- il y a 3 ans
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00:00 Bien bonjour à tous, je viens vers vous pour commenter les dernières lignes du texte 5
00:08 qui il est vrai n'ont pas été abordées directement en cours, donc on va le faire
00:13 maintenant pour que si jamais vous êtes interrogé sur ce texte et notamment sur cette
00:17 partie du texte vous ne soyez pas déstabilisé par le passage final du texte qui n'avait
00:24 pas été directement vu en classe. Je rappelle que ce passage sur votre version du texte
00:31 dure 7 lignes je crois, 3, 4, 5, 6, 7, 8 lignes et qu'il commence avec "Ma seule ambition
00:39 a été de voir" et qu'il se termine par l'énumération des mers, des peuples, des
00:43 forêts, des montagnes. Donc il s'agit du passage conclusif du discours du vieil antiquaire
00:51 dans lequel je relie un peu ce passage au précédent, dans lequel il va donner à voir
00:56 et à entendre sa sagesse, sa vision philosophique du monde. Alors globalement on va mettre des
01:03 termes philosophiques pour introduire ce passage sur la nature de ses extraits. On a en fait
01:10 deux postures philosophiques qui s'opposent dans la peau de chagrin. On a la posture philosophique
01:15 des jouisseurs, du carpe diem, carpe diem je rappelle c'est une formule latine qui veut
01:19 dire saisir le jour, cueillir le jour présent, et on a une posture de sagesse du temps long
01:27 qui s'apparente plutôt d'un point de vue philosophique à ce qu'on appelle le stoïcisme.
01:30 Donc on a d'un côté le carpe diem des jouisseurs, des gens qui veulent profiter notamment des
01:36 biens matériels le plus rapidement possible et vivre une vie y compris très courte, c'est
01:41 le cas de Valentin pendant un long moment, c'est le cas aussi de Fedora par exemple,
01:45 ou de Frazin, et nous avons là une figure stoïcienne, une figure d'un sage qui s'inscrit
01:51 dans le temps long. Alors le passage qui nous intéresse débute par un déterminant possessif,
02:01 ma seule ambition, qui montre que ici l'antiquaire va développer une vision personnelle, il
02:07 va donner à voir et à entendre sa conviction intime. On voit deux choses, on voit d'abord
02:13 qu'il y a un passé achevé avec le A et T, c'est un passé achevé, c'est réglé,
02:20 sa vie est derrière lui, donc cela ajoute à sa sagesse, puisqu'il a le bilan et l'expérience
02:24 de toute une vie qui le porte, et on a le restrictif seul qui va concentrer le discours
02:30 sur ce qui va être dit. Ce qui va être dit c'est finalement la seule chose à retenir,
02:33 la seule ambition. Donc ce restrictif permet de concentrer les effets. J'insiste bien
02:39 sur ce point, vous pouvez, je vous encourage fortement d'ailleurs à le faire, développer
02:43 l'idée que dans ce dernier passage l'antiquaire fait montre d'une forme de conviction argumentative.
02:51 Il essaye vraiment de convaincre, il essaye d'emporter la donne dans ce dernier moment
02:56 de son discours. Et il le fait notamment, ça je pense que vous l'avez repéré dans
03:00 le texte, si vous l'avez lu attentivement avant d'écouter cette vidéo, il le fait
03:03 grâce à une série de questions rhétoriques. Donc insister sur l'importance des questions
03:09 rhétoriques qui montre une volonté de convaincre, d'aller chercher celui qui nous écoute.
03:13 Alors bien évidemment ces questions rhétoriques sont adressées à Valentin, elles sont également
03:18 adressées indirectement ou plus indirectement au lecteur. Dans ces questions rhétoriques
03:23 il y a plusieurs choses à remarquer. D'abord on a la présence d'un syllogisme, d'un
03:30 syllogisme incomplet ou d'un syllogisme tranqué. Vous savez le syllogisme c'est ce raisonnement
03:34 en trois temps, vous connaissez je pense l'exemple canonique du syllogisme "Socrate est un homme,
03:40 or tous les hommes sont mortels, donc Socrate est mortel". Vous savez c'est ce raisonnement
03:43 en trois temps qui consiste à prendre une réalité, à l'apparenter à quelque chose
03:49 et ensuite par une série de déductions à arriver à une conclusion. Ici on a en fait
03:54 un syllogisme incomplet ou un syllogisme complet, voir n'est-ce pas savoir, donc il nous dit
03:59 voir = savoir et dans la deuxième question rhétorique savoir = jouir. Donc bien évidemment
04:07 ici le syllogisme est incomplet puisqu'il permet de prouver que voir = jouir. Vous m'avez
04:12 suivi je répète, première question il nous montre que début du syllogisme voir = savoir,
04:18 deuxième élément savoir = jouir. Donc la conclusion manquante que le lecteur et l'auditeur
04:23 et Valentin ici est contraint de faire c'est de dire donc voir = contempler, c'est jouir.
04:30 D'accord, ça c'est important. Deuxième chose importante, on a vu qu'il y avait un
04:34 verbe de passé composé qui marquait une action terminée, fini, une longue expérience,
04:40 une vie qui se terminait, et de l'autre côté on a l'opposition avec l'adjectif jeune
04:45 homme qui est antéposé pour désigner Valentin. Le fait qu'il soit désigné par la périphrase
04:49 jeune homme renvoie à un argument d'expérience contre un argument d'inexpérience. Donc ici
04:55 bien évidemment l'antiquaire va souligner son expérience, c'est un homme qui a toute
04:59 une vie derrière lui, bien évidemment pour juger de ce qu'il a vécu et de ce qu'il
05:03 a fait. Donc on est sur ce syllogisme tronqué qui amène à la conclusion que voir = jouir.
05:10 Et donc ici c'est intéressant parce que nous avons dans tout ce dernier passage en
05:15 fait une réponse au contre-argument qui était apporté à son dispo. Je vous rappelle que
05:22 jusqu'à présent la vie qui nous était donnée à voir, il avait déjà commencé
05:27 à y répondre d'ailleurs dans la seconde partie du texte, était une vie qui pouvait
05:30 sembler pour le lecteur ou pour Valentin être une vie relativement ennuyeuse, être une
05:35 vie qui manquait de rebondissement. Or ici, dans un geste argumentatif très réussi,
05:41 l'antiquaire va mettre de son côté le lexique du plaisir. On va avoir donc jouir, on va
05:48 avoir même un peu plus tard, je reviens plus précisément sur le texte, vous pouvez relever
05:53 les trois en même temps, on va avoir volupté, on va avoir jouissance, débauche, donc il
06:00 place tout cela de son côté. Et il va montrer qu'il y a un réel plaisir, un plaisir même
06:07 physique, quasiment physique, à cet art immatériel de la contemplation. Vous noterez aussi un
06:14 engagement très personnel avec le O au rhétorique suivi du poids d'exclamation, qui montre
06:18 qu'il a vraiment une volonté de marquer son engagement, d'être engagé dans son discours.
06:24 Alors, la vision que développe l'antiquaire dans la phrase suivante, où il met en avant
06:28 la substance et l'essence des choses, donc la substance même du fait de s'en emparer
06:33 essentiellement, c'est une vision très proche du philosophe Platon, qui défend l'idée
06:39 que chaque chose a une vérité qu'il s'agit de découvrir en la contemplant, en la pensant,
06:46 et donc ici il joue avec le sens du mot s'emparer. Vous avez le verbe s'emparer, je sais pas
06:54 si vous l'avez vu, de s'en emparer, ici il promeut, donc avec s'en emparer, un autre
06:58 type de possession, on s'empare de la chose mais seulement en la contemplant, en la regardant,
07:04 et non pas, bien évidemment, en la captant matériellement. Ici il essaye de prouver
07:11 que la finalité de toute chose c'est l'idée qui va rester, l'idée, le souvenir, la pensée.
07:16 C'est ce qui est évoqué avec la question rhétorique, que reste-t-il d'une possession
07:22 matérielle, puisque bien évidemment, un bien matériel, ça rappelle d'ailleurs un
07:26 peu les propos de Diderot dans le commentaire que vous avez fait à l'écrit, toutes choses
07:29 matérielles, même des choses qui paraissent solides comme le marbre ou le bronze, sont
07:34 destinées à s'effondrer, à disparaître, à mourir avec le temps. Que restent-il des
07:39 choses matérielles une fois disparues ? Il ne reste qu'un souvenir et une idée. Et
07:43 donc il promeut, l'antiquaire ici, le fait de passer par l'idée, et d'ailleurs, passer
07:50 directement à l'idée. Et d'ailleurs, le terme "une idée" apparaît en fait comme
07:56 la conclusion de la longue série de questions rhétoriques. Que reste-t-il d'une possession
08:01 matérielle ? Point d'interrogation, une idée, point. Une idée, ça apparaît comme
08:04 l'épicentre de sa pensée, le point essentiel, ce qui compte ce sont donc les idées, les
08:09 réalités immatérielles, donc le rapport immatériel au monde, qui est le seul en fait
08:13 qui perdure quoi qu'il arrive. Ensuite, dans le passage suivant du texte, il va interpeller
08:20 directement Raphaël avec "juger". Juger combien doit être belle la vie d'un homme ? Ici
08:25 bien évidemment il interpelle à Raphaël, c'est aussi un moyen rhétorique de revenir
08:29 à l'attention du lecteur, de la part de Balzac, avec cette invitation à penser directement
08:34 les choses, juger. On est invité à être juge de sa pensée, à juger sa réflexion.
08:41 Et donc il nous interpelle directement. Il nous interpelle directement en mettant en
08:46 avant la finalité, ce qu'il vise, quel est l'objectif de son discours. Il le rappelle
08:51 très clairement, l'objectif de son discours c'est, la formule est belle, belle la vie
08:57 ou la vie belle. Donc avoir la vie belle, trouver le bonheur, être heureux. Donc ça
09:03 c'est important, c'est un discours sur le bonheur, mais c'est un discours qui propose
09:07 un autre chemin pour le bonheur. Mais la finalité reste la belle vie ou le bonheur, qui sont
09:13 les notions mises en avant et promues ici par l'antiquaire. Mais le chemin du bonheur
09:20 ou le chemin de la belle vie n'est pas celui qui apparaît le plus évident, puisque ici
09:27 il nous propose un chemin qui passe par l'idéal et non pas par le matériel. Donc là il y
09:32 a une opposition philosophique entre l'idéalisme, l'attachement aux idées, aux choses immatérielles,
09:37 et le matérialisme. Et donc très clairement il promeut l'idéalisme comme seul chemin
09:42 d'un vrai bonheur, d'une vraie satisfaction. On voit aussi qu'il y a un lexique un peu
09:48 hyperbolique, il parle par exemple de toutes les réalités, il parle de mille voluptés,
09:55 donc là on a vraiment un éloge de l'idéalisation qui passe par l'hyperbolique. Il fait l'éloge
10:01 en fait d'un monde pur, le monde des idées, contre un monde matériel qui serait un monde
10:07 de souillures. On a ici un lexique qui est presque un lexique chrétien, le péché,
10:13 la souillure, et donc ici le terme est très fort, très péjoratif, le terme de souillure
10:21 terrestre, c'est à dire la chose matérielle, les choses de la terre sont des souillures,
10:25 c'est à dire des choses qui vont venir salir, salir l'esprit. Il valorise enfin donc la
10:32 pensée avec cette formule forte et conclusive, la pensée est la clé de tous les trésors.
10:37 C'est presque une formule magique qui donnerait une recette secrète pour accéder à la richesse
10:43 la plus importante, la pensée ici elle est personnifiée, elle devient un acteur même
10:49 de la découverte de ce trésor, elle est la clé, elle procure, donc on a des verbes d'action
10:54 qui sont portés par cette pensée, et elle procure quoi ? Elle procure la joie. Donc
11:00 on est toujours sur cette rhétorique du bonheur, de la recherche du bonheur. Dans les derniers
11:07 moments du texte, on a un terme de liaison qui montre qu'on est bien dans un discours
11:12 argumentatif et rhétorique, c'est aussi. Aussi est-ce plané sur le monde ? Aussi c'est
11:17 un lien logique qui montre, un connecteur logique, qui montre que nous sommes dans un
11:21 texte argumentatif. Aussi est-ce plané sur le monde ? Là ici, dans ce dernier moment
11:26 du texte, l'antiquaire rappelle une forme de supériorité intellectuelle, idéale,
11:32 il est au-dessus des hommes, au-dessus du monde, par la force de la pensée, par la force
11:36 de la réflexion, ça vous rappelle peut-être d'ailleurs l'image de l'albatros, le poète
11:40 qui plane au-dessus du monde, au-dessus des hommes, là c'est l'antiquaire qui plane
11:44 au-dessus du monde, qui plane au-dessus des hommes. Et il rappelle ici le chemin qu'il
11:50 veut, qu'il conseille à Valentin de parcourir, le chemin d'un plaisir, mais d'un plaisir
11:56 qui passerait seulement par des jouissances intellectuelles. Donc c'est la phrase sans
12:01 doute où on a le plus ce lexique du plaisir, plaisir, jouissance, et juste après débauche,
12:07 mais je dirais que c'est contre-intuitif, il invite au plaisir, aux jouissances, aux
12:14 débauches, mais bien évidemment tout cela a collé à l'adjectif intellectuel, donc
12:20 des plaisirs, des jouissances, des débauches qui seraient de l'ordre de l'esprit, de
12:24 l'ordre du pur esprit. C'est encore une fois une façon de contre-argumenter, puisque
12:29 les promoteurs du plaisir, de la jouissance et de la débauche matérielle et physique
12:34 vont juger cette morale stoïcienne de l'antiquaire, ennuyeuse, lassante, vide, or ici il montre
12:45 qu'il a eu sans doute plus, voire davantage de plaisir, de jouissance et de débauche
12:49 que quelqu'un qui se serait tourné vers les plaisirs, les jouissances et les débauches
12:53 matérielles et physiques. Il va d'ailleurs donner à entendre à la toute fin du texte
12:59 cette énumération finale de plaisir et de débauche, ici bien évidemment il y a une
13:05 forme, cette conclusion est teintée d'ironie bien évidemment, puisqu'on ne s'attend
13:10 pas, bien évidemment ça va un peu contre la doxa, la doxa c'est ce qu'on pense habituellement,
13:16 on ne s'attend pas à trouver comme élément descriptif de la débauche la contemplation
13:20 de la mer, des peuples, des forêts et des montagnes. Donc on a pour terminer le texte
13:25 l'énumération de ces débauches teintées je dirais d'une forme d'ironie ou qui fonctionne
13:30 presque comme une antithèse par rapport à l'attendue habituelle de ce qu'on nomme la
13:34 débauche, il y a un effet d'abondance bien évidemment de cette énumération puisque
13:38 nous avons 4 compléments du nom, je les rappelle les 4 compléments du nom, je reprends le
13:42 texte devant moi, contemplation des mers, des peuples, des forêts, des montagnes, 4
13:47 compléments du nom qui se trouvent juxtaposés donc qui créent un effet d'énumération,
13:52 d'abondance marqué d'ailleurs par une forme de passion du point d'exclamation, de l'exclamation
13:59 finale. On va juste arrêter sur ces 4 compléments du nom de contemplation, ici ils offrent un
14:08 accès à l'inconnu, ils offrent un accès au mystérieux, puisque en fait les mers,
14:15 les forêts, les montagnes sont des lieux reculés, sont des lieux difficiles d'accès,
14:20 sont des lieux pleins d'inconnus, de même bien évidemment que les passions des peuples,
14:24 et ils nous offrent ici en fait la clé des secrets, la clé de l'inconnu, grâce encore
14:30 une fois au plaisir immatériel et idéal de la simple contemplation qui reçoit je le
14:37 répète 4 compléments du nom. Voilà pour ce passage final, ce petit complément, j'ai
14:42 été un peu vite mais vous pourrez le réécouter, y'a pas de soucis, et si vous avez des questions
14:45 n'hésitez pas. Je vous souhaite surtout d'excellentes révisions dans cette toute dernière ligne
14:50 droite qui va vous amener aux euros, je l'espère avec succès et avec brio, et moi voyez-vous
14:56 je retourne à la correction de mes copiedbacks, je n'ai pas les vôtres, et je vous souhaite
15:01 le meilleur pour la suite. A très vite !
15:03 Merci.
15:04 [SILENCE]
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