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00:00Bonjour Bachir Ben Barkha. Bonjour. Merci d'être sur RFI aujourd'hui. Il y a tout juste 60 ans, le 29 octobre 1965, votre père Mehdi Ben Barkha était enlevé en plein Paris.
00:12Il n'est jamais reparu, on n'a jamais retrouvé son corps. Sa disparition est l'une des affaires les plus mystérieuses de l'histoire de la Vème République.
00:20Avec vous, on va évidemment parler de ce que l'on sait aujourd'hui et de ce que l'on ne sait toujours pas, 60 ans après.
00:27Mais j'ai d'abord envie de vous demander comment vous vous sentez au matin de cet anniversaire si particulier.
00:34C'est une journée très particulière, beaucoup de tristesse, bien sûr au souvenir de la perte d'un père, d'un être cher, mais aussi de la perte de tous les membres de la famille
00:45qui se sont battus pendant 60 ans pour connaître ce qui lui est arrivé, ma grand-mère, mon oncle, ma mère, sont tous partis malheureusement sans connaître la vérité
00:55sur le sort d'un fils, d'un frère, d'un mari. Mais aussi beaucoup de colère.
01:01De la colère encore aujourd'hui.
01:02Absolument, beaucoup de colère parce que pour 60 ans, le combat pour la vérité continue, ne s'est pas arrêté.
01:11Et les éléments pour la vérité sont connus, sont accessibles. Mais malheureusement, depuis 60 ans, la raison des États dont les services sont impliqués
01:22dans les disparitions de mon père font que le travail de la justice ne peut pas aboutir. Et pendant 60 ans, aujourd'hui, nos questions sont toujours sans réponse.
01:33Comment est mort Mehdi Benbarqa ? On peut supposer qu'après son enlèvement, il disparut, qu'il a été assassiné. Mais on ne sait pas comment.
01:42Qui sont ces assassins ? Et surtout, pour nous, familles, pour pouvoir faire un deuil, pour pouvoir se recueillir, on n'a pas de lieu de sépulture.
01:50Mais aussi, l'enlèvement et la disparition de Benbarqa est un crime politique. Et en tant que citoyen, on a aussi des questions sur les responsabilités.
01:57Certains sont établis. La responsabilité politique première de la décision de faire disparaître mon père qui incombe au régime marocain, au plus haut niveau du régime marocain,
02:11cette responsabilité est établie. Les exécutants, les ministères marocains de l'intérieur, services secrets marocains, avec les complicités des services secrets français,
02:20israéliens, peut-être états-uniens, est établies. Les implications de truands sont établies. Mais toute la responsabilité politique, française et autres,
02:30sont toujours en question et on n'a pas de réponse à ces questions-là.
02:33Donc encore beaucoup de questions de douleur et de colère, nous dites-vous, ce matin. Le 29 octobre 1965, vous aviez 15 ans, Bachir Benbarqa.
02:44Vous viviez en Égypte avec votre famille. Comment apprenez-vous la nouvelle de la disparition de votre père ?
02:51– Nous n'avons appris la douleur que le lendemain. Bien sûr, les moyens de communication ne sont pas ceux d'aujourd'hui.
02:59Et puis aussi, à Paris même, il y avait aussi un doute sur le sort de Mont-Bernard. Mon oncle a été informé qu'il aurait été interpellé.
03:12Le lieu, aussi, il y a eu un doute sur le lieu, entre les Champs-Élysées et le pouvoir Saint-Germain.
03:20Le temps, aussi, de pouvoir avoir des informations de la part du témoin qui a accompagné mon père et qui a eu peur de la disparition
03:28et qui n'a plus donné plus de précision que le soir du 29 et le lendemain. Nous, on n'a pris l'information que le lendemain.
03:36– Que le lendemain. Et est-ce que, tout de suite, vous pensez au pire ? Est-ce que, dans votre famille, on s'inquiète et on s'imagine le pire ?
03:44– On s'inquiète. Pour nous, c'était un enlèvement. Donc il y a eu un espoir pendant longtemps. Il y a eu l'espoir de pouvoir le retrouver.
03:53– De pouvoir le retrouver. – Bien sûr, on était inquiets parce qu'on savait qu'il était menacé.
04:00On savait que la menace pesait sur lui. Pas depuis toujours. Mais moi, dans mes souvenirs, au Maroc, déjà, il y avait toujours une voiture de police
04:11des services secrets marocains qui était devant chez nous et qui le suivait. Il a même été victime d'une tentative d'assassinat camouflé en accident de la circulation.
04:22Nous savions qu'il prenait ses précautions quand il circulait en Europe, quand il était en Égypte, quand il était en Algérie,
04:29quand il était chez des amis dans les pays amis. Il était rassuré en sécurité. Mais on savait qu'en France, par exemple, il prenait ses précautions.
04:40Et à Genève, il était protégé par ses amis du réseau courriel.
04:44– Oui, parce qu'on va rappeler que Mehdi Ben Barka est un leader, le leader de l'opposition marocaine et au roi Hassan II,
04:51figure du mouvement tiers-bondiste et anti-impérialiste, qu'il vit donc en exil, qu'il a été condamné à mort par Comte Humas au Maroc.
04:59Vous nous dites qu'il se sentait, se savait en danger quand il était notamment en France.
05:03– En France, il connaissait les liens qui existaient entre les services sécuritaires français et marocains.
05:12Il savait que les services sécuritaires marocains pouvaient agir librement en France.
05:16Donc il prenait ses précautions. Mais en même temps, ce week-end, donc ce week-end de la Toussaint 1965,
05:22il est venu à Paris pour deux choses, pour le film Basta qui était un piège,
05:26mais aussi il avait un rendez-vous politique au plus haut niveau de l'État français.
05:30Il avait un rendez-vous politique à l'Élysée. Il avait déjà rencontré le général de Gaulle en 1958
05:35pour parler de la question algérienne. Et là, en 1965, il avait rendez-vous pour parler
05:41de la tricontidentale et de l'avenir du Tiamonte. Le général de Gaulle avait pris ses distances
05:47par rapport à l'annonce atlantique, par rapport à l'Otan. Il était intéressé par cette tricontidentale
05:52à laquelle travaillait mon père. Il était président du comité préparatoire de la conférence
05:57qui devait se tenir à la Havane et qui devait regrouper les mouvements de libération
06:00et les partis politiques révolutionnaires de tout le Sud, Afrique, Asie et Amérique latine.
06:07Donc il y avait ce rendez-vous à l'Élysée. Donc il était relativement confiant.
06:12Et c'est pour ça, parce qu'il y avait cette confiance en l'État français, en la police française,
06:16qu'il a pu suivre les deux policiers qu'il a interpellés devant la brasserie Lippe.
06:20Alors, revenons à ce vendredi 29 octobre 1965. Votre père a donc rendez-vous au boulevard
06:26Saint-Germain avec un cinéaste et un journaliste pour un projet de documentaire.
06:31Avant d'entrer dans la brasserie Lippe où il a rendez-vous, il est abordé par deux policiers
06:34français qui l'invite à le suivre. Il monte à bord d'une voiture. On ne va plus jamais
06:38le revoir. Est-ce qu'on sait pourquoi votre père est embarqué par ces deux policiers ?
06:44D'après les témoignages des deux policiers, il lui aurait dit « Vous avez un rendez-vous.
06:49On est là pour vous accompagner à ce rendez-vous ».
06:52Donc, votre père imagine que, comme il a rendez-vous au plus haut niveau de l'État,
06:56peut-être va-t-il rencontrer le général de Gaulle, accompagné par ces deux policiers ?
07:00Sauf, il avait aussi un rendez-vous à Saint-Maitre.
07:04Oui.
07:05Un rendez-vous important.
07:06Pour le documentaire.
07:07Pour lequel il est venu spécialement depuis Genève aussi.
07:09Donc, ce qui nous étonne, c'est qu'il n'ait pas demandé à ce qu'il puisse aller se décommander,
07:16avertir les amis qu'il attendait, enfin, les personnes qu'il attendait à la brasserie Lippe.
07:21Donc, aussi, on ne sait exactement pas ce qu'ils lui ont dit, ces deux policiers.
07:24Il y a leur version, mais qui soulève d'autres questions.
07:30Et comme vous le dites, bien sûr, il est parti avec eux dans la voiture
07:34dans laquelle se trouvait un agent des services secrets français.
07:38Antoine Lopez.
07:38Antoine Lopez, Grimé, et un truand.
07:40Oui, il y a aussi un gangster à voir.
07:42Un gangster.
07:43Et ils sont allés à Fontenay-le-Vicomte, chez un autre gangster.
07:46Il l'emmène à Fontenay-le-Vicomte, c'est à 45 km de Paris,
07:49dans la maison d'un truand, ancien de la Gestapo,
07:53tenancier de Maisons Closes au Maroc.
07:54Il s'appelle Georges Boussèche.
07:56Et la suite, en fait, on ne la connaît pas avec certitude.
07:59Le mystère, il commence à la porte de cette maison.
08:02Absolument.
08:04Et nous, certes, il s'arrête et commencent les histoires,
08:08commencent les différentes versions,
08:11ce qu'on appelle, nous, parfois, les enfumages,
08:14pour, je dirais, pour tromper, pour nous tromper,
08:17tromper l'action de la justice,
08:18des fois aussi pour nous mener vers le post-piste
08:20et aussi pour nous faire perdre du temps,
08:22parce que toutes ces pistes, il faut les vérifier.
08:25Et malheureusement, aucune de ces pistes ne s'avère vérifiable,
08:29parce qu'il n'y a pas de preuves,
08:30et aucune de ces pistes ne nous amène vers des réponses
08:34aux questions auxquelles se posent.
08:37Essentiellement, où se trouve le corps de mon père ?
08:39Pas de preuves, dites-vous, Bachir Ben Barkha.
08:42Pas de témoins, forcément, qui parlent,
08:44ou plus de témoins en vie,
08:46ou des témoins qui livrent une version pour enfumer,
08:49comme vous le dites.
08:49Et surtout, plus de témoins.
08:51Parce que beaucoup de témoins sont décédés,
08:53c'est vrai, le temps passe, on est à 60 ans,
08:56les personnes vieillissent.
08:59Pour ceux qui sont encore vivants,
09:00et qui ont connaissance d'une partie de la vérité,
09:03moi, je leur souhaite longue vie.
09:05Pour qu'un jour, s'ils ont une conscience,
09:07qu'ils puissent libérer leur conscience,
09:09et nous dire ce qui est arrivé.
09:11Mais malheureusement, ça ne prend pas le chemin.
09:13Parce que là,
09:16ils disparaissent les uns après les autres,
09:18les agents marocains, les agents des services secrets marocains,
09:21le chef du bureau de poste du Mossad parisien,
09:26aussi décédé il y a un an et demi
09:28après avoir fait des déclarations fracassantes
09:29à la télévision israélienne,
09:30comme quoi il connaît la vérité.
09:33Détruits en français.
09:35Eux ont été éliminés au Maroc,
09:37après s'y être réfugiés.
09:39Et d'autres protagonistes
09:40qui savent certainement une partie de la vérité,
09:45et qui n'ont pas eu,
09:46qui n'ont pas pu,
09:47ou qui n'ont pas voulu,
09:49la fournir à la justice.
09:50C'est bien une affaire d'État au pluriel.
09:52État au pluriel.
09:53Maroc, France, Israël.
09:55Etats-Unis éventuellement.
09:57Oui.
09:57Sûrement.
09:59Un livre sort,
10:00aujourd'hui même,
10:01l'affaire Ben Barker,
10:01aux éditions Grasset.
10:03Les journalistes Stephen Smith et Ronen Bergman
10:05précisent le rôle joué
10:07par les services secrets israéliens
10:09sur la foi de documents confidentiels.
10:13Ils affirment que c'est Hassan II,
10:15roi du Maroc,
10:16qui a ordonné l'élimination de votre père,
10:18que c'est le Mossad
10:19qu'il a pisté,
10:20qu'il a été tué,
10:21noyé dans une baignoire,
10:23en présence de l'adjoint
10:24du ministre de l'Intérieur,
10:26le général Oufkir,
10:27Ahmed Dlimi,
10:29puis que son corps a été enterré
10:30dans cette forêt.
10:31Et quand vous entendez
10:32une nouvelle version arrivée,
10:33aujourd'hui,
10:34qui nous est présentée
10:35comme la vérité,
10:36quelle est votre réaction,
10:37Bachir Ben Barker ?
10:39D'abord, je me dis,
10:40j'aurais souhaité
10:41que les auteurs
10:41aient contacté la famille
10:43avant l'apparition du livre
10:45et avant, je dirais,
10:47le batage médiatique
10:48autour de l'apparition du livre.
10:51Je n'ai pu avoir au téléphone
10:52un des auteurs du livre
10:54qui m'a confirmé
10:57que pour moi aussi,
10:59donc fils de la victime,
11:00et je dirais premier intéressé
11:02au nom de ma famille,
11:04qui m'a confirmé
11:05que l'embargo sur le livre
11:06qui court jusqu'au 29 octobre,
11:09donc jusqu'à aujourd'hui,
11:10que cet embargo
11:11me concerne moi aussi.
11:12Donc vous n'avez pas pu lire
11:13le livre jusqu'à aujourd'hui ?
11:14J'ai eu, bien sûr,
11:15les bonnes,
11:16soi-disant bonnes feuilles
11:17publiées dans la presse,
11:18dans certains éléments
11:20de presse française.
11:22Ce qu'on m'en a dit
11:23l'un des auteurs,
11:25mais ça me laisse, je dirais,
11:27très débitatif
11:27avec beaucoup de réserve.
11:29Est-ce que vous pensez
11:29qu'il faut réclamer
11:30l'accès aux documents israéliens
11:32dont nos deux confrères
11:34font État
11:35et sur lesquels
11:35ils se basent
11:36pour leurs affirmations ?
11:39L'un des juges,
11:40l'avant-dernier juge,
11:41le juge Paco,
11:42a fait cette demande
11:43par une commission
11:44en regardant international
11:44auprès du gouvernement
11:46étrélien
11:46il y a déjà
11:47plus de 10 ans.
11:49Alors bien sûr,
11:49il n'a reçu
11:50aucune réponse.
11:50Aucune réponse.
11:51Donc aucune réponse.
11:53Alors,
11:54par rapport au livre,
11:56par rapport à ce qui se dit,
11:57à savoir
11:57la fin de l'énigme,
12:00ce que j'ai compris,
12:01aussi bien
12:02du Bonnefeuille
12:03que de ce que m'a raconté,
12:05ce que m'a dit
12:06de l'un des auteurs,
12:07c'est qu'en fin de compte,
12:08l'énigme
12:09est toujours présente.
12:10Parce que bien sûr,
12:11le livre présente
12:13les préparatifs
12:14de la différence
12:15de mon père
12:15aussi bien
12:16du côté
12:16des services secrets
12:17israéliens
12:18que du côté
12:19de la bande
12:20de truands.
12:22La bande de truands, oui.
12:23Mais en fin de parcours,
12:25ce qui apparaît,
12:25c'est que ce serait
12:26de l'humi
12:27qui serait chargé
12:28d'enterrer le corps,
12:31mais sans dire...
12:34Sans dire où ?
12:35Ou, alors qu'il y a eu
12:36beaucoup de confidence
12:38de la part de l'humi
12:39envers les agents
12:42du dimossat.
12:44Donc le point important
12:45qui nous intéresse
12:47n'y est pas.
12:49Et là aussi,
12:49moi, je m'interroge
12:50parce qu'il y a
12:51déjà 25 ans,
12:53l'un des auteurs
12:53avait publié
12:58un article
12:58dans lequel
12:59le corps de mon père
13:01aurait été dissous
13:01dans de l'acide,
13:02dans une cuve d'acide
13:03au Maroc.
13:04Il y a moins de 10 ans,
13:06le deuxième auteur
13:07a fait état
13:08de l'enterrement
13:10du corps de mon père
13:11par les agents du dimossat
13:12directement
13:13dans la forêt
13:14de Saint-Germain-en-Laye.
13:15Mais il précise
13:17que ce serait un endroit
13:18qui est maintenant
13:19couvert par une autoroute.
13:21Ce qui veut dire
13:21soit le corps
13:23dissous dans de l'acide,
13:25donc il n'y a plus de traces,
13:26soit enterré
13:30dans la forêt de Saint-Germain-en-Laye
13:31et un endroit
13:33où on ne peut plus
13:33aller chercher.
13:35Aujourd'hui,
13:35on nous dit
13:36qu'il aurait été assassiné
13:39dans une baignoire.
13:40Beaucoup de versions.
13:43Qu'est-ce qu'on leur racontait demain ?
13:45Beaucoup de versions,
13:45mais beaucoup de preuves.
13:46Beaucoup de versions
13:46et beaucoup de questions
13:47encore pour vous,
13:48Bachir Ben Barkha.
13:49Je vous en prie.
13:49Excusez-moi.
13:50Je vous en prie.
13:53Beaucoup de versions
13:54et aucune preuve
13:55matérielle
13:56ou des preuves
13:57documentées
13:58qui puissent étayer
14:00ces versions.
14:01De quoi êtes-vous sûr
14:02aujourd'hui,
14:03Bachir Ben Barkha ?
14:05Nous sommes sûrs
14:06de la disparition
14:06de mon père.
14:08Nous sommes sûrs
14:08des responsabilités.
14:10Nous sommes sûrs aussi
14:10que pendant 60 ans,
14:11la raison d'État
14:12a empêché
14:13la vérité
14:14d'aboutir
14:15à la raison
14:15des États.
14:17Raison d'État
14:18essentiellement
14:19marocaine
14:20et française.
14:23Toutes nos démarches,
14:24aussi bien judiciaires
14:26par les juges
14:28que, dirait,
14:29d'ordre politique
14:30ou privé
14:31par la famille
14:33et ses avocats
14:34n'ont pas abouti.
14:38Oui, parce qu'on va préciser
14:39qu'aujourd'hui,
14:40une instruction judiciaire
14:41court toujours en France.
14:42C'est la plus longue
14:43instruction judiciaire.
14:45Une dizaine de juges
14:45se sont succédés.
14:46Oui, un peu plus.
14:47Je crois qu'on est au 13e.
14:48J'ai perdu le compte.
14:48Donc une deuxième
14:49ou 13 juges
14:50qui ont travaillé
14:52avec plus ou moins
14:53de bonheur,
14:53plus ou moins
14:54de possibilités.
14:56Heureusement,
14:56la dernière juge
14:57en date
14:58est déterminée
15:01à faire progresser
15:02le dossier,
15:04à faire progresser
15:04l'arche de la vérité.
15:06Mais j'espère
15:06qu'elle ne sera pas aussi
15:07face aux obstacles
15:08que les autres
15:09ont rencontrés.
15:11En France,
15:11c'est le secret défense.
15:13Nous sommes face
15:13au secret défense
15:14depuis 60 ans.
15:15Il y a eu
15:15quelques bribes,
15:17quelques documents
15:18qui ont pu être
15:19déclassifiés.
15:20mais la dernière démarche
15:24en date
15:24qui date déjà
15:25de près de 15 ans
15:27par le juge Ramaël.
15:29Il a fait
15:30donc une perquisition
15:32au sein
15:33de la DGSE.
15:36Il voulait
15:36consulter
15:37plus de 72 dossiers.
15:39Il n'en a pu
15:39consulter
15:40qu'une vingtaine.
15:42Le président
15:43de la commission
15:43du secret
15:44des forces nationales
15:45qui lui-même
15:46fait le tri
15:47avait trié
15:49400 pages
15:49de documents
15:50qui estimaient
15:51répondre aux demandes
15:52du juge.
15:53Seulement,
15:54la commission
15:54dans sa réunion plénière
15:55a déjugé son président.
15:56Et sur les 400 pages
15:58saisies par le président,
16:00nous n'avons pu
16:01en consulter
16:01qu'une centaine.
16:02Une centaine
16:03qui n'apporte
16:05aucun élément important.
16:07Et depuis,
16:07impossible
16:08de pouvoir
16:09lever le secret défense
16:10sur les autres,
16:11sur les 300 pages
16:12qui restent.
16:13Tout en sachant
16:13qu'il y a sûrement
16:14d'autres documents
16:15à la DGSE
16:16qui n'ont pas été fournis
16:16à la justice.
16:17Le Maroc,
16:18aussi,
16:19Oui,
16:19alors j'allais y venir.
16:20Donc votre attente
16:21pour les autorités françaises,
16:22c'est la levée totale
16:23du secret défense
16:24sur les documents
16:25manquants
16:25que vous n'avez pas encore.
16:27Est-ce que vous attendez
16:28aussi quelque chose
16:29des autorités marocaines ?
16:30Vous nous dites,
16:31et c'est effectivement
16:32ce que tout le monde croit,
16:34la responsabilité première
16:35de Hassan II
16:36qui a commandé,
16:37commandité,
16:38l'assassinat,
16:39la disparition
16:39de votre père.
16:40Est-ce que vous pouvez
16:41attendre quelque chose
16:42de son fils
16:43qui est le roi du Maroc
16:44aujourd'hui ?
16:45Oui,
16:46bien sûr,
16:46parce qu'il a fait
16:48des déclarations
16:48où il était intéressé
16:51à cette vérité.
16:53Il a envoyé une lettre
16:54parlant du rôle
16:56de mon père
16:56dans l'histoire du Maroc
16:58au moment où son ancien
17:00premier ministre
17:00a fait une soirée d'hommage.
17:04mais malheureusement,
17:09cette volonté royale
17:10ne s'est pas concrétisée.
17:11Ce ne sont que des paroles.
17:13L'an dernier,
17:14le 29 octobre 2024,
17:16j'ai écrit une lettre ouverte
17:17aussi bien au roi du Maroc
17:19qu'au président Macron
17:20pour leur demander
17:22d'user de leur pouvoir
17:23pour qu'on puisse enfin
17:25connaître la vérité
17:26sur la mort
17:27d'une personnalité,
17:29pas une cour marocaine,
17:31mais une personnalité
17:31du tiers-monde.
17:32Mais cette lettre ouverte
17:33est restée
17:34comme on dit
17:34l'être morte.
17:37Donc le Maroc,
17:39aujourd'hui,
17:40depuis maintenant
17:40plus de 20 ans,
17:42refuse de répondre
17:43aux commissions
17:43enrogatoires
17:44des juges français.
17:45Parce que la vérité
17:46existe aussi au Maroc.
17:48Le Maroc est impliqué.
17:49Des agents marocains
17:49étaient en France.
17:51Certains sont encore
17:52vivants au Maroc.
17:53Au Maroc,
17:54il y a un lieu
17:54qui s'appelle le PF3.
17:56C'est une prison
17:56extrajudiciaire
17:58où ont été
18:00séquestrés
18:01et exécutés
18:02trois des quatre
18:03truands
18:04qui ont participé
18:05à l'expiration
18:05de mon père.
18:06Et on dit
18:06que dans cette prison,
18:08dans ce lieu
18:09qui est encore
18:11en l'État,
18:13dans la banlieue marocaine,
18:13dans la banlieue chique
18:14de Rabat,
18:15on dit
18:16que la tête
18:17de mon père,
18:18il serait enterré.
18:19Donc,
18:20dans les commissions
18:20agréatoire,
18:20on demande
18:21qu'il y ait des fouilles
18:22qui soient faites
18:23dans ce PF3.
18:25Et on demande également
18:26que les responsables
18:31sécurité marocains
18:32encore en vie,
18:33parce que malheureusement
18:33d'autres sont décédés,
18:35puissent être entendus
18:36et puissent nous dire
18:37ce qu'ils savent,
18:39leur part de vérité.
18:40Oui.
18:41Chir Ben Barka,
18:42vous avez aujourd'hui
18:4275 ans.
18:44Depuis 60 ans,
18:44vous tentez
18:45de connaître
18:46la vérité.
18:47Est-ce que vous avez
18:48encore l'espoir
18:49aujourd'hui
18:49de tout savoir
18:51un jour ?
18:52Absolument.
18:53Seulement,
18:54ce que je ne souhaite pas,
18:56c'est que ce soient
18:57les petits-enfants
18:57de Medhi Ben Barka
18:58qui soient un jour
18:59amenés à être obligés
19:00de se battre
19:01pour connaître la vérité.
19:03Qu'est-ce qui vous a aidé
19:04tout au long
19:06de ces années ?
19:08Essentiellement,
19:09notre mère.
19:10Qui est décédée
19:12l'année dernière.
19:12Qui est décédée
19:12il y a un an.
19:13C'est elle
19:14qui était notre boussole,
19:20notre pilier,
19:21notre soutien.
19:23D'abord,
19:23par son éducation
19:25qui nous a élevés
19:26dans un esprit
19:27que je courais
19:29souhaiter mon père,
19:29un esprit d'ouverture,
19:30d'humanisme.
19:32Mais aussi,
19:33de volonté
19:33de pouvoir
19:34aller jusqu'au bout
19:35de son combat
19:37pour la vérité.
19:38Et il nous a infusé
19:41cette volonté
19:43à toute la famille.
19:43moi, je ne suis que
19:46le représentant
19:47de ce combat
19:48familial.
19:50Donc, c'est essentiellement
19:52grâce à elle,
19:52mais aussi grâce
19:52au soutien
19:53de l'opinion.
19:55Parce que c'est une affaire
19:56qui est encore
19:57très sensible
19:59et qui intéresse
20:00beaucoup de personnes,
20:02beaucoup d'associations,
20:04beaucoup de mouvements
20:04politiques,
20:05sociaux
20:06en France,
20:07en France,
20:08Maroc,
20:08mais aussi ailleurs,
20:09qui sont toujours présents
20:12à nos côtés
20:13dans le combat
20:14pour la vérité.
20:15Mais aussi
20:15par les publications
20:16des journalistes,
20:18le travail
20:19des journalistes,
20:21presse écrite,
20:22presse orale,
20:22presse visuelle.
20:24Dernièrement,
20:25aussi,
20:25il y a
20:26une publication
20:27qui est censée toucher
20:31un public
20:32beaucoup plus large
20:33sous forme de BD,
20:34ce qu'on appelle
20:35les BD,
20:37les romans graphiques.
20:39C'était l'année dernière.
20:41Non,
20:41c'est début.
20:42Oui,
20:42début de l'année,
20:43pardon,
20:43au début de cette année.
20:44Notamment David Cervenet
20:46qui était de cette maison.
20:47Et Jacques Rénal
20:48qui s'appelle
20:49Ben Barca,
20:50La Disparition,
20:51qui est très complète,
20:54qui dépasse
20:56les enfumages
20:57et qui présente,
20:59dirait,
21:00l'affaire Ben Barca,
21:03mais aussi le parcours
21:03de Ben Barca
21:04qui explique
21:04pourquoi il y a eu
21:06l'affaire Ben Barca
21:07de manière très claire
21:07pour un public,
21:09je l'espère,
21:09de plus en plus large.
21:11Merci à vous,
21:12cher Ben Barca.
21:13Merci pour votre invitation.
21:14Et bonne journée.
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