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  • il y a 6 semaines
Gojira est de passage à Bercy pour sa tournée en France et en Europe. Les deux frères Duplantier font une pause dans leur répétition, au micro de Sonia Devillers. Le quatuor est devenu en quelques albums un groupe de renommée mondiale, découvert par le grand public pour la cérémonie des JO de Paris

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Transcription
00:00Bonjour Gojira. Bonjour, salut.
00:02Évidemment, on a tous envie de savoir ce que ça fait de jouer suspendu dans le vide,
00:07en tout cas sur des minuscules plateformes accrochées à la façade.
00:13Évidemment, cette séquence des Jeux Olympiques, elle a fait le tour du monde.
00:17Je l'ai re-regardé ce matin. En réalité, vous êtes accroché à la façade de la conciergerie par des harnais.
00:22Oui, c'est ça. Il y a un protocole de sécurité incroyable.
00:26J'ai voulu, moi, juste monter sur mon estrade en tant que batteur, juste avec l'échelle.
00:32Ils m'ont dit non, non, surtout pas. Il faut que tu aies quelqu'un qui soit d'abord en haut
00:35et que tu accroches un harnais pour pouvoir prendre l'échelle.
00:38C'était très, très surveillé. Donc, on était tous attachés.
00:41Et c'est très impressionnant quand même, Joe.
00:43Oui, je me suis senti comme un chat qui s'accroche.
00:47Parce qu'un chat, tu as voulu dire non, c'est bon, tu es attaché.
00:49Il va quand même avoir les poils hérissés. Il va s'accrocher. Il y a un peu ce côté-là.
00:53Et la pluie, ce n'est pas arrêté juste au moment de Gojira ?
00:57Il m'a semblé que j'ai dit.
00:57Alors, il me semble que oui, la pluie a pu se calmer.
01:00De toute façon, quand on commence à jouer, je ne vois plus rien.
01:04On a les sens qui sont altérés.
01:06Mais ce qui était particulier, c'est qu'on a dû se positionner sur ces passerelles
01:10qui étaient du coup hyper glissantes parce qu'il pleuvait.
01:14Et c'était une pluie un peu invisible.
01:15C'était comment on appelle ça ?
01:17Une sorte de brune.
01:17Voilà.
01:19Et on a dû attendre, je crois, 15 minutes.
01:22Ouais, 15 minutes, ouais.
01:24On nous a dit qu'il faut y aller avant.
01:25Donc, on avait les cheveux, le make-up, truc télé.
01:28Tout tremplé.
01:29Sous la pluie, sur des planches qui glissent,
01:33à attendre que Lady Gaga ait fini de chanter.
01:36Enfin, c'était complètement dingo, quoi.
01:38Et vous aviez répété ?
01:39Enfin, je veux dire, vous aviez répété sur ces plateformes ?
01:41Vous aviez répété à la conciergerie ?
01:43Oui, la veille, on a juste eu accès aux plateformes.
01:46On a pu se tenir sur les plateformes.
01:47On n'a pas pu répéter.
01:49On a répété dans un autre lieu, dans une pièce normale.
01:51Secrets.
01:52Voilà.
01:52Tenues secrets, évidemment, à l'époque.
01:55Alors, ce n'est pas une année comme les autres, on va dire.
01:582025 pour le métal, c'est l'année de la mort du parrain, du pionnier, du grand précurseur.
02:05C'est l'année de la mort d'Ozi Osborne, qui était le cofondateur de Black Sabbath.
02:11Il était surnommé le prince des ténèbres.
02:14Qu'est-ce qu'il représentait pour vous, pour l'un et pour l'autre ?
02:17C'est un peu le pape, quoi, du heavy metal.
02:21C'est toujours dur de décider.
02:25Les métallois, ils aiment bien l'image du pape.
02:28C'est paradoxal.
02:30Je pense qu'il représente...
02:33On n'a pas grandi en écoutant Black Sabbath.
02:36On était conscients que Black Sabbath avait influencé nos groupes préférés.
02:39Donc, ça a toujours été...
02:41Bon, c'est le patron.
02:42Mais c'était trop lent pour nous, trop vintage.
02:45C'était trop lent, trop vintage, trop rock'n'roll encore.
02:48Trop rock'n'roll.
02:49Nous, on était vraiment dans le métal dur et rapide.
02:52Mais c'est normal.
02:53On était des enfants, des gamins.
02:54On voulait juste voir ce qu'il y a de plus intense.
02:58Parce que vous, vous vous êtes retrouvés quand même pile un an après les Jeux Olympiques.
03:02Vous, vous vous êtes retrouvés au dernier concert d'Ozi Osborne,
03:05qui est un moment qui restera dans l'histoire du métal.
03:09C'est quand même 40 000 fans en trance à Birmingham.
03:13Plus le streaming avec 6 millions de personnes qui regardent.
03:15Ah oui ?
03:16Dans leur ville natale.
03:17Dans leur ville natale.
03:19Vous vous retrouvez au milieu de tous les géants du rock et du métal.
03:23Oui.
03:24Tous les deux.
03:25Et lui qui vient faire ses adieux à la foule.
03:27Tout le monde pleurait dans le stade.
03:30C'est vrai ?
03:31C'est un stade entier de gens qui sont complètement tremblants,
03:34avec la larme à l'œil.
03:35Et d'autres qui pleuraient complètement.
03:36C'était incroyable.
03:39Il est mort 15 jours après.
03:40Il est mort 15 jours après, oui.
03:42C'est presque impossible à décrire.
03:44Ce qui s'est passé ce soir-là à Birmingham ?
03:46Oui.
03:47C'est vrai que je pensais qu'après les JO,
03:48plus jamais on aurait un truc d'une telle importance.
03:52Et celui-là, en fait, c'est kiff-kiff.
03:54Et même encore plus, j'ai envie de dire.
03:59Là, on était dans notre monde, quoi.
04:00Là, on était dans notre monde.
04:01Et être adoubé par tous les géants du style,
04:04c'est vrai que c'était incroyable.
04:06Je pense que c'était les mecs de Rage Against the Machine
04:08qui faisaient la Ceno.
04:13Il faisait un peu la cohésion entre tous.
04:14Guns, Metallica, Panthéra.
04:18Il y avait des mecs de Queens.
04:20Backstage, il y avait des gens de Queens.
04:21Des musiciens de Queens.
04:23C'est fou.
04:24Donc, vos idoles de jeunesse.
04:25Oui.
04:25Alors, parmi les idoles de jeunesse, évidemment,
04:28il y a Metallica.
04:29Oui.
04:30Il y a Metallica, avec qui vous avez joué plusieurs fois,
04:33dont vous avez fait la première partie,
04:34avec qui vous repartez en tournée, là, bientôt,
04:37dans quelques mois.
04:39Qui peut être probablement le plus grand groupe de métal.
04:41Oui, je pense que c'est clair.
04:43Oui, là, ça ne fait pas débat.
04:45Il n'y a aucun débat.
04:46En tout cas, pour nous, il n'y a pas débat.
04:48Même pour personne.
04:49Dans l'industrie, c'est toujours la référence.
04:52Jusqu'où on peut aller.
04:53Comment Metallica a fait ?
04:55Ils se sont développés à une époque où il n'y avait pas d'Internet.
04:59Donc, ils ont vendu beaucoup de disques.
05:01Ils ont construit un empire.
05:02J'ai l'impression qu'il ne pourra plus y avoir un groupe de métal aussi important.
05:06Joe, vous les avez découverts comment ?
05:09C'est mon cousin Bastien, du plantier.
05:13Quand j'avais 13 ans et demi ou 14 ans,
05:15il écoutait du métal.
05:17Moi, je n'en écoutais pas.
05:18Je jouais du piano.
05:19J'aimais bien la musique classique, le jazz.
05:21Mais le métal, pour moi, c'était du bruit.
05:27Et c'est lui qui m'a fait écouter.
05:29Vous pouvez décrire aujourd'hui ce que vous avez éprouvé la première fois
05:32que Metallica a résonné sur la chaîne IFI des du plantier ?
05:39Alors, c'était l'album Ride the Lightning,
05:42qui est le deuxième album de Metallica.
05:49Vraiment, je ne comprenais pas.
05:50Je ne jugeais pas.
05:51Mais à chaque fois qu'il était énervé,
05:52on se voyait l'été.
05:54On était dans une maison de famille.
05:55Et il partait dans sa chambre.
05:57Il claquait la porte.
05:57Il mettait Iron Maiden, Metallica, Slayer à fond.
06:01Et je me disais, mais c'est quoi ce bruit ?
06:02C'était toute sa colère d'ado.
06:03Mais on était tellement potes qu'il me dit,
06:06mais écoute, c'est lui qui m'a un peu initié.
06:09Il y a notamment ce morceau sur l'album Ride the Lightning
06:12qui s'appelle Fade to Black,
06:15qui a une intro très mélodique sur une guitare classique.
06:19Et je disais, ah, ben ça, tu vois, ça, j'aime bien.
06:22J'aime bien ça.
06:23Et du coup, en fait, j'aimais beaucoup même.
06:25Mais le reste du morceau, pas trop.
06:27Et en fait, à force d'écouter l'intro,
06:28à essayer de la jouer sur une guitare,
06:30j'apprenais la guitare à ce moment-là.
06:35La partie d'après a commencé à me plaire aussi.
06:38Et la partie d'après aussi.
06:39Et en fait, j'ai été aspiré dans le morceau.
06:41C'est devenu...
06:42J'étais obsédé par ce morceau.
06:43J'avais une cassette.
06:45Je rembobinais et je réécoutais.
06:47Et finalement, j'ai commencé à écouter tout l'album.
06:49Et alors là, ça a été...
06:50Après, je voulais les autres albums et compagnie.
06:51Et alors, c'est aussi un groupe, Metallica,
06:54qui a connu des crises, des conflits, des rivalités,
06:59des grands moments de lassitude ou d'assèchement créatif.
07:02Et donc, il y a un film culte.
07:06Il y a un réalisateur...
07:06C'est le kind of monster.
07:07Voilà.
07:07Il y a un réalisateur qui est embauché
07:09pour faire un film promo sur eux.
07:12Et en fait, il tombe au milieu de la crise de Metallica.
07:14Et Metallica recrute un psy pour une thérapie de groupe.
07:19Vous l'avez vu, ce film ?
07:20Bien sûr.
07:22Mais vous en avez tiré quoi comme leçon ?
07:26Parce que ça a été un choc dans le monde entier,
07:28la diffusion de ce film.
07:30Je ne sais pas si on en a tiré une leçon,
07:31mais on a tout à fait compris les enjeux
07:33et les problématiques qu'il pouvait y avoir
07:34avec un groupe de cette ampleur.
07:37Moi, il n'y a rien qui est surprenant dans ce film.
07:39Il n'y a rien qui est surprenant ?
07:41Non, ce n'est pas surprenant.
07:42Pour tous ceux qui imaginent que derrière le métal,
07:45il y a des matamores, il y a des mecs hyper virils,
07:48que tout est une démonstration de force,
07:49pour la première fois, on dit haut et fort.
07:51Il y a des larmes, il y a des doutes,
07:53il y a de la souffrance, il y a de la dépression.
07:55Ça, c'est quand même un métal.
07:56On le sait depuis le début,
07:57déjà en lisant les paroles de tous les groupes,
08:00de tous les groupes qu'on écoutait,
08:01des, les groupes les plus extrêmes.
08:04En plus, il y a quelque chose de très,
08:05même androgyne dans le métal.
08:07Donc, il y a une vraie place pour la féminité ?
08:10Oui, la féminité, c'est...
08:12Et puis, on hurle nos émotions.
08:13Oui, hurler ses émotions, c'est assez précurseur aussi,
08:17en termes de masculinité.
08:18C'est-à-dire qu'exprimer sa vulnérabilité,
08:22exprimer ses tabous, ses peurs,
08:23la peur de la mort, ses incompréhensions.
08:26Donc, c'est dire sa fragilité.
08:27Oui, nous, les quatre de Gojira,
08:29on est pour le coup, le côté androgyne,
08:31on l'a les quatre.
08:31On a une sensibilité féminine et masculine
08:34qui sont vraiment très, très exacerbées.
08:37Il n'y a aucun macho dans le groupe.
08:40Ce qu'on comprend aussi,
08:42c'est à quel point,
08:43et j'ai lu votre biographie,
08:46Les Enfants Sauvages.
08:48Je n'ai pas lu.
08:48Gojira, vous ne l'avez pas lu ?
08:49Je ne sais pas, on vient en apprendre.
08:51Je suis assez curieux.
08:53On apprend plein de trucs sur vous.
08:54À quel point c'est une musique du corps
08:57et à quel point c'est un entraînement
09:00très précis, très dur pour le corps,
09:03si on veut tenir,
09:04si on veut tenir des concerts aussi physiques,
09:05si on veut tenir des tournées aussi longues.
09:08Mario, ça signifie quoi, la batterie ?
09:11La batterie, oui, c'est mon exutoire.
09:16Je lâche tous les masques.
09:20Il y a plusieurs couches.
09:24Mon masque social est mis de côté
09:26et je lâche tout.
09:27C'est fabuleux, d'ailleurs.
09:28Les joies, les peines, les démons,
09:31les bonheurs,
09:32c'est juste de l'énergie brute.
09:34Et puis c'est ma danse à moi.
09:35C'est mon expression.
09:37C'est ultra puissant.
09:39Vous devriez tous faire de la batterie.
09:40Oui.
09:42Et Joe, la voix,
09:45donc donner une interview
09:47à quelques heures de montée sur scène.
09:49Ce n'est pas idéal.
09:49Ce n'est pas idéal.
09:51Chaque mot prononcé
09:52m'enlève un peu de...
09:57Ça dépend, ça dépend.
09:58De la puissance vocale
09:58qui va arriver sur scène tout à l'heure.
10:00Non, mais ça dépend des états
10:01dans lesquels je suis.
10:02Il y a des fois...
10:04Là, c'est un début de tournée.
10:05On est encore en début de tournée.
10:07Donc mon corps est un peu...
10:08C'est des chocs un petit peu
10:09de faire ce que je fais.
10:11Mario aussi,
10:12il est extrêmement...
10:13C'est violent.
10:14Moi, c'est un peu plus de l'intérieur.
10:16Et c'est des micro-traumas,
10:20on va dire.
10:21Il y a beaucoup de chanteurs en métal
10:22qui se cassent la voix
10:23et qui, après,
10:24ne peuvent plus jamais chanter.
10:25Heureusement, je fais beaucoup...
10:26Je fais très attention...
10:28Tu es très robuste aussi.
10:29Je suis quand même assez robuste,
10:31il faut le dire.
10:33Ça fait 30 ans
10:34que vous faites de la scène
10:35tous les deux
10:35et vous avez fait énormément,
10:37énormément, énormément de scènes
10:38avant que la presse vous reconnaisse,
10:39que les labels vous signent,
10:41que les maisons de disques
10:41vous adoptent, etc.
10:43Mais ça fait 30 ans.
10:44Qu'est-ce que Joe fait sur scène,
10:47Mario,
10:47qui vous impressionne encore,
10:4930 ans après ?
10:51Il y aura la même question.
10:53C'est pas mal, ça.
10:54Qu'est-ce qui m'impressionne encore ?
10:56Non, mais c'est sa puissance.
10:58Il a toujours été plus puissant
11:00que ma sœur et moi, par exemple.
11:01Nous, on avait des problèmes
11:02aux dents, aux oreilles,
11:03des trucs.
11:03Lui, il n'avait pas acheté le dentiste.
11:05Moi, j'avais des otis,
11:06des trucs tout le temps.
11:07Lui, il n'avait jamais rien.
11:10C'était le surhomme
11:11des du plantier.
11:12C'était Joe.
11:12Précise que ce soir,
11:15il est blessé
11:15et qu'il va avoir du mal
11:16à jouer de la guitare.
11:17Même cette blessure,
11:18il a vraiment fait une chute.
11:20C'est normal que tu blesses,
11:22mais c'est quelqu'un
11:22de très, très, très robuste.
11:24Et puis moi,
11:24ce que j'aime beaucoup avec Joe,
11:25c'est sa capacité de...
11:27Je parlais d'androgynie
11:28et de cette sensibilité qu'il a
11:29où il va s'adresser au public
11:31toujours d'une manière
11:32qui booste le groupe.
11:34C'est-à-dire qu'il va parler
11:36soit des paroles ou...
11:39En fait, ça nous tire tous vers le haut.
11:41Il va tous nous tirer vers le haut.
11:42Et dans le public
11:43et sur scène.
11:44Donc, c'est un moteur aussi
11:46spirituel pour notre concert.
11:48Parce que Joe a une capacité d'analyse
11:50qui est exceptionnelle.
11:51Et c'est quelqu'un
11:52d'extrêmement sensible.
11:54Après, voilà,
11:54il a ses rigidités.
11:55Très sensible.
11:57Et Joe,
11:58qu'est-ce que Mario fait sur scène
12:00qui vous impressionne encore
12:01après 30 ans de scène ?
12:02C'est une bête, quoi.
12:02C'est une bête, quoi.
12:03C'est une bête, Mario.
12:03C'est une bête.
12:04Mais c'est une bête.
12:05Oui, c'est incroyable ce qu'il fait.
12:08Mais d'ailleurs,
12:08tout le monde est impressionné
12:10tout d'abord par sa prestation.
12:11C'est quand même...
12:13Mario, c'est la fondation musicale du groupe, quoi.
12:16Je peux savoir comment un ado de 19 ans
12:19a l'idée de monter un groupe
12:21avec son petit frère de 14 ans ?
12:23C'est-à-dire que...
12:24Moi, dans mon idée...
12:26Moi, j'ai deux ans de différence
12:27avec ma sœur.
12:27Mais moi, dans mon idée,
12:28quand on a 19 ans,
12:29on est entré dans un monde
12:31dont les enfants de 14 ans
12:33sont totalement exclus.
12:34C'était le cas au début.
12:36C'était le cas.
12:37Parce qu'il était beaucoup plus jeune
12:39qu'il avait 9 ans
12:39quand j'écoutais le métier.
12:41Oui, mais tu étais un grand frère
12:42très, très bienveillant.
12:44Tu étais bienveillant envers moi.
12:45Ah, ce n'était pas le genre de frère
12:47qui envoie à bouler son petit frère ?
12:48Oui, on avait un environnement
12:49qui était propice à ça aussi,
12:50je pense, à la détente.
12:53On a grandi dans une vieille ferme
12:55un peu délabrée,
12:56mais avec beaucoup d'espace.
12:57Dans les Landes ?
12:58Dans les Landes,
12:59entourée de forêts,
13:00avec un lac.
13:02Notre enfance était assez dorée
13:04et isolée,
13:05un peu dans une bulle comme ça.
13:08Bon, on était quand même...
13:09Voilà, on allait à l'école,
13:10on était entourés.
13:11Il y avait le village,
13:12mais on était un peu à l'extérieur du village.
13:13Les gens nous appelaient
13:14la famille Adams,
13:15parce qu'ils ne savaient pas trop
13:16ce qui se passait dans cette maison-là.
13:18Et en fait,
13:19il se passait beaucoup de choses,
13:20mais des choses chouettes.
13:21On faisait des cabanes.
13:23Et du coup,
13:24on ne pouvait pas juste aller
13:26traîner avec des potes
13:27sur notre vélo,
13:28juste de l'autre côté de la route.
13:30Il n'y avait pas ça.
13:31Donc, on était assez finalement...
13:32On a fait beaucoup,
13:33beaucoup de choses ensemble.
13:34Nous-mêmes.
13:34Les frères et sœurs.
13:35Oui, on faisait des petits spectacles
13:37pour nos parents
13:37quand on était tout petits.
13:39Bon, lui, il était en couche-culottes,
13:40tu vois,
13:41mais moi et ma sœur,
13:42on était un peu plus âgés
13:43et on l'entraînait avec nous.
13:44On lui mettait une robe,
13:45une perruque
13:46et puis on faisait rigoler
13:47nos parents.
13:48Donc, en fait,
13:49c'est une enfance
13:50qui est plus centrée
13:52sur la forêt.
13:53C'est l'élément
13:54de votre enfance
13:55plus que sur l'océan.
13:57On entendait les vagues
13:58depuis notre maison
14:00de l'Atlantique,
14:03les plages de Ondre,
14:05la Benne, Tarnos,
14:08qui sont...
14:10Enfin, ce n'était pas très développé
14:12dans les années 80.
14:13C'était très sauvage, oui.
14:14C'était assez sauvage.
14:15En hiver,
14:16il y avait tous les troncs d'arbres,
14:19des animaux morts,
14:20même des bouteilles de plastique.
14:23Toute la pollution,
14:23on ne s'était pas nettoyé.
14:24Donc, on voyait vraiment
14:25ce que l'océan...
14:26Ça, c'était les premières
14:27crises de prise de conscience.
14:28Oui, parce qu'on n'était pas
14:30à Biarritz.
14:30On était un peu plus
14:31au nord de Biarritz.
14:32Biarritz, c'était un peu
14:33plus fancy.
14:33On n'y allait jamais.
14:34Nous, c'était vraiment
14:35les Landes,
14:36sud des Landes
14:37et c'était beaucoup
14:38moins préservé.
14:40Je me suis demandé
14:41ce que c'est que d'être
14:42un enfant qui a grandi
14:43face à l'Atlantique.
14:45Vraiment.
14:45D'abord, vous,
14:46vous habitez à New York
14:47aujourd'hui, Joe.
14:48Vous, Mario,
14:49vous habitez...
14:49Je suis revenu
14:51depuis le Covid,
14:51je suis à Osgore maintenant.
14:53À Osgore,
14:53donc dans les Landes aussi.
14:55Donc, vous êtes vraiment
14:56l'un en face de l'autre.
14:58Il y a un océan...
14:59Il y a vraiment
14:59l'océan Atlantique
15:00entre vous deux,
15:01mais c'est vraiment
15:01le trait d'union physique
15:02entre vos deux cultures.
15:03Vous aviez une maman
15:04qui était américaine.
15:06C'est vraiment
15:06le trait d'union physique
15:07entre vos deux cultures.
15:11On est très Atlantique, nous.
15:13On a nos ancêtres
15:15du côté de notre maman
15:16sont des assorts.
15:17Donc, c'est entre l'Europe
15:20et les Etats-Unis.
15:22Donc, il y a toujours
15:22eu ce truc-là
15:23où notre mère est née
15:25aux Etats-Unis,
15:25mais après,
15:25elle est allée en France.
15:26Oui, s'est installée
15:27dans les Landes.
15:27Je suis allée aux Etats-Unis.
15:28Mario a passé du temps
15:29aux Etats-Unis.
15:29On a fait deux albums
15:30ensemble à New York.
15:32À New York, hein.
15:33Pas Côte-Ouest,
15:34pas dans le Kentucky,
15:35pas en Floride.
15:36À New York.
15:37C'est-à-dire l'Atlantique.
15:39Oui, c'est vrai.
15:40Vraiment, c'est l'un
15:42en face de l'autre.
15:44Je me suis demandé
15:44s'il y avait un lien,
15:46si on pouvait tirer un fil
15:48entre ce que c'est
15:49qu'un océan,
15:50l'océan Atlantique
15:51et le métal.
15:52Si dans cette puissance
15:53de l'océan
15:54et dans la puissance
15:55de cette musique,
15:56on pouvait trouver des liens.
15:58Absolument.
15:59On en parlait beaucoup
16:00au début
16:01quand on voulait
16:02expliquer notre musique.
16:03On disait souvent
16:04que c'est comme une vague
16:05qui déferle.
16:06On a utilisé
16:07l'image du volcan.
16:09Mais la vague,
16:10l'océan,
16:11c'est vraiment ça.
16:12Moi, quand je suis
16:13en difficulté physique,
16:14ça m'arrive de fermer
16:15les yeux
16:15et de mentaliser
16:17des images d'océans
16:18pour m'aider
16:18à me tirer vers le haut.
16:19Ça arrive que des fois
16:20je suis dans un épuisement total
16:21et je vais chercher
16:22l'océan pour me...
16:23Et pourtant,
16:24on dit le métal.
16:25Donc c'est une référence
16:26aux ouvriers,
16:28au milieu industriel,
16:29à l'usine,
16:31à ses sons métalliques.
16:32Et donc vous êtes
16:33les premiers
16:33à faire un métal naturel,
16:37un métal qui a puisé
16:38ses sources
16:39et sa force
16:39et sa puissance
16:40dans la nature.
16:41On aurait pu lui donner
16:42notre propre nom,
16:43finalement.
16:43Enfin, tu vois,
16:44notre propre interprétation.
16:45C'est vrai que quand je pense
16:46métal,
16:47moi je pense plutôt
16:48à tout ce qui est organique,
16:49la surpuissance.
16:49Et le langage,
16:50c'est aussi pour communiquer
16:51avec les gens.
16:52Il ne faut pas s'attacher
16:53trop aux mots,
16:53il faut voir ce qu'il y a
16:54derrière les mots.
16:55C'est important
16:55parce que les mots
16:56peuvent être limitants.
16:57Mais en même temps,
16:58c'est des outils
16:59qui sont formidables
17:00et je pense que
17:01pour expliquer en deux secondes
17:03ce qu'on fait,
17:03on dit métal
17:04et déjà les gens
17:05ils s'attendent
17:05à des guitares saturées,
17:06de la double pédale,
17:07un certain mix compressé,
17:08une voix qui gueule au milieu,
17:10on a ça.
17:10Donc on rentre quand même
17:12dans cette catégorie.
17:14Et cette conscience écologique,
17:16ce militantisme écologique
17:17qui vous porte
17:18depuis très très longtemps
17:19et que vous exprimez,
17:22que vous portez,
17:23que vous développez
17:23depuis des années et des années,
17:27il y en a d'autres
17:28sur la scène métal
17:29qui partagent ces combats-là ?
17:31Pas vraiment sur la scène métal,
17:32je dirais.
17:33C'est ça ?
17:33C'est vrai, ouais.
17:33Les gens ont peur
17:34de trop s'engager
17:37sur des thèmes politiques
17:39parce qu'on peut vite
17:41montrer du doigt
17:42en retour
17:43en disant
17:43« Oui, mais attends,
17:43tu dis ça,
17:44mais toi,
17:45tu conduis une voiture
17:46et tu as pris un avion
17:47et tu vas en tournée. »
17:48Mais on n'a pas peur
17:49quand même
17:49de s'exprimer spontanément.
17:53D'ailleurs,
17:53au tout début,
17:53on ne partait pas en tournée,
17:55on était chez nous
17:56et on pensait
17:57à la plage d'Ondres
17:58pleine de goudrons
17:59et aux infos,
18:01on était vachement choqués
18:03de voir que les humains
18:03s'entretuaient
18:04avec des bombes et tout.
18:05Mario a parlé
18:06d'un côté naïf
18:07tout à l'heure
18:08lorsqu'on discutait.
18:10On a un côté
18:10un peu enfantin,
18:11un peu naïf,
18:12mais pas naïf,
18:14mais je ne saurais pas
18:15comment dire
18:15une certaine naïveté.
18:17On est toujours accordé
18:18avec notre regard
18:19d'enfants,
18:20d'adolescents.
18:21Moi, je crois
18:21qu'il est présent quand même.
18:23Oui,
18:23et puis on croit
18:24qu'il y a du bon
18:25dans l'humain.
18:27Et alors,
18:27Joe,
18:27vous vivez aux Etats-Unis.
18:29Oui.
18:29Le deuxième mandat
18:30de Trump,
18:31il s'est transformé
18:32en déclaration de guerre
18:33permanente.
18:34Oui,
18:34c'est terrible.
18:35contre la sauvegarde
18:37de l'environnement,
18:38contre l'écologie.
18:39Et là,
18:39la naïveté,
18:41vous l'avez perdue,
18:41non ?
18:42C'est dur
18:42de rester positif
18:44dans des contextes
18:46pareils,
18:46mais on se doit
18:48de garder espoir,
18:51sinon tout s'effondre.
18:53Pour parler
18:53des politiques américaines
18:54du moment,
18:55d'ailleurs,
18:56ce n'est pas qu'américaine,
18:56il y a quand même
18:57une montée du fascisme
18:59un peu partout
18:59dans le monde,
19:00il y a des choses
19:00aberrantes.
19:01Et qui s'accompagnent
19:03de ce qu'on appelle
19:04un backlash écologique,
19:05c'est-à-dire
19:05d'une remise en question
19:06ultra violente.
19:08Une régression totale.
19:10C'est terrible,
19:10terrible, terrible.
19:11Je suis ultra choqué
19:13de voir qu'on n'arrive
19:14pas à tirer
19:15des leçons
19:16du passé.
19:17Quand on ne connaît
19:18pas le métal,
19:19ce qui est mon cas,
19:21on a du mal
19:22à imaginer,
19:23enfin,
19:23on a du mal
19:23à comprendre
19:24comment vous,
19:25vous rentrez
19:25dans le métal.
19:26Vous qui grandissez
19:27au bord de l'Atlantique,
19:28qui faites du surf,
19:29qui avez une maman
19:30américaine,
19:31qui êtes les héritiers
19:31de la contre-culture,
19:33donc probablement
19:34de quelque chose
19:35qui ressemble plus
19:35au Flower Power
19:36et chez les hippies.
19:39Et on a l'impression
19:40que le métal,
19:41c'est vraiment
19:41une musique sans espoir.
19:43Mais on n'est pas
19:43des hippies.
19:44Non, ça vous n'est pas
19:45des hippies.
19:45Et vous n'êtes pas
19:46des vrais métalleux
19:47non plus, c'est ça ?
19:47Donc vous êtes quelque chose
19:49entre les deux ?
19:49On n'est pas des hippies
19:50et on n'est pas des métalleux.
19:53Il y a de l'espoir
19:53dans le métal
19:54ou il n'y a pas d'espoir
19:54dans le métal ?
19:55Bien sûr, il y a de l'espoir.
19:56Il y a de la vie,
19:57il y a de la puissance,
19:57il y a de la beauté,
19:58il y a du rythme,
19:59il y a de la mélodie,
20:00il y a de la construction,
20:01il y a de la discipline,
20:03énormément de discipline.
20:04C'est un des styles
20:05qui demandent
20:06le plus de discipline.
20:07Que ce soit nous,
20:08en tant que musiciens,
20:09que ce soit notre ingé son
20:10pour faire sortir ça
20:11dans des façades.
20:11C'est des années
20:12et des années de recherche
20:13pour que ça fonctionne.
20:15Et on est tout le temps
20:16sur la tranche
20:17parce qu'on pousse tout au max.
20:18Et pour ce qui est
20:19de l'écologie et du métal,
20:20je trouve que ça va
20:21très très bien ensemble
20:22parce qu'il y a une urgence.
20:23Et du coup,
20:24déjà dans les années 90,
20:26une urgence,
20:27une rage,
20:27une colère
20:29qu'il faut exprimer.
20:30On ne peut pas juste
20:30rester comme ça.
20:32Et c'est bien beau
20:33de parler d'écologie
20:33dans une petite balade,
20:34mais pourquoi pas
20:35en gueulant ?
20:37Et pourquoi pas
20:38avec l'image de la mort ?
20:39Parce que franchement,
20:40l'imagerie de la mort,
20:41elle est très très très présente
20:42dans le métal,
20:44dans l'univers du métal.
20:44Ça, c'est notre thème
20:45numéro un d'ailleurs.
20:46Parce qu'on nous parle souvent
20:47d'écologie,
20:48mais en fait,
20:48j'ai envie de dire,
20:49c'est quand même,
20:50c'est plutôt
20:51des questions existentielles.
20:53Qu'est-ce que c'est
20:54que d'être en vie ?
20:55Qu'est-ce que c'est
20:55que d'être mort ?
20:56Est-ce qu'on meurt ?
20:57Ou pas ?
20:58C'est ça,
20:59les grosses questions
21:00dans Gojira.
21:00Et l'environnement,
21:02en fait,
21:02ça vient un peu là-dedans.
21:04Ça s'imbrique là-dedans.
21:05Mais c'est vraiment
21:05la quête spirituelle,
21:06la quête humaine
21:07des questions existentielles.
21:09C'est plutôt ça, Gojira.
21:10Qu'est-ce qu'il va raconter
21:11le prochain album ?
21:12Il va raconter tout ça ?
21:13On ne sait pas encore.
21:16Dehors, là,
21:17à l'extérieur de Bercy,
21:18il y a des hordes
21:19qui attendent de savoir
21:20ce que va raconter
21:21le prochain album.
21:21Ils attendront.
21:22Ils attendront ?
21:23Nous aussi ?
21:23Non, on est dessus.
21:25On met toute notre énergie.
21:27Ça arrive,
21:27mais des fois,
21:28il faut du temps
21:28pour que ça sorte.
21:29Mario et Joe Duplantier,
21:31bon concert.
21:32Merci beaucoup.
21:33Ça commence dans deux heures.
21:34Voilà, c'est ça.
21:35En gros.
21:36Merci d'avoir accordé
21:38quelques minutes
21:38à France Inter
21:39avant de monter sur scène.
21:40A très bientôt.
21:41Merci à toi.
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