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  • il y a 6 jours
Le gouvernement souhaite interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans dès la rentrée prochaine, selon un projet de loi qui doit être discuté au Parlement début 2026. Pour l’experte en éducation, Anne Coffinier, c’est «une urgence» de le faire.

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Transcription
00:00Je pense, pour ma part, que c'est une urgence.
00:03On peut d'ailleurs se demander pourquoi notre président de la République s'en est pas préoccupé plus tôt,
00:08puisqu'il avait quand même le temps, et c'est pas nouveau, les réseaux sociaux.
00:11C'est une urgence. Alors on peut trouver que c'est pas très élaboré, mais bon, c'était pas forcément le lieu hier soir.
00:16Et je crois pas que ça soit une diversion, même si peu de pays encore font ça,
00:20puisque pour l'instant, il n'y a que l'Australie depuis le mois dernier, et plusieurs pays travaillent sur ce projet.
00:25Mais c'est un vrai sujet, un vrai sujet où il faut une action déterminée,
00:29où ça sera certainement difficile d'être très efficace.
00:32Mais pour une fois, on peut quand même repérer un aspect un peu positif dans le discours d'hier.
00:37Eh bien c'est bien que ce point ait été confirmé, et qu'un projet de loi soit débattu dès le mois de janvier au Parlement.
00:45Est-ce qu'on a des chiffres pour justifier, finalement, qu'on légifère ?
00:49Est-ce que les chiffres sont alarmants, alarmistes ? Quel est votre point de vue là-dessus ?
00:55Oui, alors déjà, il faut rappeler les faits.
00:56Les faits, c'est que les réseaux sociaux sont interdits théoriquement aux enfants de moins de 13 ans.
01:03Ça, c'est la loi.
01:04En pratique, c'est pas du tout respecté.
01:07Et on a 75% des enfants de 11-12 ans qui utilisent au moins un réseau social.
01:13Et en réalité, non seulement ils utilisent au moins un réseau social,
01:17mais ils y passent 1h56 par jour, c'est-à-dire 2h par jour.
01:202h par jour, où ils pourraient lire, où ils pourraient faire plein de choses, apprendre leurs devoirs, jouer, courir, etc.
01:28Alors, et si on étend un petit peu le propos, si on se dit, on regarde la population de 11-14 ans,
01:33et on regarde le temps passé sur les écrans, donc pas uniquement les réseaux sociaux, mais plus largement,
01:37on arrive à un total de 3h par jour.
01:393h par jour.
01:42Donc, en fait, c'est très rapidement...
01:44Au détriment d'autres activités sportives...
01:47Relationnelles, déjà.
01:48Peut-être que les devoirs relationnels aussi.
01:50On voit une réduction de la capacité à interagir, qui vient directement de cette prostration, d'ailleurs quasi physique.
01:57On voit les jeunes dans la rue, dans le métro, partout, pas que les jeunes d'ailleurs,
02:01mais en tout cas, on voit les enfants prostrés, physiquement repliés, sur leur smartphone, dans leur bulle,
02:06qui ne voient plus tellement la nécessité de parler.
02:08Et je ne sais pas si vous avez déjà vu ça, mais quand vous allez, par exemple, au restaurant,
02:11vous voyez souvent des jeunes qui, chacun, sont sur leur téléphone.
02:15Ou alors, par exemple, un grand-parent qui a amené un enfant manger un petit bout au restaurant,
02:20et l'enfant, il est planté sur son téléphone.
02:23Donc, en fait, ce qu'il y a en risque, là, c'est vraiment la relation sociale, la relation interpersonnelle.
02:28Donc, derrière, le recul du langage, le recul de notre capacité à faire société, donc c'est phénoménal.
02:33Alors ça, c'est pour les plus grands, mais pour ce qui concerne les plus petits,
02:36parce que vous dites qu'on a déjà accès aux écrans, alors parce que, parfois, le collège nécessite aussi
02:41qu'on puisse joindre ses parents à tout moment.
02:43Dès l'âge de 11-12 ans, on voit tous des enfants qui ont accès aux tablettes tactiles
02:48ou au téléphone de leurs parents à un âge encore plus jeune.
02:51Est-ce que ça entraîne aussi des... et là, c'est peut-être plus concernant, des retards cognitifs dans leur développement ?
02:55Alors, les inconvénients sont nombreux, assez bien documentés et, j'ai envie de dire, pléthoriques.
03:03Et avant de les aborder, effectivement, je veux rebondir sur ce que vous avez dit.
03:06Ce qui est très compliqué, c'est que c'est souvent l'école qui force quasiment la famille à avoir un smartphone.
03:12Et même quand vous voulez essayer de réguler les choses, il faudrait que vous soyez constamment à la maison,
03:16parce que si, par exemple, vos enfants ont besoin de faire leur devoir, il faut encore savoir ce qu'il y a comme devoir,
03:20à tous les coups, il y a un travail de groupe à faire, il faut être connecté par WhatsApp au groupe.
03:24Donc, en réalité...
03:25Ce qu'on appelle l'école connectée, oui, effectivement.
03:27Il y a effectivement beaucoup de cours et de devoirs qui sont donnés,
03:30j'en fais l'expérience moi-même avec mes enfants, sur ces espaces numériques.
03:34Donc, c'est aussi, par exemple, sur les ENT, ce qu'on appelle les ENT.
03:39Donc, c'est aussi ça qu'il va falloir que le gouvernement prenne de face, parce qu'on en est très, très loin.
03:45On a développé toute cette hyper-connexion, on a les notes en direct,
03:48on peut interagir avec les professeurs en direct, on peut faire tout ça.
03:51Mais ce qu'on voit, c'est qu'on a des enfants complètement addicts.
03:53Et quand on ajoute cette réalité-là, alors là, c'est beaucoup plus tard,
03:56mais ensuite, avec la réalité de Parcoursup, on a des enfants ultra-connectés,
03:59donc en risque d'hyper-connexion, très, très fébriles,
04:02et qui ne vivent plus leur vie à un carnet physique, etc.
04:05Donc, pour en revenir à ce que vous me demandiez, c'est-à-dire,
04:07est-ce que ça pose de vrais problèmes ?
04:09Oui, ça pose de vrais problèmes.
04:10Alors, la première chose dont on parle toujours, c'est tout simplement l'exposition au contenu inapproprié,
04:15comme on dit pudiquement.
04:16Donc, ça veut dire, bien sûr...
04:18L'accès à la pornographie.
04:19L'accès à la pornographie, mais aussi l'accès au discours de radicalisation.
04:23Il n'y a pas longtemps, Hugo Micheron, le chercheur de géopolitique et spécialiste du monde arabe,
04:28a montré qu'en l'espace de trois clics, on arrive à un contenu qui appelle à la radicalisation islamiste.
04:34Donc, ça va très, très vite.
04:36Et ça, c'est important d'en parler.
04:38Et bien sûr, il y a aussi toute la logique de la prostitution.
04:41Il faut savoir que la prostitution des mineurs s'est développée de manière effrayante.
04:45Et ça vient largement des réseaux sociaux, où les propositions de commencer par montrer un bout de sein, un ci, un là,
04:53se font de manière... avec contre-rémunération, se font très facilement.
04:56Et puis, vous rentrez ensuite dans un réseau de prostitution.
04:58Donc, tout ça, ça vient largement des réseaux sociaux.
05:00Et à côté de ça, il y a bien sûr le cyberharcèlement, qui est la forme la plus fréquente de harcèlement,
05:06parce que ça veut dire qu'il n'y a plus de faim.
05:08Puis, avant, on se faisait harceler à l'école potentiellement, mais chez soi, c'était fini.
05:12Tandis que là, c'est non-stop.
05:13Donc, c'est extraordinairement grave et ça conduit souvent à des suicides.
05:17C'est souvent dans une dimension de cyberharcèlement qui fait basculer.
05:20Et d'ailleurs, on...
05:20D'où le besoin de vigilance des parents aussi pour réguler tout ça.
05:24Moins les enfants de ce portphone, en particulier la nuit, et moins il y a de risques de dérapage.
05:29Sous-titrage Société Radio-Canada
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