Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 3 mois
L'invité d'ICI Gironde ce 17 octobre

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Ici Gironde, actus locales, musique et bonne humeur.
00:04Ici Matin.
00:06Notre invité ce matin lance un appel à nos députés girondins.
00:10En cette période compliquée financièrement avec un budget 2026 qui s'annonce à l'économie.
00:15Un département de la Gironde compte Rouge Vif.
00:17Ce membre de l'association Mouve Enfants appelle à ne pas oublier la protection de l'enfance.
00:22Bonjour Cédric Martinez.
00:23Bonjour.
00:24Chaque jour d'inaction coûte des enfants brisés.
00:27C'est ce que vous écrivez aux députés dans votre lettre.
00:30On est vraiment dans l'inaction aujourd'hui, en tout cas on n'en fait pas assez.
00:32Très clairement, aujourd'hui on a 160 000 enfants par an qui sont victimes de violences sexuelles.
00:37C'est un enfant toutes les trois minutes.
00:38Le temps de l'interview, on sait que deux enfants vont être agressés.
00:41Et si on élargit aux autres violences, d'ici Noël, on aura 15 infanticides dans ce pays.
00:46C'est terrible.
00:47Et dans l'instabilité budgétaire actuelle, l'instabilité parlementaire, c'est la grande oubliée.
00:51Pas de ministère de l'enfance.
00:53Un haut commissariat qui n'a pas de budget, qui dépend de tous les autres.
00:56Pas de coordination, pas de politique.
00:58Et comme vous le disiez, des collectivités qui sont aujourd'hui en charge de ces questions-là,
01:04mais sans compensation de la part de l'État des charges qu'elles doivent porter.
01:08Les règles sociales à l'enfance, par exemple, c'est le département.
01:10Et on en a parlé cette semaine, c'est très dur pour le département de faire face justement.
01:14Ça devient compliqué.
01:15Et pour voir un mouvement enfant dans d'autres départements, c'est compliqué partout.
01:18La question n'est pas juste en Gironde.
01:19La question est pour tous les départements et ce n'est pas une question de couleur politique.
01:23Ce débat-là ne doit pas être partisan.
01:25Vous demandez la création d'un grand ministère de l'enfance.
01:29Ça serait quoi la différence avec ce qu'on voit aujourd'hui ?
01:31On a là un ministère des sports et de la jeunesse.
01:34Sport et jeunesse, ça paraît assez éloigné de ce que vous nous racontez avec vos chiffres-là.
01:37Non, aujourd'hui, il y a juste un haut commissaire à l'enfance.
01:40Il y a un ministère délégué aux familles.
01:43Mais on ne traite pas la question de l'enfance.
01:45La question de l'enfance, ça traite des questions d'éducation, d'aide sociale à l'enfance, de sport.
01:49Comme vous le dites, il faut quelqu'un pour coordonner, qui puisse être à l'origine des lois, un organisme de contrôle.
01:55Ce n'est pas acceptable aujourd'hui.
01:56160 000 enfants, un enfant toutes les 3 000.
01:58Mais qu'est-ce qu'on fait mal ou qu'est-ce qu'on ne fait pas assez alors ?
02:01Les moyens déjà.
02:02Quand je vois des écoles où il y a des élèves très en difficulté, avec 25, 30 élèves dans une classe,
02:07vous avez forcément un enfant qui est victime de violence.
02:10Forcément.
02:11Les statistiques sont imparables.
02:12Et malgré tout ça, on a du mal à recruter des AESH qui accompagnent les enfants en situation de handicap.
02:17Parce que c'est des contrats précaires, c'est des gens qu'on paye mal.
02:20Les enseignants sont à bout.
02:22Les formations ne sont pas suffisantes.
02:24Très clairement, c'est des moyens et c'est une volonté politique.
02:26L'instabilité politique ne doit pas être une excuse.
02:29Ne pas agir aujourd'hui, c'est une faute morale de la part de nos élus.
02:32Et ce que fait Mouve Enfant, c'est une main tendue.
02:34Le mouvement associatif est là pour vous aider.
02:36Et il faut qu'on avance ensemble sur cette question, quelle que soit l'étiquette politique.
02:40Et le problème, c'est que l'aide sociale à l'enfance, c'est difficile à compter.
02:45C'est difficile à montrer.
02:46Quand on fabrique un bâtiment qui coûte des millions, on peut le montrer.
02:49C'est une preuve, c'est un bilan.
02:51L'aide sociale à l'enfance, aujourd'hui, on a du mal à la peser.
02:53Et c'est peut-être pour ça aussi qu'on n'investit pas beaucoup dedans.
02:55Ce n'est pas vendeur pour les élections, par exemple.
02:57Oui, mais on a forcément quelqu'un dans nos proches qui sont touchés par ces questions-là.
03:02Et je peux vous dire, ça se voit en fait.
03:04Vous avez forcément dans vos enfants, si vous avez des enfants, des amis de vos camarades qui dorment à la rue,
03:10qui sont victimes de violences, qui prennent des coups par les parents, des coups injustifiés.
03:15Voilà, donc ça, ça se voit au quotidien.
03:17C'est dans notre quotidien.
03:18Il y a un déni social et sociétal sur les violences faites aux enfants aujourd'hui.
03:21Et c'est le combat qu'on mène à Mouve Enfance, c'est en parler pour qu'on sorte tous collectivement du déni.
03:26Ici Jérôme de 7h50, Cédric Martinez, membre de l'association Mouve Enfance, et notre invité.
03:31Il répond à vos questions, Kevin Blondel.
03:33Alors, je précise votre engagement, il vient aussi de votre propre histoire.
03:35Vous avez été victime, enfant de pédophilie dans l'église, à Libourne ?
03:39Oui, tout à fait.
03:40Par un enseignant de catéchisme, un bénévole laïque,
03:43qui m'a agressé sexuellement et m'a violé après les cours de catéchisme,
03:47et m'agressait pendant les messes.
03:49Et c'est quelque chose dont j'ai pu parler seulement 30 ans après les faits.
03:53C'est tout récent, justement.
03:54C'est tout récent, exactement, et que j'ai porté avec moi,
03:57sans aucune amnésie traumatique.
03:59C'est aussi une particularité, c'est pour ça qu'on se bat, nous,
04:01pour l'imprescribilité des crimes sexuels.
04:03Énormément de victimes sont touchées par l'amnésie traumatique.
04:06On oublie ce qui s'est passé.
04:07Et on parle bien plus tard, et parfois il y a prescription.
04:09Exactement, et c'est pas possible, en fait, de laisser des gens sans justice derrière.
04:14Alors, c'est compliqué de rendre la justice avec le temps,
04:16mais quoi qu'il arrive sur un viol, une agression sexuelle,
04:18la justice, c'est compliqué.
04:19On a appris en début de semaine que les victimes de Bétarame,
04:21près de Pau, seront indemnisés par l'Église, il y a des Girondins parmi eux.
04:24Il se trouve que vous l'avez été aussi indemnisé.
04:26Comment ça se passe, très concrètement,
04:28et qu'est-ce que ça apporte aussi, peut-être, dans le processus de reconstruction ?
04:32Moi, j'ai été indemnisé par l'INIR,
04:33un organisme qui est financé par l'Église.
04:36L'Église est jugée partie,
04:37c'est-à-dire qu'elle rend la justice elle-même par l'indemnisation.
04:39Les délais sont très longs.
04:41Moi, j'ai attendu un an et demi avant que mon dossier soit pris en charge.
04:44Vous êtes accompagné par des professionnels du psychotrauma.
04:46Cette partie est assez intéressante et permet la guérison.
04:50Et ensuite, à la fin, on vient vous proposer une indemnisation financière.
04:54Et là, vous négociez ?
04:56Eh bien, on ne vous dit pas que vous pouvez négocier.
04:58C'est moi, parce que j'ai mon caractère, je suis accompagné,
05:01je suis soutenu par ma famille,
05:02j'ai été soutenu par le président de Mouve Enfant,
05:05en disant qu'on ne peut pas laisser comme ça.
05:06Et effectivement, là, on se retrouve à négocier la souffrance, en fait.
05:08Ça, ça va être difficile ?
05:10Eh bien, on abandonne, en fait, parce qu'on a un rendez-vous après,
05:13et en sortant de ce rendez-vous, on se dit « mais il aurait fallu que je me fasse violer combien de fois pour avoir plus ? »
05:18C'est cette question qu'on se pose, en fait.
05:20Et en fait, on met de l'argent sur la souffrance,
05:21et quand on lit les rapports de l'INIR,
05:23on a des chiffres, on a accompagné tant de personnes,
05:26l'indemnisation moyenne est de temps,
05:28mais on ne raconte pas, en fait, tous les ravages qu'il y a derrière.
05:31Et on revit la souffrance, on revit l'agression,
05:34et ensuite, il faut le faire.
05:35Et pour les victimes de Betaram, je leur passe un message.
05:38Faites-vous accompagner, ne restez pas seul.
05:40Dans votre malheur, vous avez une chance, c'est de vous connaître.
05:43Ne restez pas seul, et soyez solidaires entre vous.
05:47Aujourd'hui, vous, vous estimez avoir suffisamment été écouté,
05:50accompagné depuis que vous en avez parlé, tout récemment, en tant qu'adulte ?
05:54De la part de l'Église, ce ne sera jamais satisfaisant.
05:56Le crime est trop fort, le crime est trop puissant,
05:59ce ne sera jamais suffisant.
06:01Je dois quand même souligner que l'évêque de Bordeaux fait quand même des efforts là-dessus,
06:05et fait partie des évêques qui tentent d'amoindrir la douleur.
06:11Ils proposent des formations à l'éducation, à la vie affective,
06:14à tous les bénévoles qui interviennent auprès des enfants.
06:17C'est important, parce que c'est une réalité.
06:19Aujourd'hui, dans l'Église, il y a encore des enfants,
06:21et il faut que les gens qui les encadrent soient formés, tout comme à l'école.
06:25Et vous, contrairement à Betaram, là où il y a beaucoup de plaintes,
06:27il y en a 200, vous étiez seul dans cette histoire au départ, au moins, à parler ?
06:30Oui, je suis seul, et moi, mon second combat, c'est de retrouver les autres victimes.
06:35Je sais que mon agresseur a agressé d'autres enfants.
06:38À l'époque, il s'était lui-même accusé.
06:41Et aujourd'hui, moi aussi, mon combat, c'est de retrouver ces victimes.
06:44Et leur dit, vous pouvez parler, et vous pouvez être reconnu en tant que victime.
06:48Et sauf que les archives judiciaires ont été détruites.
06:50Il a été condamné parce que trouvé, et ça fait plus de 20 ans, il est décédé.
06:54C'était à Libourne ?
06:55C'était à Libourne, sur la paroisse de Libourne.
06:57Il donnait des cours de catéchisme à Libourne, et sur aussi la salle des bio.
07:02L'appel à témoignage est lancé, peut-être ce matin, sur ICI Gironde.
07:05Merci beaucoup, Cédric Martinez, d'avoir témoigné ce matin.
07:08Bonne journée à vous.
07:09Merci.
07:09ICI Gironde, à 7h50.
Écris le tout premier commentaire
Ajoute ton commentaire

Recommandations