00:00Ici Gironde, le réveil 100% local, ici Matin.
00:0491 féminicides depuis début janvier en France, 4 dans notre département.
00:09Nasrine, Nelly, Lucia et Mélina, poignardés par son conjoint il y a 3 semaines à Saint-Sier d'Abzac.
00:15Comment prévenir, empêcher, comment aussi accompagner celles qui échappent au pire ?
00:19La ministre de l'égalité entre les femmes et les hommes est avec nous ce matin.
00:22Bonjour Berger.
00:23Bonjour.
00:24L'actualité de la nuit d'abord, c'est la mobilisation des agriculteurs de la coordination rurale
00:28dans plusieurs coins du pays, chez nous, à Bordeaux, en Dordogne, en Ariège ou encore dans l'Indre
00:32pour protester contre les mesures d'abattage strictes dans les troupeaux de vaches.
00:35Dès le premier cas de dermatose nodulaire en tant que membre du gouvernement ce matin,
00:39est-ce que vous craignez un nouveau mouvement d'ampleur de nos agriculteurs ?
00:42Je peux comprendre le traumatisme que ça représente de dire qu'il faut détruire tout un cheptel
00:46quand il y a un cas de dermatose.
00:47Pour autant, et c'est malheureusement ce qui s'est passé ici, il est inacceptable
00:51qu'on puisse avoir des faits qui sont des faits de violence ou de dégradation de biens publics.
00:54Donc nos préfets font en sorte de maintenir l'ordre tout simplement
00:58et de garantir qu'on puisse contester, évidemment, qu'on puisse s'opposer
01:02mais qu'on le fasse, encore une fois, dans le respect des règles de la République, ni plus ni moins.
01:06Vous avez rencontré le préfet de la Gironde ce matin. Est-ce qu'il y a eu des dégâts chez nous ?
01:09On sait qu'il y a eu notamment du lisier déversé, il y a eu du foin, il y a eu des feux allumés à quatre coins de la ville.
01:15Il y a ce que vous avez décrit à l'instant en effet comme volonté de montrer cette opposition.
01:21Évidemment que c'est un traumatisme immense de dire qu'on doit détruire l'outil de travail
01:25et puis un lien évidemment affectif qui existe avec un cheptel
01:29mais pour autant, scientifiquement, c'est la seule solution qui existe aujourd'hui
01:34pour éviter que ça puisse malheureusement se répandre et se diffuser à travers tout le pays.
01:38Donc c'est ça l'objectif, évidemment, et puis mettre en place très rapidement
01:42les indemnisations nécessaires pour accompagner nos agriculteurs.
01:45Aurore Berger, vous étiez donc hier matin à l'école nationale de la magistrature
01:48pourrait signer une convention pour dire quoi à ceux qui feront la justice demain ?
01:53Ils vont rendre la justice au nom du peuple français
01:55et il ne faut pas qu'il y ait une incompréhension qui grandisse entre les Français justement et la justice
02:01notamment sur la question des violences faites aux femmes
02:03puisque c'était l'objet de la convention inédite qu'on a signée avec la directrice de l'école nationale de la magistrature.
02:09Il y a à la fois les futures magistrates et magistrats et puis il y a les magistrats actuels.
02:12Comment on garantit justement qu'il y ait une formation systématique ?
02:15A la fois formation initiale pour les futurs mais formation continue
02:18parce que le droit change, parce que les notions évoluent
02:21et puis parce que les violences, elles sont multiples.
02:24C'est les violences conjugales, intrafamiliales, les violences sexuelles
02:26mais c'est aussi des violences numériques, c'est des violences économiques,
02:29c'est des violences psychologiques, c'est des mécanismes aussi de domination qui se mettent en place
02:33et ça il faut garantir que chacun l'appréhende.
02:36Et puis ce qu'on a mis qui me paraissait très important,
02:38c'est comment on appréhende la parole des victimes.
02:39Une victime qui porte plainte et qui va se rétracter,
02:42ça ne veut pas dire qu'elle n'a pas vécu les faits qu'elle a dénoncés d'abord
02:45mais parce qu'on sait que c'est un cheminement qui est parfois très douloureux et parfois très long.
02:49Vous avez senti une génération qui depuis MeToo, la libération de la parole,
02:52ces mouvements-là, est peut-être plus sensibilisée à ces questions que les générations précédentes ?
02:56Alors c'est malheureusement pas totalement si simple que ça.
02:59Oui, je pense qu'il y a une forme de naïveté peut-être même de notre part
03:03à se dire que forcément de génération en génération, ça irait de soi, ce serait plus simple.
03:08Et en fait, ce n'est pas totalement le cas.
03:09Il y a peut-être un recul même parfois, on voit une génération masculiniste actuellement.
03:12C'est là où je voulais en venir, c'est-à-dire qu'en fait, on voit que c'est des sujets qui,
03:15loin de réconcilier les Français, notamment les plus jeunes générations, polarisent de plus en plus.
03:19Des jeunes femmes qui sont de plus en plus engagées et mobilisées,
03:22et qui considèrent qu'on doit aller plus loin.
03:24Je pense qu'elles ont raison, il faut qu'on aille plus loin notamment dans le droit.
03:26Et puis des jeunes hommes, et ça se montre dans les études, qui disent qu'on en a fait assez,
03:30ce serait bien de mettre sur pause.
03:32Et parfois certains disent trop.
03:33Mais le problème, c'est que si on met sur pause, le risque, c'est des reculs.
03:36Et dans toutes les démocraties, et certaines très grandes démocraties qu'on commence à mettre sur pause,
03:41ça s'est transformé de manière très brutale, en recul sur la question des droits humains,
03:45et notamment sur la question des droits des femmes.
03:46D'autres démocraties tout près chez nous, comme l'Espagne, ont entamé, eux, une vraie révolution culturelle.
03:50On a le sentiment qu'on n'en est pas là, nous, en France.
03:52On en est encore à débattre cette semaine autour des insultes de la première dame contre des militants de féministes.
03:57C'est assez terrible comme image pour la lutte contre les violences faites aux femmes.
03:59En fait, ce qui s'est passé en Espagne, c'est qu'il y a eu un choc extraordinairement puissant dans l'opinion,
04:04et que ce choc a conduit à un changement de la loi, mais au-delà du changement de la loi,
04:07a conduit à un changement culturel puissant.
04:11Pas chez nous, visiblement.
04:11Et malheureusement, pas chez nous.
04:13Pourtant, ici en Gironde, vous avez connu en 2021 un drame absolu à Mérignac,
04:18avec Chahinez Daoud qui avait été brûlée vive en pleine rue devant l'un de ses enfants.
04:23Ça aurait pu et ça aurait dû conduire au-delà d'un choc local, régional, à un choc dans tout le pays.
04:29Et malheureusement, il n'y a pas eu que Chahinez Daoud.
04:32On a régulièrement des féminicides et avec, en plus, des circonstances absolument épouvantables.
04:37Donc on a besoin de montrer que ça crée un choc dans l'opinion,
04:40que ça crée un choc et une émotion qui est ensuite tellement partagée
04:43qu'on se dit qu'on va changer la culture profonde du pays.
04:47Et puis après, il y a ce que nous, on doit faire en termes de responsabilité,
04:50de moyens qu'on continue à augmenter, et évidemment de droits qu'on continue à changer.
04:54Ici Gironde, à 7h51, Aurore Berger, ministre de l'égalité entre les femmes et les hommes.
04:58Et notre invitée ce matin, elle répond à vos questions, Kévin Blondel.
05:01Et justement, au sujet du droit, les victimes ont parfois le courage, la possibilité de porter plainte.
05:06D'autres non. Beaucoup de ces plaintes sont classées sans suite.
05:08Est-ce qu'il y a un vrai dysfonctionnement à ce sujet aujourd'hui ?
05:10Alors, le classement sans suite ne veut pas dire un dysfonctionnement.
05:12Le classement sans suite veut dire qu'on n'a pas réussi à caractériser et à déterminer s'il y avait assez d'éléments.
05:19C'est le cas d'un réhabitant, par exemple, dont on a parlé ces jours-ci, avec un classement sans suite.
05:21Alors, lui, il a bénéficié d'un non-lieu, donc c'est encore différent.
05:24Il n'y a pas eu de classement sans suite.
05:25On n'a pas pu caractériser, en tout cas, pour aller jusqu'au...
05:26Il y a eu un non-lieu, et même deux non-lieux, donc c'est encore différent.
05:31Évidemment que ni moi, ni vous, on peut dire à une femme victime de violence,
05:35si tu portes plainte, je te garantis telle condamnation et à tel moment.
05:39Ça ne peut pas marcher comme ça, la justice.
05:40Par contre, je pense qu'il y a un devoir d'explication de la justice.
05:44C'est-à-dire qu'aujourd'hui, le classement sans suite, on ne sait pas pourquoi.
05:47Et moi, ce que je pense qu'il faudrait faire, c'est qu'on puisse le motiver,
05:49qu'on explique à la personne qui a eu le courage de porter plainte,
05:53voilà pourquoi on n'a pas pu aller plus loin.
05:57Voilà ce qui a justifié le classement sans suite.
05:59Et puis, il y a des voies de recours sur un classement sans suite qui existent déjà,
06:02mais qui sont totalement inconnues aujourd'hui des victimes, des justiciables.
06:06Il faut qu'elles connaissent leurs droits, il faut qu'on les accompagne et qu'on les accompagne encore mieux.
06:10Former les magistrats, c'est bien, mais l'une de ses élèves magistrates nous dit ce matin sur ICI Gironde,
06:15sans moyens supplémentaires, on ne fera pas de miracle.
06:17Vous lui répondez quoi ?
06:17Alors, on a augmenté les moyens de la justice.
06:19Quand on fait la loi de programmation de la justice, justement, on augmente année après année les moyens.
06:23Évidemment qu'il faut que ce soit lié.
06:25C'est-à-dire que si on a de plus en plus de formations, d'outils qui sont déployés,
06:30de plus en plus de dépôts de plainte,
06:31aujourd'hui, il faut quand même avoir en tête que dans un commissariat ou une gendarmerie,
06:35en moyenne, un tiers de leur activité, c'est la question des violences intrafamiliales.
06:40Un tiers aujourd'hui ?
06:40Un tiers. Parfois, c'est même un peu plus en termes de proportion dans certains territoires.
06:44Mais à minima, c'est ça.
06:45Donc, une intervention sur trois, par exemple, dans une gendarmerie,
06:49concerne les violences intrafamiliales.
06:51Ça veut dire des choses positives, ça veut dire qu'on ne laisse plus passer,
06:54qu'on le prend de manière systématique au sérieux,
06:56qu'on a de plus en plus de signalements, de tiers, de familles, de collègues, de voisins.
07:00Et ça, c'est nécessaire, parce que ce n'est pas de la délation d'appeler le 17,
07:03c'est potentiellement sauver une vie à une femme ou à un enfant en danger.
07:06Mais ça veut dire que, malheureusement, on n'arrive pas à réduire le volume de ces violences intrafamiliales.
07:11Et il y a lenteur, du coup, des procédures qui sont parfois un problème,
07:13parce qu'on expose des femmes sur le long terme aussi.
07:15Ça veut dire qu'à partir du moment où une femme porte plainte,
07:18et nous, on l'encourage évidemment à le faire,
07:20il faut garantir sa protection.
07:21Ordonnance de protection, qui peut être des ordonnances de protection immédiates,
07:24prenant ça en moins de 48 heures.
07:26Et je le dis à celles qui nous écoutent,
07:27parce que peut-être qu'il y en a qui, malheureusement, sont en train de vivre cela.
07:30Quand elles portent plainte, il n'y a pas besoin de l'assistance d'un avocat
07:32pour demander une ordonnance de protection.
07:34Elles peuvent le demander immédiatement.
07:36On a des intervenants sociaux qui sont dans les commissariats et leurs gendarmeries,
07:39qui vont les accompagner au-delà du dépôt de plainte sur le jour d'après.
07:42Parce que la principale angoisse, c'est l'heure d'après.
07:44Le jour d'après le dépôt de plainte, il va se passer quoi ?
07:47Sur mon réhébergement, si je dois ou si je souhaite déménager.
07:50Pour mes enfants, pour mes droits aussi,
07:52parce que parfois, on a des femmes qui sont totalement isolées,
07:54familialement, professionnellement et économiquement.
07:57D'où l'aide d'urgence, par exemple, qu'on a créée
07:59pour faire face aux premières urgences, premiers jours, premières heures.
08:03Merci beaucoup, Orberger, ministre de l'égalité femmes-hommes.
08:06Et vous êtes à Arcachon tout à l'heure
08:07pour rencontrer justement des femmes victimes de violences conjugales.
08:10Et puis surtout pour comprendre.
08:11Comprendre ce qui s'est passé sur ces cas de féminicide l'année dernière,
08:13s'il y a eu des dysfonctionnements, des défaillances
08:15ou des signalements qu'on n'a pas perçus, et faire mieux.
08:17Merci beaucoup, bonne journée à vous.
08:18Ici Gérôme de Sateros.
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