00:00Merci Monsieur le Président. On va ouvrir la quatrième et dernière partie de cette rencontre.
00:05Elle nous paraissait évidente, pertinente, un mois après l'exécution de Médic et ceci,
00:13alors même que Marseille est confrontée plus que jamais aux dérives du narcotrafic.
00:19Vous avez beaucoup échangé sur le sujet, vous êtes beaucoup intervenu sur le sujet.
00:23Et donc notre quatrième partie s'appelle l'impact des réseaux sociaux face aux violences et aux phénomènes de criminalité organisée.
00:30Vous êtes très attendu, Monsieur le Président, sur ce sujet ici à Marseille avec nos questions.
00:35Évidemment, Fadela Ouideff, présentez-vous et vous allez poser votre première question.
00:39Bonjour, je m'appelle Fadela. Je suis associative. J'habite dans les quartiers nord de Marseille, dans le 14e arrondissement.
00:46On s'est déjà rencontrés lors de votre visite. On avait échangé malheureusement toujours sur ces thèmes-là.
00:52Et aujourd'hui, je vais vous poser ma question concernant les réseaux et le lien entre les réseaux et le narcotrafic, pour le coup.
01:04Donc aujourd'hui, il est évident que les réseaux sociaux jouent un rôle aussi central que les points de deal traditionnels pour les trafiquants.
01:12Le recrutement via les applis, les moyens semblent insuffisants. Pourtant, il faut des moyens pour lutter contre la DZ Mafia et autres réseaux, sur les réseaux, autant que dans les quartiers.
01:27Dans les 13e et 14e arrondissements, seuls 22-23 policiers seraient déployés sur le terrain pour une population de 140 000 habitants.
01:38Comment vouloir que la police soit efficace sur les réseaux et sur le terrain dans de telles conditions sans se mettre elle-même en danger ?
01:47Merci, Fadel Aouidev. Je vous propose, M. le Président, peut-être de répondre à cette première question qui est importante. Il y en aura d'autres, bien sûr.
01:54Merci beaucoup. Merci, Madame. Et vous l'avez dit, on a tous une pensée pour la famille Kessassi, sa maman, ses frères et sœurs, et après le drame qui s'est passé.
02:06Et je veux ici vous dire qu'en ayant cette pensée, c'est aussi une pensée de combat que j'ai. Et je sais l'engagement que j'ai pris à l'égard de sa famille.
02:14Si vous me le permettez, je voudrais avoir une réponse un peu complète sur la lutte contre le narco. D'abord, elle n'a pas commencé hier.
02:22Quand on s'est vus, on avait déjà commencé le combat. Et j'essaie de tenir les engagements que j'ai pris. Il y a quelques années, on a lancé une mobilisation générale contre le narco parce qu'on a vu que les trafiquants s'organisaient, que ça prenait une autre dimension.
02:37On a créé ce qu'on a appelé l'OFAST, qui a été un organisme national qui a permis de mettre des moyens qui étaient jusqu'alors complètement séparés.
02:44Police, gendarmerie, pour aller traquer les réseaux partout sur le territoire national.
02:49Dans le 13e et 14e que vous évoquiez, j'étais là en 2021 au commissariat. J'ai pris un engagement. Tout à l'heure, dès que je vous aurais quitté, je serai dans le même commissariat parce qu'on a investi, on a créé, on a réinvesti.
03:01Et je veux vous dire que surtout, on a remis des moyens. Le préfet pourra vous donner les chiffres, mais ce n'est pas du tout cela.
03:07On a, sur ces dernières années, conformément aux engagements que j'ai pris, mis 500 policiers en aides en plus sur Marseille.
03:13Ce qui, prenant en compte les départs, fait... Pardon, 500 policiers en plus, ce qui, prenant en compte les départs, fait 300 policiers en aides en plus.
03:21500 en plus, 200 départs. Il y a plus de 300 fonctionnaires de police sur la plaque marseillaise.
03:26Avec une action de harcèlement permanente, on a mobilisé, mobilisé, mobilisé.
03:31Et on l'a d'ailleurs dit à chaque fois, point de deal par point de deal, on les a diminués par deux, les points de deal physiques.
03:37Le taux de suivi s'est multiplié par trois.
03:40Donc c'est très dur à entendre quand on a vécu ce qu'on a vécu là.
03:43Et on pense aussi... Vous avez évoqué un drame récent aussi, Mme le proviseur, tout à l'heure.
03:48Mais on ne lâche rien. Et je veux saluer la mobilisation des préfets, de l'ensemble des équipes de sécurité, des magistrats qui sont là.
03:55Là, on est passé à une deuxième étape. On a fait la loi narcotrafic et on a dit, on met en place un état-major national, un parquet national qui sera installé le 5 janvier.
04:05On remet des moyens. Et là, on remet sur Marseille des moyens. Parce qu'en fait, plus on crée, plus on poursuit.
04:11Vous pourrez me poser la suite, vous inquiétez pas, je vous réponds sur les réseaux.
04:15Plus on poursuit, plus en fait, on en a qui arrivent dans les tribunaux.
04:18Et donc là, on remet des salles d'audience, on remet des magistrats.
04:21On en a déjà créé ces dernières années, plusieurs dizaines.
04:23Donc on ne va rien lâcher, on doit pilonner.
04:27Maintenant, on doit s'adapter aussi à la pratique, soyons clairs.
04:30Vous avez parfaitement raison, les réseaux sociaux sont devenus, au fond, des lieux de trafic.
04:36Donc qu'est-ce qu'on veut faire ?
04:37Un, on va les chercher, on met leurs responsabilités en cause.
04:41Nous, on engage le dialogue.
04:42Aujourd'hui, on a des moyens qui sont très limités.
04:45On va les chercher, on vous leur dit là-dessus, vous êtes en train de recruter des jeunes,
04:49vous mettez en danger la vie des autres.
04:51Donc une fois sur deux, on arrive à faire le retrait, une fois sur deux, ils nous disent, c'est dans nos conditions de vente.
04:59Donc on va changer la norme européenne pour pouvoir les poursuivre, mettre en cause leurs responsabilités et les attaquer.
05:05Ce qui est aujourd'hui très difficile pour nous, premier point.
05:08Le deuxième point qui est absolument fondamental, c'est les têtes de réseaux.
05:14Et c'est ce qu'on est en train de bouger, c'est que vous avez fait référence à quelques réseaux bien connus.
05:19On est aujourd'hui en train de tout secouer.
05:22Le garde des Sceaux a fait plusieurs visites diplomatiques, le directeur national de la police judiciaire, moi-même j'en ferai dans les prochains jours,
05:28pour aller chercher dans les pays où sont les têtes de réseaux, de la coopération, pour pouvoir saisir leurs biens, pour pouvoir arrêter les têtes de réseaux, nous les restituer.
05:38C'est la clé de tout ça.
05:39Et nous, on a durci notre position en faisant quoi ?
05:44Ces quartiers de lutte contre la criminalité organisée, en les mettant justement dans des quartiers super sécurisés,
05:50où on s'assure qu'il n'y ait plus aucun portable, plus aucun contact, et où il y a un niveau de sécurité d'encadrement qui est absolument inédit dans les prisons françaises.
05:58C'est ce que le garde des Sceaux a annoncé il y a quelques mois.
06:01Donc là, le dispositif, on resserre, on resserre, on resserre.
06:03Mais il faut être clair, à mesure qu'on serre, ils vont continuer de réagir.
06:08À mesure qu'on serre, ils vont continuer d'intimider.
06:12C'est ce qu'ils ont fait avec Mehdi.
06:13Donc la route sera longue.
06:14Ils ont voulu faire peur.
06:14La route sera longue.
06:15La route sera longue, mais on ne doit rien lâcher.
06:17On a des résultats.
06:18C'est parce qu'on est en train de pilonner qui fait ça.
06:20Et laissez-moi juste avoir un dernier point, parce qu'il y a souvent un absent dans ces discussions.
06:25Et je le dis ici pour tous ceux qui sont là et pour les lecteurs.
06:28Rien de tout ça n'arriverait s'il n'y avait pas des gens qui gentiment achètent de la cocaïne, du H, etc., etc.
06:42Et moi, j'en ai ras-le-bol d'avoir des jeunes qu'on pleure et dans des quartiers d'avoir d'autres gens qui considèrent que c'est festif d'aller acheter de la drogue.
06:52Et qui ne sont généralement pas des mêmes milieux sociaux.
06:56Alors, il y a quelques années, on disait qu'il faut qu'il y ait une poursuite pénale.
06:59Comme on n'arrivait pas à faire une poursuite pénale, ça prenait un temps fou parce qu'il fallait ramener au poste, etc.
07:04On a mis en place, c'est une innovation des dernières années, une amende forfaitaire délictuelle.
07:09Tout de suite, on peut vous mettre l'amende.
07:10Ça a permis de commencer à avancer les choses.
07:13Mais maintenant, on va changer drastiquement sur deux trucs.
07:16Un, les procédures de recouvrement.
07:18On va mettre des commissaires de la République pour aider les finances publiques et la justice à aller recouvrir.
07:22C'est vrai, parce qu'on a des taux de recouvrement qui ne sont pas satisfaisants.
07:24Deux, on va le passer à 500 euros, l'amende.
07:28500 euros, parce qu'il faut taper au portefeuille ce qu'on attrape avec de la drogue en vie.
07:33Parce que ça n'est pas festif de se droguer.
07:36Ce n'est pas la même chose que des choses qui sont licites.
07:39Il y a ce qui est licite et illicite dans une démocratie.
07:41Il faut juste que toute personne qui consomme de la drogue se dise bien qu'elle alimente aujourd'hui le narcotrafic qui fout nos villes et nos quartiers en l'air.
07:52Si on ne dit pas ça clairement aux gens, on se trompe de cible.
07:56Merci beaucoup.
07:58Très court.
07:59Alors attendez.
08:01Merci.
08:03On va laisser passer les applaudissements.
08:05Et puis question très courte.
08:06Fadela Ouideff, allez-y.
08:07On m'entend ?
08:08Oui.
08:08Je rebondis sur la deuxième question que vous avez prévue.
08:11Le volet judiciaire et le volet répressif, c'est très, très important.
08:16Mais on voit les budgets des services publics diminuer drastiquement.
08:20Les centres sociaux, les missions locales qui sont une part importante, voire essentielle, de la lutte contre le trafic perdent beaucoup, beaucoup.
08:30Sur la ville de Marseille, on a de la chance avec la ville qui ajoute un million et demi de plus par an, mais on a la métropole et la région qui diminuent, voire suppriment leur aide.
08:41Monsieur le Président, nous n'avons pas besoin de vous rappeler l'importance du service public dans les quartiers populaires.
08:48Donc pourquoi pas dans le cadre de Marseille en grand, de Marseille en grand, pourquoi ne pas inclure le financement des centres sociaux qui sont une part et tous les autres services publics qui souffrent dans les quartiers et des associations qui œuvrent à mettre en place la politique que vous voulez pour nos quartiers ?
09:08Je sais que Marseille vous est chère. Vous êtes venu nous voir dans des quartiers où les présidents ne venaient pas, où personne ne se déplaçait, mais les services publics souffrent.
09:18Je suis administratrice d'un centre social qui voit ces subventions diminuer d'année en année et alors qu'on est censé être représentatif de la France et de toute sa force.
09:30Monsieur le Président.
09:31Alors, merci beaucoup.
09:33Vous avez raison qu'à côté de l'aspect répressif, il y a le côté préventif et éducatif, il est très important.
09:42C'est aussi pour ça que j'ai demandé qu'on mette en place des campagnes massives de prévention pour expliquer aux jeunes, aux moins jeunes, les ravages de la drogue et pour sensibiliser, comme on a su le faire sur la sécurité routière, sur la question de la drogue et du narco.
09:54Ensuite, je vais me permettre de vous dire que sur Marseille, je vais rendre beaucoup de jaloux. Mais Marseille en grand, c'est un plan qui n'a pas d'équivalent. Il n'y a aucune ville qu'on a accompagnée de la même manière.
10:06Et donc à Marseille, on a déployé les deux tiers des montants auxquels on s'était engagé. C'est-à-dire qu'il y a plus de 3 milliards d'euros en plus de tous les fonds des financements normaux qui ont été mis sur Marseille.
10:18Plus de 3 milliards d'euros. Et sur des compétences qui ne sont pas du tout des compétences de l'Etat normalement. C'est-à-dire les écoles, on en a déjà plus de 87 qui sont engagées.
10:27Il n'y a pas une autre ville de France où l'Etat finance des écoles qu'à Marseille. Pas une autre. Donc après, je ne suis pas là pour faire le procès de vos collectivités locales, mais l'Etat ne peut pas se substituer aux associations municipales ou départementales ou régionales.
10:40C'est à vos collectivités de le faire. Je peux vous dire une chose. On a mis sur l'école à Marseille pour la prévention et l'éducation.
10:48Un montant inédit, pédagogique et bâtimentaire. Mais aussi et surtout, puisque vous me parlez de la prévention, quand on a lancé Marseille en grand, il y avait un besoin cruel de services de santé dans les quartiers nord.
11:01Sur la santé à Marseille, pas que sur les quartiers nord, mais partout, on met Etat, plus de 800 millions d'euros. On change un hôpital militaire qu'on va remettre l'Avran qui va être ouvert à tous.
11:13La Timone, c'est une révolution. Et toutes les collectivités sont là. Votre département et votre région aussi à côté de la ville. La Maison des femmes, ouverte.
11:24Et on a ouvert 7 dispensaires, en particulier sur les quartiers nord et en centre-ville. 7 dispensaires. Il n'y a aucune ville où on a fait ça.
11:33Donc cette politique, l'Etat est bien derrière, y compris sur le volet prévention.
11:37Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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