00:00Une détermination rare forgée dans l'adversité.
00:17Jean-Philippe Patrice, numéro 1 mondial, a pris son temps.
00:22Une explosion à 28 ans à la surprise générale.
00:25Un succès inattendu pour ce Marseillais venu à l'escrime par hasard.
00:30Ça n'avait absolument rien du tout d'une salle d'escrime.
00:33C'était une salle polyvalente, on mettait des plots pour faire 10 mètres,
00:37ce n'était même pas 14 mètres à l'époque.
00:39Mais j'ai accroché, j'ai accroché pourquoi ?
00:41Pas parce que je me pensais pouvoir devenir un jour numéro 1 mondial du championnat d'hippique,
00:45ce serait un vaste mensonge, mais tout simplement parce que comme tous les gamins,
00:50j'allais là-bas, j'étais heureux, j'avais mes copains.
00:52Une passion partagée avec son petit frère Sébastien.
00:55Coup d'à-coup sur la piste, comme au classement mondial,
00:59la fraternité passe toujours avant la rivalité.
01:02On prétend à la même chose aujourd'hui, mais on est frères avant tout.
01:07C'est une complicité, c'est une fraternité, c'est un amour, ça rend fier mes parents, nos parents.
01:12Ensemble, la fratrie découvre le rêve olympique.
01:16Remplaçant de l'équipe de France, Jean-Philippe entre sur la piste du Grand Palais.
01:21Dans l'épreuve par équipe, il ramène une médaille de Paris.
01:24Un déclic.
01:25Je me suis dit, ce truc-là, personne ne pourra me l'enlever.
01:30Je me suis battu pendant des années pour prouver aux gens qu'ils avaient tort,
01:32et aujourd'hui, je l'aurais montré.
01:33Et finalement, je suis passé dans une autre phase de ma carrière,
01:35où je me suis dit, maintenant, tout ce que je ferai, je le ferai pour moi,
01:37je n'aurai plus de compte à rendre à personne, je serai mon seul juge de paix.
01:39Une libération.
01:41Jean-Philippe passe un cap, bien dirigé par son entraîneur, Vincent Anstette.
01:46Après les Jeux, il était autour de la 30e place mondiale,
01:49et il me dit, j'aimerais bien rentrer rapidement,
01:52quand on se fixait les objectifs dans les 16 premiers mondiaux,
01:55parce que c'est la barrière pour ne pas faire les premiers jours de qualification.
01:58Et puis bon, comme il n'avait pas fait les Jeux en individuel,
02:00comptablement, je lui ai dit, ça va être compliqué.
02:01Il me dit, il suffit, je gagne un grand prix, et je suis à la porte des 16.
02:06Il me dit ça, il n'avait pas fait, je crois, un quart de finale en Coupe du Monde.
02:10Et puis, premier grand prix de l'année à Orléans, il le gagne.
02:13Et puis, au sortir d'Orléans, il me dit, j'aimerais bien gagner en Italie aussi cette année,
02:17parce que ma femme est italienne, j'aime bien l'endroit, etc.
02:20Je dis, oui, c'est bon, tu en as gagné une, c'est déjà pas mal,
02:22mais il gagne en Italie aussi.
02:24J'ai eu, durant une grande partie de ma carrière, beaucoup de personnes,
02:29même si j'étais jeune très prometteur,
02:30qui m'ont dit, quand je suis passé senior, que je n'arriverais pas à faire de grandes choses.
02:33Du coup, il y a toujours une partie de moi qui a voulu prouver à ces gens-là qu'ils avaient tort.
02:37Ce n'est pas si commun.
02:40Je n'ai pas de souvenirs d'athlètes, même dans les autres armes,
02:42qui en un an sont passés de la 30e à la 1ère place mondiale.
02:46Donc c'est vrai que mentalement, la médaille au jeu, ça l'a vraiment libérée.
02:49Au terme de cette saison exceptionnelle, Jean-Philippe Patrice peut s'assurer la 1ère place
02:55au classement mondial en Géorgie, au championnat du monde.
02:59Juste avant le quart de finale, je sais que si je gagne ce match-là,
03:04je suis officiellement numéro 1 mondial et médaillé mondial,
03:06ce qui représente aussi une grande mine dans une carrière.
03:09Je peux gagner le classement de la Coupe du Monde,
03:11et c'est pour moi tout aussi prestigieux que d'être champion du monde ou champion olympique.
03:14Et donc je me suis dit, bon, ben voilà, on est à 10 minutes de ce match-là,
03:16et quand je suis mené 14 ans, je me suis dit, même s'il est à 14,
03:20toi, t'as 4 touches d'être numéro 1 mondial et tu peux pas lâcher ce truc-là.
03:23Et c'est ce qui m'a permis de remporter ce match-là.
03:25Et derrière, il y a une décompression totale, parce que même, je jette mon masque,
03:28et puis je regarde mes proches dans les tribunes où il y avait ma femme,
03:30et mes parents, et mon petit frère, et je leur fais comme ça, en numéro 1 mondial.
03:34Donc voilà, c'était vraiment un très beau moment,
03:36et je pouvais pas lâcher même à ce moment-là, même si je t'ai mené 14 ans.
03:39Il s'inclinera en finale contre le géorgien Sandro Bazadze,
03:42mais peu importe, il termine la saison numéro 1 mondiale.
03:47Une première depuis Damien Touya en 97, l'année de sa naissance.
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