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  • il y a 3 ans

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00:00 Bonjour à tous, bonsoir, bon matin, bonjour, je ne sais pas à quel moment de la journée
00:09 vous êtes à écouter cette dernière vidéo, en tout cas sachez qu'il s'agit de la dernière
00:15 et troisième vidéo du texte 15 et bonne nouvelle pour vous également il s'agit de
00:19 la dernière vidéo de l'année.
00:21 La vidéo numéro 2 avait été un peu interrompue en cours de deuxième partie donc dans cette
00:27 toute dernière vidéo il va s'agir pour vous d'abord d'écouter la toute fin de la deuxième
00:31 partie puis on va se livrer à l'analyse de la troisième partie mais rassurez-vous ce
00:37 n'est plus très long.
00:38 Alors on est au coeur de la bataille, on est jeté au coeur de la bataille d'accord, on
00:42 a notre frère Jean qui est en train d'estropier, de massacrer, on a eu tous ces termes à la
00:48 fois techniques, médicaux qui renvoyaient à la violence du combat et on en était resté
00:53 particulièrement aux scènes justement les plus violentes.
00:58 Alors on en était resté à "ils leur transpercent la poitrine par le médiastin et par le gun"
01:09 donc Gargantua Ramelé nous donne le menu des violences que vont subir les troupes de
01:17 Picrocole confrontées à la violence et au courage de frère Jean qui je le rappelle
01:23 est un héros paradoxal à la fois un héros du courage mais aussi de l'extrême violence.
01:27 La première violence consiste donc à transpercer la poitrine par le médiastin et par le coeur
01:34 alors là on retrouve une nouvelle fois le Ramelé médecin qui va utiliser un lexique
01:39 médical pour expliquer presque comme on expliquerait une intervention chirurgicale le massacre
01:47 extrêmement violent auquel se livre frère Jean.
01:50 Pour cela donc il nous donne à voir deux zones du corps poitrine médiastin et coeur
01:55 le médiastin étant le thorax c'est un nom un peu ancien qu'on donne au thorax donc
01:59 on est ici sur l'avant du corps mais dans un niveau assez haut du corps.
02:04 C'est intéressant pourquoi je vous donne ces détails un peu sur la corporalité ou
02:09 le rapport au physique c'est qu'en fait les violences vont se faire descendante.
02:13 On avait vu dans certains textes qu'il y avait notamment au moment de la naissance
02:16 de Garventua une élévation du bas corporel vers le haut, le haut intellectuel ou spirituel.
02:22 Là cette scène de violence, de massacre va donner à voir une descente, une descente
02:29 justement vers le bas corporel et notamment vers les tripes, vers le tripale.
02:33 Et là pour l'instant on est en haut, on est sur la poitrine, sur le thorax et sur
02:36 le coeur.
02:37 Donc c'est intéressant parce que ici bien évidemment on a affaire à des éléments
02:42 de l'intériorité corporelle qui sont montrés, mis à jour, exhibés par la violence de Fréjan.
02:50 On continue donc cette longue énumération, ce texte est constitué essentiellement de
02:55 juxtapositions, d'énumérations des violences que commet Fréjan des Antaumeurs et donc
03:02 on avait pour les uns quelques uns et là nous avons à d'autres.
03:06 A d'autres donc ils donnent des coups au-dessous des côtes.
03:10 Donc cette fois on descend sur le corporel, on a quitté la sphère du coeur et du thorax
03:16 qui est une zone je dirais d'attaque un peu typique.
03:23 Et là on va descendre au niveau des côtes et de l'estomac, on relève notamment les
03:28 verbes qui sont à l'imparfait.
03:29 Intéressant d'avoir des verbes à l'imparfait puisque ce sont des verbes descriptifs, c'est
03:34 à dire que ce ne sont pas des actions courtes, ce ne sont pas des actions momentanées, sinon
03:38 on aurait l'usage du passé simple.
03:39 On a ici l'usage de l'imparfait avec « ils subvertissaient », « ils mouraient », « ils
03:44 frappaient », « ils leur faisaient ». Cet usage de l'imparfait renvoie à un fonctionnement
03:50 long et habituel.
03:52 Donc il s'attaque cette fois à l'estomac, il va subvertir.
03:56 Donc le verbe ici est très violent, subvertir ça veut dire vraiment qu'il va le retourner,
04:02 qu'il va le changer d'ordre.
04:03 Et ici, cette scène c'est un grand chaos mais c'est aussi une grande inversion.
04:07 C'est un chaos complet, on l'a vu avec les corps qui jonchent le sol, mais c'est
04:12 aussi que l'intérieur, l'intériorité va se trouver exhibée à l'extérieur.
04:18 Donc c'est une scène de subversion où tout est mis par-dessus et où le frère,
04:25 le moine va se retrouver à être un héros guerrier.
04:28 En fait tous nos repères, toutes nos valeurs sont subvertis et ici à l'image de cet
04:33 estomac qui est donné à voir et qui est retourné.
04:37 Et bien évidemment on a un "et" donc la conjonction de coordination qui fait le
04:42 lien entre cette subversion de l'estomac et une mort directe qui est marquée bien
04:47 évidemment par le terme "aussitôt" qui marque ici bien évidemment la rapidité
04:52 de l'action.
04:53 La dernière phrase repose sur un paradoxe ironique, c'est donc le "il frappait si
05:00 fièrement" avec l'adverbe d'intensité "si" et l'adverbe donc de manière fièrement
05:05 qui marque un circonstanciel de manière.
05:07 Ici on est du côté du chevaleresque, de l'honneur chevaleresque, la fierté, l'honneur,
05:12 on est dans ce champ lexical du chevalier mais il les frappe par le nombril.
05:16 Ici justement on n'est plus dans un coup donné au coeur, on n'est plus dans un coup
05:21 qui transperce le thorax, on est dans un terme je dirais plus familier, moins glorieux,
05:28 une attaque au nombril.
05:29 Le nombril a quelque chose qui renvoie au monde de l'enfance, on a quelque chose aussi
05:34 qui renvoie à une forme de référence un peu directe et un peu crue à l'anatomie,
05:40 on n'est plus dans le combat glorieux.
05:42 Et donc ici il y a une forme de paradoxe ironique entre l'expression "frapper si fièrement"
05:47 qui est réellement une expression chevaleresque et "frapper si fièrement" le nombril.
05:53 Et bien évidemment cette attaque au nombril qui prend des atours glorieux, là on est
05:59 vraiment dans l'héroïcomique aussi, mais qui est en fait d'une extrême violence et
06:04 qui n'a absolument rien d'héroïque et de glorieux, elle va avoir une conséquence
06:10 qui est exposée dans la subordonnée, qu'il leur faisait sortir les tripes.
06:15 Et ce qui est intéressant c'est qu'ici on a trois points de suspension qui sont quasiment
06:20 trois points de suspension qui ont une valeur euphémistique ou une valeur de pudeur, ils
06:24 ne continuent pas, ils sont déjà quand même allés très loin puisqu'on finit sur cette
06:27 image des tripes qui sortent du ventre.
06:29 Et c'est intéressant, chez Rabelais on peut dire aussi que tout est renvoyé très
06:34 souvent au tripale, au digestif, à la consommation d'aliments, de savoirs, etc.
06:40 Le système digestif tient un rôle dans le regard que Gargantua porte sur les individus
06:45 qui est toujours très important.
06:46 Et donc là il va s'agir, parce qu'il l'utilise aussi beaucoup comme une métaphore, c'est
06:53 une métaphore de l'intériorité, il va s'agir ici littéralement de digérer cette
06:58 scène qui est d'une extrême violence.
07:00 La question de la digestion, j'insiste bien, du ventre, du bas corporel, est une question
07:05 très importante chez Rabelais, il y a ici un monde dans un monde, en quelque sorte,
07:11 et il s'y joue des choses qui sont pour lui des choses signifiantes, au-delà même bien
07:14 évidemment de la question médicale de la bonne ou de la mauvaise digestion, c'est
07:18 pour lui un symbole très important.
07:19 Et donc on finit sur cette image horrible, extrêmement crue et violente des tripes exhibées
07:26 et sorties du corps.
07:27 Vous noterez également toujours ces phénomènes d'écho, puisque je vous rappelle que dans
07:32 le texte, vous aviez travaillé précédemment le texte 14, Gargamel, juste avant le texte
07:37 14, juste avant la naissance de Gargantua, Gargamel était tombé malade d'avoir trop
07:42 mangé de tripes.
07:43 Et donc on retrouve ici des tripes, mais cette fois c'est les tripes des adversaires
07:48 qui sont extirpés en dehors de leur ventre.
07:52 Donc ici il s'agit bien de la fin de cette description crue et violente de la bataille,
08:00 de cette parodie du combat, de ce massacre chevaleresque, et le narrateur Alcofribas,
08:07 qui est aussi bien évidemment ici le porte-voix de Rabelais, ajoute ce commentaire final « Croyez
08:12 que c'était le plus horrible spectacle qu'on vit jamais ». D'ailleurs il le
08:16 détache du paragraphe pour qu'on ait cette petite conclusion, cette mini synthèse qui
08:21 nous saute aux yeux.
08:22 Pourquoi elle doit nous sauter aux yeux ? Parce qu'elle doit s'adresser à nous.
08:26 C'est à nous cette fois, lecteurs, qu'on s'adresse.
08:28 Comme on l'avait déjà vu dans le texte 14, le narrateur s'adresse à nous.
08:33 Alcofribas nous donne un avis, un avis de l'ordre esthétique, puisqu'il y a le
08:38 mot de spectacle, sur la scène qu'il a devant les yeux.
08:42 Et l'avis qu'il nous donne, c'est d'abord un superlatif dans l'horreur, le plus horrible,
08:47 on avait constaté en effet qu'il y avait de longues énumérations d'une extrême
08:52 violence, donc on comprend bien ce superlatif le plus horrible.
08:56 Ce qui est ici marquant ou choquant, c'est le spectacle.
09:01 Le spectacle ça renvoie au regard, spectare, je rappelle on l'a déjà vu pour le théâtre,
09:06 donc c'est quelque chose qui nous est donné à voir, qu'on a regardé, mais normalement
09:09 un spectacle c'est quelque chose qui nous est donné à voir pour notre plaisir et notre
09:12 divertissement.
09:13 Donc il y a là un groupe nominal qui fonctionne presque comme un oxymore, c'est-à-dire
09:19 qu'on a d'un côté l'horreur et de l'autre côté le spectacle, le spectacle c'est
09:22 normalement ce qui doit nous donner du plaisir, un divertissement.
09:25 Et en fait cette formule, le plus horrible spectacle, que vous retrouvez d'ailleurs,
09:30 c'est assez intéressant, c'est un peu la même formule, pour le même genre de
09:33 scène que vous aviez à commenter dans votre récent Devoir de 4 heures, de Bac blanc,
09:40 disons numéro 2, chez Voltaire, dans Candide, puisque Voltaire lui nous dit, non pas c'était
09:48 le plus horrible spectacle, mais il parle d'une boucherie héroïque.
09:50 C'est la même logique, l'horreur, la violence extrêmement crues et en même temps le caractère
09:58 glorieux de cette action de la guerre.
10:01 Ici on a le plus horrible, donc le superlatif de la violence, qui est accolé à la notion
10:06 de spectacle, qui renvoie au regard, mais quand même surtout et essentiellement au
10:10 plaisir du regard.
10:11 Et aussi, comme un bon narrateur qui raconte une bonne histoire, Alcofribas va terminer
10:18 avec qu'on ne vit jamais, donc une subordonnée relative pour qualifier le spectacle, pour
10:23 dire que ce spectacle était absolument exceptionnel, et donc qu'on peut se considérer chanceux
10:29 d'y avoir assisté et qu'il nous ait été nain.
10:33 Bien, nous débutons la dernière partie, qui sera plus courte, avec les 6 lignes du
10:41 dernier paragraphe, qui constituent de façon très claire une critique de l'idolâtrie.
10:47 Donc on n'est plus sur le champ de bataille, on n'a plus devant nous des corps et des
10:52 cadavres qui s'amancellent et une violence qui se répand en permanence, cette fois nous
10:58 allons être focalisés sur les victimes, les victimes en souffrance, les victimes aux
11:04 portes de la mort, et que vont faire ces victimes en souffrance et aux portes de la mort ? Elles
11:09 vont en appeler à des croyances, à des idolâtries, issues principalement du catholicisme, mais
11:16 pas seulement, sur lesquelles Rabelais va jeter un regard, je dirais, ironique, amusé,
11:24 alors que se me rappeler, comme certains intellectuels de son siècle d'ailleurs, trouvent que l'idolâtrie,
11:29 c'est-à-dire le fait de se référer à des saints, à des icônes, à des idoles,
11:34 est un dévoiement de la religion.
11:36 Et donc dans cette dernière partie, il va nous donner à entendre, surtout parce qu'on
11:39 a beaucoup de bruit, on a des cris, des bruits, des chants même, il va nous donner à entendre
11:46 les derniers mots finalement des victimes de Frère Jean, qui se tournent toutes du
11:50 côté du religieux, mais de façon idolâtre.
11:54 Donc d'abord, il nous donne à entendre les uns crier Saint-Barbe, donc on a déjà vraiment,
12:01 j'insiste bien, on a du chaos dans cette scène, on a du bruit, on a en permanence
12:06 du mouvement, du sang, des corps qui s'entrechoquent, et donc ça commence en un cri, un cri à
12:13 l'imparfait, les uns crier, donc une partie des victimes crier, cet imparfait, ils rencontrent
12:19 un bruit presque continu jusqu'à la fin de la scène.
12:22 Et ils crient quoi ? Ils crient Saint-Barbe, alors Saint-Barbe c'est un saint qui protège
12:29 tous les métiers un peu dangereux ou risqués, et donc il se réfère à lui, il lui demande
12:34 la grâce en ces derniers instants, car c'est le saint qui vient bénir les métiers dangereux.
12:39 Et jusqu'ici, bien évidemment, ces soldats de Picrocole se sont livrés à une activité
12:43 pour le moins dangereuse, puisqu'elle leur a coûté la vie.
12:46 De l'autre côté, séparés par un point-virgule, on va avoir donc une longue énumération
12:54 des autres croyances proposées par d'autres victimes.
12:58 Donc on les énumère, il y en a quelques-unes, donc à chaque fois séparées par un point-virgule
13:03 comme une énumération juxtaposée, et un phénomène de répétition de les autres,
13:10 les autres, les autres.
13:11 Donc on a d'abord les autres Saint-Georges.
13:15 Donc là on est dans un saint, je dirais, du panthéon chrétien, donc un saint que
13:20 je dirais sérieux, ou en tout cas plus sérieux que les suivants qui vont être prononcés,
13:25 puisque Saint-Georges cohabite ici avec la troisième référence qui est Sainte-Nitouche,
13:29 qui bien évidemment n'est absolument pas une sainte chrétienne, c'est une expression
13:34 du folklore populaire, être une sainte-nitouche c'est être une innocente qu'on n'approche
13:41 pas, littéralement, alors ça a un sens, ça a une origine un peu sexuelle, c'est
13:46 une femme qui a conservé par son innocence sa virginité, mais également Sainte-Nitouche
13:50 c'est une expression qui renvoie à une forme de sottise, de bêtise, en tout cas d'un
13:55 rapport au monde très lointain et de beaucoup d'ignorance surtout.
14:00 Donc on a, qui cohabite ici, un vrai saint chrétien, je dirais, sérieux et important
14:08 dans la culture de l'époque, et de l'autre côté une référence au folklore populaire
14:13 qui va plutôt glorifier l'innocence avec même une connotation sexuelle.
14:18 On trouve ensuite la série des Notre-Dame, donc on va se référer cette fois à des
14:23 lieux religieux, donc je vous les cite, Notre-Dame de Cugnot, de Lorette, de Bonne-Nouvelle,
14:30 de la Lenoue et de Rivière.
14:32 Alors ici donc vous pouvez parler des six Notre-Dame, donc ils font référence ici
14:37 à six églises.
14:38 Ce qui est intéressant, cinq pardon, ces cinq églises qui sont citées ici voient
14:46 toujours comme toujours chez Rabelais coexister le très proche et le lointain, le microcosme
14:54 et le macrocosme, le tout petit monde de ce y et le grand monde du royaume de France.
15:01 Et ici donc on a de nombreuses églises qui sont des petites églises locales que vous
15:06 auriez pu au gré de vos pérégrinations autour de la maison de Rabelais découvrir
15:10 en quelques minutes de marche.
15:11 Donc on en trouve quelques-unes comme Notre-Dame de la Lenoue ou Notre-Dame de Rivière et nous
15:18 avons aussi des églises parisiennes comme Notre-Dame de Lorette ou de Bonne-Nouvelle
15:22 qui étaient des églises parisiennes existantes et connues au XVIe siècle.
15:27 Donc on a toujours ce rapport entre des lieux du roman important, donc tous ces lieux qui
15:31 sont dans une toute petite géographie autour de la maison de Rabelais et les lieux parisiens
15:36 et toujours ces effets de microcosme macrocosme entre l'hyper proximité et le Paris lointain.
15:44 Ensuite donc la phrase se clôt, donc on a ces trois temps, Saint-Georges, Sainte-Nitouche
15:54 et les Notre-Dame.
15:56 Donc les quatre temps et on va continuer l'énumération de ces idéalatrices diverses
16:02 et variées.
16:03 Il y a toujours cet effet un peu catalogue, cet effet liste, cet effet d'accumulation
16:08 chez Rabelais.
16:09 Il n'y a jamais un nom ou deux qui sont donnés.
16:12 Quand Rabelais commence à se référer à des noms propres, c'est toujours pour lancer
16:15 une énumération extrêmement longue.
16:17 Et donc on reprend toujours cette même formulation, les uns les autres.
16:22 Donc on retrouve là les uns qui se vouaient à Saint-Jacques, donc Saint-Jacques c'est
16:27 un des apôtres, là encore on retrouve une figure d'un saint extrêmement important
16:33 du christianisme.
16:34 Donc vont cohabiter toujours le haut et le bas, la haute culture religieuse et la culture
16:39 folklorique ou populaire qui se retrouvent mélangées dans ce grand bain de sang du
16:45 massacre mais aussi dans le roman.
16:47 Le roman va célébrer aussi bien la culture folklorique et populaire qu'une grande culture
16:53 française ou religieuse.
16:55 Donc on trouve Saint-Jacques d'abord et ensuite il fait référence au Saint-Suaire de Chambéry.
17:00 Donc vous savez sans doute ce qu'est le Saint-Suaire.
17:03 Le Saint-Suaire c'est le linge qui a épongé le visage de Jésus lors de sa crucifixion.
17:10 C'est aujourd'hui un des éléments les plus recherchés de la culture chrétienne.
17:15 Beaucoup de villes ont prétendu le posséder ou le ramener lors des croisades.
17:20 L'exemplaire revendiqué le plus connu aujourd'hui c'est celui qui se trouve à Turin.
17:25 Mais de nombreuses villes françaises ont revendiqué à un moment la possession du
17:29 Saint-Suaire, ce fut le cas de Chambéry.
17:32 Et là en fait c'est intéressant parce que Rabelais nous fait une référence directe
17:36 à l'actualité dans la proposition suivante qui est cette fois coordonnée "mais Brulat
17:42 trois mois après s'en concut sauver un seul brin".
17:45 Donc il fait référence à une réalité qui s'est passée quelques années avant ce
17:51 moment, le Saint-Suaire de Chambéry ou en tout cas ce qui était reconnu ou annoncé
17:55 comme étant le Saint-Suaire de Chambéry, en effet Brulat dans le feu d'une partie
18:00 de la cathédrale de Chambéry.
18:01 Et donc ici il y a une forme de référence d'actualité et ce qui est amusant c'est
18:05 que cette référence d'actualité à quelque chose qui était considéré à l'époque
18:09 comme un moment dramatique et réellement problématique pour les chrétiens et pour
18:13 la France, il nous est raconté avec une forme de légèreté et cette légèreté elle
18:19 culmine à la fin de la phrase avec le lexique familier de "un seul brin" ou l'exclamation.
18:25 On va ensuite avoir dans la dernière partie, il nous reste deux choses à voir et deux
18:29 choses à dire, l'énumération des uns et des autres qui se construit sur des figures
18:34 de parallélisme, donc les uns mourraient sans parler, les autres parlaient sans mourir,
18:38 les uns se mourraient en parlant et les autres parlaient en mourant, ici donc il y a un jeu
18:44 d'inversion qui s'appelle un chiasme, c h i a s m e, c h i a s m e, un chiasme c'est
18:52 quand on fait des constructions croisées, d'accord, on prend un thème A, on prend
18:55 un thème B, un thème B, un thème A, un thème A, un thème B, et on s'abuse comme
18:58 ça à croiser au niveau de l'écriture.
18:59 Ici il prend deux thèmes, mourir et parler, et il les mixe dans tous les sens qu'il
19:04 peut pour faire quatre constructions en parallèle et là il y a presque un effet de sonorité,
19:08 très bien évidemment en répétant toujours les mêmes mots on a un effet d'assonance
19:12 et d'allitération, notamment des allitérations en P ou en M, donc les uns mourraient, là
19:18 on a ici une assonance en I, les uns mourraient sans parler, les autres parlaient sans mourir,
19:23 les uns se mourraient en parlant, les autres parlaient en mourant, on a en fait tous les
19:27 quatre figures qui sont évoquées dans une forme de frénésie du langage assez jubilatoire
19:33 qui repose toujours sur un jeu, là vraiment Rabelais s'amuse, il s'amuse avec le langage,
19:37 à déconstruire, à reconstruire les phrases, il construit donc un grand chiasme en quatre
19:42 temps autour simplement de deux actions, de deux verbes proposés, celui de mourir et
19:47 de parler, c'est intéressant bien évidemment puisque ces deux verbes peuvent aussi apparaître
19:52 comme des antithèses, comme des verbes vraiment antagonistes, de sens opposé, puisque dans
19:58 la mort réside le silence, et comme il a fait largement référence à la culture chrétienne
20:02 dans ce paragraphe, dans les évangiles on trouve l'idée qu'au commencement était
20:06 le verbe, donc on a à la fois le début, la parole, le verbe et la fin, concentrés
20:12 dans ces mêmes formules, les uns mourraient sans parler, les autres parlaient sans mourir,
20:15 les uns se mourraient en parlant, les autres parlaient en mourant, mais j'insiste bien,
20:20 ce qui est intéressant dans ces formules c'est vraiment le sens du jeu rabelaisien,
20:24 il a envie de jouer avec les mots, de jouer avec le langage, là il y a quelque chose
20:27 de très sonore, ça ressemble presque vraiment à des sortes de lignes un peu musicales,
20:34 c'est très très sonore, avec des rythmes rebondants, des assonances, des allitérations,
20:39 des jeux avec les mots, et cette construction en chiasme est extrêmement progressive et
20:45 réussie.
20:46 Vous noterez juste que nous assistons à la fois à des morts qui nous sont écrites
20:50 à l'imparfait, mais aussi à des morts plus longues, notamment avec le gérondif
20:54 en mourant, en mourant c'est un gérondif, un en plus participe présent, on appelle
20:57 ça un gérondif, et le gérondif ici nous dit une durée plus longue.
21:03 Et enfin, dernière phrase, les autres criaient à haute voix, donc le paragraphe a commencé
21:10 dans le bruit et il se clôt dans le bruit, donc on a à chaque fois un environnement
21:15 extrêmement violent et bruyant, qui crée une sorte de confusion, de chaos, et donc
21:21 ils criaient à haute voix, c'est presque un pléonasme, vous pouvez noter la fonction
21:27 du pléonasme, c'est comme monter en haut et descendre en bas, on crie bien évidemment,
21:31 quand on crie, on crie à haute voix, on ne va pas crier à voix basse, donc ici il y
21:36 a un effet de pléonasme qui forme un effet d'insistance, ils criaient à haute voix,
21:40 et que crie-t-il ? Confession, confession, confitéor, miserere, in manus, donc il réclame
21:46 la confession, confitéor littéralement c'est le début d'une prière qui est je
21:50 me confesse, miserere c'est un psaume, et in manus c'est une prière à Dieu, donc
21:56 ici il regroupe des brimes de prières qu'il entend à gauche, à droite, on imagine quasiment
22:01 le narrateur qui déambule dans ce champ de bataille entouré des victimes, et il entend
22:07 des supplications de confession, c'est les deux premiers termes confession, confession,
22:11 et puis certains qui se mettent à déclamer, voire à chanter des prières, le confitéor,
22:16 le miserere, le in manus, qui sont des prières qui normalement se déclament ou se chantent.
22:21 Et ici on a une culture je dirais extrêmement grave, importante et sérieuse des mots religieux,
22:29 du phrasé religieux qui va venir accompagner le défunt ou la mort, qui est dans cette
22:35 espèce de grande confusion jubilatoire, un peu parodiée, un peu moquée, alors ne faites
22:41 pas de Rabelais un anti-religieux, je vous rappelle qu'il a été moine, je vous rappelle
22:44 que c'est quelqu'un qui a beaucoup célébré la culture religieuse également, en revanche,
22:52 soyez précis là-dessus, c'est quelqu'un qui se livre très facilement à la satire,
22:57 à la moquerie de certaines pratiques religieuses, de certaines coutumes religieuses, de certaines
23:01 habitudes religieuses, et ici il se moque de cette pratique de l'idolâtrie, des derniers
23:06 sacrements, de la prière, à laquelle peut-être en tant que chrétien lui ne voit pas d'intérêt
23:13 ou qu'il trouve un peu confuse ou ridicule.
23:16 En tout cas, ici, il nous donne à voir une sorte de longue série d'idoles, de prières,
23:23 de références culturelles religieuses chrétiennes, qui ajoutent du chaos au chaos, qui ne viennent
23:30 pas réconforter ou apaiser le texte, mais qui au contraire, par leur écriture même,
23:35 et je terminerai là-dessus, nous donnent un paragraphe extrêmement chaotique, extrêmement
23:39 bruyant, extrêmement violent, qui ajoute presque à la confusion de la guerre, plutôt que
23:44 d'offrir une sorte de repos et d'apaisement.
23:46 Il y a donc ici une moquerie assez dure, assez sombre, parce qu'on moque ces pauvres victimes
23:52 au moment même de leur mort, mais c'est une moquerie, une satire, qui a quelque chose
23:58 toujours d'amusé, de jubilatoire, une sorte de violence qui ressort également dans l'ensemble
24:04 du texte et qui le va en quelque sorte célébrer ou magnifier.
24:09 Je vous remercie, je vous souhaite de bonnes révisions, à très bientôt, bonne nuit,
24:15 bon matin, bonne journée.
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