- il y a 7 semaines
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00:01:30Huit heures
00:01:39Votre bouillon
00:01:43Il faut le boire bien chaud
00:01:46Sinon, ça ne vous fera aucun
00:01:48Aucun bien
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00:02:59J'ai des asperges que vous m'aviez commandées, elles sont très belles, cueillies-les ce matin.
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00:35:03la marquise était pareille à celle-ci.
00:35:14Enfin, voyons, vous vous conduisez avec moi
00:35:16comme si j'avais dix ans de moins.
00:35:21Puisque je ne peux prétendre
00:35:23tenir la place de votre marquise,
00:35:26je me contenterai
00:35:27de la beauté des sous-spétables.
00:35:29Qui cela serait?
00:35:31Les sauts et les savants.
00:35:33Je crois qu'un jour viendra
00:35:35où l'homme visitera les planètes.
00:35:38Vous avez raison.
00:35:40Il n'aura pas la sagesse d'y renoncer
00:35:41et il ne pourra s'empêcher
00:35:43d'y mettre de l'orgueil
00:35:45comme toujours.
00:35:48Vous étiez moins pessimiste
00:35:49avec la marquise.
00:35:52Marquise?
00:35:55Imaginaire.
00:35:58Êtes-vous sérieux?
00:35:59Je voulais raconter simplement
00:36:03les principes qui réjouissent l'univers.
00:36:05Alors j'ai imaginé des conversations
00:36:07avec une marquise
00:36:08le soir
00:36:09dans le parc d'un château.
00:36:11Je rêvais d'un ouvrage
00:36:14ni trop sec
00:36:15ni trop léger
00:36:16mais il se peut bien
00:36:18qu'en cherchant un juste milieu
00:36:19qui convainc tout le monde,
00:36:21j'en ai trouvé un
00:36:22qui ne convienne à personne.
00:36:25Les justes milieux
00:36:26sont impossibles à tenir.
00:36:29On ne m'y prendra plus.
00:36:30C'est pourtant grâce à vous
00:36:32que les femmes
00:36:33prennent plaisir à la science.
00:36:36Beaucoup d'hommes
00:36:36ne vous le pardonneront jamais.
00:36:40Enfin,
00:36:41l'aveu que vous m'avez fait
00:36:43me dispense désormais
00:36:44de me montrer jalousie
00:36:45vers votre marquise.
00:36:47Je vous demande pardon.
00:36:49J'ai parlé de la jalousie.
00:36:52J'avoue,
00:36:53ignorez ce que c'est.
00:36:55Je vous crois.
00:36:56Il n'y a que la femme
00:36:57pour savoir.
00:36:57A long vu,
00:37:01je ne suis pas
00:37:02tout à fait honnête.
00:37:04Pardon ?
00:37:06Cette marquise,
00:37:07je ne l'ai pas
00:37:09entièrement inventée.
00:37:11Je me suis inspirée
00:37:12d'une personne réelle.
00:37:14Qui ?
00:37:17Une dame de ma province
00:37:18auprès de laquelle
00:37:20beaucoup pensaient
00:37:21que j'étais
00:37:22assidu.
00:37:25L'étiez-vous ?
00:37:26Je fais en sorte
00:37:28que mes manières
00:37:29fûtent toujours honnêtes
00:37:30et obligeantes.
00:37:34Les jeunes gens
00:37:35n'entendent plus cela.
00:37:37Le seul intérêt
00:37:37des jeunes gens
00:37:38est de fuir les sentiments.
00:37:42Enfin, monsieur,
00:37:44fuir les sentiments.
00:37:46quel étrange conseil.
00:37:49Quelle importance.
00:37:51On reconnaît
00:37:51les bons conseils
00:37:52à ce qu'ils ne sont
00:37:53jamais suivis
00:37:53et les mauvais
00:37:54à ce que tout le monde
00:37:55s'est hâté
00:37:55de les précéder.
00:37:59Je ne vous ai
00:38:00que trop retardé,
00:38:00monsieur.
00:38:02Aurais-je prononcé
00:38:02quelques paroles
00:38:03pour vous déplaire ?
00:38:06La nuit est fraîche,
00:38:07soudainement.
00:38:09Elle est fort douce,
00:38:10au contraire.
00:38:10Je porte de prendre froid.
00:38:15Je m'en voudrais
00:38:15donner ton poids
00:38:16attentif
00:38:17à votre santé.
00:38:25Le troisième acte
00:38:27commence
00:38:27par une scène
00:38:29entre
00:38:29la marquise
00:38:30et Dubois.
00:38:34Buvez.
00:38:34C'est brûlant.
00:38:40Vous vous souciez
00:38:41moins du chaud
00:38:42et du froid
00:38:42dans certaines maisons
00:38:43que je connais.
00:38:47Je dois écrire
00:38:47une lettre.
00:38:49Allez.
00:38:57Oh.
00:39:04C'est chaud.
00:39:28Oh.
00:39:28Eh bien,
00:39:28mon pauvre ami,
00:39:30vous voilà
00:39:30dans un triste état.
00:39:31À cause de l'humidité
00:39:32de votre jardin.
00:39:34Que me dites-vous là ?
00:39:36Que les faiblesses
00:39:37arrivent
00:39:37par où on ne les attend pas.
00:39:41Ma nièce
00:39:41m'a chargée
00:39:42de vous remettre
00:39:42cette lettre.
00:39:44Elle vous remercie
00:39:44d'être restée
00:39:45pour l'écouter chanter.
00:39:47Ah.
00:39:48Je crois avoir bien agi
00:39:49en exigeant
00:39:50qu'Isabelle s'installe
00:39:50chez moi.
00:39:52Elle ne pouvait rester
00:39:53à Florence
00:39:53plus longtemps.
00:39:55Sa mère n'aurait jamais
00:39:55trouvé sur place
00:39:56remède à son mal.
00:39:57De quel mal
00:39:58souffre-t-elle donc ?
00:39:59De quoi voulez-vous ?
00:40:02L'amour,
00:40:03mon ami.
00:40:04L'amour.
00:40:06Isabelle
00:40:07a connu
00:40:08il y a peu
00:40:08le revers
00:40:08d'une passion
00:40:09qu'elle croyait
00:40:09partager.
00:40:10Elle a surpris
00:40:11celui qui lui avait
00:40:12juré sa flamme
00:40:12dans les bras
00:40:13d'une autre.
00:40:14Enfin,
00:40:15quand j'ai dans les bras,
00:40:16j'espère que vous me comprenez.
00:40:18Ma sœur s'est alarmée
00:40:19car la santé d'Isabelle
00:40:20donnait des signes
00:40:21d'inquiétude
00:40:21après cette pénible
00:40:22déconvenue.
00:40:23on ne saurait compter
00:40:25le nombre de fois
00:40:26où Isabelle
00:40:26a été surprise
00:40:27en larmes.
00:40:28Sans parler
00:40:29de ce jour
00:40:30pas si lointain
00:40:30où elle a voulu
00:40:31se jeter dans la rivière.
00:40:33Enfin !
00:40:34J'ai arraché
00:40:35ma nièce à son tourment
00:40:36et la voilà guérie.
00:40:40Je vous vois fatiguée,
00:40:41cher Fontenelle.
00:40:43Vous dites ?
00:40:44Ah, oui.
00:40:46L'amour.
00:40:51Me pardonnerez-vous, monsieur,
00:40:53un comportement
00:40:54aussi ce qu'inexplicable
00:40:55alors que vous me faisiez
00:40:57la faveur
00:40:58de votre immense savoir.
00:41:01Il me faudra bien
00:41:02de courage
00:41:02pour réparer
00:41:03devant vous
00:41:04alors même
00:41:05que je ne saurais
00:41:06me résigner
00:41:07à ne plus vous voir.
00:41:14Orphine.
00:41:15Sous-titrage Société Radio-Canada
00:41:17Sous-titrage Société Radio-Canada
00:41:18Sous-titrage MFP.
00:41:48Madame, mademoiselle, monsieur de Fontenelle m'a chargé de vous remettre ceci.
00:42:18Ah, monsieur de Fontenelle, je suis Viannaise de vous revoir.
00:42:23Monsieur Diderot et monsieur d'Alembert disaient à l'instant que vous étiez leur maître.
00:42:26Ce n'est pas un mince privilège, madame, que d'être née avant tout le monde.
00:42:32Viannaise, vous avez retrouvé bonne mine.
00:42:35Ma nièce sera ravie de vous revoir.
00:42:36Oh, cette jeunesse nous donne le vertige.
00:42:45Qu'il me soit permis de saluer l'es...
00:42:50et qu'il me soit permis de saluer l'esprit le plus libre et le plus avancé de notre temps.
00:42:55Monsieur d'Alembert, vous me faites trop d'honneur.
00:42:59Notre encyclopédie vous est sans froid redevable.
00:43:01Vous verrez que mon âge finira par me rapporter.
00:43:05Je ne suis point un de ces hommes qui exhibent des certitudes.
00:43:15Mais je sais que c'est par la connaissance et le raisonnement que le monde sortira des ténèbres.
00:43:20Nos articles lui ouvriront les yeux
00:43:22et nos souscripteurs ne seront pas que des lecteurs.
00:43:25Comprenez-vous, ils transmettront, ils témoigneront.
00:43:31Monsieur de Fontenelle !
00:43:35On me dit que vous ne ménagez point à votre peine pour nous soutenir.
00:43:38Soyez-en mille fois remerciés.
00:43:40Ce premier volume de votre encyclopédie me ravit, monsieur Diderot.
00:43:45C'est une vaste entreprise.
00:43:47Trop vaste, peut-être.
00:43:49En tout cas, elle vous apportera peu de satisfaction.
00:43:52Les hommes tels que vous sont faits pour les grandes aventures
00:43:56et la règle des 3D.
00:43:59J'ignore cette règle.
00:44:00Déconvenue, difficulté, découragement.
00:44:05Eh bien, j'en ajoute un quatrième.
00:44:07Défine.
00:44:08Je veux le relever.
00:44:10Vous avez raison.
00:44:11Il était tombé assez bas ces derniers temps.
00:44:19Charmant tableau.
00:44:21Lequel se tient l'autre ?
00:44:22Diderot préférera toujours Fontenelle à Voltaire.
00:44:26Il vaut caresser un chat qu'un scorpion.
00:44:36Monsieur de Fontenelle !
00:44:39Vous me voyez confuse.
00:44:41Je veux vous assurer que l'idée que vous avez de moi n'est pas la bonne.
00:44:45Mais puisque je n'ai rien vu...
00:44:46Le jour où vous m'avez surprise, mon mari m'avait insultée.
00:44:52Imaginez mon trouble.
00:44:53Comment elle pourrais-je, madame ?
00:44:55C'est parce qu'il m'avait infligé cet affront que je me suis vengée de lui.
00:44:59Imagine que Paris Vengeance vous coûte énormément.
00:45:04Personne n'est mort d'avoir été infidèle, n'ose pas ?
00:45:07Certains m'aiment vivre, madame.
00:45:10Mon mari m'a traité de catin.
00:45:11Pourtant, j'ai éprouvé de l'affection et de la tendresse
00:45:16pour tous les hommes qui m'a été donnés de connaître.
00:45:19Dans ce cas, madame, ce n'est pas une insulte, c'est de la reconnaissance.
00:45:22Un peu de fraîcheur, un peu de fraîcheur me fera du bien.
00:45:35Quelle situation, monsieur.
00:45:37Comment cela ?
00:45:38Ce rendez-vous que vous m'avez fixé dans les plus grands secrets.
00:45:42À la suite d'une lettre de vous et votre tante, qui me l'a remise,
00:45:46croit encore que vous m'adressiez de simples remerciements.
00:45:51Je vous devais des excuses.
00:45:53J'ose à peine imaginer ce que vous avez pensé de moi après cette soirée.
00:45:57Mais ce que j'ai pensé dans l'instant n'a rien à voir avec ce que je crois désormais.
00:46:02Que voulez-vous dire ?
00:46:05Que sans l'évocation d'un sentiment qui vous tourmente plus qu'il ne faudrait,
00:46:11je n'aurais pas assisté à un départ qui ressemblait à une fuite.
00:46:16Vous savez donc, je suis moins forte que je le pense.
00:46:24Je crois oublier.
00:46:25Je ne fais qu'un fouir.
00:46:27Il est vrai et je crois que ce sera là ma plus grande gloire.
00:46:31Par quelle force faut-il donc être habité ?
00:46:34Je ne vois rien de banal dans les mouvements du cœur,
00:46:37mais je préférais m'en garder.
00:46:40Comme si nous avions les choix.
00:46:42Nous l'avons.
00:46:44Il ne faut jamais chercher qu'à simplifier sa vie.
00:46:49Pour ma part, j'ai voulu faire l'économie d'histoire d'amour
00:46:51qui m'eussent laissé pantelons.
00:46:54Je me connais trop bien.
00:46:55Mais vous avez aimé, monsieur.
00:46:58Il avait été en retour.
00:47:01Soutiendrez-vous le contraire ?
00:47:02C'est un sujet bien personnel pour qui déteste parler de soi.
00:47:07Ainsi donc, vous pourriez tout connaître de moi
00:47:09et ne rien me confier en retour.
00:47:13Qui mon existence intéressera-t-elle ?
00:47:18Moi.
00:47:18Pourquoi je m'en prie ?
00:47:25Je ne sais.
00:47:27Ou plutôt, pour la première fois,
00:47:31je le sentimente d'être comprise.
00:47:35Nous nous connaissons peu, il est vrai,
00:47:37et pourtant, il me semble que nous avons déjà partagé un peu de notre vie.
00:47:45Vous ne voulez donc rien me dire ?
00:47:48Un jour.
00:47:50Quel jour ?
00:47:52Un prochain jour.
00:47:55Protégez-vous des secrets.
00:48:00C'est avec pareil raisonnement que ma petite nièce prétend que tout m'a réussi.
00:48:04Je crains que l'affliction qu'elle me porte
00:48:06m'efface voir de travers.
00:48:10En quoi aurait-elle tort ?
00:48:11Oh !
00:48:12Il suffit de regarder de quelle manière j'ai parcouru le chemin.
00:48:16Quand j'ai voulu embrasser la carrière d'avocat dans ma ville natale,
00:48:20j'ai perdu la seule affaire qui me fut confiée.
00:48:23Quelle importance ! Vous aviez la poésie.
00:48:26Je ne lui ai donné plus qu'elle ne m'a rendue.
00:48:29Je fais mine aujourd'hui d'être détaché,
00:48:31mais je sais à quel point les détracteurs avaient raison.
00:48:35Mes ouvrages ne faisaient qu'imiter
00:48:36ce que l'on représentait de pire sur les théâtres.
00:48:40L'académie vous a pourtant accepté.
00:48:43Après quatre tentatives,
00:48:45ils auraient su que j'allais vivre vieux,
00:48:48qu'ils me faisaient attendre davantage.
00:48:51Vous êtes un grand savant.
00:48:54Sans la lecture de vos ouvrages,
00:48:55aurais-je du goût pour les sciences
00:48:57et aurais-je commis...
00:48:59Quoi donc ?
00:49:01Un petit traité.
00:49:03Un petit traité.
00:49:04Deux remarques plutôt sur la réfraction de la lumière.
00:49:09Aurais-je l'honneur de les lire ?
00:49:12Accepteriez-vous en échange
00:49:13de m'enseigner l'observation des étoiles ?
00:49:17Je suis trop mal habile.
00:49:18L'observation des...
00:49:19Isabelle !
00:49:20L'observation des étoiles, oui ?
00:49:22Je ne m'y entends guère enseigner quoi que ce soit.
00:49:25Isabelle !
00:49:26Allons, acceptez-vous.
00:49:28Quel entêtement !
00:49:29Isabelle !
00:49:31Soit, soit.
00:49:32Quel était cet air que vous chantez ?
00:49:37C'est un air qu'on chante à Florence
00:49:43et qui parle d'amour.
00:49:46Isabelle !
00:49:51Qui sait à quel instant
00:49:54de la succession des générations animales
00:49:56nous en sommes ?
00:49:58Qui sait si ce bipède déformé
00:50:00qui n'a que quatre pieds de hauteur
00:50:02qu'on appelle encore un homme
00:50:03et qui ne tarderait pas à perdre ce nom
00:50:05en se déformant un peu davantage
00:50:07n'est pas l'image d'une espèce qui passe ?
00:50:11Diderot est merveilleux.
00:50:13C'est grâce à des hommes comme lui
00:50:14que le monde va s'ouvrir.
00:50:15Le monde !
00:50:16Vous rendez-vous compte ?
00:50:17Qui puis-je ?
00:50:18Nous allons découvrir tant de choses nouvelles
00:50:20comme j'ai hâte et comme j'ai envie.
00:50:22Mon fils,
00:50:23les envies sont inutiles
00:50:25quand on peut tout avoir.
00:50:26Qui sait si tout ne tend pas à se réduire
00:50:28un grand sédiment inerte et inuline ?
00:50:31Qui sait quelle sera la durée de cette inertie ?
00:50:34Qui sait quelle race nouvelle
00:50:37peut résulter d'un amas aussi grand
00:50:43de points sensibles et vivants ?
00:50:45Il sera plus aisé
00:50:53d'enseigner la mécanique
00:50:55que la tolérance.
00:50:57Sans doute.
00:50:59Il le faudra pourtant.
00:51:01C'est peut-être là
00:51:02notre véritable dessein.
00:51:03Certes.
00:51:05Mais l'homme est l'homme.
00:51:07Il avance et il recule.
00:51:09Vous ne le changerez pas aisément.
00:51:12Je ne suis pas pessimiste.
00:51:13Deux soirs comme celui-là,
00:51:17moi non plus.
00:51:43le temps
00:51:45de nos pauvres
00:51:49pauvres
00:51:50pauvres
00:51:52pauvres
00:51:53pauvres
00:51:55pauvres
00:51:55pauvres
00:51:56Eh bien, qu'attend-on ?
00:52:11Françoise, il n'y a personne !
00:52:14Françoise !
00:52:15Qu'est-ce que vous avez à crier comme ça ?
00:52:17D'abord, que faites-vous debout ?
00:52:19Ben, il est bien temps, il me semble.
00:52:21Cette heure n'a pas encore sonné ?
00:52:23Oh, voilà, mais qu'est-ce besoin des cloches ?
00:52:26Mon horloge à moi me dit qu'il est l'homme !
00:52:29L'heure de quoi ?
00:52:30Voyez-vous !
00:53:19Je sais que, quand on se comporte ainsi dans sa 95e année, c'est que la déraison est à l'œuvre.
00:53:49Vous ne dites rien, bien sûr.
00:53:56Eh bien, mon oncle, que faites-vous là ?
00:53:59J'attends.
00:54:02Vous attendez ?
00:54:03Oui, une jeune personne qui doit me montrer certains traités qu'elle a commis.
00:54:11Et resterez-vous là jusqu'à son arrivée ?
00:54:15À vrai dire, elle ne viendrait que plus tard.
00:54:19Mais je tenais à m'assurer que tout était en place.
00:54:25J'attends.
00:54:33Vous n'oserez jamais me dire que c'est plat.
00:54:46Acceptez que j'use de l'impunité que l'âge me confère pour vous dire la vérité ?
00:54:52Votre étude est fort judicieuse et le style à votre image, pur et sensible.
00:54:58Pensez-vous, monsieur ?
00:55:00Mon souci de vivre selon des règles simples m'invite à toujours penser, comme je dis.
00:55:12Je ne vois toutefois guère ce qu'il y aurait maintenant à vous apprendre sur l'observation des étoiles.
00:55:22Pardonnez-moi, monsieur, si je me suis mal faite entendre.
00:55:26En fait, ma tante ne possède pas des lunettes astronomiques.
00:55:29Et vous voudriez ?
00:55:32Venir étudier chez vous.
00:55:36Mais...
00:55:36La nuit ?
00:55:39Naturellement.
00:55:41Mais si cela est votre souhait, eh bien, je vais...
00:55:44Je vais vous rendre votre excellente étude.
00:55:48Il y a d'autres choses dont vous m'avez promis de m'instruire.
00:55:53Ah, je...
00:55:54Je ne vois pas.
00:55:56Comment avez-vous si vous détachez de l'amour ?
00:56:01Alors, monsieur, souvenez-vous de votre promesse.
00:56:07Comprenez mon embarras.
00:56:08Qu'est-il d'embarrassant ?
00:56:10Rien.
00:56:11Eh bien...
00:56:13On se dévoile toujours trop.
00:56:18Quel danger !
00:56:19Il ne faut pas raconter sa vie.
00:56:22Après, les gens vous demandent des comptes.
00:56:26Ils estiment que je les regarde.
00:56:27Alors...
00:56:30Eh bien...
00:56:34Dans ma dix-septième année, une jeune fille de quinze ans, une lointaine parente, était venue passer la belle saison chez nous.
00:56:43Un soir que nous nous promenions, j'ai osé lui donner un baiser.
00:56:46Dans son regard, j'ai vu une confiance qui m'a ému bien plus que le baiser lui-même.
00:56:57Cet instant de grâce n'a été gâché par aucune parole.
00:57:03C'est la seule fois de ma vie où j'ai ressenti quelque chose.
00:57:07N'avez-vous jamais revu cette jeune fille ?
00:57:13Je n'ai pas voulu.
00:57:15C'est pour cela que je ne l'ai jamais oublié.
00:57:19Mais après ?
00:57:21Ce souvenir a suffi à me garder des ravages du cœur.
00:57:26À ne point fixer le mien.
00:57:29Ce qu'il me fallait, je l'ai trouvé.
00:57:30La sérénité de complicité aimable et bien vécue.
00:57:37Pour le reste, regardez le calendrier.
00:57:43Vous verrez qu'il faut à l'amour bien du talent pour résister.
00:57:47En lieu et place de l'émerveillement perpétuel,
00:57:52vous trouverez l'exactitude et la régularité des jours.
00:57:57Un vertige.
00:57:58Il faut que la présomption domine
00:58:02pour répondre favorablement
00:58:05à la seule question qui vaille.
00:58:09M'aimerez-vous encore demain ?
00:58:14J'aimerais qu'il m'arrive quelque chose d'heureux.
00:58:21Pourquoi est-ce si difficile ?
00:58:24Ça ne doit pourtant pas demander à Dieu
00:58:26un effort bien considérable.
00:58:30Qu'espérez-vous ?
00:58:30Qu'espérez-vous ?
00:58:32Ce que vous avez refusé.
00:58:35Vous vous y êtes déjà brûlée.
00:58:38Mais comment, femme, pourrait-elle voir autrement sa vie
00:58:41qu'accordée à celle de l'homme qui sera l'aimée ?
00:58:44C'est un effet de croyance assez répandu
00:58:46en dépit des dégâts qu'elle cause.
00:58:50Vous parlez comme un impie.
00:58:52Ne mêlez pas Dieu à cela.
00:58:54Le diable, alors.
00:58:56T'es souvent son homme d'affaires.
00:58:58Pour ne pas vous déplaire,
00:59:00il faudrait donc renoncer.
00:59:01Le cœur ne doit pas faillir.
00:59:06Souhaitez-vous cela pour moi ?
00:59:08Ne cherchez-vous point de conseil ?
00:59:10On ne se marie pas avec la solitude.
00:59:14N'est-ce pas préférable un homme
00:59:15qui serait indigne de vous ?
00:59:17Vous possédez assez d'intelligence
00:59:19pour être jamais seul, ne ?
00:59:21Vous n'avez pas envie de connaître
00:59:23cette chose exquise et rare
00:59:24qu'on nomme liberté
00:59:25et de jouir par la même
00:59:28de cette autre merveille
00:59:29qu'on appelle la paix ?
00:59:32Je dois partir.
00:59:38Regardez,
00:59:39le soir est déjà tombé.
00:59:41En effet.
00:59:47Bonsoir, M. de Fontenelle.
00:59:52N'aimez-vous pas mon prénom ?
00:59:55Vous ne le prononcez jamais.
00:59:57Je vous l'apprivage.
01:00:06Je voudrais ne pas me rappeler
01:00:08votre conseil, monsieur.
01:00:10Mais peut-être est-il déjà trop tard.
01:00:17Bonjour, Françoise.
01:00:25Comment un autre homme de matin ?
01:00:26Comme hier, madame.
01:00:27Et comme avant-hier.
01:00:29Il s'entonne,
01:00:30se fait raser et poudrer
01:00:30une heure durant,
01:00:31exige des rubans à son habit
01:00:33et ne ressent plus aucune douleur.
01:00:35Il prétend même
01:00:36que son ouïe ne l'a jamais fait souffrir.
01:00:39Voulez-vous mon avis ?
01:00:40Monsieur se moque de nous.
01:00:43Et le pire,
01:00:45c'est que son appétit a redoublé.
01:00:46Il redemande de tout.
01:00:49J'en suis à me demander
01:00:50si c'est la signe de bonne santé
01:00:51ou de quelques dérangements.
01:00:53Et je ne saurais vous dire
01:01:13à quelle heure il se couche.
01:01:15Pense-t-il seulement à dormir ?
01:01:17Sait-il encore où est sa chambre ?
01:01:19Excusez-moi.
01:01:20Excusez-moi.
01:01:20Je veux dire ce que vous dites.
01:01:21C'est normal.
01:01:22C'est normal.
01:01:22C'est normal.
01:01:22Je me demande s'il ne confond pas
01:01:46la nuit et le jour.
01:01:47Lui qui ne s'est jamais agité de sa vie,
01:01:50on dirait que rien va assez vite.
01:01:52Mathieu et Simon se plaignent
01:01:53de ce qui les a transformés
01:01:54en courants d'air.
01:01:56Tout ça n'est pas bon, madame.
01:01:57Je vous le dis.
01:01:58Les visites de la jeune Isabelle
01:02:27semble avoir sur vous
01:02:28un effet souverain, mon oncle.
01:02:31Hum-hum.
01:02:33Êtes-vous inquiète ?
01:02:35Non point.
01:02:35Mais vous qui avez toujours accueilli
01:02:37avec la même humeur tranquille
01:02:39les gens et les choses,
01:02:41il semble que la jeune Isabelle
01:02:42puisse se flatter de provoquer
01:02:44le changement dans vos habitudes.
01:02:47Je suis attentif à ses travaux.
01:02:49Elle entend la science à merveille
01:02:51et pratique le raisonnement
01:02:53et la déduction
01:02:54comme peu de gens.
01:02:57Voudriez-vous que je fusse absent
01:02:59quand l'intelligence, la finesse,
01:03:02l'esprit et la beauté
01:03:03se sont donnés rendez-vous ?
01:03:04Je vous assure
01:03:07qu'il m'est plus agréable
01:03:08d'écouter
01:03:09et de regarder Isabelle
01:03:11que tous les académiciens réunis.
01:03:14L'autre jour,
01:03:21chez la marquise de Villemin,
01:03:23une femme qui devait pouvoir
01:03:24dans les 40 ans,
01:03:25se mit à nous observer
01:03:27comme si elle s'inquiétait
01:03:28qu'Isabelle fût si jeune
01:03:30ou que je fût si vieux.
01:03:33Quelle tristesse
01:03:34que de se trouver entre deux âges.
01:03:38Vous avez changé, mon oncle.
01:03:42En bien ?
01:03:43C'est comme...
01:03:44Pardonnez-moi,
01:03:46j'allais dire une sottise.
01:03:48Allez, allez.
01:03:52Eh bien, c'est comme si,
01:03:53soudainement,
01:03:54vous découvriez un cœur.
01:04:13Je vous ai blessé,
01:04:24je suis impardonnable.
01:04:29Je suis confuse.
01:04:32Quelle étrange glisserie,
01:04:35cet air frais.
01:04:37Il est possible que cela porte un nom ?
01:04:39Ne le prononcez pas.
01:04:41Quand on me demande,
01:04:57eh bien, monsieur,
01:04:57comment va votre encyclopédie ?
01:04:59J'ai l'impression
01:05:00qu'on me transperce le cœur.
01:05:02Voulez-vous la vérité ?
01:05:03Nous sommes persécutés
01:05:04par des coquins
01:05:05qui espèrent de nous
01:05:05la résignation.
01:05:07Et Voltaire,
01:05:07qui nous conseille
01:05:08d'aller continuer
01:05:08en pays étranger.
01:05:09Mais quelle idée
01:05:10se fait-il donc du courage ?
01:05:12Oui, nous continuerons,
01:05:15mais à poursuivre nos ennemis
01:05:16et nous retournerons
01:05:17à notre profit
01:05:18la bêtise de nos censeurs.
01:05:20Il est heureux
01:05:21de vous entendre parler ainsi,
01:05:22monsieur Diderot.
01:05:24D'Alembert disait ici même
01:05:25l'autre soir
01:05:25que vous vous sentiez découragé.
01:05:28D'Alembert subit plus que moi
01:05:29les assauts des imbéciles.
01:05:31Mais il est vrai
01:05:32que le repos me tente.
01:05:35Je rêve parfois
01:05:36d'une vie tranquille
01:05:37au fond de ma province,
01:05:39alors tout s'apaiserait.
01:05:43Et je pourrais voir
01:05:43dans les cœurs
01:05:44un peu d'innocence.
01:05:47Mais il faut être utile
01:05:48aux hommes
01:05:48et travailler.
01:05:54Je me demande pourtant
01:05:55si l'on fait pas autre chose
01:05:56que les amuser.
01:05:58Quelle différence y a-t-il
01:05:59entre le philosophe
01:06:00et le joueur de flûte ?
01:06:01On ne peut changer
01:06:02les hommes, monsieur.
01:06:04Et tantôt ils se tourneront
01:06:05vers votre philosophe,
01:06:07tantôt ils préféreront
01:06:08le joueur de flûte.
01:06:09on croirait entendre,
01:06:10monsieur de Fontenelle.
01:06:12Votre remarque me flatte, monsieur.
01:06:14Moi, je crois que les hommes
01:06:15sont faits de plusieurs
01:06:16petits récipients.
01:06:17Celui de la raison,
01:06:18celui de l'imagination,
01:06:20celui de l'esprit.
01:06:21Et qu'il y a aussi
01:06:22une grande marmite
01:06:24de pure bêtise.
01:06:25Ah !
01:06:27Voilà bien la preuve
01:06:28que tous les êtres
01:06:29ne se ressemblent pas.
01:06:31Et que pour certains
01:06:32d'entre eux,
01:06:32le destin
01:06:33n'appuisait que
01:06:34dans la grande marmite.
01:06:38Eh bien, moi,
01:06:38j'avance que tous
01:06:39les êtres humains
01:06:39doivent être considérés
01:06:40de la même façon.
01:06:42Vous ne pouvez quand même
01:06:43pas prétendre
01:06:44qu'ici même,
01:06:45nous sommes tous pareils.
01:06:46Et laissez donc
01:06:47que le Seigneur seul
01:06:47juge de ce que nous sommes
01:06:49et de ce que nous vallons.
01:06:53De qui parlez-vous ?
01:06:55Ah, je suis surpris, monsieur,
01:06:56de ne pas vous avoir entendu
01:06:57blasphémer plus tôt.
01:07:00Et voulez-vous
01:07:00que je me rattrape ?
01:07:02Taisez-vous.
01:07:05Je vais vous dire
01:07:06ma manière de penser, monsieur.
01:07:09Ah !
01:07:10Le châtiment est terrible.
01:07:13Je veux vous entendre
01:07:14en confession au plus tôt.
01:07:16On dit, mademoiselle,
01:07:26que vos travaux
01:07:27sont du plus grand intérêt.
01:07:28Monsieur de Fontenelle
01:07:29me prodigue des encouragements.
01:07:31Je voudrais y joindre les miens.
01:07:33Et voudrais tout autant
01:07:35que vous ne refusiez pas
01:07:36que je vous entende chanter.
01:07:37Je ne peux, monsieur.
01:07:39Il n'y a personne
01:07:40pour tenir le clavecin.
01:07:41Si ?
01:07:42Moi ?
01:09:42Où était-elle ?
01:09:44Monsieur Diderot est venu la chercher.
01:09:46Voulez-vous me confier ce que vous avez là ?
01:09:48Je la peux attendre.
01:09:50À tantôt.
01:10:02Mais enfin, Monsieur le Fontenelle,
01:10:04puisque je vous dis que Monsieur Diderot n'est pas là !
01:10:06Où est-il alors ?
01:10:08Il est, pour vous dire sincèrement, il est...
01:10:10Le lieu, je l'ignore, Monsieur, mais il est...
01:10:12avec une personne.
01:10:14Et que font-ils ? L'avez-vous vue, cette personne ?
01:10:16Ah, celle-là, non, je ne l'ai pas encore vue.
01:10:18Mais enfin, vous avez bien une idée.
01:10:20Elle doit être jeune, non ?
01:10:22Jeune et belle.
01:10:26Elles sont toutes jeunes et belles, Monsieur.
01:10:30Je vais l'attendre.
01:10:40Mais c'est Fontenelle !
01:10:56Mais qui a-t-il ?
01:10:58Je n'ai que peu de choses à vous dire, Monsieur.
01:11:02Ce que vous faites...
01:11:04Oui ?
01:11:08Ce que vous faites est...
01:11:12Incomplet.
01:11:14De quoi parlez-vous, non ?
01:11:16De votre encyclopédie.
01:11:20Qu'a-t-elle d'incomplet ?
01:11:22Vous n'y traitez point.
01:11:23Des passions.
01:11:24Du sentiment.
01:11:31Qu'avez-vous à rire ?
01:11:32C'est vous, Monsieur de Fontenelle, qui parlez de sentiments.
01:11:34Ah, et puis faites comme vous voulez.
01:11:36Je ne m'apprendrai à donner des conseils.
01:11:38Eh bien, une colère du paisible Fontenelle,
01:11:40l'événement est unique.
01:11:41C'est un honneur.
01:11:42J'envie vos emportements.
01:11:44J'aimerais vous ressembler.
01:11:46Permettez que je vous renvoie le compliment.
01:11:48Mais vous n'êtes pas sérieux.
01:11:49Qu'est-ce donc que je possède qui vous manquerait ?
01:11:51Du courage.
01:12:16Qu'avez-vous ?
01:12:44Qu'avez-vous ?
01:12:45Qu'avez-vous ?
01:12:47Rien.
01:12:50Vous semblez vous ennouiller ?
01:12:53Non, point du tout.
01:12:57Je crois que j'abuse de votre bonté.
01:13:00Ce n'est pas une sorte d'impôt d'intérêt pour un savant comme vous.
01:13:08Vous ne dites rien ?
01:13:10Que pense Monsieur Diderot de vos observations ?
01:13:15Ma tante vous a dit.
01:13:17Il m'a fait l'honneur de trouver de l'intérêt à ce que je fais.
01:13:25Est-ce là ce qui vous contrarie ?
01:13:28Je ne suis pas un contrarier.
01:13:32C'est moi en effet qui devrais l'être.
01:13:35Yarnet vous repartiez alors que je chantais.
01:13:37Non, vous avez bien d'autres oreilles pour vous entendre.
01:13:43Vous êtes des méchantes morts tout cela par ma faute.
01:13:46Aurais-je dû refuser l'invitation de Monsieur Diderot ?
01:13:50Il s'est montré aimable et fort enjoué.
01:13:52Je n'en doute point.
01:13:55Reprenez vos observations.
01:14:04Pensez-vous que je ne puis oublier certains conseils ?
01:14:07Si Monsieur Diderot a charmé mon esprit, mon corps lui n'a pas failli.
01:14:12Il aura été retardé en route.
01:14:15Vous croyez donc que je ne vous dis pas la vérité ?
01:14:18Pour ce que de bien connaître la vérité, je crois disposer d'une certaine avance.
01:14:23Bien inutile, je vous rassure.
01:14:26Les mises en garde que je vous ai adressées sont aujourd'hui dérisoires, dérisoires.
01:14:32Qui avait-il de dérisoire à vouloir m'épargner erreur et souffrance ?
01:14:36Ce soir, je ne vois que trop la vanité de mes propos, pas d'impulsion du cœur, du raisonnement.
01:14:49Je suis laissé entraîner à penser que ce qui m'avait si bien convenu devait vous convenir aussi.
01:14:57Voilà les paroles d'un homme qui toute sa vie a peu changé de place
01:15:02et qui en a tenu si peu.
01:15:10J'ai promis à Monsieur Diderot d'aller lui rendre visite chez lui.
01:15:15Mais...
01:15:19J'aimerais continuer à étudier auprès de vous.
01:15:23Vous aimeriez, mais vous ne le souhaitez point.
01:15:29Je vous comprends mal.
01:15:30Vous cherchez à me dire que vous voulez votre liberté.
01:15:34Vous me blessez, Monsieur.
01:15:37Je crains de vous blesser aussi.
01:15:39Cela arrive quand on vise au juste.
01:15:43J'ai de l'amitié pour vous.
01:15:45J'ai pensé cette amitié partagée.
01:15:48Elle est paraît inégale.
01:15:50J'aurais dû le savoir.
01:15:52Vous entrez dans la vie quand je ne me décide pas à en sortir.
01:15:56Alors...
01:15:57Mon cœur est honnête, Monsieur.
01:16:00Je serai toujours heureux d'avoir connaissance de vos travaux.
01:16:03Nous verrons chez votre tante, si toutefois vous y paraissez encore, ce dont je doute.
01:16:09Pourquoi cela ?
01:16:10Parce que votre tête, votre esprit, votre corps seront ailleurs.
01:16:14Ils y sont déjà.
01:16:16On ne peut pas songer, les hommes.
01:16:18Vous-même l'avez reconnu.
01:16:20Il est si pénible de dire adieu.
01:16:23Je voudrais vous éviter cet embarras.
01:16:27Ce soir...
01:16:29Vous êtes là pour la dernière fois.
01:16:33Et je l'ai su avant vous.
01:16:36J'insisterai, pour vous voir revenir, que je forcherai votre compassion.
01:16:41Ce serait me renier.
01:16:45Monsieur Diderot s'est montré enjoué, dites-vous.
01:16:52Il sera donc libertin quand vous le croirez galant.
01:16:59Vous serez ainsi rassurés en pensant que l'esprit l'emporte.
01:17:02Nous préférons toujours abdiquer dans le confort.
01:17:06C'est à cela qu'on reconnaît nos défaites ordinaires.
01:17:32P.M. Stéphane
01:17:35P.M. Stéphane
01:17:38Monsieur Delamotte est philosophe profond.
01:18:04Philosopher, c'est rendre à la raison toute sa dignité.
01:18:07Monsieur, il est plus agréable de vous entendre lire La princesse de Clèves.
01:18:13Mais vous connaissez ce roman par cœur.
01:18:16Le mot est juste.
01:18:20Madame Geoffrin vous rend visite.
01:18:24Bonjour, ma bonne amie.
01:18:25Que se passe-t-il ?
01:18:27Je vais vous expliquer.
01:18:30Votre avis me sera précieux.
01:18:32C'est au sujet d'Isabelle.
01:18:34Depuis un an, à peine l'ai-je vue sortir au matin de la maison et rentrer fort tard.
01:18:39Je le sens bien tous les reproches qui peuvent m'être faits.
01:18:42Je ne me suis point alarmée, sachant comme elle se passionne pour les sciences.
01:18:47Mais je connais aujourd'hui les raisons de sa conduite.
01:18:50Eh bien, monsieur Diderot a fait se rencontrer ma nièce et l'un de ses libraires.
01:18:55Ce jeune homme est l'un de ceux qui continue à soutenir l'encyclopédie.
01:18:59Mais il part s'installer en Flandre, à Lille, et il a demandé Isabelle en mariage.
01:19:05Je ne sais que faire, mon bon ami.
01:19:07Vous qui lui fûtes si précieux.
01:19:09Qui l'avait aidé à sortir de son tourment par l'étude de la philosophie.
01:19:13Vous devez me conseiller.
01:19:16Lille.
01:19:17Très belle ville.
01:19:18Néanmoins, il ne se rebute à point encore.
01:19:30Il fit tout ce qu'il put pour la faire changer de dessin.
01:19:36Des années entières s'étant passées,
01:19:39le temps et l'absence ralentirent sa douleur
01:19:41et éteignirent sa passion.
01:19:45Madame de Clèves vécue d'une sorte
01:19:47qui ne laissa pas d'apparence
01:19:49qu'elle put un jour revenir.
01:20:14Votre visite m'a enchanté.
01:20:17Je suis heureux de vous recevoir à Lille.
01:20:22Tout au service de la librairie.
01:20:25Je sais ce que je vous dois, monsieur.
01:20:28Et je chercherai toujours de quelle façon
01:20:29vous exprimer ma reconnaissance.
01:20:31Je n'aurai plus à chercher longtemps, je pense.
01:20:36Qu'il voulait vous dire ?
01:20:37Mon âge a fini par me rattraper.
01:20:40Vous vous portez à merveille.
01:20:42J'étais venue dans l'espoir que vous m'y pardonnerez.
01:20:48Je n'ai point remarqué d'offense.
01:20:50Je préférais vous entendre dire que je m'étais montrée en grade.
01:20:54Nous ne sommes pas assez parfaits
01:20:56pour être toujours affligés.
01:21:02Travaillez-vous en ce moment ?
01:21:04J'étudie notre langue française.
01:21:07Sujet inépuisable.
01:21:08Je m'étonne toujours de ce que tant de choses
01:21:13puisque j'ai dans si peu de mots.
01:21:17Regardez, il n'en faut que deux
01:21:20pour dire que le temps
01:21:21n'est pas à notre disposition.
01:21:25Et c'est des mots ?
01:21:27Trop tard.
01:21:28Algo à mes sèvres.
01:21:37Je ne chante plus, monsieur.
01:22:00Et pourtant, chaque fois que j'aimerais le faire,
01:22:02je pense à vous.
01:22:07a taille, Isabelle.
01:22:25Hé !
01:22:37Rentrez.
01:22:42Il fut encore vrai.
01:22:42Vous avez raison.
01:23:07Je n'ai rien dit.
01:23:42Ah, vous vous remettez.
01:24:09Vous êtes toujours remis de tout.
01:24:12C'est bien la preuve que la clémence divine est infinie.
01:24:17Tenez, l'autre jour, je visitais Mme Guimaud.
01:24:19Savez-vous qu'elle a passé les cent ans.
01:24:22Et comme dit-elle,
01:24:24M. l'abbé, je crois que la Providence, m'a oublié.
01:24:29Que peut-on répondre à cela ?
01:24:31Alors, c'était mieux qu'hier.
01:24:41J'ai autorisé l'abbé Chalon à le voir en lui recommandant de ne pas le fatiguer.
01:24:44Mes respects, M. de Fontenelle.
01:25:01Que ressentez-vous ?
01:25:12Je ressens une difficulté d'être.
01:25:16Mais vous êtes mieux qu'hier, n'est-ce pas ?
01:25:21Je vous demande, comment cela va-t-il ?
01:25:26Comment cela va-t-il ?
01:25:31Cela ne va pas.
01:25:33Cela s'en va.
01:25:33Je m'occupe.
01:26:03Je m'occupe.
01:27:33Vous auriez eu cent ans dans un mois.
01:27:39Je vous aurais écrit cette lettre, malgré que je me blesse aux souvenirs d'antan que je ne savais pas sur eux.
01:27:45J'entends dire de vous, il était le meilleur des amis, mais il se livrait peu, qui pouvait comprendre qu'un vœu très cher vous habitait, si éloigné de ce que vous vouliez paraître.
01:27:58Et si je pense à vous, c'est que me vient enfin la force de dire votre secrète espérance, que quelqu'un, un jour, entend battre un cœur oublié.
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