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  • 2 months ago

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00:00Bonjour Christophe Dansette, concrètement qu'est-ce que représente cette flotte de pétroliers vénézuéliens sous sanction ?
00:06Alors selon le site Axios, ce sont 18 pétroliers qui sont ainsi interdits de naviguer,
00:13qui vont être empêchés de toute circulation, ni dans une direction ni dans l'autre.
00:17On a déjà vu une action spectaculaire il y a quelques jours, c'était le 4 décembre dernier,
00:22contre le Skipper qui est un navire, un pétrolier vénézuélien qui prenait la direction de Cuba
00:29et qui avait été arraisonné, saisi par l'armée américaine.
00:32Selon les experts, on parle au total de 300 000 barils par jour qui sont ainsi immobilisés,
00:36soit un peu plus d'un tiers de la production vénézuélienne qui est d'environ 800 000 barils par jour, un petit peu moins.
00:44C'est pas rien, ça risque d'avoir un impact sur certains pays qui profitaient de ce pétrole sous sanction qu'ils achetaient à bas coût.
00:53Je pense évidemment à Cuba puisqu'on a vu ce navire qui avait été arraisonné,
00:57mais surtout aussi à la Chine qui est le premier client de Caracas.
01:01C'est 30% donc du parc pétrolier vénézuélien, un petit peu plus.
01:07Bonjour Gauthier Ribinski, ce blocus s'il est opérationnel,
01:11c'est quand même un gros coup dur pour le régime vénézuélien dont la survie dépend du pétrole ?
01:16Oui parce que le pétrole vénézuélien c'est une monoculture.
01:21Alors c'est dû à plein de choses, c'est dû au fait que le Venezuela qui avait une certaine autosuffisance alimentaire l'a gâchée
01:29et que de ce fait-là on importe beaucoup et que les exportations vénézuéliennes, pour faire court,
01:35en dehors du pétrole il n'y a pas grand chose.
01:37Et que ce pétrole est aussi un ciment des élites vénézuéliennes
01:41parce qu'il permet au fond de gratifier ses amis, de gratifier ses copains,
01:48de gratifier ceux qui sont jugés fidèles
01:50et puis le jour où on n'en veut plus justement on leur coupe le robinet de la manne pétrolière
01:55qui génère effectivement des revenus conséquents.
01:59Au passage d'ailleurs, remarquons que le Venezuela qui se décline
02:03et qui se présente comme un pays progressiste,
02:06au fond a constitué avec cette manne pétrolière des élites
02:09qui sont en termes de revenus très très très éloignés du revenu moyen vénézuélien.
02:15Et donc ce phénomène est à la fois grave au niveau des rentrées, bien sûr, des revenus,
02:22mais aussi sur la stabilité du régime et sur la, comment pourrait-on dire,
02:28peut-être aussi sur la crédibilité de ce régime par rapport à ceux qui ne gagnent pas beaucoup.
02:32Parce que jusqu'à présent, on les a toujours persuadés que la conjoncture était défavorable.
02:38Alors là, de deux choses l'une, soit on pourra mettre, soit Maduro mettra tout sur le dos de Trump,
02:46il n'aura pas forcément tort, mais on peut se penser qu'à un moment donné,
02:51les masques vont tomber au Venezuela.
02:53Vous avez vu qu'il y avait eu cette tentative il y a quelques années avec Juan Guaido,
02:58qui était l'homme de Washington.
03:00Il y a eu la prix Nobel, Vachado, qui est quand même extrêmement marquée,
03:04justement sur les bases de l'extrême droite américaine.
03:07Est-ce que ça, ça secoue ? Est-ce que ça peut secouer les gens ?
03:10Ou au contraire, est-ce qu'il va y avoir un réflexe fédérateur derrière le régime ?
03:15Ça, c'est difficile à le prévoir.
03:17Christophe ?
03:18Il faut quand même rappeler, et vous avez raison de souligner tout ce que vous avez dit,
03:21que l'économie du Venezuela repose beaucoup sur le pétrole,
03:28puisque le Venezuela est le pays qui a les plus importantes réserves du monde de pétrole,
03:33près de 18% devant l'Arabie Saoudite, devant le Canada.
03:37Et dans les années 70, ce secteur, il avait été nationalisé.
03:40Seulement, le régime a fait face à de nombreuses difficultés, de forage notamment,
03:45et du coup, il a fait appel dans un premier temps à des groupes pétroliers étrangers,
03:49américains, qui avaient été invités à exploiter des champs prometteurs ensemble.
03:56Mais le prédécesseur de Nicolas Maduro, Hugo Chavez, y a mis un coup d'arrêt,
04:01c'était en 2007, forçant ces groupes étrangers à céder leur part.
04:04Pendant une très longue période, il n'y avait plus du tout de collaboration, jusqu'en 2022.
04:08Et pourquoi 2022 ? Parce qu'on était au moment de la guerre en Ukraine,
04:11au moment où le pétrole flambait, et du coup, les États-Unis cherchaient de nouvelles ressources.
04:15Joe Biden a accordé une licence au groupe américain Chevron pour exploiter,
04:20pour exporter du pétrole vénézuélien avec un partenaire local.
04:24Mais aujourd'hui, on disait que c'est les premières réserves mondiales de pétrole, le Venezuela.
04:29Ce n'est pas du tout le premier producteur, très très loin de là, puisqu'ils sont 21e seulement.
04:34Gauthier, on le disait, ces dernières semaines, il y a eu ces frappes sur des bateaux présentés comme des gofastes,
04:39ces menaces d'invasion terrestre, la plus grande armada de l'histoire déployée autour du Venezuela.
04:44C'est un raisonnage de bateaux. Ça peut être quoi, le coup d'après ?
04:50Ça peut être effectivement une opération menée contre le Venezuela.
04:55Il y a la remarque de Maduro qui en l'emploie dans un anglais rocailleux pour dire non à ces guerres qui n'en finissent plus.
05:04C'est la citation de Trump. Vous vous souvenez de ce que Trump disait ?
05:07Mais qu'est-ce qu'on va aller s'embêter dans ces guerres lointaines qui n'ont aucun sens ?
05:11Là, elle n'est pas lointaine, mais elle n'a peut-être pas d'autre sens que celui de mettre en place,
05:19et ça a déjà commencé à travers le Honduras, à travers le Salvador, à travers le Chili ce week-end, à travers l'Argentine,
05:24de mettre en place toute une série de gouvernements qui sont favorables fondamentalement à Trump
05:31et qui pourraient être des vassaux en quelque sorte.
05:33À terme, ça pourrait donner commercialement quelque chose de très favorable aux États-Unis,
05:38mais ça n'est pas forcément, on peut en discuter, mais ça n'est pas forcément la manne pétrolière du Venezuela
05:44qui intéresse directement les États-Unis, qui de ce point de vue-là sont quand même très largement indépendants.
05:51C'est probablement la possibilité à la fois d'avoir des vassaux et de constituer une zone économique
06:01qui serait extrêmement favorable aux États-Unis.
06:05Qu'on se souvienne de ce qui s'est passé en 1973 au Chili,
06:08quand le général Pinochet débarque dans les valises d'ITTÉ Océanique Société Américaine,
06:14ça n'est pas tellement parce que les Américains veulent mettre la main sur les richesses du Chili
06:18qui ne sont pas énormes, c'est parce qu'il est important pour eux
06:21d'avoir une série de pouvoirs et de gouvernements en Amérique latine
06:26qu'ils leur soient favorables, ou en tout cas qu'ils soient anticommunistes,
06:30comme on le disait à l'époque.
06:32Donc vous voyez qu'il y a là un point important.
06:36Il y a un autre prolongement rapidement que l'on peut faire,
06:40il est hypothétique aussi, mais je pense qu'il n'est pas à écarter totalement,
06:45c'est qu'à travers une action, quelle qu'elle soit,
06:47là aujourd'hui ça prend la forme d'un blocus,
06:50ensuite ça pourrait être une invasion ou des opérations de commando.
06:55Est-ce qu'il n'y a pas là un moyen de tester précisément
06:59le grand client du Venezuela dont parlait Christophe,
07:02c'est-à-dire la Chine ?
07:03De savoir comment la Chine se comporterait face à un problème
07:07si on prenait le Venezuela carrément à la gorge,
07:10de savoir comment elle réagirait par rapport aux États-Unis,
07:15est-ce qu'elle essaierait de brandir la menace de Taïwan ?
07:18Vous voyez qu'il y a des pions comme ça que l'on peut agiter.
07:22La simple réserve que j'avais tout à l'heure,
07:24et je le disais sous forme de boutade,
07:25mais après tout ce n'est pas forcément le cas,
07:27c'est qu'une élaboration de ce type-là n'est pas forcément celle
07:31que pratiquent habituellement les membres de l'administration américaine actuelle.
07:35– Les manœuvres américaines sont scrutées de près par les pays voisins,
07:40Gauthier en le mot ?
07:41– Oui, bien sûr.
07:43Ne serait-ce que parce que vous avez ce rappel du gringo finalement,
07:49de la présence yankee, y compris pour ceux qui n'ont pas eu
07:51spécifiquement à se plaindre des États-Unis.
07:55Mais si vous voulez, à la fois l'arrogance, les prétextes choisis,
08:00est-ce que ce sont des prétextes ? Peut-être pas.
08:02Mais le fait par exemple que Donald Trump parle de trafic d'êtres humains
08:06ou d'organes, bon, tout ça reste à prouver.
08:11Il ne s'agit pas du tout évidemment d'applaudir le régime de Maduro,
08:16c'est une escroquerie, le bolivarisme est une escroquerie,
08:20hormis peut-être dans quelques premières années de Chavez
08:23en ce qui concerne la santé.
08:24Mais sinon c'est une tromperie magistrale,
08:27et avec bien sûr une répression, avec ce qu'on connaît,
08:31de ce qu'on peut entendre sur ce pays.
08:34Bon, mais l'impression, si vous voulez, le ton adopté par les États-Unis
08:40est même probablement encore plus fort qu'à l'époque des années 70,
08:43parce qu'à l'époque des années 70, il y avait dans la rhétorique américaine
08:47la volonté de libérer précisément les peuples
08:49qui auraient été soumis à une forme de communisme latino-américain.
08:55Là, ce n'est même pas le cas.
08:57Trump n'en a cure, il dit, bien sûr, il y a de l'oppression,
09:05mais enfin, dans son discours à lui, ce n'est pas le plus important.
09:09Donc évidemment que ça rappelle des mauvais souvenirs à certains,
09:12et ça met en embuscade, enfin ça révèle plutôt,
09:15un continent fracturé justement,
09:16avec tous ceux qui sont désormais au pouvoir
09:19et des favorables à Trump, ou même des admirateurs parfois,
09:23et puis le reste de gouvernements qui se demandent précisément
09:27s'ils ne vont pas être mangés à la même sauce,
09:29c'est-à-dire par le biais de provocations, par le biais d'aides aussi,
09:34que pourraient fournir, notamment en termes de commandos
09:36ou en termes de provocateurs, des pays favorables à Donald Trump,
09:40comme par exemple le Salvador, le Honduras, en Amérique centrale.
09:43Une inquiétude, Christophe, qui a un effet sur les cours du pétrole.
09:47Oui, d'une certaine manière, oui, on a vu les cours du pétrole
09:50pas mal augmenter à la suite de l'annonce de Donald Trump,
09:54puis se stabiliser autour de 1,5% de hausse,
09:58notamment pour le WTI, vous voyez, un peu plus de 56 dollars,
10:02le Brent également, hausse autour de 1,3, 1,4%,
10:07mais encore une fois, on parle de 300 000 barils par jour,
10:11c'est pas rien et ça peut effectivement avoir un impact,
10:15mais dans un marché où les cours sont extrêmement bas en ce moment,
10:20et d'ailleurs hier, avant l'annonce de Donald Trump,
10:22ils avaient atteint leur plus bas depuis 4 ans,
10:25en dessous de 1,55 dollars pour le baril de WTI,
10:33c'est-à-dire le brut américain.
10:36Un pétrole aussi bas, on ne l'avait pas vu depuis 2020,
10:39depuis fin 2020, c'était la période où on sortait des confinements,
10:43vous savez, liés au Covid-19,
10:45période où le commerce mondial était extrêmement ralenti.
10:48Et donc, hier, ils sont tombés assez bas
10:51en raison d'espoir de paix sur un autre conflit,
10:55celui de l'Ukraine,
10:56où on pouvait s'imaginer que notre pétrole sous sanction,
10:59celui de la Russie,
11:01les sanctions pourraient être un petit peu allégées.
11:04Or, aujourd'hui, on est dans une période d'abondance,
11:07300 000 barils par jour en moins,
11:08c'est pas grand-chose par rapport à cette abondance qu'on a,
11:10puisqu'on a l'Agence internationale de l'énergie
11:14qui parle d'un surplus
11:15qui pourra avoisiner les 4 millions de barils par jour
11:20en raison d'une production américaine abondante,
11:23en raison des pays de l'OPEP aussi,
11:25et de plusieurs projets qui pourraient arriver sur le marché,
11:27comme le pétrole venant de Guyana ou encore du Brésil.
11:30Et par ailleurs, on évoquait la Chine.
11:33La Chine, certes, elle est très intéressée par ce pétrole vénézuélien,
11:37mais la demande intérieure, elle est en baisse.
11:39Et puis surtout, la Chine développe depuis plusieurs années
11:42son parc de voitures électriques.
11:43Et donc, on a finalement de moins en moins de Chinois
11:45qui vont prendre de l'essence.
11:48Bref, on a une hausse ce matin,
11:50mais cette hausse du pétrole, elle peut être limitée.
11:53Et pour ceux qui vont partir en vacances dans quelques jours,
11:56ici par exemple en France ou ailleurs dans le monde,
11:58on peut s'imaginer que les prix à la pompe,
12:00ils vont plutôt rester bas.
12:02Merci beaucoup, Christophe.
12:04Merci, Gauthier.
12:05Voilà ce que l'on pouvait dire sur cette escalade.
12:09En tout cas,
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