00:00La grande interview sur CNews et Europa, mon invité est l'un des protagonistes de la discussion budgétaire.
00:07Il occupe le poste clé de rapporteur général du budget. Bonjour et bienvenue Philippe Juvin.
00:12Bonjour.
00:13Merci d'être avec nous ce matin. Vous êtes également, je le précise, le président de la fédération LR des Hauts-de-Seine.
00:18Alors après la partie recette, suspendue jusqu'au 12 novembre, place désormais à l'examen du budget de la sécurité sociale.
00:25Tout d'abord, monsieur Juvin, êtes-vous d'accord avec le prix Nobel d'économie, Philippe Aguillon, qui se dit consterné, consterné par le niveau intellectuel et économique de certains députés, de certains de nos élus ?
00:36Écoutez, moi j'ai beaucoup d'admiration pour Aguillon. D'ailleurs, j'ai beaucoup d'admiration pour les gens qui sont bons dans leur domaine.
00:43Mais je n'accepte pas qu'on puisse dire comme ça du mal des élus. Pourquoi ? Parce que d'abord, c'est difficile de se faire élire.
00:50Je dis à monsieur Aguillon, faites-vous élire. Si vraiment on est aussi mauvais, faites-vous élire.
00:55Il y a évidemment à l'Assemblée des gens qui ont des approches différentes.
01:00De qui parle-t-il selon vous ?
01:01Je ne sais pas, il faut lui demander. Mais encore une fois, je me méfie, si vous voulez, de tous ces gens qui jettent l'opprobre sur la classe politique.
01:07Et après, qui s'étonnent en disant, c'est quoi ce climat de grande colère ?
01:11Donc, il y a beaucoup d'hommes politiques et de femmes politiques dans l'Assemblée que j'ai combattus et que je combats parce qu'ils ont des idées qui me paraissent folles pour le pays.
01:17Mais ce n'est pas bien, ce n'est pas bien, je le dis.
01:21Vous y voyez une forme de mépris.
01:23Et je crois à la démocratie représentative.
01:25Vous savez, comme disait Churchill, c'est le pire des systèmes à l'exception de tous les autres.
01:29Alors si monsieur Aguillon a un système alternatif à nous proposer, qu'il n'hésite pas.
01:32Et puis je vous dis qu'il se fasse élire, vous allez voir, c'est très facile.
01:34À bon entendeur, on a entendu sur la démocratie représentative.
01:38Et qu'en est-il de la démocratie parlementaire, Philippe Juvin ?
01:41Est-ce que tous ces débats ne sont pas vains ?
01:43Au final, beaucoup accusent le gouvernement et les macronisent plus largement de sabotage
01:47pour que les discussions s'enlisent.
01:49Est-ce qu'à la fin, on va dire tout ça pour ça ?
01:52Non, la réalité, c'est que vous avez raison, il n'y a pas de majorité.
01:54Donc on a l'habitude dans un pays assez bonapartiste,
01:58on appuie sur un bouton, il y a une majorité qui vote et ça fonctionne.
02:01Là, il n'y a pas de majorité.
02:02Donc on est obligé de trouver des voies.
02:04Où est-ce qu'on en est ?
02:05Parce que c'est ça la question dans le vote du budget.
02:07La difficulté, c'est que le budget se vote en deux parties.
02:11D'abord les dépenses, les recettes, c'est-à-dire les taxes et les impôts.
02:14Et seulement ensuite les dépenses.
02:15Moi je crois, et malheureusement nous n'avons donc parlé que des impôts et des taxes,
02:20alors que je crois profondément que notre marge de manœuvre,
02:23elle n'est pas sur plus d'impôts et de taxes, on est déjà au max,
02:27mais elle est sur la dépense.
02:28La marge de manœuvre, c'est faire baisser la dépense.
02:30Et ça, on n'a pas encore commencé à...
02:31On va en parler, Philippe-Juan, d'abord une question.
02:32Est-ce que vous vous faites quand même, je parle de la forme aussi,
02:35vous vous faites désormais à l'idée d'un budget imposé par ordonnance,
02:38comme on l'entend de plus en plus,
02:39ce serait une procédure inédite sur la cinquième.
02:41Il y a une autre formule, une autre voie, précisons-le, c'est un peu compliqué,
02:45mais nos téléspectateurs éditeurs sont au fait de tout cela.
02:47Il peut y avoir une loi spéciale,
02:49mais on se demande comment on peut tenir un an avec une loi spéciale.
02:53Alors moi je ne suis pas Madame Irma, je ne sais pas ce qui va se passer.
02:55Il y aura forcément un texte, il y aura forcément un budget avant la fin de l'année.
03:02Ce ne sont pas les Etats-Unis avec ce qu'on appelle le shutdown.
03:04Il y aura un texte.
03:05Est-ce que ça sera le fruit d'un vote de l'Assemblée nationale ?
03:08C'est vrai qu'aujourd'hui on voit mal comment on va y arriver facilement.
03:11Disons-le clairement, ça paraît presque impossible.
03:14Non, en fait, pour que les gens comprennent, qu'est-ce qui va se passer ?
03:16À l'Assemblée nationale, la discussion va s'arrêter pour des raisons constitutionnelles.
03:19On va passer au Sénat qui lui-même va accoucher d'un texte
03:23et ce texte va être étudié par un groupe de députés et de sénateurs,
03:26ça s'appelle la Commission mixte paritaire,
03:28qui vont discuter entre eux et qui vont produire une proposition de loi
03:33qui va aller sur le bureau de l'Assemblée, sur le bureau du Sénat
03:37et le vote aura lieu.
03:38Ce que je crains, c'est compte tenu du fait qu'il n'y a pas de majorité très claire,
03:42même pas du tout d'ailleurs, à l'Assemblée,
03:44le texte risque d'être retoqué
03:47et là, le gouvernement dira, bon bah stop, on a besoin d'un budget,
03:50qu'il faut payer les fonctionnaires.
03:50Est-ce que le gouvernement a joué à cela, selon vous ?
03:52Non, non, non, je crois que le gouvernement subit...
03:54Aucune intention de voir les débats s'enliser
03:56et de dire à la fin, regardez, c'est bon.
03:58Non, non, le gouvernement, il a besoin d'un budget, non, non.
04:00Là, vous voyez, je pense que c'est de l'ordre du fantasme,
04:04mais in fine, donc le gouvernement, voyons,
04:06si par hasard, si par extraordinaire ou si par malheur,
04:10le texte n'était pas voté par l'Assemblée,
04:12eh bien le gouvernement dirait, je prends mes responsabilités,
04:14je fais une loi spéciale comme l'année dernière.
04:16L'année dernière, on a eu une loi spéciale.
04:17À une différence près, que celle-ci pourrait durer ?
04:20Ah bah, c'est-à-dire que l'année dernière, vous avez raison,
04:22trois mois plus tard, on revenait dans l'hémicycle
04:24et on votait un texte, parce qu'on avait réussi
04:26à trouver une majorité.
04:27Cette fois-ci, il faudra tenir un an.
04:29Est-ce qu'on peut tenir un an ?
04:31C'est un peu compliqué, je pense,
04:33mais je ne vois pas aujourd'hui d'alternative.
04:34Philippe, parlons à la majorité de ceux qui nous regardent
04:37et nous écoutent ce matin,
04:38il est vrai qu'on n'y comprend plus grand-chose.
04:40Même quand on a le nez sur le budget,
04:42sur les discussions budgétaires,
04:43les Français sont perdus, on se demande à quelle sauce fiscale
04:45on va être mangé et quel sera le texte imposé au final.
04:49Est-ce que vous confirmez qu'il y a quand même une avalanche,
04:50une orgie de taxes, un délire fiscal,
04:53une folie totalement désinhibée au Parlement ?
04:56Je me méfie du, des mots folie, etc.
04:58Ce qui est sûr, malheureusement...
04:59À la fin, on les paye.
05:00Oui, absolument.
05:02Et vous avez raison de dire que l'argent public n'existe pas.
05:04L'argent public vient toujours de la poche des gens,
05:06des entreprises ou des Français.
05:07Oui, aujourd'hui, quand je regarde les chiffres,
05:11on est à la mi-chemin du vote du budget,
05:14même pas d'ailleurs.
05:15On a ce qu'on appelle une augmentation des prélèvements obligatoires,
05:18c'est-à-dire des impôts et des taxes.
05:20On était à 43% du PIB,
05:23on est à un peu plus de 45%.
05:26Donc oui, aujourd'hui,
05:27il y a une augmentation massive des impôts et des taxes.
05:30Et je pense qu'il faudra qu'avec le Sénat,
05:32on veille à revenir à un niveau de la mer plus bas,
05:35mais surtout, comme je vous l'ai dit,
05:37aussi à baisser les dépenses.
05:39En fait, pour avoir un budget
05:41avec un déficit qui baisse,
05:43parce qu'il faut baisser le déficit.
05:44Ça n'a pas commencé,
05:45on n'a pas encore vu la queue d'une piste de diminution.
05:48Alors, des pistes, moi j'en ai,
05:50je peux vous en donner,
05:51mais on n'a pas commencé à les étudier.
05:53Mais il faut baisser la dépense.
05:55Travailler plus pour produire plus,
05:57parce qu'il faut aussi la production.
05:59Plus vous produisez de richesses,
06:00plus vous pouvez les distribuer,
06:02et baisser la dépense.
06:03C'est important ce matin que le rapporteur général du budget
06:05nous confirme qu'on va vers cette augmentation,
06:07en tout cas qu'il y a sur la table,
06:08cette augmentation massive des prélèvements obligatoires.
06:11Mais ce qui m'étonne, M. Juvin,
06:12c'est que vous appeliez à ne pas censurer un budget
06:14qui donc va s'attaquer au tissu économique
06:16et au portefeuille des Français.
06:18Aujourd'hui, je vous dis,
06:19on est à mi-chemin du travail budgétaire,
06:22attendons de voir la copie finale.
06:24Vous avez beaucoup d'espoir ?
06:26Oui, parce qu'avec le Sénat,
06:28on va probablement,
06:29enfin j'espère,
06:29on va recadrer le texte.
06:31Je vous prends l'exemple des dépenses.
06:33C'est assez flagrant.
06:34Il y a un exemple.
06:35Cette année, le projet prévoit une augmentation
06:38du nombre de fonctionnaires de l'éducation nationale.
06:40Une augmentation du nombre de fonctionnaires
06:42de l'éducation nationale,
06:43alors que le nombre d'enfants baisse
06:45et qu'on ferme des classes.
06:47Donc, quand il y a plus de personnes âgées dans les EHPAD,
06:49je trouve normal qu'on augmente le nombre de personnes
06:51qui vont dans les EHPAD,
06:52qui travaillent dans les EHPAD.
06:53Mais à l'éducation nationale,
06:54il faudrait baisser le nombre de fonctionnaires.
06:56Donc, vous voyez,
06:58nous avons des marges de manœuvre
06:59sur la dépense
07:00avec, je veux dire,
07:02modulo,
07:03une difficulté quasi conceptuelle.
07:06Les hommes politiques,
07:07les femmes politiques,
07:07les Français aussi,
07:08fantasment sur la dépense
07:09en disant que quelque part,
07:11il y a une grosse fuite d'argent public.
07:13En fait, la difficulté technique,
07:15c'est qu'il n'y a pas une grosse fuite.
07:16Il y a de centaines de milliers de...
07:18Mais à la fin,
07:18pardonnez-moi,
07:19c'est un Titanic.
07:20Ça, c'est si vous ne colmettez pas les voies d'eau.
07:25Je pense qu'on peut colmater les voies d'eau.
07:27D'autres, ils sont arrivés.
07:28Dans d'autres pays, ils l'ont fait.
07:30Avec un courage politique.
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