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  • il y a 2 jours
La Voix du Nord publie ce jeudi 27 novembre une vaste enquête sur Jacques Delfosse, prêtre nordiste présenté comme l'un des "pires pédocriminels" de l'histoire de l'Eglise en France. Le journaliste Bruno Renoul, qui a travaillé huit mois sur le sujet, répond aux questions d'ici Nord.

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Transcription
00:00Bonjour Bruno Renoul, vous êtes journaliste à La Voix du Nord et c'est vous qui avez réalisé cette enquête
00:05qui avait retracé le parcours de ce prêtre Jacques Delfos.
00:08Qu'est-ce qui vous a mis sur la piste cet homme, le point de départ de cette enquête ?
00:11Alors le point de départ c'est que j'ai été contacté par deux victimes
00:14qui ont porté plainte récemment contre ce prêtre en 2023 et 2024
00:19pour des faits qui remontaient à la fin des années 80 et à la fin des années 90
00:23et leur avocate m'a tout de suite parlé d'un prédateur
00:27donc évidemment ce mot m'a attiré mon attention, ma curiosité
00:31et m'a poussé à creuser pour essayer de comprendre
00:34parce qu'un prédateur c'est pas juste deux victimes.
00:36Et vous allez travailler sur cet homme, sur ce prêtre, vous allez identifier une cinquantaine de victimes
00:41au moins victimes qui étaient mineures à l'époque des faits
00:44qui ont accepté aussi de témoigner, il y en a beaucoup dans votre enquête.
00:46Oui, alors on peut estimer qu'effectivement des années 60 aux années 90
00:50sur quatre décennies il y a au moins une cinquantaine de victimes
00:53et sans doute beaucoup plus.
00:54Nous on en a rencontré huit, on aurait pu en rencontrer plus
00:58mais huit c'était un échantillon entre guillemets suffisant
01:03pour pouvoir dire que c'était sur quatre décennies.
01:06Et vous expliquez donc dans cette enquête que Jacques Delphos a eu des responsabilités
01:11à plusieurs villes, dans diverses paroisses, à Lille, à Anap, à Villeneuve-d'Ascq, à Roubaix
01:15il avait également une maison en Ardèche
01:16ce que vous racontez, il organisait des chantiers de vacances, des colonies de vacances
01:20et c'est dans cette maison qu'ont eu lieu énormément de ces viols et de ces agressions sexuelles
01:24il emmenait les jeunes là-bas, finalement des jeunes qui étaient d'ici.
01:26En fait, dans les années 60-70, l'église avait une importance dans la société
01:32qui est peut-être plus grande qu'aujourd'hui
01:33il y avait beaucoup de patronage, de colonies de vacances, de choses comme ça
01:36et effectivement, lui il était dédié à la jeunesse, ce n'était pas un curé de paroisse
01:41donc c'était un aumônier de jeunesse
01:42et donc il emmenait à toutes les vacances scolaires des enfants en colonie
01:46que ce soit sous tente ou dans des bâtiments en dur
01:48et il avait cette résidence secondaire en Ardèche
01:50qu'il avait acquise avec un héritage familial
01:52et donc, effectivement, il profitait de la maladie
01:59dès qu'un enfant n'allait pas bien
02:00en fait, il l'emmenait à l'infirmerie, il passait la nuit en observation
02:02et là, en fait, il lui donnait des cachets pour pouvoir l'agresser ou le violer pendant son sommeil.
02:07C'est un mode opératoire qu'il a répété
02:09vous expliquez d'ailleurs ce matin dans le journal
02:12que ce prêtre, c'était procuré un ordonnancier d'un médecin de Roubaix d'ailleurs.
02:16Alors ça, c'est assez terrible parce qu'effectivement, ce médecin qui était un de ses amis
02:19lui avait donné un ordonnancier pour...
02:22pour...
02:23pour fournir tous ses calements.
02:25Non, mais en fait, lui, c'était pour...
02:26si jamais il y avait besoin de Doliprane ou de pansement pour les...
02:28Il s'en servait pour acheter ensuite des ordonnanciers.
02:30Il s'en servait, c'était des ordonnanciers vierges.
02:32Il s'en servait pour acheter des cachets et pour la petite histoire.
02:34Il a aussi abusé des filles de ce médecin
02:36ce qui est quand même un petit peu terrible quand on y pense.
02:39Ici Nord, il est 7h49.
02:40Nous sommes en direct avec Bruno Renoul,
02:42auteur pour La Voix du Nord d'une enquête
02:44sur un prêtre pédocriminel.
02:46Bruno Renoul, je vous expliquais qu'à un moment,
02:48ça s'est arrêté quand même.
02:49Une plainte va être déposée en 1998,
02:51ce qui donne lieu à un procès en 2007.
02:54Jacques Delphos est condamné à 5 ans de prison
02:55dont 6 mois fermes.
02:56Des victimes assistent à ce procès.
02:59Mais ce qu'on comprend en vous lisant,
03:00c'est que ces victimes sont beaucoup plus nombreuses.
03:02Finalement, il y a ce procès en 2007,
03:03mais on n'a pas saisi l'ampleur à l'époque de cette affaire.
03:06Oui.
03:07En fait, Jacques Delphos a réussi à faire croire
03:09que c'était un petit peu une parenthèse dans sa carrière de prêtre
03:12qu'il avait changé.
03:14C'est vrai que le procès a eu lieu 20 ans après les faits.
03:18Du coup, forcément, il a pu faire croire qu'il s'était amendé.
03:24Et donc, voilà, cette peine de 6 mois de prison
03:26qui est quand même hallucinante pour deux viols quand même.
03:30Et en fait, l'enquête est passée peut-être à côté du fait
03:32qu'on n'avait pas à faire juste à un dérapage de 10 ans,
03:35mais à une prédation pendant 40 ans.
03:38Donc, ce prêtre a officié dans la métropole lilloise
03:41des années 60 jusqu'à la fin des années 90.
03:43Ensuite, il est muté à Paris.
03:45Est-ce que pendant tout ce temps, il a été couvert par l'Église
03:47d'une manière ou d'une autre ?
03:48Alors, couvert, je ne dirais pas ça.
03:50En revanche, je ne parlerais plus de complicité passive de l'Église.
03:54Est-ce que l'évêché est averti dès la fin des années 80 ?
03:56Alors même, moi, j'ai des raisons de penser
03:58que l'évêché a été averti dès les années 60.
04:00Je n'en ai pas la preuve formelle,
04:02mais il y a des indices concordants qui le laissent penser.
04:04Dans les années 80, il y a des délégations de parents, de victimes.
04:07Ça commence à parler, en fait.
04:08Donc, les enfants se plaignent,
04:10ne sont pas toujours crus par leurs parents,
04:11mais certains parents les croient,
04:14vont voir l'évêque,
04:15et l'évêque ne porte pas plainte.
04:17L'évêque rappelle à l'ordre le prêtre,
04:20le mute plusieurs fois, en fait,
04:23mais sans prendre aucune mesure de protection vis-à-vis des enfants
04:25et surtout sans lui retirer son lieu de prédation dans l'Ardèche.
04:28En fait, c'est bien de le muter de paroisse,
04:31mais s'il conserve son lieu où il peut commettre ses crimes,
04:33en fait, c'est comme si on le laissait faire.
04:36Vous l'avez rencontré, Bruno Renaud, Jacques Delphos,
04:38qui est toujours en vie, qui habite en région parisienne,
04:41cette rencontre, elle a conforté vos convictions sur ce personnage ?
04:44Tout à fait.
04:45En fait, j'y suis allé avec l'esprit ouvert,
04:49parce qu'en journalisme, on a un principe qui s'appelle le contradictoire,
04:51donc il faut laisser la parole aux personnes que l'on accuse,
04:56et c'est vrai qu'on l'accuse très clairement dans cette enquête.
04:59Ça m'a conforté, oui, parce que j'ai retrouvé,
05:02en le voyant, la personne manipulatrice,
05:04parce que c'est vrai qu'on n'en a pas parlé,
05:05mais c'est quand même quelqu'un qui était très charismatique,
05:08c'est pour ça aussi qu'il a réussi à dominer ses victimes,
05:10c'est pour ça qu'il a trompé sa hiérarchie,
05:12parce que c'était quelqu'un qui avait de l'emprise sur les autres,
05:16et ça, je l'ai senti dans notre entretien,
05:18il faisait parfois mine d'être une personne très âgée, ce qu'il est,
05:23et de ne pas se souvenir, et puis en fait, sur des détails,
05:26il se souvenait parfaitement de certains détails anodins,
05:29et donc moi, j'ai eu la conviction qu'il se fichait un petit peu de moi, en fait.
05:33Et cela, vous le racontez également dans La Voix du Nord ce matin,
05:36avec cette vaste enquête dont la publication débute aujourd'hui,
05:39puisqu'il y a cet article aujourd'hui,
05:40vous allez en faire d'autres lors des prochains jours ?
05:42Alors en fait, aujourd'hui, vous pouvez retrouver quatre pages
05:44qui sont un petit peu un récit du parcours général de Jacques Delphos,
05:4840 ans de prédation, des premiers témoignages de victimes.
05:53Demain, on aura, vous pourrez retrouver deux pages, en fait,
05:56sur la responsabilité de l'Église catholique,
05:59avec d'autres témoignages de victimes.
06:00Et enfin, on terminera samedi avec l'interview d'une psychologue
06:04spécialisée dans le traumatisme,
06:05qui va nous expliquer un petit peu l'impact que ça a sur les victimes,
06:09parce qu'en fait, on n'en a pas parlé, mais c'est quand même assez terrible.
06:11Beaucoup disent avoir oublié ce qui s'est passé à l'époque,
06:13et de s'en être rappelé parfois des années après.
06:15Oui, et en fait, c'est des faits qui ont des conséquences
06:18très concrètes pour la santé.
06:19Cette psychologue m'a appris que, notamment,
06:21des personnes qui sont victimes dans leur plus jeune âge
06:23peuvent avoir 20 ans d'espérance de vie en moins,
06:26qui est quand même terrible,
06:27en plus des dégâts moraux.
06:30Et vous pourrez retrouver aussi samedi
06:31le récit de notre rencontre
06:33assez effarante avec Jacques Delphos.
06:35Merci beaucoup, Bruno Renoul,
06:36d'avoir accepté notre invitation ce matin
06:38pour nous présenter votre travail publié
06:40à partir d'aujourd'hui dans la Voix du Nord.
06:41Bonne journée.
06:41Sous-titrage Société Radio-Canada
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