00:00Europe 1, Christophe Bordet et vous.
00:02Midi 18 sur Europe 1 et depuis 11h et jusqu'à 13h, c'est Christophe Bordet et vous.
00:07Et on parle de cette actualité, de cette nuit de frayeur pour les habitants des Minguettes à Vénitieux
00:11dans la nuit de samedi 27 décembre aux alentours de 22h.
00:14Plusieurs tirs d'armes lourdes ont été perpétrés dans ce quartier à proximité de Pointe-de-Île.
00:19On en parle avec nos chroniqueurs, Sabrina Medjeber, essayiste, Victor Hérault, journaliste politique à Valeurs Actuelles
00:25et notre invité Axel Ronde, porte-parole CFTC Police, Île-de-France.
00:29Bon, alors j'ai découvert l'information un peu comme vous tous ces dernières heures,
00:35des dizaines de coups de feu à l'arme de guerre, des habitants impuissants filmant la scène depuis leurs appartements
00:41et des riverains absolument paniqués, des tirs qui ont éclaté à Vénitieux, c'est dans la métropole de Lyon,
00:48c'est sur l'avenue du 8 mai 1945, la rue des Martyrs, de la Résistance, la rue Vladimir Komarov.
00:55Et c'est vrai que quand on regarde les images, on se demande où on est, c'est-à-dire que moi,
01:02quand je me rappelle, il y a des années de ça, on se moquait du Brésil.
01:07On disait au Brésil, dans les favelas, ça tire à tout va, il y a des morts, ils s'entretuent, c'est l'insécurité, etc.
01:17Bon, et on disait, de toute façon, le Brésil, ils ne sont pas aussi évolués que nous,
01:22parce qu'on regardait tout ça, évidemment, toujours de la même manière.
01:26Aujourd'hui, j'ai presque envie de vous dire, le Brésil que je connais un petit peu, et le Mercosur,
01:32on s'aperçoit qu'ils sont en train de se développer, de nous dépasser à tous les niveaux,
01:37et que nous, on est en train de sombrer.
01:38C'est quand même un petit peu le sentiment que j'ai aujourd'hui.
01:43Et c'est une France que je n'aime pas, et c'est une France dans laquelle je n'ai absolument pas envie de vivre,
01:48je le dis franchement, et pourtant, il faut continuer à se battre,
01:53pour essayer d'endiguer tous ces phénomènes de bande,
01:57tous ces phénomènes qui sont liés aussi, évidemment, au trafic de drogue,
02:00parce que c'est bien de cela dont il s'agit.
02:05Que peut-on faire ? Je ne sais pas, parce que c'est vrai qu'aujourd'hui,
02:08on prend des mesures, mais elles ne semblent jamais assez efficaces,
02:14donc c'est vrai qu'au bout d'un moment, on se sent quand même un petit peu seul,
02:18face à une situation de plus en plus critique, voire dramatique.
02:22Axel Ronde, vous êtes le porte-parole du CFTC Police d'Île-de-France.
02:26Tout d'abord, cette affaire de Lyon,
02:28qu'est-ce que vous en savez de plus que nous, à l'heure où on se parle ?
02:31Écoutez, on sait que ce sont des individus qui sont dans le narcotrafique.
02:38On ne va pas se mentir, ce sont des individus qui veulent revendiquer qu'ils sont chez eux,
02:43que c'est leur quartier, qu'ils feront la loi,
02:48et que maintenant, la loi de la République n'y s'y applique plus.
02:52Ils tirent en l'air, ils tirent sur des façades, des rafalages à la Kalachnikov.
02:57Là, il y a des impacts de balles qui ont été retrouvés sur les murs des immeubles.
03:01Je vous rappelle qu'il y a eu des drames par le passé,
03:03avec des balles qui se sont passées à travers les vitres,
03:05et des victimes derrière qui ne demandaient rien à la personne qui était juste chez elle.
03:09Bien sûr, des gens qui sont morts dans leur sommeil,
03:11vous imaginez, avec une balle en pleine tête de Kalachnikov,
03:15comme si on était en zone de guerre.
03:18Aujourd'hui, c'est ce qui se passe dans beaucoup de zones en France,
03:21vous pouvez mourir d'une balle perdue par le tir de narcotrafiquants.
03:28C'est ça, la réalité du pays.
03:30Alors, j'ai quand même envie de vous dire, excusez-moi, mais où est la police ?
03:34Mais la police, malheureusement...
03:35Que fait la police ?
03:36Mais que fait la police ?
03:36Elle fait beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses.
03:38Elle ne peut pas, malheureusement, être partout,
03:40parce qu'elle manque cruellement d'effectifs de moyens, surtout la nuit.
03:45Il y a très peu de véhicules de police de patrouille,
03:48parce qu'il n'y a pas assez de personnels qui vont en brigade de nuit.
03:52Parce qu'encore une fois, on réclame toujours plus d'effectifs,
03:56parce qu'on nous demande toujours plus.
03:58Vous savez, on ne peut rien faire dans notre pays.
04:00J'ai l'impression que ce discours, je l'entends depuis 20 ou 30 ans.
04:05Mais oui, c'est ce qu'on dit.
04:06Au moins.
04:06Au moins.
04:07Au moins.
04:08C'est-à-dire que ça ne change pas, c'est toujours, il n'y a pas assez d'effectifs.
04:11C'est ça.
04:11Donc on n'en sort pas.
04:12Mais bien évidemment, nous, on n'arrête pas d'alerter,
04:15et puis ça fait déjà de nombreuses années qu'on prévient qu'il y a un problème avec le trafic de drogue
04:20qu'on a laissé s'installer dans certaines zones, dans certaines banlieues pour acheter la paix sociale.
04:25Nous, on était simplement là pour faire quelques opérations, pour montrer notre présence.
04:29Mais on voit que ça a explosé, que ça a touché l'ensemble du territoire.
04:34Et on se retrouve maintenant avec des véritables zones où les dealers ont pris, si vous voulez, le pouvoir.
04:40Leur trafic de drogue, ça rapporte maintenant plus de 7 milliards d'euros chaque année.
04:45Au bas mot, et en plus, on ne parle pas de l'ensemble du trafic.
04:48Parce qu'ils ne sont pas que dans le trafic de drogue.
04:50Il y a le trafic de cigarette, le trafic de prostitution, le trafic de vol de voitures, de pièces détachées.
04:54Et j'en passe, c'est une véritable mafia qui s'installe dans notre pays.
04:58D'ailleurs, c'est le Mexique qui, il y a à peu près un an et demi, nous a alertés quand il y a eu une délégation de juges.
05:03La mexicanisation de la France.
05:05C'est ça, c'est ça qu'ils nous ont dit.
05:07Faites attention, les indicateurs chez vous sont au rouge et ça commence comme ça.
05:10Chez nous, ça a commencé comme ça.
05:11C'est pour ça qu'ils nous ont alertés pour prendre des mesures.
05:15C'est pour ça que d'ailleurs, il y a des différents ministres qui ont compris ces mesures et qui ont réellement parlé de guerre quand même.
05:22Il y a eu une rupture dans le discours.
05:24Enfin, le terme guerre est utilisé un peu n'importe comment et tout le temps.
05:28Au moins, il a le mérite d'exister parce qu'avant, c'était que dans la bouche des fonctionnaires de police et on avait l'air de dire, bon, on a un petit peu, voilà, ils sont bien gentils, ces policiers, ils nous disent toujours la même chose.
05:37Mais bon, voilà.
05:38Comment s'appellent les opérations contre les opotransmétiques ?
05:41Les opotransmétiques, ça a bien marché.
05:42Ça a bien marché.
05:44Mais bien évidemment que ça marche.
05:46Il faut que ça dure, il faut que dans la durée, ça mange énormément d'effectifs de police, si vous voulez.
05:52Ces opérations, elles nous ont permis, si vous voulez, d'obtenir du renseignement, de prendre la mesure de l'ampleur du phénomène qui touche beaucoup de points de deal,
06:01beaucoup de circonscriptions, beaucoup d'endroits où il y a ces jeunes qui se livrent à ces trafics de drogue.
06:07Et nous, ça nous permet de comprendre leurs mécanismes.
06:10Et après, ça permet d'avoir aussi des saisies, si vous voulez.
06:12Chaque semaine, chaque mois, vous avez 10, 15, 20 tonnes peut-être de drogue saisie.
06:21Pas simplement qu'en métropole.
06:22En Outre-mer, beaucoup, il y a de saisies de drogue.
06:25La Marine nationale participe beaucoup à des opérations anti-lutte, anti-drogue avec la gendarmerie et la police nationale.
06:32D'ailleurs, dans les dom-toms, on en parle très peu, mais ça tire énormément.
06:35C'est des zones de guérilla qu'il y a.
06:38Il y a énormément de personnes qui meurent.
06:40D'ailleurs, à part ces règlements de comptes et par ces tirs, sur les dom-toms.
06:47On va continuer d'évoquer, évidemment, cette insécurité qui est liée au trafic de drogue, au narcotrafic.
06:56On va parler avec Michel, dans un instant, qui appelle Europe 1 depuis la Haute-Loire,
07:01pour savoir quel est son sentiment par rapport à ça, son inquiétude, même, probablement.
07:06Mais avant, Victor Hérault, je vous voyais bouillir de l'intérieur.
07:11Bouillir, oui, parce que, alors déjà, il faut se rendre compte de l'ampleur des dégâts.
07:14C'est-à-dire qu'on va nous dire, oui, mais vous êtes alarmiste, mais vous surfez sur les peurs, etc.
07:18Mais je demande à nos auditeurs d'aller, s'ils le peuvent, sur Internet, de taper Lyon fusillade.
07:22Le nombre d'articles qui ne parlent pas des mêmes faits, rien que sur ce mois-ci, c'est hallucinant, je viens de le faire.
07:28On parle d'une fusillade de samedi soir.
07:31En réalité, il y en a eu une également hier soir.
07:33C'est-à-dire que même nous, on est déjà en retard sur l'actualité,
07:35puisqu'hier soir, il y a eu une fusillade avec un mort tué de deux balles,
07:38qui était à Avaux-en-Velin, donc cette fois-ci, dans le nord-est de Lyon,
07:42cette fois-ci, pas dans le sud, à Vénitieux, mais même Vénitieux, 3 décembre, 19 décembre, avant-hier.
07:48Bon, en fait, les faits se multiplient comme des petits pains, j'ai envie de dire.
07:51Et surtout, vous disiez, j'aimerais rebondir sur ce que vous disiez, Christophe,
07:55est-ce que ça marche, les places exicelles ?
07:57En réalité, oui.
07:58En réalité, oui, et on peut le mesurer à une chose, c'est au représailles du narcotrafic.
08:03Si, parce qu'on le voit lorsque le narcotrafic réplique.
08:05Le meurtre d'Amin Kessassi à Marseille,
08:07et l'incendie du collège à Dijon, en début de mois, par ailleurs, ce mois de décembre,
08:11ça a été bon, mais l'incendie du collège à Dijon, en début de mois de décembre,
08:16ce sont des vengeances de la part du narcotrafic envers l'État.
08:19C'est-à-dire que là, ils ne se tirent plus entre eux, entre bandes,
08:21mais ils visent l'État. Pourquoi ?
08:22C'est bien parce que l'État commence à attaquer leurs affaires,
08:26à les déranger un petit peu.
08:27Ça ne va pas assez vite, à mon sens.
08:29Mais il faut voir quand même que s'il y a réaction,
08:31c'est qu'il y a eu action en amont.
08:32Oui, mais alors, si l'État de nation,
08:35qui est centralisateur, très jacobin, recule,
08:38c'est parce qu'on a laissé aussi, pardon,
08:41l'installation, à travers cette chimérique et sanglante politique de la ville,
08:47des zones entières, où une certaine partie de l'immigration s'y est installée,
08:51et s'y est installée avec ses codes,
08:53et à travers, justement, la politique de la ville
08:56et son corollaire, l'antiracisme,
08:59eh bien l'État, aujourd'hui, est tétanisé
09:01à déployer une nouvelle doctrine du maintien de l'ordre.
09:05Vous avez l'État qui est responsable, évidemment,
09:08de cette, comment dire, guérilla qui s'étend.
09:11Je rappelle que Gérald Darmanin avait dit
09:13qu'il n'y avait plus de safe space en France,
09:1679% des communes en France sont touchées par le narcotrafic.
09:20Pourquoi ? Parce que dans ces quartiers-là,
09:23c'est une économie, c'est un néolibéralisme presque de base
09:27qui prend effet et qui, parce que la manne financière du narcotrafic est telle,
09:33génère des convoitises et des intérêts
09:36qui amènent des conséquences de cet ordre-là.
09:39Ça, c'est la première des raisons.
09:41La seconde des raisons, c'est l'Europe.
09:43Comment ces armes arrivent en France ?
09:45Par quel biais ?
09:46Par la circulation des biens, des services, des capitaux, etc.
09:50Donc l'Europe de Schengen favorise, malheureusement,
09:53la criminalité en France.
09:55Et enfin, vous avez une responsabilité judiciaire.
09:57Ça n'est pas du fait du politique.
09:59Gérald Darmanin s'y est attelé avec sa loi contre le narcotrafic.
10:03Que fait la justice derrière ?
10:05Exactement. La justice des mineurs.
10:06Que fait le Conseil constitutionnel ?
10:08Il annule les lois.
10:09Donc comment voulez-vous faire ?
10:11Par quel biais ?
10:12Voulez-vous réorganiser l'État-nation ?
10:14Par quel biais voulez-vous, encore une fois,
10:16que l'État fasse son travail ?
10:19Quand, de surcroît, et je rajoute et je termine là-dessus,
10:21les arbitrages budgétaires sont complètement réduits à peau de chagrin
10:27concernant le régalien.
10:28Sur 1000 euros de dépenses publiques,
10:3125 sont dédiés à la police, à la gendarmerie,
10:345 pour la justice.
10:35Donc comment voulez-vous rétablir l'ordre ?
10:38Évitez la mexicanisation de la France
10:40si on n'arrive pas déjà à juguler ces problèmes.
10:43C'est vrai que le trafic, en plus, est partout et s'étend.
10:46Parce que quand on parle de 80% des communes,
10:48il y a des communes rurales, aujourd'hui, qui sont concernées.
10:52Et j'en parle d'autant plus facilement que la mienne,
10:56en Gironde, je ne vais pas donner le nom,
10:58mais est concernée, 2000 habitants,
10:59et tout d'un coup, on découvre des plantations de hachiches
11:04en plein milieu des bois.
11:06Et vous savez pour quelle raison ?
11:07C'est sûr qu'à la campagne, ils sont tranquilles,
11:09ils peuvent trafiquer.
11:10Il y a des laboratoires de transformation dans les hangars.
11:15Vous savez pour quelle raison, cher Christophe ?
11:16Il n'y a plus d'agriculteurs, mais il y a de la coke.
11:18Parce que dans les métropoles, le trafic est saturé.
11:22Eux, ce sont des entrepreneurs.
11:23Donc, ils vont aller chercher d'autres zones de chalandise.
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