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  • il y a 2 mois
Emission TV : C A Vous sur France TV Attentat de l’Hyper Cacher le témoignage d’une rescapée (Fr,2020)

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00:00Journée chargée en émotions, aujourd'hui à la cour d'assises spéciales de Paris où le procès des attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015 s'est poursuivie avec l'audition des otages de l'hypercachère et des proches des 4 victimes.
00:11Zari Siboni, 28 ans, 23 au moment des faits, est sortie bouleversée ce matin de l'audience, mais elle tenait à témoigner.
00:19Elle est ce soir notre invitée à ses côtés, son avocat, maître Elie Korshia.
00:22Bonsoir Zari Siboni, bonsoir maître Korshia, merci à tous les deux de votre présence ce soir sur le plateau C'est à vous.
00:35Zari, vous êtes l'une des rares victimes de la prise d'otages à trouver la force de témoigner.
00:40Vous avez fait le voyage depuis Jérusalem où vous habitez depuis désormais un an, mais c'était primordial pour vous de prendre la parole aujourd'hui devant cette cour d'assises et vous avez commencé par vous excuser.
00:51Vous excusez auprès des familles des victimes parce que vous craignez que votre récit, votre témoignage ne fasse grandir à nouveau leur souffrance.
01:02Effectivement, ce jour-là, la première personne qui a commencé à témoigner c'est M. Cohen, le papa de Johan, qui était aujourd'hui mon collègue, un ami, la seule des victimes que je connaissais personnellement.
01:16Et donc, il a été pour moi une perte très douloureuse. Pendant qu'il parlait, justement, il disait comme quoi il n'avait rien contre moi, mais que pendant que je témoignais, des fois à la télé, je donnais des détails que lui ne savait pas.
01:32Comme par exemple le fait que son fils a beaucoup souffert pendant la prise d'otage. Il a beaucoup agonisé avant de mourir. Et que j'ai ressenti le mal que ça lui faisait.
01:42Donc, je savais que je devais témoigner et raconter le maximum de détails pour que la justice ait toutes les informations qu'il fallait, les éléments. Mais en même temps, je ne voulais pas non plus leur faire de la peine. Donc, je me suis excusée.
01:53Je veux parler. Pour moi, il est hors de question que les gens oublient ces quatre personnes qui ont été assassinées parce qu'elles étaient juives. Vous avez cette crainte qu'on oublie ?
02:05Oui. Et je remarque même parfois à la télé ou dans les journaux que je lis que les gens, ils confondent carrément les prénoms des victimes ou alors ce qui s'est passé entre Yoann et Yoav, par exemple, qui ont des prénoms qui se ressemblent assez.
02:19Et ça, vraiment, ça me bouleverse parce que oui, nous, on les connaissait. Moi, j'ai assisté à ce qui s'est passé. Donc, forcément, je ressens encore plus la peine et la douleur.
02:29Mais ce qui s'est passé, c'est atroce. Et pour moi, c'est chacun le devoir de s'en rappeler.
02:36Vous vivez depuis maintenant cinq ans avec un sentiment de culpabilité parce que vous avez survécu à ces quatre heures de huis clos face aux terroristes, alors que d'autres, dites-vous, sont partis en quelques secondes.
02:50Les quatre autres, il faut rappeler leur nom. Jean-Michel Saada, Philippe Rame, Yoann Cohen et Yoav Attab.
02:55Oui, je trouve que ce sentiment de culpabilité, il est tellement dur à supporter parce que pour moi, j'ai eu un lien direct avec chaque victime,
03:09que ce soit Yoann qui, en fait, s'est mis devant le terroriste au tout début et que pour moi, s'il n'avait pas été là, la balle, c'est moi qui l'aurais reçue.
03:19J'en suis sûre et certaine. Monsieur Bram, il attendait à ma caisse. Monsieur Saada, peut-être que si j'avais fermé le rideau de fer plus rapidement, il ne serait pas rentré.
03:29C'est un client qui pensait que vous fermiez le magasin ?
03:31Exactement.
03:32Vous lui dites, vous ne pouvez pas rentrer ?
03:33Je lui dis, monsieur, vous ne pouvez pas rentrer. Je ne pouvais pas explicitement lui dire qu'il y avait un terroriste derrière moi. Je ne pense pas qu'il m'aurait cru, mais même.
03:40Je ne pouvais pas parce qu'il était armé derrière nous. Mais il pensait que je lui disais qu'il ne pouvait pas rentrer parce qu'on fermait justement, c'était pile l'heure à laquelle on fermait le magasin pour Shabbat.
03:48Et il m'a dit, ne vous inquiétez pas, je fais très vite, je prends juste une ou deux choses et je sors. Et c'est vraiment ce qui s'est passé, mais il n'a pas eu le temps de sortir. Et on lui a tiré une balle dans le dos et il est mort.
04:03Vous venez d'obtenir votre diplôme d'infirmière parce que vous souffrez encore aujourd'hui de ne pas avoir pu sauver les quatre victimes mortes sous vos yeux.
04:12C'était une des choses aussi traumatisantes de rester dans cette pièce tellement longtemps, quatre heures et quatre minutes. C'est tellement interminable.
04:22Dans cette pièce confinée avec les corps, avec le sang, les gens. Johan qui est restée blessée longtemps. On l'entendait derrière et même si j'allais oser demander est-ce que je pouvais l'aider, je ne savais pas quoi faire pour l'aider.
04:35Et ça pour moi, c'était horrible.
04:38Vous avez raconté comment la première détonation a retentie le 9 janvier à 13h05. Vous êtes à votre caisse, comme d'habitude. Vous sentiez qu'il se passait quelque chose, mais vous étiez incapable de bouger.
04:51Vous vous cachez derrière votre caisse et vous entendez les pas lourds du terroriste que vous ne nommez jamais. Vous ne dites jamais son nom.
04:57Je ne dis jamais son nom parce que, et encore pour moi, c'est trop de dire le terroriste. Parce que pour moi, il ne mérite aucun honneur, entre guillemets. Et dire son nom, c'est lui donner de l'honneur qu'il ne mérite absolument pas.
05:12Il avance vers vous, il tire. Et vous ne comprenez pas pourquoi il vous rate.
05:16C'est ça. Avant de tirer, il me dit la phrase « Ah, tu n'es pas encore mort, toi, tu ne veux pas mourir ». Et là, il y a la détonation.
05:25En me levant, après, j'ai vu l'impact de la balle à quelques millimètres dans ma caisse. Mais je ne sais pas comment et pourquoi il m'a ratée alors qu'il était vraiment en face de moi.
05:36Ce jour-là, vous pensiez que c'était fini ? Vous étiez sûre ?
05:39J'étais persuadée de mourir. La question, ce n'était pas « Est-ce que je vais mourir ? » J'étais sûre de mourir. La question, c'était « Quand est-ce que ça va arriver ? »
05:46Est-ce que c'est tout de suite, dans une seconde, dans cinq minutes, dans deux minutes ? Et la question, c'est est-ce que ça allait être une balle dans la tête rapidement ou que ça allait faire aussi mal que Johan qui était derrière nous et qui agonisait ?
06:00Vous racontez le cynisme, la cruauté d'Amedi Koulibaly. Il vous dit « Vous, les Juifs, vous aimez trop la vie. Vous pensez que c'est le plus important alors que c'est la mort qui est le plus important.
06:12Vous êtes les deux choses que je déteste le plus au monde. Vous êtes Juifs et Français. Il tue froidement et s'adresse ensuite à vous poliment ? »
06:22C'était, je ne sais pas si on peut dire sa double personnalité, mais c'était ce qui a fait que je n'ai jamais pu lui faire confiance pendant tout ce temps-là parce que d'un côté, il tirait froidement une balle dans la tête à quelqu'un et il le tuait comme ça 200 fois.
06:38Et de l'autre, quand je lui ai demandé si je pouvais aller nettoyer parce qu'il y a un enfant avec nous qui était malade et qui avait vomi, il m'a regardé et m'a dit « Bien sûr, faites le nécessaire, qu'on ne dise pas que je fais du mal aux enfants. »
06:50Ce genre de phrase qui était tellement incohérent. Mais pour moi, ça reste une personne totalement inhumaine.
06:59Être capable de s'avancer, de Yohan et de dire « Ces bruits me dérangent, est-ce que vous voulez que je l'achève ? » Pour moi, c'est inhumain.
07:09Vous racontez comment vous avez dû obtempérer à ses ordres, celui d'appeler la police. Vous composez le 17 avec une lueur d'espoir. Vous tombez sur un message pré-enregistré.
07:19Il vous donne ensuite 10 secondes pour aller chercher les otages qui se sont réfugiés à la réserve.
07:24À ce moment-là, il menace votre collègue Andrea. C'est aussi pour elle que vous parlez, pour votre collègue Andrea ?
07:32Aujourd'hui, j'ai témoigné aussi en son nom parce que je sais que c'était vraiment très important pour elle de le faire, mais qu'elle n'a pas pu venir d'Israël.
07:39C'était très compliqué avec le confinement. C'était compliqué pour moi-même, mais elle n'a pas réussi à le faire.
07:43Donc, je parle aussi en son nom. Et oui, à ce moment-là, la seule personne que je connaissais, à part Johan, qui a été déjà blessée, c'était Andrea.
07:51Et il pointe son arme sur elle et il me dit « T'as 10 secondes pour aller chercher les gens qui se sont réfugiés ou je la tue. »
07:58Donc, pour moi, c'était encore un coup de stress en plus et de peur.
08:03Et quand je suis descendue chercher les gens, j'étais vraiment apeurée qu'ils mettent en exécution sa menace.
08:08Andrea, qui n'est plus la même depuis le 9 janvier, elle a complètement changé.
08:17Elle n'arrive pas du tout à se reconstruire. De ce que moi, je vois, parce que je la vois souvent là-bas en Israël, elle n'arrive pas du tout à avancer.
08:25Elle n'arrive pas du tout à en parler. C'est comme si elle avait rangé l'attentat du 9 janvier 2015 dans une case de sa tête et elle refuse totalement d'en parler.
08:36Elle n'arrive pas du tout à en parler.
08:37Maître Corchia, le témoignage de Zahir Siboni était essentiel aujourd'hui face à la Cour spéciale de Paris ?
08:45Primordial. Primordial parce que c'est un procès qu'on a qualifié d'historique.
08:50Le premier procès terroriste qui est filmé pour l'histoire judiciaire.
08:55Peut-être que nos enfants se rappelleront de ce procès quand ils verront des images et que la justice va conserver ces images,
09:02comme le procès Barbie a pu l'être en son temps dans les années 80.
09:06Et pour la partie hypercachère, effectivement, le témoignage de Zahir a été essentiel.
09:10C'était, on va dire, un grand moment de vérité judiciaire qui s'est déroulé aujourd'hui.
09:15Parce que Zahir a été l'interlocutrice privilégiée. C'est un terme compliqué à utiliser dans ces circonstances ?
09:22Oui.
09:22La grande différence entre l'attentat de l'hypercachère et les autres attentats qu'on a eu à connaître ces dernières années,
09:29que ce soit à Toulouse, Montauban ou même Charlie Hebdo et la Porte de Montrouge,
09:33c'est que c'était des attentats qui duraient une poignée de secondes.
09:3640 secondes en général, une minute.
09:381 minute 49 pour Charlie Hebdo pour reprendre le titre du beau livre qu'a écrit RIS.
09:434 heures et 4 minutes d'enfer à l'intérieur de l'hypercachère.
09:48C'est un attentat terroriste unique en son genre.
09:50Et effectivement, Zahir a eu ce terrible, cet horrible privilège d'être l'interlocutrice constante
09:57à qui le terroriste parlait.
10:01J'ai l'honneur d'être son conseil, mais aussi le conseil d'Andréa.
10:04Et vous avez là, vous l'avez rappelé en Elisabeth, les deux visages du traumatisme
10:09qu'on peut vivre dans une scène terroriste criminelle.
10:11Andréa qui le vit très difficilement, qui a du mal à en parler,
10:16qui ne peut pas tellement verbaliser, qui est restée en Israël avec en plus toutes les complications
10:20pour venir en France.
10:21Et Zahir, qui aussi, parce que ça l'aide psychologiquement,
10:25parce que ça fait partie de ce qu'elle veut faire,
10:28a besoin de verbaliser les choses, de témoigner, de dire la vérité
10:32de ce qui s'est passé ce jour-là, à la fois pour dire,
10:35et c'était l'objectif de ce jour aux Assises,
10:37voilà tout ce qui s'est passé dans les moindres détails,
10:40même quand c'est difficile, même quand c'est douloureux,
10:43je dois le dire pour la vérité devant la cour d'Assise,
10:45et elle l'a fait remarquablement bien,
10:47et puis en même temps témoigné pour ceux qui sont morts devant elle.
10:50Et effectivement, elle a eu des liens, une relation,
10:53parfois quelques instants, parfois avec Johan depuis plusieurs mois,
10:56elle a eu une relation avec chacune des quatre personnes
10:58qui a dramatiquement été abattue ce jour-là par le terroriste.
11:02Aujourd'hui, il a fallu parler face aux complices,
11:05aux présumés complices d'Amedi Koulibaly.
11:07Vous y étiez préparée ? Vous avez croisé leur regard ?
11:11Je ne les ai pas du tout regardées pendant...
11:14Enfin, peu importe, que ce soit pendant mon témoignage
11:17ou chaque jour où j'y vais, j'évite de les regarder
11:20parce que moi, je ne veux pas mêler dans le sens où c'est à la justice
11:26de faire son travail, et je ne sais pas qui est-ce qui est coupable de quoi,
11:29mais j'ai confiance en la justice pour qu'elle puisse faire son travail
11:32pour finir les coupables.
11:34Plusieurs proches des victimes ont également témoigné aujourd'hui.
11:39Le père de Johan Cohen, vous en parliez,
11:41le premier sur lequel Amedi Koulibaly a tiré.
11:43Cette facilité qu'il a eue a enlevé la vie à mon fils
11:46et à trois autres personnes.
11:48Je ne pardonnerai jamais, a-t-il déclaré.
11:51Pourquoi cette haine du juif, cette violence gratuite ?
11:53Je n'arrive pas à le cerner.
11:55Je ne prononcerai même pas son nom.
11:57La sœur de François-Michel Saad a aussi eu des mots très forts.
12:01Elle a rappelé que son frère était très lucide
12:03sur la menace antisémite, même s'il aimait viscéralement la France.
12:08Zari, vous aussi, vous étiez lucide quant à cette menace.
12:12Avant même l'attentat, vous songiez déjà à faire votre alias,
12:16c'est-à-dire à partir en Israël ?
12:18J'y pensais peut-être un petit peu, mais je pense que j'étais consciente
12:25de la menace antisémite qui existait et qui existe encore en France.
12:29Mais voilà, je ne me rappelle plus qui c'est qui a dit, je pense,
12:32c'est la sœur de Yoav qui a dit que parfois, il y a des choses qui arrivent,
12:38mais ça arrive toujours aux autres, jusqu'à ce que ça m'ait arrivé à moi.
12:41Et là, j'ai décidé que pour moi, il était impossible de rester en France,
12:45impossible de rester dans un pays où on essaye de me tuer
12:48simplement parce que je suis juive et française.
12:52Maître, ce procès, c'est aussi ça ?
12:54C'est aussi le procès de l'antisémitisme ?
12:57Évidemment, évidemment, ce procès, en tout cas pour la partie hyper cachère,
13:01sera forcément le procès de l'antisémitisme et je dirais même
13:05de l'antisémitisme qui a tué et qui tue encore en France.
13:10C'est exactement le fond de ce dossier.
13:13Zahri l'a rappelé et elle l'a dit tout à l'heure dans sa déposition,
13:16elle vous l'a redit tout à l'heure à Anne-Elisabeth,
13:19quand le terroriste lui dit, en dehors de cette phrase terrible,
13:22vous aimez la vie alors que j'aime la mort,
13:25ça nous rappelle un autre terroriste qui a tué dans une école juive
13:28des enfants et un papa en 2012
13:30et on était venu en parler à votre plateau, sur ce plateau.
13:36Ce que je voudrais dire, c'est une autre phrase du terroriste
13:38qui a été rappelée par Zahri quand il dit
13:41vous êtes ce que je déteste le plus
13:43et il s'adresse à Zahri et aux autres otages à côté
13:45en disant vous êtes ce que je déteste le plus,
13:48vous êtes des juifs et des français.
13:50Mais effectivement, ce procès sera le procès de l'antisémitisme aussi
13:53parce qu'on a voulu tuer des français juifs
13:55pour ce qu'ils représentent aussi dans notre pays,
13:59comme on a voulu tuer à un moment donné des policiers,
14:01des journalistes pour la liberté d'expression
14:03et comme c'était le cas en 2012 quand on a voulu tuer des soldats.
14:06Voilà, on se bat pour la vie
14:07et le témoignage de Zahri aujourd'hui,
14:10avec toute la douleur qu'il y avait dans cette heure
14:13de déposition que nous avons vécue,
14:15c'était aussi in fine de dire
14:17on continue à se battre pour la vie,
14:20contre ceux qui prônent la mort.
14:21Pierre ?
14:23Marie Cabrette, beaucoup ont découvert son nom ces jours-ci,
14:27c'est la DRH de Charlie Hebdo,
14:29et l'un des piliers du fonctionnement de l'hebdomadaire depuis 92
14:32et qu'elle a bien sûr aidé à tenir le coup après janvier 2015.
14:36La semaine dernière, les officiers de sécurité
14:38qui la protègent depuis 5 ans,
14:40lui ont fait savoir qu'elle devait,
14:41toutes affaires cessantes,
14:43quitter son domicile devant les menaces
14:44dont elle faisait l'objet.
14:46Dans un premier temps,
14:47elle n'a pas voulu en parler,
14:48elle est restée au secret effectivement,
14:51et protégée.
14:51Et puis finalement,
14:52Marika pense que c'est trop important,
14:54qu'elle n'est pas la seule
14:55et qu'il faut donc montrer l'état réel
14:58de la situation et des périls.
15:01Les officiers de sécurité,
15:03avec qui je suis depuis 5 ans,
15:06m'ont demandé de faire un sac
15:09et de quitter mon domicile.
15:10C'est ce que j'ai fait,
15:12je vous l'avoue sidérer,
15:13c'est très violent,
15:16en quelques minutes,
15:17de préparer son sac,
15:19son baluchon,
15:19et de quitter son domicile familial,
15:22je crois que tout le monde
15:23peut comprendre ça.
15:24C'est quelque chose
15:25qui m'arrive à moi aujourd'hui,
15:26qui peut arriver à bien d'autres demain,
15:29et c'est la raison pour laquelle
15:30j'ai décidé d'en parler aujourd'hui.
15:33Tout à l'heure,
15:34à la Sommelle nationale,
15:35le député Francis Chahoua
15:37a fait applaudir Marika,
15:39c'était fort et c'était bien.
15:41Marika Brett,
15:44elle est directrice
15:45des ressources humaines
15:46de Charlie Hebdo.
15:48Ce journal et ses personnels
15:50qui sont de nouveau
15:51la cible d'attaques ignobles,
15:54d'antisémites,
15:56d'islamistes,
15:57qui défigurent la religion
15:59de millions de musulmans pacifiques.
16:02Quel symbole,
16:03maître Zahri,
16:04d'avoir au moment de ce procès
16:06une menace de la sorte ?
16:09Oui, mais la menace,
16:10elle pèse et elle continue
16:11à peser sur nous,
16:12on le sait.
16:13Alors c'est vrai que
16:14les Juifs de France
16:15sont une cible privilégiée,
16:17mais j'allais dire,
16:17tous ceux qui représentent
16:19à un moment donné
16:20la France
16:21sont aussi des cibles.
16:23Et on le sait
16:24pour les journalistes,
16:25les dessinateurs,
16:26les journalistes qui ont été tués,
16:27pour les policiers
16:27qui ont été tués,
16:28et pour malheureusement
16:29les quatre victimes juives
16:30dont on a rappelé
16:31le souvenir aujourd'hui.
16:33Il y a des cibles privilégiées,
16:34mais c'est tout le pays
16:35qui aujourd'hui est en guerre
16:36et continue à être en guerre
16:37contre les islamistes radicaux
16:39et les terroristes
16:40qui menacent la France.
16:41Ce procès doit se poursuivre
16:43jusqu'au 9 novembre prochain
16:45avec un jugement
16:46qui sera mis en délibéré.
16:47Avec l'espoir, Zahri,
16:49que votre vie
16:50va reprendre son cours ?
16:52J'espère.
16:55J'espère qu'elle pourra
16:56reprendre son cours.
16:57En tout cas,
16:58pour moi,
16:58ce procès,
16:59c'est une étape importante
17:00pour ma reconstruction.
17:03À mon avis,
17:04ça ira que de mieux en mieux,
17:05mais pour moi,
17:07c'est une étape importante
17:07et je suis très contente
17:09de y avoir assisté.
17:11Quel regard vous portez
17:12sur cette jeune Zahri
17:13de 23 ans
17:14qui a fait face
17:16à la terreur,
17:19qui a trouvé les mots
17:20face à l'indicible,
17:22parce que quand on écoute
17:23votre récit,
17:25on imagine la force
17:27qui a dû vous animer
17:29pendant ces 4 heures.
17:31La vérité,
17:32je la respecte
17:34dans le sens où
17:35je ne sais pas
17:37pourquoi j'ai réagi
17:38de la sorte
17:39et comment j'ai réussi
17:40à avoir justement
17:42cette force
17:42de parler,
17:43de répondre,
17:44de marcher
17:44en sachant que
17:45d'autres personnes
17:45avec moi à ce moment-là
17:47pendant la prise de tête
17:48je n'arrivais pas à bouger.
17:50Et heureusement d'ailleurs
17:52que je ne suis pas restée
17:53stoïaque à ne rien faire
17:54parce que je n'aurais pas
17:55pu supporter,
17:56rester là,
17:56attendre,
17:56il fallait que je sois
17:57en mouvement
17:58et c'est exactement
17:58ce qui s'est passé.
18:00Alors forcément,
18:01je ne pourrais plus jamais
18:02être la même
18:02qu'avant l'attentat.
18:03ça m'a profondément changée
18:06et ça,
18:08je ne peux rien y faire,
18:09c'est ma vie
18:10mais en tout cas,
18:12j'ai l'espoir
18:13que ça ira
18:14de mieux en mieux.
18:15Vous voulez dire un mot maître ?
18:16Vous voulez dire juste
18:17un dernier mot ?
18:19C'est toujours difficile
18:19de parler de soi
18:20mais ce dont on se souviendra
18:23dans ce procès
18:24et à travers cette audition
18:25d'aujourd'hui,
18:26dans cette semaine
18:27consacrée à l'hypercachère,
18:28c'est qu'on ne sait jamais
18:28comment on réagit
18:29face à un acte
18:31d'une telle violence,
18:32d'une violence aussi inouïe.
18:34Zahri,
18:35elle n'était pas programmée
18:36pour réagir comme ça
18:37ce jour-là.
18:38Elle aurait pu effectivement
18:39rester aussi tétanisée,
18:41terrorisée.
18:43Il se trouve qu'elle a eu
18:44cette force en elle
18:44d'agir ce jour-là
18:47auprès des personnes
18:48qui étaient autour d'elle
18:49et avec ce cran aussi
18:50de répondre aux terroristes
18:52même quand il lui mettait
18:53des dilemmes
18:54incroyablement douloureux
18:55en disant
18:56si tu ne remontes pas
18:57avec des otages,
18:58je tue dans 10 secondes
18:59de ta collègue,
19:00elle a eu cette force
19:02de pouvoir résister
19:03pendant 4 heures.
19:04Je dirais qu'aujourd'hui
19:05elle a eu la force aussi
19:06pendant une heure
19:06de venir témoigner
19:08avec la force qu'il fallait
19:09pour témoigner devant
19:10la cour d'assises
19:10et dire tout ce qu'elle a dit.
19:11Pour l'histoire
19:12et pour la justice.
19:13Merci Zahri Simoni
19:14d'être venue ce soir
19:16témoigner sur le plateau
19:17C'est à vous.
19:17Merci Maître Elie Korshia.
19:19Merci.
19:20Merci.
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