– Bah, comme on fait parler de Gaulle… – Oui, beaucoup aussi.
16:36– Bon, alors, Claude, tu m'autorises, garde la casquette. – Pas de souci.
17:04– On est sur une petite butte, là, on est en haut de… – Oui, oui, oui.
17:06– On a Darnay qui est derrière nous. – On domine.
17:09– On domine. Et là-bas, c'est donc l'endroit où on était tout à l'heure, à Godoncourt.
17:13– Voilà. – De l'autre côté et plus haut où on va aller après.
17:15– Dans la forêt. – Dans la forêt, oui.
17:17Dans la forêt lointaine où chante le coucou, les et les autres.
17:21– Oui, oui. – Lieu, alors, aussi très surprenant.
17:23Moi, je suis sûr qu'il y a plein de Vosgiens de Lorrain qui savent pour ce qui s'est passé ici.
17:27En fait, la République de Tchécoslovaquie naît ici.
17:31– Elle est proclamée ici en juin 1918. – 18, d'accord.
17:38– Pourquoi ici, alors, Claude ? – Alors, ici, il y avait un camp de volontaires tchécoslovaques
17:46pour la guerre de 14-18 qui avait été formés en Champagne mais qui sont venus s'installer ici dans un camp militaire, en fait.
17:55Et ils étaient 6000, quand même, qui ont combattu pour la France, en fait, contre l'Allemagne.
18:04Et c'est un lieu à la fois symbolique et en même temps historique, quoi.
18:11C'est un lieu international. – Oui, oui, c'est ça qui est surprenant.
18:16– Alors, il n'y a pas trop de surprises pour moi. – Oui.
18:18– Je vais expliquer parce que cinq siècles avant, il y a des gentils hommes verriers qui venaient de Bohème,
18:24qui ont été invités par le Duc de Lorraine à venir transmettre leur savoir-faire et l'exploiter
18:32pour faire du verre de qualité. Il y a tout ce qu'il faut ici, l'eau, le bois, la forêt, etc.
18:38Et donc, il n'y a pas de hasard. Ce lien entre le fait que la Tchécoslovaque, qui soit proclamée ici,
18:47ça s'inscrit dans le temps. – Oui, c'est vrai. – Ce que je disais, pour moi, c'est…
18:52– La Bohème étant le… – Ben, le territoire en partie tchèque et slovaque.
18:58Parce que maintenant, le pays est divisé, quoi. – Oui, et il y a eu des grandes verrices.
19:04Il y en a toujours, d'ailleurs, je crois. – Oui, il y en a pas loin.
19:06– Pas savoir la recherche fonctionne toujours. – Oui, pas savoir la recherche.
19:08– Il y a eu, par exemple, le gentilhomme verrier, Enzel, il s'appelait. – Oui.
19:12– Et on a un village qui s'appelle Enzel, ici. – Oui.
19:15– Voilà. Tout ça, c'est intéressant, quoi. – Bien sûr.
19:19– Puisque ça donne vie sur la longueur à un territoire, quoi.
19:24– On voit quand on lit… Alors, tous tes bouquins, parce qu'on en a parlé d'un pour l'instant,
19:28tu en as écrit plein. – Une trentaine, oui. – Une trentaine, ouais.
19:31On ne pourra pas parler tous. – Non, non, pas du tout.
19:35– Vraiment. – On voit quand même très souvent, tu es attiré par ces peuples,
19:43j'allais presque dire sans frontières. – C'est exactement ça.
19:46– Sans territoires, mais j'allais dire presque sans frontières. – C'est ça.
19:48Sans frontières, parce qu'ils existent.
19:50Ils ont une culture, ils ont une histoire, ils ont des savoir-faire, etc.
19:56Je pense aux Kurdes, je pense aux Palestiniens, je pense aux Sahraouis,
20:00qui sont balottés, alors que c'est un peuple qui est vivant, quoi.
20:04Enfin, qui a une histoire et tout ça. Et je trouve que le fait que la Tchécoslovaquie soit née,
20:12soit proclamée ici, ça donne un territoire officiellement à une culture.
20:19Et donc, pour moi, ce lieu est aussi symbolique de tout ce qu'il reste à faire en la matière, quoi.
20:25– Ouais, ouais. Et toi aussi, je pense, je ne sais pas, il me vient à l'esprit plein de pays où tu es allé.
20:31Je pense à Gaza à cet instant-là, quand tu parlais des peuples balottés, le peuple de Gaza.
20:37Toi, tu y es à une époque très particulière à Gaza.
20:41– J'y suis à une époque où, en 96, c'est la première élection au suffrage universel.
20:47Et je fais toute la campagne avec un ami palestinien.
20:51À 20 ans, on s'était promis d'y aller le jour où il y aurait des élections.
20:55Et 20 ans après, on y est allé. Lui était ambassadeur de l'OLP.
20:59– Ah oui ? – Ouais. Et donc, j'ai fait toute la campagne.
21:03C'était fabuleux de voir cette démocratie vivante, vibrante même.
21:07Et tout le monde s'exprimait, quoi.
21:09– Oui. Pour toi, ça doit te faire drôle, toi qui étais au Chili au moment du…
21:15Si je ne me trompe pas, hein ? – 73.
21:17– Au moment du putsch de Pinochet, de voir que là, il y a quelques jours,
21:21l'extrême droite revient au pouvoir. Alors là, ce n'est pas un putsch.
21:24– Non, c'est les élections. – C'est les urnes.
21:27– Ouais. – Ça doit être terrible, quand même, pour toi de…
21:29– C'est terrible. Et puis, pour les amis Mapuche…
21:32– Qui ont subi Pinochet pire que tout, puisqu'ils avaient résisté à toutes les invasions.
21:40Et c'est le système ultralibéral qui les a laminés, là, ces derniers temps.
21:44Et là, ça va revenir, quoi, forcément.
21:46Et puis, la nature, aussi, qui est malmenée par ce genre de pouvoir.
21:52Donc, oui, c'est une période encore sombre, là. C'est clair.
21:56– Alors, on ne peut pas faire tous les pays. Je voudrais dire, juste qu'on ouvre une petite parenthèse,
22:00qui est un des rares journalistes à être allé là-bas. Un des rares journalistes occidentaux.
22:04C'est de la Corée du Nord. – Oui.
22:06– Est-ce qu'on peut dire… Alors, évidemment… Enfin, tu vas me dire, j'imagine que tu n'as pas vu tout ce que tu voulais voir.
22:12– Non, mais j'ai joué le jeu. C'est-à-dire, j'ai compris. J'ai mis trois ans pour avoir le visa.
22:17– Oui. – J'ai compris qu'il fallait que je fasse des propositions.
22:20Et je me suis intéressé à la nature, notamment, à le développement durable, etc.
22:27Et c'est comme ça que j'ai pu… Oui, j'ai vu des choses qu'on n'a jamais dites.
22:31Par exemple, qu'il y a une université américaine à Pyongyang,
22:34que le pays fait négoce avec les Japonais pour s'acheter des belles machines,
22:40de fabriquer du photovoltaïque, etc.
22:44Donc, c'est intéressant d'aller voir et un peu plus, quoi.
22:47– Toi, qui a été grand reporter, alors, pour la Liberté de l'Est,
22:51avant que la Liberté de l'Est devienne un élément du groupe Ebra,
22:56mais aussi pour La Croix, Le Matin de Paris, etc.
22:59Ce monde des médias qui s'hyper concentre, c'est, j'imagine, un souci d'inquiétude pour toi ?
23:09– Alors, non seulement il s'hyper concentre, mais il perd son âme.
23:12Donc, oui, c'est un signe d'inquiétude, mais comme toujours, je suis un peu optimiste.
23:18Et la nature est en horreur du vide. Il y a des initiatives qui se font jour.
23:24Et c'est fabuleux, même au niveau des télés de proximité, etc.
23:29Je trouve que c'est hyper important pour les jeunes qui veulent embrasser la profession.
23:35Mais c'est sûr qu'on voit plus, aujourd'hui, de journalistes ou de grands reporters embarqués.
23:41J'appelle ça entre guillemets, quand ils vont sur des sujets un peu violents.
23:46Ils sont toujours embarqués par l'armée d'un côté, souvent plus d'un côté que l'autre.
23:51Donc, ça donne une idée un peu faussée de la réalité.
23:57– Oui, bien sûr. Mais toi, tu sais, je me souviens d'une conversation qu'on a eue il y a dix ans.
24:02J'ai vérifié hier, parce que j'avais fait un article sur un de tes bouquins.
24:06Tu me disais, l'Internet va revigorer le métier de journaliste.
24:10Dix ans après, tu fais quel constat ?
24:13– Je constate qu'il faut être toujours très critique, comme par rapport à tous les médias, c'est sûr.
24:19Et puis, avec l'évolution technologique, je ne suis pas contre l'IA.
24:25C'est une excellente source de documentation, mais il faut conserver la liberté de l'écrit, de ce qu'on écrit.
24:35Mais oui, moi, par exemple, j'ai monté avec un pote un site internet.
24:41Donc, c'est un lieu aussi où on peut s'exprimer.
24:45– Voilà, Claude, on est déjà au bout de ta route, qui est encore plus longue que ça.
25:12On n'en a pris qu'un petit bout, là.
25:15Alors là, c'est un endroit mystérieux encore.
25:18– Eh oui, c'est un endroit peu connu.
25:21– C'est quoi ?
25:22– Isolé, il faut y arriver déjà.
25:25C'est un ancien hermitage qui est devenu prioré.
25:29Alors, ça se passe au XIIe siècle, c'est vieux.
25:33C'est le frère du patron du prioré des rivales qui en a marre de son frère et qui vient en ermite, ici,
25:43se perd dans la forêt de Darnay, enfin de Saint-Ballemont, en fait, on est sur Saint-Ballemont, ici.
25:49Et les Cires de Saint-Ballemont vont développer le site de cet ermite en un prioré,
25:59ce qui explique un peu les éléments architecturaux qu'on voit ici,
26:04qui empruntent d'ailleurs, il y a des empreintes orientalistes.
26:07C'est assez étonnant en Terre Vosienne.
26:09– C'est complètement étonnant, ça surprend complètement, vraiment.
26:12– Du roman, un peu de gothique, enfin voilà, c'est au fil du temps.
26:16Et puis, il est retombé en ruine.
26:19– Il est retombé en ruine, mais toi, tu le découvres comment ?
26:22C'est au hasard d'une marche ? C'est comment ?
26:24– Au hasard d'une marche, en partant de Relange, il y a une pierre aussi.
26:30C'est habité, ici.
26:33– On a pas mal voyagé sur le début de l'émission.
26:35On est allé un peu sur d'autres coins de la planète.
26:38Revenons aux Vosges parce qu'il y a un vrai et authentique attachement à ce département et à cette montagne.
26:45– C'est mes racines.
26:46– Ce sont tes racines, bien sûr.
26:47– Ce sont mes racines.
26:48Et puis, la nature est un élément essentiel de mes écrits.
26:52C'est un des personnages principaux qu'on retrouve sur tous les bouquins.
26:56Je considère que l'homme est un élément de la biodiversité, mais qu'un élément.
27:03– Mais qu'un élément, mais en plus un élément aujourd'hui…
27:06Est-ce qu'on peut dire aujourd'hui un homme dangereux ?
27:08Enfin, un élément dangereux, c'est-à-dire prédateur.
27:11Tu parles souvent, tu as souvent parlé dans tes bouquins du loup, du lynx, etc.
27:14Mais on peut même aller au-delà aujourd'hui. Est-ce que c'est… ?
27:17– La forêt, c'est vrai, sur la planète, mais aussi dans les Vosges, ça se voit.
27:22Ce qui se passe avec l'eau, pas loin d'ici, à Vittel.
27:25J'avais écrit il y a longtemps.
27:27– Oui, oui.
27:28– Ça s'appelait Aquavos Connection.
27:29– Je m'en souviens très bien.
27:30– J'évoquais des mafias qui s'emparaient de l'eau.
27:33– Oui, alors il faudrait le relire ensemble.
27:35– Oui, parce qu'en fait, c'était assez prémonitoire.
27:38– Tout à fait.
27:39– Il n'y avait plus beaucoup de salariés.
27:41Ça tournait tout seul et puis les gens n'avaient plus d'eau.
27:44Ça partait… je ne sais pas si c'était en Suisse ou peut-être.
27:48– Alors j'ai lu il y a longtemps parce qu'il a au moins 20 ans ce livre.
27:50– Oui.
27:51– Donc je ne savais pas te dire si c'était à la Suisse.
27:53Mais il y a quand même… c'est un fil rouge quand même,
27:56cet attachement à la terre vosgienne, cette proximité, cet amour même des Vosges.
28:01– C'est ce qui m'a fait aimer le monde aussi.
28:04Moi je dis toujours, j'ai deux passions, c'est les Vosges et la planète.
28:08– Oui.
28:09– Donc tout ce qui se passe ici…
28:12On est dans un village planétaire, l'expression est connue.
28:16– En tout cas c'était vraiment une balade délicieuse, mystérieuse, très enrichissante.
28:23– Oui, je crois beaucoup dans l'imaginaire aussi.
28:26Même si le journaliste doit affronter la réalité.
28:31Mais l'imaginaire, l'invisible, c'est important.
28:36Ça fait partie de ce qui constitue une personnalité, une nation, une communauté, un peuple.
28:45– Merci Claude.
28:48– Rien, merci à vous.
28:50– A bientôt.
28:51– Sous-titrage ST' 501
28:52– Sous-titrage ST' 501
28:54– Sous-titrage ST' 501
28:56– Sous-titrage ST' 501
29:01– Sous-titrage ST' 501
29:03– Sous-titrage ST' 501
29:04Ici Lorraine, crack pour l'émission
29:07Sur ma route, sur Moselle TV
29:09et Vosges Télévisions
29:11Ici, votre radio de proximité
29:14en Lorraine
Écris le tout premier commentaire
Ajoute ton commentaire

Recommandations