00:00Bonjour, merci d'être fidèle à Préface, votre rendez-vous avec l'actualité des livres et nous
00:17accueillons aujourd'hui Jean Desportes. Bonjour, vous êtes dans l'actualité Jean Desportes pour
00:22ce qui est déjà votre troisième roman, clandestin familial, c'est aux éditions du Rocher. C'est
00:26important de préciser qu'il y avait eu deux autres titres, Brest de star et vestiaire américain en
00:312020 et 2023 et puis donc ce troisième titre parce que clandestin familial, on l'expliquera,
00:36mais est un petit peu une sorte de pendant à vestiaire américain qui était un petit peu dans
00:40une même thématique. Dans ce livre conséquent mais qu'on lit d'une traite, on va faire connaissance
00:46avec un jeune garçon, je dis jeune parce qu'on va le suivre de son enfance jusqu'à son entrée dans
00:50l'âge adulte, il s'appelle Antoine, il est issu d'un milieu très privilégié, d'un milieu très
00:55bourgeois, ce qui n'est pas forcément facile pour lui parce qu'il va se rendre compte au fil du temps
01:00qu'il n'est peut-être pas tout à fait tel qu'on se l'imagine. Comment est née cette histoire et qui
01:05est-il ce petit Antoine ? Alors comment est née cette histoire ? C'est une histoire que j'avais vraiment
01:12envie de raconter, qui était une vision un petit peu intérieure dans ce milieu effectivement,
01:19je dirais, bourgeois, pétri de valeurs un peu conservatrices et religieuses, ce qui n'est pas du tout
01:29mal en soi, mais simplement qui crée, je dirais, une sorte d'environnement assez normatif et qui va se
01:37télescoper effectivement avec l'aîné de cette famille, puisqu'il va y avoir des frères et sœurs, mais
01:42l'aîné qui lui ne correspond pas à ce schéma-là, comme s'il n'était pas exactement ce que ses parents
01:53auraient voulu qu'il soit. Et il va y avoir une sorte d'apprivoisement, mais pas très simple, ou plutôt
01:59de friction, entre une vision familiale sur ce que doit être cet enfant qui doit en fait se positionner
02:05comme héritier de l'entreprise familiale, qui est une entreprise de parfum, mais qui lui a d'autres
02:11envies et ne correspond pas aux normes. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il va découvrir que lui-même
02:16est homosexuel dans une famille plutôt catholique traditionnelle. Et c'est la thématique que vous
02:20avez cherché à développer, c'est comment être homosexuel justement dans une famille où tout
02:24vous incite à être dans une norme et donc forcément celui de l'homosexualité ne rentre pas dans le schéma.
02:30Exactement, il ne rentre pas dans le schéma. Je vois même que c'est une question absolument tabou,
02:34donc j'ai voulu explorer cette question, notamment en vivant d'assez près des événements qui ont impacté,
02:39moi mon cercle familial, donc c'est pour ça que j'en parle je dirais de l'intérieur, au moment de
02:46diverses luttes sociétales où ce milieu-là s'est dressé contre des lois telles que le Pax, puis plus
02:57tard le mariage pour tous. Et je me suis mis à la place de plein d'enfants qui défilaient et dont je
03:04savais pertinemment pour en faire partie que certains seraient un jour homosexuels, pas par
03:11choix, mais parce qu'ils sont comme ça, c'est un fait de nature. Et donc je me suis demandé ce que ça
03:18faisait de manifester contre soi-même. C'est-à-dire que généralement on manifeste pour obtenir des choses
03:24pour soi. Et bien là, ça a été toute une jeune population qui a été obligée, je dirais contrainte,
03:28embrigadée pour manifester contre elle-même, contre sa nature, contre ses droits. Parce que
03:34l'intérêt du livre, c'est qu'effectivement ce petit Antoine, on va le suivre pendant quasiment une
03:39trentaine, une trentaine d'années, jusqu'à son entrée à l'âge adulte. Effectivement, on va voir
03:43aussi la société évoluer. On va voir les réflexions qui peuvent se poser dans cette caste-là, sur ces sujets.
03:51Vous parlez de la manif pour tous, qui est un marqueur fort. Et on va voir un peu comment les
03:55mentalités peuvent évoluer. Parce qu'il y a Antoine, mais on va aussi découvrir sa famille,
04:00et surtout on va découvrir son père Hubert, qui est pétri de valeurs, qui est droit dans ses bottes.
04:05Et puis finalement, on va lui aussi le voir évoluer au fil des années. Et c'est un livre qui est très
04:11beau, parce que c'est un livre aussi sur l'amour entre un père et son fils, et comment on peut ne pas
04:16se dire les choses pourtant essentielles ? Oui, vous avez vraiment bien résumé ce que j'ai
04:22essayé de mettre en oeuvre. Effectivement, ce sont deux personnes qui devraient se parler,
04:27mais qui ne se parlent pas. Elles devraient se parler pourquoi ? Parce qu'en fait, l'itinéraire
04:31du père, c'est un itinéraire, je dirais, un peu de transfuge de classe. C'est-à-dire qu'il a intégré
04:38cette grande bourgeoisie traditionnelle, alors que lui-même venait d'un milieu beaucoup plus modeste et
04:42provinciale, mais il fait ce qu'on appelle... C'est aussi un produit de la méritocratie
04:48républicaine, c'est-à-dire qu'il travaille bien, il fait de bonnes études, ce qui lui
04:51permet de rencontrer à Paris cette société, et il fait ce qu'on appelle un bon mariage.
04:57Et lui-même, parce que vraiment c'était un choix, cette ascension, cette volonté d'intégrer,
05:01ne veut absolument pas déroger. Donc, quand bien même lui-même a pu observer, je dirais,
05:07une société sans doute un petit peu plus diverse dans son enfance, etc., comme il a, je
05:12dirais, décroché le gros lot, il ne veut surtout pas remettre ça en cause, et alors
05:19qu'il se pose lui-même des questions sur son fils, il essaye de tout faire pour le conformer,
05:23pour que vraiment tout soit parfait, parce qu'il veut donner absolument des gages, notamment
05:27à sa belle famille, il a hérité finalement de l'entreprise familiale qui venait plutôt
05:32du côté de sa femme, et voilà, il veut que la transmission, que la lignée soit absolument
05:39parfaite. Mais lui-même va évoluer, puisqu'il a quand même, et ce dispositif-là m'a permis
05:46justement de créer une sorte de pas de côté dans son regard sur ce milieu, lui, par ailleurs,
05:51c'est un observateur, il ressent des choses, mais en même temps, il est pris dans cette
05:55envie ou de ce désir de ne surtout pas déroger, et donc ça crée une distance avec son fils.
06:02Et parallèlement, Antoine n'est pas en rebellie avec sa famille, il sent bien qu'il n'est
06:07pas tout à fait pareil, qu'il ne répond pas à ce qu'on attend de lui, mais il n'a
06:10pas forcément envie de couper les ponts, il ne va pas partir un jour en claquant la
06:12porte, ou alors très tardivement, mais en tout cas, il y a aussi cet amour vis-à-vis
06:17de ses parents, et notamment vis-à-vis de son père, et lui-même ne sait pas très
06:19bien comment l'exprimer.
06:21Oui, c'est sûr, parce que d'abord, et ça, ça montre aussi une sorte d'éducation,
06:25où on ne montre pas ses sentiments, c'est-à-dire que l'expression des passions,
06:30des sentiments n'est vraiment pas du tout valorisé, peut-être qu'on pourra s'exprimer
06:35à travers un médium artistique, la peinture, un peu de musique, ou déclamer des poésies,
06:41mais ça va s'arrêter là, parce qu'au fond, je dirais que cette bourgeoisie, c'est un
06:48corps, mais vraiment un corps, c'est-à-dire que tout le monde doit être à peu près
06:52mimétique, on s'habille pareil, aucun détail vestimentaire, aucun détail même sur son
06:59corps ne doit créer une différence, donc évidemment pas de tatouage, pas de bijoux,
07:05etc., c'est pas possible, c'est un corps qui doit justement faire corps pour tenir sa
07:10position, se serrer les coudes, etc.
07:12Donc, on ne s'exprime pas, ça c'est sûr, mais le jeune Antoine, lui-même, aime sa famille
07:21parce qu'il s'y sent bien, parce qu'effectivement, il ne va pas cracher dans la soupe, c'est sûr
07:25qu'il est mis dans de bonnes écoles, il a une vie plutôt facile, c'est le ski l'hiver
07:31à la montagne, c'est la mer l'été dans une villa sur la côte d'Azur, donc ils sentent
07:36bien que tout ça...
07:37Et puis Antoine, il va construire sa vie, il a sa bande de copains et d'amis, il n'y a
07:43pas de problème majeur dans son parcours, il évolue bien.
07:47Et j'ai même qu'en fait, il n'a aucun point de repère par rapport à ce qu'il vit
07:53comme son problème, c'est-à-dire qu'autant il aurait des points de référence, il pourrait
07:57dire « ah ben moi je suis comme ça, et donc voilà ce qui m'arrive, et merci de m'accepter »,
08:01mais il est très seul, c'est-à-dire qu'il n'y a aucune référence dans son entourage
08:06proche, et tout est fait d'ailleurs pour l'en préserver absolument.
08:11Alors il est important de souligner que sur un sujet qui peut être douloureux, qui peut
08:15être difficile, vous avez voulu aussi faire un roman qui est plein de vie, qui est par
08:20moments très drôle, même il y a des passages qui sont savoureux, voilà, c'était l'histoire
08:24de faire un bon moment de lecture, que le lecteur ait le sourire aux lèvres, mais qu'en
08:28même temps il y ait des interrogations, des réflexions, des questionnements sur ce sujet
08:32sociétal.
08:33L'idée c'était pas du tout de faire un roman, je dirais, militant au premier sens
08:38du terme, donc moi j'ai essayé de faire plutôt une histoire qui soit capable de tisser
08:42des liens, c'est-à-dire de ne pas rejeter, je dirais, le milieu qui est décrit, mais
08:47essayer de lui faire prendre conscience de problématiques, essayer de lui dessiner
08:54le regard sur, je dirais, quelques façons de penser qui sont parfois un peu univoques,
08:59sur des réflexes, sur des modes de comportement qui ne laissent pas beaucoup de place au dialogue
09:06ou à l'altérité.
09:06Voilà en tout cas un livre qui est à la fois un très bon moment de lecture, qui pose
09:10beaucoup de questions, qui invite à s'interroger, puis un livre peut-être à se partager, à
09:15se passer comme ça en famille pour ouvrir le dialogue.
09:18Ça s'appelle Clandestin familial, c'est votre actualité, Jean Desportes, vous êtes publié
09:21aux éditions du Rocher.
09:22Merci beaucoup.
09:23Merci beaucoup.
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