La marche blanche organisée ce samedi à Marseille en hommage à Mehdi Kessaci, jeune homme de 20 ans assassiné le 13 novembre, a rassemblé des centaines de personnes. Beaucoup de participants vivent au quotidien avec le narcotrafic sous leurs fenêtres. Ils nous ont confié leur peur grandissante.
00:36Là, on a passé un cap, je pense. C'est quelqu'un qui ne devait certainement pas partir, quoi, voilà, qui n'avait rien à voir.
00:42Son frère mène un combat et ça l'honore, mais il mène un combat pacifiste.
00:51Nous, on veut que vous respectiez les enfants des quartiers nord.
00:53On veut des piscines, des bus pour les écoles, hein, des salles de sport, on veut tout, là.
01:00Moi, ce qui me révolte aujourd'hui, c'est qu'il n'y a plus de valeur et la valeur humaine, elle a disparu.
01:05En fait, on décide de supprimer quelqu'un comme on pourrait, je ne sais pas, faire un achat.
01:13Il n'y a plus de valeur. La valeur de la vie n'existe plus.
01:15Et je me devais d'être là, voilà, pour nourrir sa mémoire, pour soutenir son frère Amine et sa famille.
01:21Et voilà, quoi. Le peu que je peux faire, c'était juste ça.
01:24Et voilà. En tant que Marseillaise, en tant que citoyenne, en tant que quatre humains, quoi, tout simplement.
01:29Je trouve que c'est un garçon qui a vraiment du courage, pas parce qu'il est arrivé ça,
01:36mais parce que, voilà, d'avoir rebondi sur le premier décès de son frère
01:41et d'avoir créé une association, c'est-à-dire d'avoir fait quelque chose d'un mal, quelque chose de bien.
01:46Et moi, franchement, il me donne envie déjà d'adhérer et il me donne envie de le faire aussi.
01:52Je trouve que c'est vraiment un garçon qui est... Il en faut comme ça. Il en faut, il en faut beaucoup.
01:57Mon frère Mehdi était innocent. Il n'était coupable que d'être mon frère. Il était bon, droit, sincère.
02:04Mehdi, mon frère, je suis inconsolable. Je demande la justice pour Mehdi.
02:10Je demande la justice pour Brahim ou notre frère assassiné.
02:14Je demande la justice pour toutes les victimes. Je demande la sécurité pour ma famille.
02:20Mon frère Mehdi voulait être gardien de la paix. Il faut que la paix revienne dans nos quartiers.
02:24C'est le deuxième fils qui me prenne. Combien de fois veut-on me torturer en marchant le cœur ?
02:35Assassin !
02:36On peut le voir dans les personnes qui, des fois, dealent dans la rue, qui proposent.
02:51Je le vois aussi quand je me balade des fois le soir.
02:53Moi, je suis un homme de 40 ans. Ça ne me pose pas de problème.
02:56Et mon enfant qui a 10 ans, je ne le laisserai jamais seul.
02:58Si j'avais une fille, pareil, je ferais très attention.
03:04Et dans mon travail, je vois les ravages que ça fait, en termes de drogue,
03:07qu'en termes de ravages sur les corps, sur les esprits.
03:11C'est quelque chose qui est tentaculaire.
03:13C'est à côté du collège, partout.
03:17Les personnes n'osent pas en parler.
03:18Ils sont anéantis de voir que leurs noyaux villageois ou les territoires où ils habitent,
03:28où il y a cette emprise, quoi.
03:30Le narcotrafiquant fait peur maintenant, au quotidien.
03:33Il y a certaines heures à Marseille, dans le quartier Nord, on ne sort pas, on se ferme.
03:38On a peur de représailles, on a peur de menaces.
03:41On n'ose plus rien dire.
03:42Ça commence à être un peu, n'importe quoi, franchement.
03:46De base, ce n'était pas très voyant.
03:47Vous savez qu'il y avait des trafics dans le quartier, mais ce n'était pas voyant.
03:50Maintenant, il y a des tags sur les résolutions, il y a des trucs qui se partagent à droite à gauche.
03:55En fait, avant, c'était des gens locaux du quartier.
03:59Ça veut dire qu'il y avait le minimum de respect pour les anciens, les habitants.
04:02Maintenant, c'est des gens, rien à voir, qui viennent juste pour le business,
04:08qui font peur aux gens, qui tuent.
04:10Mais maintenant, du coup, ça fait peur.
04:12Le soir, tu ne peux pas rester en bas chez toi.
04:15Et la preuve, la journée aussi, ça veut dire que vous êtes si nombreux et si nombreux aujourd'hui à Marseille,
04:20sur ce replu en Claude Darcy, c'est d'observer ensemble cette minute de silence.
04:25Merci.
04:25Il faut le plus d'argent dans les préventions de politique publique, il faut le plus d'argent dans la justice,
04:41parce qu'aujourd'hui, entre quelqu'un qui est arrêté, il se passe un ou deux ans avant qu'il soit jugé.
04:45Et c'est souvent expéditif.
04:48Il faut revenir dans les quartiers, remettre des assistants sociaux, remettre plus d'aide au sein de la CAF, des situations sociales.
04:56Un jeune qui voit sa maman dont les roues du CAF sont coupées, qu'est-ce qu'il pense ?
05:00Il va trouver le moyen de pouvoir faire souvenir sa famille.
05:02Et malheureusement, les trafiquants offrent quelque chose.
05:04Quand on offre à un jeune dans le centre de dire « t'as le choix entre aller toucher une misère, un salaire, te lever à 5h du matin, être maltraité par un patron,
05:11et à côté, on t'offre beaucoup plus d'argent parce qu'on te demande juste de surveiller »,
05:15malheureusement, pour certains, ils vont choisir quoi ?
05:18Il y a des personnes qui habitent dans ces quartiers noms, qu'ils aimeraient partir pour mettre en sécurité leur enfant,
05:25pour éviter cette insécurité, pour pas qu'ils plongent, parce que maintenant, vous avez des enfants qui peuvent plonger à tout moment.
05:34Sous forme d'appât, on va leur proposer peut-être 5 euros, des bonbons, et puis au fur et à mesure, on va leur proposer autre chose.
05:41Et puis il y a des personnes qui sont enfermées dans des lieux pour vendre des produits, quoi, qui sont torturés, quoi.
05:49Il ne faut pas le nier, ça. C'est une réalité, ça.
05:51Et qu'est-ce qu'on fait à l'heure actuelle ?
05:53Dans ces territoires, il n'y a plus de service public.
05:57Dans les milieux associatifs, on donne de moins en moins de moyens.
06:01On est bien éventu pour le dire, pour le payer au État.
06:04Il faut que ça se voit, qu'on l'entend dans tout pays.
06:07À travers la France, les gréaux, je veux pouvoir voir la famille, s'il vous plaît,
06:11tous les gens qui sont devant moi, que je vous écartis.
06:20Les gens qui veulent amener les charges, vous pourrez le faire après.
06:23On laisse la famille, je vous l'ai expliqué tout à l'heure, on laisse la famille d'abord.
06:26Moi, ce que je souhaite honnêtement, ce que nous souhaitons, nous, c'est qu'il y ait un plan marchand réel pour éradiquer cette pieuvre à Marseille ou ailleurs,
06:37notamment à Grenoble. En fait, ça touche toute la France.
06:40Mais à un moment donné, je vois que l'État et les vulnérables face à l'ampleur du narcotrafic sont dotés de moyens considérables.
06:53Cette pieuvre, elle a grossi depuis très longtemps maintenant.
06:59Et là, pour l'arrêter, ça va être très difficile.
07:02Nous, ça les a encore poustoussés, parce qu'on connaît l'histoire et on connaît le contexte.
07:06Surtout que ça arrive à Amine, qui était appliqué dans ça.
07:13C'est peinant.
07:14Surtout que l'avis a perdu son premier frère.
07:16Moi, dès que j'ai su, j'ai tous pensé à Amine, à Amine et à sa mère.
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