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  • il y a 4 mois
Le 14 novembre 2015, une rame d'essai du TGV Est déraillait à Eckwersheim, près de Strasbourg, faisant 11 morts et 42 blessés. Dix ans après, la SNCF affirme avoir tiré les leçons de cette tragédie pour renforcer la sécurité.

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Transcription
00:00La famille cheminote toute entière est en état de choc.
00:04On a cru dans un premier temps qu'il s'agissait d'une explosion.
00:07On ne se reconnaissait même pas.
00:08On n'entendait rien, c'était un silence de mort.
00:21Je suis abasourdi, on a du mal à réaliser encore une fois.
00:24C'est horrible, il n'y a pas d'autre mot.
00:25Il y a 10 ans, le 14 novembre 2015, la France se réveille le cœur lourd.
00:30Le pays est endeuillé par la pire attaque terroriste de son histoire,
00:34survenue la veille à Paris et Saint-Denis, causant la mort de 130 personnes.
00:39Mais la France va connaître ce jour-là un autre drame, souvent oublié.
00:43A la gare de Meuse, des salariés du monde ferroviaire ont invité leurs proches pour une journée très spéciale.
00:57Ils s'apprêtent à participer à l'ultime thèse d'une partie de la future LGV est européenne.
01:02Le moment est symbolique, cela fait plus de 5 ans que le tronçon est en construction.
01:06C'est la première fois que je prends le TGV.
01:10Je n'étais jamais monté dans la TGV, donc pour moi c'était un bonheur d'être aussi dans la rame d'essai.
01:17Parce que tout le monde ne pouvait pas monter dans la rame d'essai, donc c'était que du bonheur.
01:22Après un premier aller-retour débuté le matin, la rame repart vers Strasbourg.
01:26Mais cette fois, le trajet ne se passe pas comme prévu.
01:29Pour rallier Strasbourg, le train roule vite, beaucoup plus vite que le premier test du matin.
01:33J'ai eu une grosse impression, c'est que quand on est arrivé dans le tunnel de Saverne,
01:40ça allait beaucoup plus vite que le premier essai.
01:43Et là, ça m'a fait vraiment bizarre.
01:45A 15h06, le train aborde une courbe à plus de 265 km heure.
01:50Bien plus que les 176 km heure prévus à cet endroit.
01:55Et là, il y a un moment où le train a vraiment bougé.
01:58Et en arrivant sur ce virage, ça m'a réveillé parce que ça a bougé d'un seul coup.
02:07J'ai vu mes lunettes tomber de la table.
02:09Et là, j'ai regardé au loin.
02:10La rame d'essai déraille 200 mètres plus loin, au niveau de ce pont.
02:22Une partie chute dans le canal qui se trouve à côté, une autre s'enflamme.
02:26En vie, mais sonnée par le crash, Patrick Roland est le dernier à sortir du wagon.
02:31Il se souvient d'une scène apocalyptique.
02:33Dans ce train, déjà, on n'arrive même plus à reconnaître qui que ce soit.
02:37On était tellement plein de boue, plein de...
02:39On ne se reconnaissait même pas.
02:41Et là, on n'entendait rien.
02:44C'était un silence, mais de mort, quoi.
02:47Sur les 53 personnes présentes à bord, 21 ressortent gravement blessées.
02:51Et 11 perdent la vie.
02:54Parmi elles, Alain Roland, 60 ans, salarié de la SNCF.
02:58Il avait convié pour l'occasion son frère et sa famille.
03:00Alors, il était ingénieur dans la voie.
03:05Donc, tous travaux passaient un peu par lui.
03:08C'était sa vie, les trains, c'était vraiment son dada, quoi.
03:13Il a vécu là-dedans pendant des années.
03:15Et il adorait ça.
03:21Pour les survivants, les séquelles physiques et psychologiques sont encore bien présentes, 10 ans après.
03:25Tomber dans le coma au moment de l'accident, Sandrine Roland ne se souvient de l'événement que par le témoignage de son mari.
03:33Quand j'ai commencé à retrouver mes esprits, c'est-à-dire à ce qu'un mois et demi après l'accident,
03:38je me suis posé beaucoup de questions, à me demander pourquoi on me parle de ce train,
03:42alors que moi, je n'avais pas de souvenir d'être montée dedans, en fait.
03:45On me dit que j'ai eu un accident, ouais, mais je n'ai pas de souvenir de ça.
03:50Et pourtant, j'ai des séquelles.
03:52J'ai eu de nombreuses opérations d'émarque, j'ai les doigts qui plient plus et j'ai l'appréhension qui n'est pas facile.
03:59Donc, voilà, je vis avec.
04:02Disons qu'il y a beaucoup de vaisselle de cassé.
04:05Ce 14 novembre 2015, la France connaît le pire accident de TGV de son histoire,
04:10le seul ayant causé la mort de passagers.
04:15Pourtant, dans les médias nationaux, la tragédie d'Egversheim n'est que très peu abordée.
04:19Forcément, avec les événements de la veille, l'accident du TGV laisse d'abord penser à un attentat.
04:27Mais cette piste est rapidement écartée.
04:29On a cru dans un premier temps qu'il s'agissait d'une explosion.
04:33Et en fait, non, c'est le bruit de l'impact du choc et de la dislocation du train
04:39qui a fait ce bruit métallique extrêmement fort
04:42et qui a pu laisser penser au départ à une explosion alors qu'il s'agit d'un accident.
04:47Pour les victimes, commence alors une lutte sans relâche pour obtenir des réponses.
04:53Notamment à cette grande question, qui est responsable de cet accident ?
05:01Trois jours avant le drame, un test en survitesse réalisé par l'équipe de conduite
05:09interpelle déjà les enquêteurs.
05:11Les conversations, enregistrées par l'un des membres,
05:13laissent penser que l'équipage manque de préparation et est livré à lui-même.
05:17Notamment au moment de débuter le freinage pour aborder le pont d'Egversheim.
05:20Faut freiner avant le point kilométrique 398.
05:24Oui, il faut qu'au 398, on soit à 230 km heure.
05:29Donc faut qu'on freine avant, c'est sûr.
05:31Mais c'est le 230, moi, qui m'inquiète.
05:33S'il y a 100 km heure à perdre sur 1,7 km.
05:36Bah, ça se perd.
05:37Ah bon ? Bah, c'est bon.
05:39Maintiens ton freinage.
05:43Freine, freine.
05:44Il fallait maintenir le freinage.
05:46Bon, on sera meilleur samedi.
05:48On a bien repéré le terrain.
05:51Trois enquêtes sont diligentées.
05:53En 2017, la SNCF est mise en examen comme sa filiale Sistra,
05:57société d'ingénierie qui était en charge des essais.
05:59Mais ce n'est que 7 ans plus tard, le 4 mars 2024,
06:02que s'ouvre à Paris le procès de l'accident du TGV Est.
06:05Sur le banc des accusés, trois entreprises.
06:07La SNCF, Sistra et le gestionnaire des voies SNCF Réseau.
06:12Mais aussi trois personnes, le conducteur principal et deux membres d'équipage.
06:15Tous sont jugés pour blessures et homicides involontaires par maladresse,
06:19imprudence, négligence ou manquement à une obligation de sécurité.
06:22La justice, en tout cas, se jouera le procès,
06:24a vraiment essayé de définir les missions de chacun.
06:28On a un problème de freinage, on a un problème de vitesse.
06:31Qui est responsable là-dedans ?
06:32C'est très délicat parce qu'on a des prévenus
06:35qui sont eux-mêmes salariés du coup de cette grande famille de la SNCF,
06:39de cette grande famille des cheminots.
06:41Les auteurs présumés ont aussi été victimes, ont aussi été blessés,
06:46n'ont jamais voulu ça.
06:47Je crois que c'était le conducteur qui disait
06:49« Je trouve ça injuste de me retrouver ici ».
06:51Le procès met rapidement en évidence le manque de préparation des membres d'équipage,
06:55qui a mené à plusieurs erreurs.
06:57Notamment, lors du premier test du matin,
06:59où la distance de freinage avant d'aborder le pont d'Eversheim a été sous-évaluée.
07:02Il y a eu des premiers essais le matin qui se sont bien passés.
07:07Donc l'équipe de conduite a décidé de réduire la distance de freinage.
07:13Ce qu'ils n'ont pas réalisé,
07:15c'est que le conducteur avait freiné plus tôt que ce qu'il aurait dû.
07:19Donc forcément, la marge était plus importante.
07:23Et donc ça a faussé les calculs pour les essais de l'après-midi.
07:27« Nous, on est persuadés d'avoir freiné au point kilométrique 401 le matin.
07:32On pense qu'on a de la marge qu'on peut freiner plus tard. »
07:36Malgré l'enjeu de ces essais,
07:37le timing du freinage décidé au doigt mouillé
07:39n'est pas débriefé par l'équipe de conduite.
07:41Lors de l'essai de l'après-midi,
07:43le train commence son freinage au point kilométrique 402.
07:46Bien trop tard pour assurer la courbe au point kilométrique suivant.
07:49À la fin, il restait 1,8 kilomètre pour arriver au bon palier de vitesse.
07:54Mais d'après les experts, il en aurait fallu deux fois plus
07:57pour atteindre cette vitesse-là.
07:58Lors du procès, la présidente avait justement dit au conducteur
08:02« Il vous restait 1,8 kilomètre pour atteindre ce palier de vitesse.
08:08Comment ça se fait que vous ayez validé ça ? »
08:11Et le conducteur a dit « Je me pose encore la question. »
08:17Sept mois après l'ouverture du procès, le verdict tombe.
08:20Le conducteur du train et son collègue chargés d'indiquer les points de freinage
08:23écopent respectivement de 7 et 15 mois de prison avec sursis.
08:26Le troisième membre d'équipage est lui relaxé.
08:29Les trois entreprises sont-elles reconnues coupables d'homicide et blessure involontaire
08:33et condamnées à payer de lourdes amendes allant jusqu'à 400 000 euros ?
08:37Ni les entreprises ni les personnes condamnées n'ont fait appel.
08:47Ce 14 novembre 2025, Sandrine et Patrick Roland se rendront avec Versailles
08:53sur les lieux de l'accident pour un hommage en compagnie d'autres victimes et leur famille.
08:57Un moment de recueillement essentiel pour penser les plaies,
09:00loin d'être refermé dix ans après.
09:02On ne pourra jamais l'oublier.
09:04C'est trop violent.
09:05Trop violent.
09:06Et puis tout le monde a encore des séquelles.
09:08Dix ans après, on n'est pas dans notre forme totale.
09:13Il y a eu le procès, c'est bien.
09:15Mais après, c'est l'avenir.
09:18Et on ne pourra jamais, jamais l'oublier.
09:21Les dix années sont là.
09:22Les personnes nous manquent à tous.
09:26On continue à vivre.
09:28On continue à vivre.
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