- il y a 3 mois
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00:00De retour dans le Grand JT, je suis ravie d'accueillir Lou Picmal, bonjour.
00:05Bonjour.
00:05Merci d'être avec nous, vous êtes chargé des relations avec les partenaires de l'ACRIF,
00:08on va parler de l'ACRIF dans quelques instants, vous pouvez me dire ce que c'est.
00:11Et puis également François Truffert qui est avec nous, bonjour.
00:13Merci d'être avec nous, professeur de français au lycée Camille Claudel à Palaiso.
00:18Palaiso c'est pas très loin de Paris on peut dire.
00:19Tout à fait.
00:20Ou d'une autre grande ville pour ne pas parler que de Paris.
00:22Et bien juste à côté de Massy.
00:23Voilà, à côté de Massy, Palaiso forcément, on fait la rapprochement.
00:26Auteur solidaire, on va en parler aussi, l'ACRIF, grâce à vous Lou Picmal notamment,
00:31que vous représentez, et la région Île-de-France ont lancé la quatrième édition de Raconte-moi ta vie.
00:37On peut dire que c'est une jolie rencontre entre finalement la littérature, le cinéma et les lycéens, cette édition Lou Picmal.
00:45Oui tout à fait, c'est un projet effectivement qui se compose en deux temps.
00:50Donc peut-être pour repréciser un petit peu, ça s'adresse à l'ensemble des lycéens et apprentis
00:54qui sont souvent en filière professionnelle ou technologique.
00:57On a six classes par an qui y participent.
00:59Et donc au départ, on leur demande d'écrire à partir de leur vie ou de ce qu'ils ont envie de raconter en fait du réel
01:07pour en faire une œuvre collective.
01:10Donc c'est ça l'objectif, c'est une œuvre collective en fait par classe.
01:13Et ensuite dans un second temps, ce texte sera soit adapté en court-métrage, soit en podcast.
01:18D'où la résonance avec l'ACRIF ?
01:20L'ACRIF qui est donc ?
01:22Alors c'est de l'Association des cinémas de recherche d'Île-de-France.
01:24Désolée, c'est un petit peu long.
01:26Donc on est en réseau de salles de cinéma.
01:28Et nous, on coordonne pas mal de projets d'éducation artistique et culturelle.
01:32Des projets qui s'appellent donc lycéens et apprentis au cinéma, passeurs d'images
01:36et raconte-moi ta vie en Île-de-France.
01:38Oui, qui est une vocation donc pédagogique, donc de l'intérêt effectivement, cette
01:41réunion, cette collaboration effectivement entre eux, auteurs solidaires, donc les auteurs,
01:46vous l'avez compris, l'ACRIF et la région Île-de-France et ces fameux lycéens.
01:49Et puis des professeurs comme vous, François Préfer, qui rejoignent le projet pour la deuxième
01:52fois.
01:53Oui, c'est la deuxième année en effet que je me joins au projet.
01:55Qu'est-ce qu'il vous a dit ?
01:56Alors en fait, la première, j'ai candidaté assez tôt, je crois que ça faisait 2-3 ans
01:59que j'ai essayé de me rapprocher un peu de ce programme.
02:02D'abord la tentation de faire écrire les élèves dans un contexte différent, les
02:05amener à l'écriture, les amener à l'écrit sous une forme différente, moins scolaire,
02:10sans la pression un peu de l'évaluation, mais plutôt avec l'ambition d'un projet,
02:14passer vraiment de la pression d'être évalué sur un écrit à un projet qui va s'écrire
02:18au fur et à mesure.
02:19Et puis cette deuxième phase qui a beaucoup intrigué mes lycéens, bien évidemment,
02:22de dire on va être enregistré en studio, on va recevoir une équipe de tournage chez
02:25nous, et puis la rencontre avec des auteurs, pouvoir avoir des auteurs dans la classe, c'est
02:29quand même une grande chance.
02:30Et là pour le coup, ce travail en commun, de construire des séances même pédagogiques
02:34avec une autrice, c'est un grand plaisir.
02:36Oui, parce qu'en fait ce sont des récits qui peuvent être à la fois personnels ou
02:39comme vous l'avez dit, sociétaux en fait, idéologiques, ou même voir pourquoi pas
02:44peut-être familiaux aussi, des choses quand je parle de personnel, ça peut être aussi
02:47des choses qui sont dans le vécu vraiment à proprement dit, et qui sont portés vers
02:51un récit un peu plus scénarisé, scénaristique, c'est ça ?
02:54Oui, en fait dans la deuxième phase, il y a deux phases.
02:56Il y a une première phase qui est vraiment une écriture purement littéraire, et dans
02:59une deuxième phase, ils vont transformer cet écrit pour que ça devienne un scénario
03:04qui peut être jouable ou qui peut être lisible dans le podcast qui va être enregistré.
03:08C'est ça, il y a deux formes, soit court-métrage, soit podcast.
03:11Alors vous, en tant que professeur de français, quel est selon vous, selon ce que vous ressentez
03:16dans vos classes et dans l'atmosphère ambiant, le rapport entre les lycéens et l'écriture
03:20aujourd'hui ?
03:21Alors c'est un rapport qui est ambigu, je dirais.
03:24Ils ont un vrai goût pour l'échange et pour l'écriture, on le sait bien, puisque
03:28via les outils numériques, ils utilisent de l'écrit.
03:31Ah mais attendez, mais c'est intéressant ce que vous dites, parce qu'on pourrait penser
03:33tout à fait le contraire, justement, de dire le TKT avec t'inquiète, finalement
03:36c'est même plus comment on écrit.
03:37Non mais est-ce que réellement, l'écriture, comme on le connaît, c'est-à-dire la syntaxe,
03:41le vocabulaire, la recherche finalement de l'écrit, est vraiment nourrie aujourd'hui ?
03:45Je pense qu'il y a les deux, c'est-à-dire que l'écriture peut se lancer de façon
03:49assez naturelle et ce qui est très intéressant dans cette démarche aussi, c'est qu'on le
03:53disait, il n'y a pas l'évaluation, mais il n'y a pas non plus immédiatement la sanction
03:55de l'écriture, de la correction de l'écriture.
03:58La phase de correction, la phase où l'on va relire avec eux, reprendre, elle va arriver
04:02après.
04:03Et comme c'est un écrit public, ils vont avoir une certaine responsabilité à porter
04:07un écrit qui est convenablement orthographié, qui est grammaticalement clair et construit.
04:12Mais je pense que libérer un peu la langue au départ, dans la première phase d'écriture,
04:16nous, en tant que professeurs de français, on a beaucoup de réticence à le faire.
04:19On se dit, on voit des choses écrites, on brûle les yeux et on se dit, non, on ne peut
04:22pas laisser cela, alors que l'auteur va nous apporter cette liberté en nous disant, non,
04:26il y a une phase qui est nécessaire où ils vont écrire, où ils vont écrire avec
04:29une certaine liberté.
04:30Alors, ce n'est pas le cas pour tous.
04:31Il y a des élèves pour qui c'est plus difficile et qui peut-être vont trouver plus leur
04:34place dans le deuxième temps du processus.
04:36Et oui, j'allais quand même dire, c'est vrai que raconter effectivement un récit
04:40de vie personnelle ou familiale, même peut-être nous trois qui sommes un peu plus aguerris
04:44à ces sujets, on aurait du mal à le faire.
04:46Moi, j'ai tenté de le faire, ce n'est pas facile écrire sur toi.
04:48Effectivement, ce n'est pas évident.
04:49Et les auteurs ont chacun leur technique.
04:50Il y a des gens qui commencent à venir avec des objets comme ça pour commencer à
04:53faire parler les lycéens.
04:55D'autres qui sont plus sur la question de l'improvisation pour libérer un petit
04:57peu la parole.
04:58Donc, chaque auteur a un peu sa méthode et sa technique.
05:00Mais effectivement, pour des lycéens, ce n'est pas toujours évident de se raconter.
05:03Mais ce qu'on disait aussi, c'est que l'objectif, c'est d'en faire un récit collectif
05:07de fiction.
05:08Ce n'est pas une thérapie collective non plus.
05:10Et pourquoi pas ?
05:10Pourquoi pas ?
05:11Et pourquoi pas ?
05:12Mais je rebondis sur ce que disait François.
05:14L'important pour ce projet, je pense, c'est qu'on ne leur demande pas de bien écrire.
05:18En fait, on leur demande d'oser écrire.
05:20Et ce n'est pas exactement la même chose.
05:22Et je trouve que ce qui est intéressant avec Raconte-moi ta vie, c'est que souvent,
05:25la dynamique de groupe va changer, en fait.
05:28Avec ce projet-là, il y a des élèves qu'on n'avait pas forcément remarqué au départ.
05:31Et ça, c'est des retours que j'ai des enseignants qui se révèlent, peut-être
05:34dans la première phase, peut-être dans la deuxième phase, plus sur la technique,
05:37avec le podcast, le court-métrage.
05:39Mais en tout cas, voilà, cette dynamique de groupe qui change, qui évolue.
05:43Je trouve ça...
05:44C'est l'aspect artistique aussi, selon vous, qui donne cet élan-là ?
05:48Oui, bien sûr.
05:49À la fois les auteurs, les artistes, puisqu'ils viennent avec leur regard.
05:52Donc c'est des auteurs de la SACD qu'on recrute au départ pour la première partie.
05:55Et ensuite, ces auteurs-là, qui accompagnent...
05:57Société des auteurs et des compositeurs dramatiques,
06:01qui accompagnent les élèves tout au long de l'année.
06:03Et ensuite, pour la partie tournage ou court-métrage podcast,
06:06on a des intervenants professionnels qui sont là aussi, effectivement.
06:10Donc, vas-y, vas-y.
06:11Non, je pense que ce qui est très important là-dessus,
06:12c'est que les élèves se sentent pris au sérieux.
06:14En fait, vraiment, leur récit trouve une place qui est une place importante,
06:18parce qu'ils sont suivis par un auteur,
06:20qui va leur raconter lui aussi son parcours, sa vie.
06:23Et ils vont se sentir pris en charge, écoutés.
06:26Et c'est rare d'avoir le temps, le dispositif aussi adéquat,
06:29pour pouvoir vraiment prendre au sérieux leur récit.
06:31J'entends bien que vous devez suivre les programmes de l'éducation nationale,
06:34mais est-ce que vous aimeriez, et je sens vos yeux pétillés quand vous en parlez,
06:37est-ce que vous aimeriez pousser vos élèves justement à pouvoir prendre la plume comme ça
06:40et plus davantage se libérer, être dans l'imagination ?
06:44J'essaie honnêtement, pédagogiquement, de le faire quasiment systématiquement.
06:47Moi, dans mes séquences, j'aime beaucoup construire mon travail pédagogique
06:50autour d'un acte d'écriture ou de jeu quand c'est du théâtre.
06:53Mais c'est vrai que là, ça nous offre un dispositif, un cadre
06:56qui se prête vraiment à l'écriture et vraiment à la libération de leur plume.
07:00Et parfois, c'est vrai que j'ai eu l'occasion de lire des élèves
07:02qui, sortis d'un cadre scolaire un peu traditionnel,
07:04vont enfin se mettre à écrire et à produire.
07:06Et ça, c'est des petits miracles qui sont quand même toujours très agréables.
07:08Les auteurs qui vous rejoignent, qui sont-ils ?
07:10Comment sont-ils sélectionnés ?
07:12Alors en fait, on les sélectionne avec la SACD justement,
07:14avec Nathalie Germain, que je cite, qui m'accompagne sur le projet
07:18qui vient de la SACD.
07:20On les recrute en juillet, on fait un appel à projet
07:22à l'ensemble des auteurs d'Île-de-France
07:24qui peuvent postuler pour rejoindre l'équipe Raconte-moi ta vie.
07:28Et on fait des entretiens tout simplement.
07:30Souvent, c'est des metteurs en scène qui viennent du théâtre,
07:32mais on a aussi des gens qui viennent du cinéma.
07:34Voilà, donc il y a des profils très variés.
07:36Et le rôle des enseignants dans ce projet ?
07:38Alors peut-être de votre côté, François Tréfère ?
07:40Moi, ce qui est intéressant, c'est que c'est quasiment une des premières fois
07:43où on me demande de me mettre un peu en retrait.
07:46Je suis là en fait pour participer à l'animation du groupe,
07:47mais je me laisse vraiment dans les séances, en tout cas,
07:50guidée par l'auteur ou par l'autrice que je reçois,
07:52qui, elle, a construit la séance,
07:54qui a décidé du dispositif qu'elle voulait mettre en œuvre.
07:56Moi, je dois juste m'assurer avec elle que le dispositif fonctionne,
07:59que la mise en œuvre fonctionne.
08:01Mais pour le reste, c'est très intéressant d'avoir ce petit recul,
08:04de regarder les élèves mis au travail par quelqu'un d'autre pendant mon cours.
08:07Ça permet d'avoir un recul pédagogique, aussi une réflexion sur ce qu'on fait.
08:10Plein d'objectifs, j'imagine, avec ce projet.
08:13Évidemment, être au plus près de la littérature, de l'écriture, des arts,
08:18en l'occurrence du cinéma, et ça, c'est assez évident.
08:22Peut-être un impact aussi sur l'estime de soi qui est assez important, non ?
08:25Oui, bien sûr, la confiance en soi, c'est un peu ce qu'on disait au départ,
08:27la dynamique de groupe qui change, des élèves qu'on n'avait pas forcément repérés,
08:30et puis, effectivement, cette confiance-là, oui.
08:33Voir, c'est vrai que ça m'est arrivé plusieurs fois l'année dernière,
08:36un bout de récit de soi, que ce soit, par exemple, une scène de vie familiale.
08:39Je me souviens d'une scène, par exemple, d'un repas familial
08:42qui a été raconté dans notre dernier écrit,
08:45qui va être soudain mis en voie, déjà écrit, publié,
08:48parce qu'il y a la publication qui a lieu en cours d'année,
08:51puis ensuite mis en voie par d'autres,
08:52c'est-à-dire que d'autres élèves vont s'approprier ce récit.
08:54C'est vrai que, pour le coup, il y a vraiment cette importance,
08:57ce cœur, on est au cœur de retrouver un peu de place dans le système scolaire,
09:02qui parfois peut les mettre un peu de côté,
09:03et puis retrouver dans ce récit quelque chose de profondément personnel,
09:06qui trouve sa place dans le groupe.
09:08Il y a alors une publication, donc.
09:09Oui, effectivement.
09:10Peut-être aussi préciser qu'en fin de projet,
09:12on fait une restitution publique, en fait,
09:14de Raconte-moi ta vie, avec l'ensemble des classes qui sont invitées,
09:18les intervenants, les auteurs.
09:19On fait ça dans une salle de cinéma à Paris.
09:22On découvre ensemble, du coup, les podcasts et les courts-métrages
09:25qui ont été réalisés par les lycéens.
09:27C'est un moment hyper émouvant.
09:28Et on distribue par ailleurs un ouvrage qui est publié par Auteur solidaire,
09:33qui reprend l'ensemble des textes qui ont été écrits au départ
09:35par les lycéens et apprentis.
09:38Et voilà, ils ont leur nom sur le livre.
09:40C'est quelque chose que c'est une trace, en fait, du projet.
09:42Et c'est hyper émouvant, oui.
09:44Ça peut déclencher des dévocations.
09:45La réaction de certains élèves, peut-être, tout d'un coup,
09:48à se mettre vers l'écriture.
09:50On sait combien c'est important aussi de mettre ces émotions sur papier.
09:53Tu diras en premier la confiance en soi, d'abord, dans un premier temps.
09:56Après, je ne sais pas si toi, tu as eu des retours.
09:57J'ai entendu des élèves qui ont continué à écrire un peu pour eux-mêmes,
10:00notamment après cet exercice.
10:02Oui, tout à fait.
10:02Et des élèves qui n'écrivaient pas naturellement au départ.
10:05Donc, des comportements qui changent.
10:06Tout à fait.
10:07Oui, et puis, un comportement qui change aussi dans le rapport au scolaire.
10:10Je pense que c'est ça qui est très important.
10:11C'est-à-dire qu'il y a quelque chose soudain de beaucoup plus horizontal,
10:15de beaucoup moins vertical, dans lequel un investissement différent va être valorisé.
10:19Et je pense que certains arrivent à y trouver leur place,
10:21alors qu'ils ne trouvent pas forcément leur place dans d'autres dispositifs plus traditionnels, je dirais.
10:24Alors, moi, j'ai les élèves de six classes de trois lycées de l'Académie de Versailles, c'est ça ?
10:28C'est ça, exactement.
10:29D'accord. Et pourquoi pas plus grand, ce projet ?
10:31Ah, bon...
10:33On commence, c'est ça ?
10:34C'est la quatrième édition.
10:34Non, c'est la quatrième édition, mais effectivement, c'est assez balisé quand même.
10:37Ça concerne six classes par an de l'Académie de Versailles.
10:39C'est très précis aussi, puisqu'on est soutenus par la région Île-de-France
10:43et par l'Académie de Versailles pour ce projet-là.
10:45Donc, c'est assez quand même balisé.
10:47Mais six classes sur la canine, c'est déjà pas mal.
10:49Oui, c'est déjà pas mal.
10:50La région Île-de-France, elle est grande.
10:52Donc, du coup, on peut partir du sud et aller vers le nord.
10:54Par contre, je précise, c'est un projet qui existe partout en France.
10:57Auteur solidaire s'en occupe dans plusieurs régions.
10:59Nous, on coordonne en Île-de-France.
11:00D'accord. OK, je comprends.
11:02Merci beaucoup, en tout cas, à vous deux d'être venus sur le plateau du Grand JIT.
11:05Lou Picmal, vous êtes chargé des relations avec les partenaires de l'ACRIF.
11:08Tout à fait.
11:08Et François Truffet, vous êtes professeur de français au lycée Camille Claudel à Palaiso.
11:12Professeur de théâtre, j'ai cru comprendre.
11:13Aussi, absolument.
11:14Merci à vous deux d'être venus.
11:16Merci.
11:17Je vous remercie.
11:18On va retrouver le meilleur de School TV avec le ZAP.
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