00:00Et à 8h39 sur Europe 1, il est avec nous en studio tout souriant, c'est Alexandre Devecchio du Figaro pour son édito.
00:10Bonjour Alexandre. Dites-moi Alexandre, vous avez voulu revenir ce matin sur la manifestation des agriculteurs près du Parlement européen à Bruxelles.
00:18C'était jeudi avant-hier. La manifestation fait écho à la colère des paysans en France, mais aussi à une colère un petit peu plus large dirigée contre les institutions européennes.
00:26Oui, cette manifestation a peut-être représenté un tournant. Elle a réuni un peu moins d'une dizaine de milliers de personnes, mais elle n'en constitue pas moins un symbole.
00:35Car si les mobilisations se sont multipliées ces dernières années à travers l'Europe, c'est la première fois qu'on voit un mouvement social converger à l'échelle européenne
00:43et viser directement les politiques menées par Bruxelles. Et cela pourrait ne pas être la dernière fois, car au-delà de l'opposition des agriculteurs au Mercosur,
00:52cette mobilisation témoigne de l'exaspération des peuples européens contre l'UE. Partout en Europe, sur fond de mondialisation, les classes moyennes et populaires
01:00se sentent dépossédées, ce qui explique la montée des partis dits populistes. Ce sentiment de dépossession est triple. Il est à la fois économique, culturel et démocratique.
01:10Alors certes, mais face à cette triple dépossession, l'Union européenne n'est-elle pas une protection ?
01:16Cela aurait dû être son rôle, en effet, mais elle aggrave au contraire la situation dans tous les domaines.
01:22D'abord sur le plan économique, son modèle fondé sur l'ouverture des frontières et le libre-échange expose les travailleurs européens à une concurrence déloyale.
01:30Celle-ci est d'autant plus importante que l'ouverture européenne se conjugue avec la multiplication des normes auxquelles les autres pays ne sont pas soumis.
01:38Le traité du Mercosur, auquel s'opposent les paysans, est devenu le symbole de cette dérive.
01:44Mais celle-ci s'observe aussi en matière industrielle, comme en témoigne encore tout récemment la liquidation de l'usine Brandt.
01:51Le vieux continent voit ainsi ses capacités productives détruites ou délocalisées à l'étranger.
01:57Sur le plan culturel, l'ouverture des frontières facilite l'immigration de masse.
02:02Celle-ci, sur fond de bouleversements démographiques et d'islamisation, change peu à peu le visage de l'Europe.
02:07– Alexandre Devecchio, vous avez également évoqué une dépossession démocratique.
02:12– Oui, c'est peut-être le plus important, car en vérité, la dépossession économique et culturelle
02:17n'est que la conséquence de cette confiscation démocratique.
02:21Le modèle d'ouverture défendu par l'UE n'a jamais été l'expression de la volonté des peuples européens.
02:27En vérité, les décisions stratégiques sont prises par un pouvoir technocratique,
02:31coupé de la réalité du terrain et dont la légitimité populaire est inexistante.
02:36« Aujourd'hui, les institutions européennes adoptent de façon invasive des textes en jet continu.
02:4265% de nos lois sont d'origine européenne.
02:45Où est la démocratie, la discussion, l'adhésion, le consentement ? »
02:49s'interrogeait l'ancien ministre de l'économie, Arnaud Montebourg,
02:52cette semaine dans le Figaro magazine.
02:54« Tout cela est en train d'exploser.
02:56Il y a les pressions extérieures, mais aussi une lourde exaspération intérieure »,
03:00constatait-il.
03:01« Les peuples européens sont en train de prendre conscience
03:04que le pouvoir n'appartient plus entièrement aux gouvernements nationaux.
03:07Demain, si un mouvement de révolte comparable à celui des Gilets jaunes devait apparaître,
03:12celui-ci se situera peut-être à l'échelle européenne.
03:15Et les insurgés ne demanderont plus la démission d'Emmanuel Macron,
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