00:00C'est très simple, c'est un traité de libre-échange dans le domaine agricole, mais pas seulement, aussi dans le domaine industriel, dans le domaine de l'automobile.
00:06Libre-échange, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça ne veut pas du tout dire qu'on fait n'importe quoi.
00:09Ça veut dire simplement qu'on se donne la possibilité de faire du commerce avec ces pays, suivant des règles qui sont prédéfinies et qui ont été longuement négociées et ratifiées par les parlements nationaux.
00:20Thomas Porchet, vous êtes d'accord avec la définition ?
00:22Oui, le commerce existe déjà avec ces pays-là.
00:24Le problème, c'est de vouloir baisser les droits de douane complètement et d'uniformiser un certain nombre de normes pour pouvoir faire du commerce sur un niveau soi-disant d'égalité.
00:33Mais c'est un petit peu plus compliqué que ça, parce que déjà, c'est un traité qui est vieux, vous l'avez dit, qui a une vingtaine d'années.
00:40Et aujourd'hui, on se rend compte dans beaucoup de secteurs que nos industries, mais aussi nos agriculteurs, souffrent de la concurrence.
00:46Et donc, pour moi, c'est un traité plutôt du passé qu'un traité d'avenir.
00:50Un traité du passé, Nicolas Bouzou, trop tard, 25 ans de négociation pour ça.
00:53Non, je ne crois pas du tout. Je crois au contraire, notamment dans le domaine agricole, en fait, que ce traité, il est en train de faire les frais des difficultés de nos agriculteurs,
01:01mais qui n'ont rien à voir, en réalité, avec le Mercosur.
01:05Donc, ce traité de libre-échange, on est en train de lui faire porter le chapeau.
01:09Et donc, on est en train de faire croire que si on ne l'applique pas, au fond, les choses iront mieux pour nos agriculteurs.
01:15Et je ne pense pas du tout.
01:16Vous savez, il y a encore plus longtemps, on avait ce débat, non pas avec les pays du Mercosur, mais avec l'Amérique du Nord, le Canada, ça s'appelait l'ALENA.
01:25Quand on regarde aujourd'hui ce qui se passe, on voit que le grand gagnant de ce traité, y compris dans le domaine de l'agriculture, ça a été la France.
01:32Parce que notre agriculture, en réalité, elle est beaucoup plus forte qu'on ne l'imagine, et peut-être même que les paysans, eux-mêmes, ne l'imaginent.
01:41Alors, en fait, je pense que nous avons gagné dans le jeu de la mondialisation, et les agriculteurs ont gagné pendant un certain nombre d'années.
01:48Sauf que là, la situation devient de plus en plus compliquée.
01:51Elle est compliquée avec un certain nombre de pays d'Europe de l'Est, elle est compliquée avec des pays émergents comme la Chine, et aussi des pays d'Amérique latine.
01:58Et là, je pense qu'aujourd'hui, leur rajouter un étage de mondialisation et de concurrence dans ce qu'ils vivent aujourd'hui, je ne pense pas que ce soit la solution.
02:08Après, effectivement, l'accord de libre-échange avec le Canada, alors c'est quand même deux choses différentes.
02:12Le Canada, c'est 40 millions d'habitants, là on est sur pratiquement 200 millions d'habitants.
02:16Le Canada, c'est un pays riche, avec des normes qui sont déjà plus proches des nôtres.
02:20Là, on est avec des pays émergents où les normes de production sont différentes.
02:25Donc, on est dans deux situations différentes.
02:27Et le Canada n'est pas appliqué complètement.
02:29Il est appliqué en partie, il y a le volet investissement qui va se faire ensuite.
02:32Et moi, je pense qu'il faut toujours un peu plus de temps pour mesurer les effets positifs ou négatifs de traités de libre-échange.
02:37Par exemple, sur le marché unique en Europe, on nous avait promis des 6% de croissance.
02:4120 ans après, on n'a jamais eu ces 6% de croissance-là.
02:44Et là, ça pourrait être pareil.
02:45C'est-à-dire que 10-15 ans après, on pourrait avoir des aspects beaucoup plus négatifs sur le CETA, le traité avec le Canada,
02:50et même beaucoup plus négatif encore avec le Mercosur,
02:54parce que là, le nerf de la guerre, c'est vraiment la question agricole.
02:58Là-bas, ils utilisent des choses que nous n'utilisons pas, des antibiotiques, etc.
03:03Chez nous, ça n'est pas permis.
03:05Donc, il va falloir à un moment uniformiser ces normes.
03:07Et souvent, dans ce cas-là, on en vient souvent à la baisse des normes.
03:11Or, nos normes aujourd'hui qui ont été choisies en France, et également en Europe, sont le fruit de choix démocratiques.