00:00Je pense, pour ma part, que c'est une urgence.
00:03On peut d'ailleurs se demander pourquoi notre président de la République s'en est pas préoccupé plus tôt,
00:08puisqu'il avait quand même le temps, et c'est pas nouveau, les réseaux sociaux.
00:11C'est une urgence. Alors on peut trouver que c'est pas très élaboré, mais bon, c'était pas forcément le lieu hier soir.
00:16Et je crois pas que ça soit une diversion, même si peu de pays encore font ça,
00:20puisque pour l'instant, il n'y a que l'Australie depuis le mois dernier, et plusieurs pays travaillent sur ce projet.
00:25Mais c'est un vrai sujet, un vrai sujet où il faut une action déterminée,
00:29où ça sera certainement difficile d'être très efficace.
00:32Mais pour une fois, on peut quand même repérer un aspect un peu positif dans le discours d'hier.
00:37Eh bien c'est bien que ce point ait été confirmé, et qu'un projet de loi soit débattu dès le mois de janvier au Parlement.
00:45Est-ce qu'on a des chiffres pour justifier, finalement, qu'on légifère ?
00:49Est-ce que les chiffres sont alarmants, alarmistes ? Quel est votre point de vue là-dessus ?
00:55Oui, alors déjà, il faut rappeler les faits.
00:56Les faits, c'est que les réseaux sociaux sont interdits théoriquement aux enfants de moins de 13 ans.
01:03Ça, c'est la loi.
01:04En pratique, c'est pas du tout respecté.
01:07Et on a 75% des enfants de 11-12 ans qui utilisent au moins un réseau social.
01:13Et en réalité, non seulement ils utilisent au moins un réseau social,
01:17mais ils y passent 1h56 par jour, c'est-à-dire 2h par jour.
01:202h par jour, où ils pourraient lire, où ils pourraient faire plein de choses, apprendre leurs devoirs, jouer, courir, etc.
01:28Alors, et si on étend un petit peu le propos, si on se dit, on regarde la population de 11-14 ans,
01:33et on regarde le temps passé sur les écrans, donc pas uniquement les réseaux sociaux, mais plus largement,
01:37on arrive à un total de 3h par jour.
01:393h par jour.
01:42Donc, en fait, c'est très rapidement...
01:44Au détriment d'autres activités sportives...
01:47Relationnelles, déjà.
01:48Peut-être que les devoirs relationnels aussi.
01:50On voit une réduction de la capacité à interagir, qui vient directement de cette prostration, d'ailleurs quasi physique.
01:57On voit les jeunes dans la rue, dans le métro, partout, pas que les jeunes d'ailleurs,
02:01mais en tout cas, on voit les enfants prostrés, physiquement repliés, sur leur smartphone, dans leur bulle,
02:06qui ne voient plus tellement la nécessité de parler.
02:08Et je ne sais pas si vous avez déjà vu ça, mais quand vous allez, par exemple, au restaurant,
02:11vous voyez souvent des jeunes qui, chacun, sont sur leur téléphone.
02:15Ou alors, par exemple, un grand-parent qui a amené un enfant manger un petit bout au restaurant,
02:20et l'enfant, il est planté sur son téléphone.
02:23Donc, en fait, ce qu'il y a en risque, là, c'est vraiment la relation sociale, la relation interpersonnelle.
02:28Donc, derrière, le recul du langage, le recul de notre capacité à faire société, donc c'est phénoménal.
02:33Alors ça, c'est pour les plus grands, mais pour ce qui concerne les plus petits,
02:36parce que vous dites qu'on a déjà accès aux écrans, alors parce que, parfois, le collège nécessite aussi
02:41qu'on puisse joindre ses parents à tout moment.
02:43Dès l'âge de 11-12 ans, on voit tous des enfants qui ont accès aux tablettes tactiles
02:48ou au téléphone de leurs parents à un âge encore plus jeune.
02:51Est-ce que ça entraîne aussi des... et là, c'est peut-être plus concernant, des retards cognitifs dans leur développement ?
02:55Alors, les inconvénients sont nombreux, assez bien documentés et, j'ai envie de dire, pléthoriques.
03:03Et avant de les aborder, effectivement, je veux rebondir sur ce que vous avez dit.
03:06Ce qui est très compliqué, c'est que c'est souvent l'école qui force quasiment la famille à avoir un smartphone.
03:12Et même quand vous voulez essayer de réguler les choses, il faudrait que vous soyez constamment à la maison,
03:16parce que si, par exemple, vos enfants ont besoin de faire leur devoir, il faut encore savoir ce qu'il y a comme devoir,
03:20à tous les coups, il y a un travail de groupe à faire, il faut être connecté par WhatsApp au groupe.
03:24Donc, en réalité...
03:25Ce qu'on appelle l'école connectée, oui, effectivement.
03:27Il y a effectivement beaucoup de cours et de devoirs qui sont donnés,
03:30j'en fais l'expérience moi-même avec mes enfants, sur ces espaces numériques.
03:34Donc, c'est aussi, par exemple, sur les ENT, ce qu'on appelle les ENT.
03:39Donc, c'est aussi ça qu'il va falloir que le gouvernement prenne de face, parce qu'on en est très, très loin.
03:45On a développé toute cette hyper-connexion, on a les notes en direct,
03:48on peut interagir avec les professeurs en direct, on peut faire tout ça.
03:51Mais ce qu'on voit, c'est qu'on a des enfants complètement addicts.
03:53Et quand on ajoute cette réalité-là, alors là, c'est beaucoup plus tard,
03:56mais ensuite, avec la réalité de Parcoursup, on a des enfants ultra-connectés,
03:59donc en risque d'hyper-connexion, très, très fébriles,
04:02et qui ne vivent plus leur vie à un carnet physique, etc.
04:05Donc, pour en revenir à ce que vous me demandiez, c'est-à-dire,
04:07est-ce que ça pose de vrais problèmes ?
04:09Oui, ça pose de vrais problèmes.
04:10Alors, la première chose dont on parle toujours, c'est tout simplement l'exposition au contenu inapproprié,
04:15comme on dit pudiquement.
04:16Donc, ça veut dire, bien sûr...
04:18L'accès à la pornographie.
04:19L'accès à la pornographie, mais aussi l'accès au discours de radicalisation.
04:23Il n'y a pas longtemps, Hugo Micheron, le chercheur de géopolitique et spécialiste du monde arabe,
04:28a montré qu'en l'espace de trois clics, on arrive à un contenu qui appelle à la radicalisation islamiste.
04:34Donc, ça va très, très vite.
04:36Et ça, c'est important d'en parler.
04:38Et bien sûr, il y a aussi toute la logique de la prostitution.
04:41Il faut savoir que la prostitution des mineurs s'est développée de manière effrayante.
04:45Et ça vient largement des réseaux sociaux, où les propositions de commencer par montrer un bout de sein, un ci, un là,
04:53se font de manière... avec contre-rémunération, se font très facilement.
04:56Et puis, vous rentrez ensuite dans un réseau de prostitution.
04:58Donc, tout ça, ça vient largement des réseaux sociaux.
05:00Et à côté de ça, il y a bien sûr le cyberharcèlement, qui est la forme la plus fréquente de harcèlement,
05:06parce que ça veut dire qu'il n'y a plus de faim.
05:08Puis, avant, on se faisait harceler à l'école potentiellement, mais chez soi, c'était fini.
05:12Tandis que là, c'est non-stop.
05:13Donc, c'est extraordinairement grave et ça conduit souvent à des suicides.
05:17C'est souvent dans une dimension de cyberharcèlement qui fait basculer.
05:20Et d'ailleurs, on...
05:20D'où le besoin de vigilance des parents aussi pour réguler tout ça.
05:24Moins les enfants de ce portphone, en particulier la nuit, et moins il y a de risques de dérapage.
05:29Sous-titrage Société Radio-Canada
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