00:00En général, et on est avec l'un de ses habitants qu'on va appeler Marco, qui est en direct avec nous et qui témoigne de façon anonyme.
00:06Bonjour, merci beaucoup d'être en direct avec nous. On ne verra pas votre visage, bien évidemment, pour des raisons de sécurité,
00:12parce qu'on en est là aujourd'hui en France. C'est-à-dire qu'on peut témoigner, on peut essayer de dire les choses,
00:16et merci parce que c'est courageux de le faire, mais il faut rester anonyme pour votre sécurité.
00:20Quand on voit ce qui se passe, on le comprend. Aujourd'hui, est-ce que quand on vit dans une cité, on a peur ?
00:26Aujourd'hui, bonjour, bonjour à tous. Est-ce qu'on a peur ? Je vous dis la vérité, non, pas forcément.
00:34On n'a pas peur, mais on remet en doute énormément de choses, et on remet en doute notamment la compétence de l'État sur nos territoires.
00:44Est-ce que j'ai peur ou est-ce que mon entourage a peur ? Non. Est-ce qu'on se sent abandonné ? Oui. C'est ça la réalité, en fait.
00:51Et est-ce que, par exemple, quand vous entendez ces deux ministres qui viennent aujourd'hui à Marseille,
00:54est-ce que vous vous dites « Ah, enfin, les choses ont bougé » ou vous n'y croyez pas ?
00:58Écoutez, jusqu'à présent, ça n'a été que des effets d'annonce.
01:03On le voit ces dernières années également, on a entendu l'opération PlaceNet, on a entendu tout ça,
01:10mais ça n'a été que des effets d'annonce.
01:12Et vous verrez, je suis convaincu, moi, si on se rappelle, d'ici un ou deux mois,
01:16rien n'aura changé et rien n'aura été fait concrètement.
01:20Au contraire, je pense même que ça va se dégrader, ça va continuer à se dégrader.
01:25Alors, on le fera d'abord, on le fera, on se rappellera d'ici un ou deux mois pour voir si les choses ont changé
01:29et si ce qui va être annoncé aujourd'hui à Marseille aura des effets.
01:33Aujourd'hui, on a des familles qui vivent dans ces quartiers-là.
01:36Alors, on a beaucoup l'idée reçue, peut-être, ou réaliste, je ne sais pas, vous allez me le dire,
01:41de dire que beaucoup de familles vivent aussi de ce trafic de la drogue
01:44parce que leurs enfants sont impliqués dedans, parce que ces enfants ramènent de l'argent.
01:48Et c'est peut-être pour ça aussi que ces familles laissent faire.
01:51Est-ce que c'est vrai ?
01:52Non, non, moi, j'entendais tout à l'heure des invités de votre plateau tenir des propos,
01:58mais vraiment, j'ai été un peu choqué de la déconnexion totale de ces gens.
02:04Aujourd'hui, non, les familles ne vivent pas de ces trafics.
02:08Aujourd'hui, ces familles subissent, en fait, subissent, on est face à des mamans,
02:14par exemple, des mères isolées qui n'ont plus de pouvoir, en fait, sur leurs enfants.
02:19Ils n'arrivent pas à les tenir et malheureusement, ils se font absorber par ce qu'on appelle l'absorption délinquante.
02:26Ils se font absorber par ces réseaux-là et c'est ça, c'est ce qui est regrettable.
02:30Ne pensez pas aujourd'hui que dans les quartiers nord de Marseille, des familles vivent du trafic de drogue.
02:36Le trafic ne profite qu'à ceux qui le mettent en place et qui l'organisent,
02:40mais il ne profite pas aux gens qui sont autour, c'est faux, c'est totalement faux.
02:44Et si vous voulez, c'est une question sociale, en fait.
02:49C'est une question sociale parce que comment est arrivé cela ?
02:53Si on va à la genèse des choses, tous ceux qui sont dans les trafics,
02:56tous les jeunes que vous voyez, que ce soit au bas de l'échelle,
02:59comme le disait le conseiller municipal qui prenait la parole,
03:02ou que ce soit au haut niveau de l'échelle, à un moment donné, c'est la misère qui a mené cela.
03:08C'est la misère. Et la misère, elle est née de quoi ?
03:10Elle est née d'un abandon total de l'État.
03:12Il n'y a plus de république aujourd'hui dans nos quartiers.
03:14Mais excusez-moi, Marco, c'est un discours que j'entends, mais j'ai toujours un peu de mal
03:18parce que je me dis que quand vous allez dans certaines campagnes
03:20qui ont été abandonnées par l'État aussi,
03:23parce qu'il faut le dire, l'État s'est détourné des campagnes,
03:26s'est détourné des agriculteurs pendant longtemps,
03:28n'a pas mis de moyens, on a mis des millions, voire des milliards dans certaines cités
03:32pour essayer de les rénover, pour essayer d'amener des choses.
03:35On ne les a pas mises dans les campagnes.
03:36Or, dans les campagnes, pendant longtemps, aujourd'hui ça arrive,
03:39mais pendant longtemps, il n'y a pas eu ce trafic de drogue.
03:41Il n'y a pas eu ces dealers qui ont pris du pouvoir.
03:43Là, ça arrive.
03:45Et dans les cités, il faut dire les choses.
03:47Il y a aussi l'attrait de l'argent facile.
03:49Excusez-moi, c'est plus simple pour un gamin d'aller faire le chouffre
03:51et de gagner 2 000 ou 3 000 euros par mois
03:53que d'aller bosser chez McDo et de gagner 1 200 euros.
03:57C'est plus simple.
03:58C'est aussi ça la réalité quand même.
04:00Monsieur Morandini, je vous assure, avec toute transparence,
04:04si vous voulez, venez voir, vous verrez qu'il y a des jeunes,
04:08et je pèse mes mots, il y a des jeunes aujourd'hui
04:10qui ont des masters et qui se retrouvent à faire les chouffres
04:14et qui se retrouvent à vendre de la drogue.
04:17Et quand on dit argent facile, je vous assure qu'il n'y a rien de facile.
04:20Il n'y a rien de facile parce que je les vois.
04:23Je les vois au quotidien quand je rentre chez moi, etc.
04:25Je vois des jeunes de 15, 17, 18, 19 ans
04:28qui sont là jusqu'à 2-3 heures du matin assis sur une chaise.
04:32S'ils se ratent, ils se font frapper.
04:35Il ferait mieux de bosser, excusez-moi.
04:36Il ferait mieux d'être à l'école et de bosser.
04:39Mais bien sûr, vous avez raison.
04:41Il ferait mieux d'être à l'école
04:42et il ferait mieux d'être accompagné pour trouver du travail, etc.
04:46Mais aujourd'hui, regardez, un jeune qui a des diplômes
04:49et qui postule de partout, qui n'est pas recruté,
04:52il a deux solutions.
04:53Soit il est courageux et il va à l'étranger pour travailler,
04:55soit alors il est faible psychologiquement et mentalement
04:59et donc il tombe dans cette facilité d'aller vers la drogue.
05:03Mais les 2-3 000 euros, je vous assure qu'ils ne les font pas par mois.
05:07Ils vont gagner peut-être...
05:08L'argent qu'ils gagnent par jour, en fait, comme ils vivent au jour le jour,
05:12l'argent qu'ils gagnent dans la journée, ils le perdent.
05:13Et nous, c'est le discours qu'on a auprès des jeunes en disant
05:16« Mais vous n'allez rien y gagner, en fait. »
05:18Oui, mais vous, vous avez raison.
05:19C'est vrai que vous avez raison.
05:20Mais il ne faut pas trouver...
05:22Enfin, moi, je trouve un peu dommage dans votre discours,
05:24juste que j'ai l'impression que vous trouvez des excuses à ces gens-là
05:26en disant « Ah ben oui, mais les pauvres,
05:28les pauvres, ils ont fait un master, mais ils n'ont pas de boulot. »
05:31En fait, tous les gens qui ne trouvent pas de boulot
05:34ne deviennent pas dealers de drogue, excusez-moi.
05:35Non, il n'y a aucune excuse.
05:37En fait, ce que j'essaye de dire, c'est qu'il faut prendre un peu de recul
05:41et se dire qu'en fait, que ce soit...
05:44Enfin, on est tous victimes dans cette histoire,
05:46même ceux qui mènent cela.
05:49Je ne sais pas comment vous l'expliquez,
05:51mais c'est la misère qui a fait qu'aujourd'hui,
05:53on se retrouve dans ce type de situation dramatique,
05:56vraiment dramatique.
05:56C'est la misère et l'argent facile,
05:58excusez-moi de rajouter ça à chaque fois,
05:59mais c'est vraiment mon sentiment.
06:01Mais je vous assure qu'il n'y a rien de facile,
06:02M. Morandini.
06:03Faire le chouffre, ce n'est pas le truc le plus compliqué de la Terre.
06:06C'est plus simple d'être assis devant une cité
06:08et de griter quand la police arrive
06:10que d'aller bosser pendant 12 heures chez McDo.
06:14Mais c'est faux, parce que regardez,
06:16vous travaillez par exemple une journée
06:17pour 80 ou 100 euros à faire le chouffre,
06:21mais dès que la police arrive,
06:22s'ils vous embarquent, en fait,
06:23vous avez perdu vos 80 euros,
06:24vous avez perdu peut-être...
06:25Mais vous ressortirez le soir même,
06:27c'est ça le problème.
06:28Si vous avez fait juste le chouffre,
06:29vous allez ressortir dans les deux heures.
06:30– Mais là, dans ce cas,
06:33on passe sur un autre sujet
06:34qui est la réponse pénale.
06:36Est-ce que la réponse pénale, juridiquement,
06:38est à la hauteur des besoins aujourd'hui ?
06:40Ça, c'est un vrai sujet également.
06:43– En tout cas, c'est très intéressant
06:44de parler avec vous, Marco.
06:45Je crois qu'on aura l'occasion de vous rappeler
06:46si vous le voulez bien,
06:47parce que franchement,
06:48c'est très intéressant de parler.
06:49Et moi, je serais intéressant,
06:50on va peut-être essayer de vous revoir demain,
06:51parce qu'on va voir les annonces aujourd'hui.
06:53Et je voudrais savoir demain,
06:54si on vous a à nouveau,
06:55comment vous réagissez à ces annonces
06:56et si vous avez le sentiment
06:57que ça fait bouger les choses.
06:59Si vous êtes d'accord,
07:00on vous rappelle demain, Marco.
07:02– Très bien, merci.
07:03– Merci à vous, merci à vous.
07:04– Merci à vous.
07:05– Merci à vous.
07:06– Merci à vous.
07:07– Merci à vous.
07:08– Merci à vous.
07:09– Merci à vous.
07:10– Merci à vous.
07:11– Merci à vous.
07:12– Merci à vous.
07:13– Merci à vous.
07:14– Merci à vous.
07:15– Merci à vous.
07:16– Merci à vous.
07:17– Merci à vous.
07:18– Merci à vous.
07:19– Merci à vous.
07:20– Merci à vous.
07:21– Merci à vous.
07:22– Merci à vous.
07:23– Merci à vous.
07:24– Merci à vous.
07:25– Merci à vous.
07:26– Merci à vous.
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