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00:00Générique
00:00Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans cette édition d'Actuel consacrée à la situation humanitaire à Gaza.
00:15Deux ans après le massacre du 7 octobre, la paix semble enfin possible entre Israël et le territoire palestinien dirigé par le Hamas.
00:24Lors de cette attaque en 2023, l'organisation terroriste a tué 1200 personnes et fait 251 otages, dont une vingtaine sont encore vivants et devraient retrouver leurs proches dans le cadre d'un échange de prisonniers.
00:38Les mesures israéliennes de rétorsion contre la bande de Gaza ont fait 68 000 morts à ce jour, selon le ministère de la Santé du Hamas, dont des milliers d'enfants, plus de 200 000 blessés et des millions de déplacés au sein de l'enclave palestinienne.
00:52Les conditions de vie pour la population sont catastrophiques, la famine sévit et l'ONU a déterminé que le gouvernement de Benyamin Netanyahou est responsable d'un génocide.
01:04En tout cas, une chose est sûre, la population gazaouie souffre et beaucoup.
01:09Nous allons en parler dans un instant avec nos invités, Karine Euster, infirmière de Médecins sans frontières, qui nous parle depuis Gaza, dans la région de Der Elbala.
01:20Et puis avec vous également, Adéa Aguillaud, directrice de la communication de Caire France.
01:24Merci à toutes les deux pour votre présence.
01:27Avant de vous donner la parole toutefois, on fait le point en image sur la situation sanitaire à Gaza.
01:32Dans la ville de Gaza, cette mère et ses trois enfants luttent contre la famine.
01:41Inas ne parvient plus à allaiter son nourrisson de deux mois, alors que les rations de lait en poudre sera réfi.
01:46Pendant la journée, je ressens souvent des vertiges à cause du manque de nourriture.
01:56Quand nous avons un petit peu à manger, je donne tout aux enfants.
02:01Je suis épuisée toute la journée.
02:04La situation est terrible.
02:07Je ne sais pas comment nous tiendrons si ça continue ainsi.
02:09Selon les Nations Unies, environ 55 000 femmes enceintes ou allaitantes se trouvent en situation de malnutrition aiguë.
02:23Alors que les femmes sont surexposées aux conséquences de la famine imposée à la bande de Gaza,
02:28la rapporteure spéciale des Nations Unies sur la violence contre les femmes et les filles alerte sur un fait mi-génocide en cours.
02:35Ce que subissent les filles et les femmes palestiniennes n'est pas une conséquence collatérale de la guerre.
02:42Il s'agit de la destruction de leur vie et de leur corps parce qu'elles sont palestiniennes et qu'elles sont des femmes.
02:49Les femmes sont aussi ciblées par des violences sexuelles.
02:53Les organisations de défense des droits de l'homme relèvent des cas d'abus et d'exploitation dans des contextes de distribution d'aide humanitaire.
03:00Nourriture, argent ou travail sont parfois échangées contre des faveurs sexuelles.
03:07Un phénomène dévastateur, notamment en termes de santé mentale.
03:12A Gaza, 239 000 femmes et jeunes filles sont aujourd'hui victimes de troubles mentaux.
03:18Les femmes sont accablées par le traumatisme qu'elles ont subi, l'anxiété, la peur, la peine causée par les déplacements incessants, la famine imposée, le fait de voir leurs enfants affamés.
03:32Nombre de femmes avec qui nous avons parlé ont vu leurs enfants être tués sous leurs yeux.
03:36Une travailleuse humanitaire nous a clairement dit que les femmes portent le poids et la souffrance de tout le monde.
03:46Elles subissent la faim de tous et vivent un enfer.
03:50Le manque d'hygiène pèse particulièrement sur la santé des femmes.
03:54Selon le Fonds des Nations Unies pour la Population, 700 000 femmes et filles manquent de protections hygiéniques, ce qui augmente les risques d'infection.
04:02Les femmes sont les premières victimes de cette guerre.
04:08Karine Ester, bonjour.
04:09Vous êtes infirmière en charge des activités médicales pour Médecins Sans Frontières.
04:13Vous êtes venue déjà plusieurs fois dans la bande de Gaza pour votre travail.
04:17Quel est l'état de la population sur place aujourd'hui et en quoi est-ce que c'est différent de ce que vous avez connu par le passé ?
04:23Oui, c'est ma quatrième fois à Gaza.
04:25J'ai vu effectivement l'évolution de cette crise depuis janvier 2024 jusqu'à aujourd'hui.
04:34C'est évident qu'il n'y a jamais eu d'amélioration depuis le début de ce conflit.
04:39Au contraire, ça a été une empiration jour après jour,
04:44avec des conditions de vie qui sont devenues complètement inacceptables,
04:51surtout pour les femmes.
04:55Un environnement extrêmement restreint, aucune intimité,
05:01des challenges pour les femmes au jour le jour.
05:04Ça, c'est la situation actuelle à Gaza.
05:07Et pourtant, les femmes ne participent pas au combat.
05:10D'ailleurs, la population n'y est pas directement en première ligne.
05:13Comment ça s'explique, cette surreprésentation des femmes parmi les victimes ?
05:18Je pense qu'il y a beaucoup de frappes de l'armée israélienne qui sont complètement aveugles.
05:26C'est-à-dire qu'ils vivent une ou deux personnes,
05:28mais les blessés collatéraux, c'est immense.
05:32Donc, comme la population est entassée les uns sur les autres, on a beaucoup de victimes.
05:37Il y a eu d'ailleurs des papiers qui ont été écrits,
05:39qui documentent formellement que plus de 90% des victimes sont des victimes civiles
05:47qui n'ont rien à voir avec le Hamas.
05:52Et ça, c'est à souligner quand même.
05:54Adéa Guillot, les femmes et les enfants, ce sont des dommages collatéraux ?
05:58Ce sont des dommages collatéraux un petit peu choisis quand même ?
06:03D'abord, il y a un mépris total de la vie civile dans ce conflit.
06:08Ce que exprimait très bien ma collègue à Gaza,
06:11c'est qu'évidemment, les civils ne sont ni partis au conflit,
06:15ni responsables.
06:17Elles sont puissamment victimes.
06:19On nous parle de 65 000 morts depuis le début de cette crise,
06:24dont 28 000 femmes.
06:25Ça, c'était les chiffres en mai dernier.
06:27Aujourd'hui, elles sont certainement encore plus nombreuses.
06:30Est-ce qu'il y a un mépris spécifique des femmes ?
06:33Pas tant dans la manière dont elles seront touchées par les bombardements
06:35et la question des victimes, des décédés,
06:38mais certainement dans ce qui leur est infligé
06:40dans leurs droits sexuels et reproductifs.
06:44Certainement, elles sont spécifiquement visées dans leurs fonctions,
06:47notamment reproductrices, au sein de cette population.
06:51On a vu aussi que beaucoup d'hommes étant morts,
06:54il y a un certain nombre de foyers Gazaouis maintenant
06:56qui sont dirigés exclusivement par des femmes,
06:5858 000 d'après les chiffres qui transparaissent.
07:04Est-ce que ces femmes-là,
07:05elles sont davantage touchées maintenant en tant que chefs de famille
07:08parce qu'elles se sacrifient davantage ?
07:10Ça, on l'observe dans toutes les crises.
07:12C'est-à-dire que pourquoi les femmes sont d'abord les victimes
07:15des crises, des conflits, etc.,
07:17ou quand il y a une sécheresse ou une famine ?
07:20Parce que les femmes se sacrifient.
07:21Elles mangeront en dernier.
07:23Karine Euster, sur place,
07:25ces femmes qui sont dénutrées,
07:27elles ne sont plus capables non plus de nourrir leurs enfants,
07:29notamment celles qui ont des petits qu'elles allaitent.
07:32Comment ça se traduit ?
07:33Est-ce qu'elles ont des recours ?
07:34Parce que la lait maternisé existe,
07:36mais il manque aussi de l'eau.
07:37Comment elles peuvent faire ?
07:38Il faudrait que le gouvernement israélien autorise bien plus de camions humanitaires,
07:44d'aide humanitaire à rentrer pour que nous puissions avoir tous les apports nutritionnels
07:50supplémentaires à donner à ces femmes enceintes ou à ces femmes allaitantes.
07:55Ça, c'est vraiment un point critique.
07:58Un autre point que je voulais souligner,
08:00c'est que dans cette crise, dans ce conflit,
08:03il y a un besoin immense en traumatologie,
08:06on le voit,
08:07et ce qui fait que, en fait,
08:09tous les autres besoins,
08:12et donc, par exemple,
08:13les besoins des femmes enceintes,
08:16les besoins des femmes âgées,
08:17les maladies chroniques,
08:18tout ça est en arrière-plan
08:19et on n'en parle pas.
08:21Moi, je veux bien compléter ce point
08:22parce que c'est vrai,
08:23comme on a identifié,
08:24comme exactement vient de le dire ma collègue,
08:26qu'il y avait un espace,
08:29un vide, finalement,
08:31dans l'espace de soins à apporter aux femmes et aux enfants aussi.
08:35Nous, c'est vrai qu'on a mis en place des cliniques,
08:37à Derebala notamment,
08:39d'accès spécifiquement pour les femmes et les filles.
08:43Simplement, on a une capacité d'accueil
08:44de 100 personnes,
08:45200 personnes par jour.
08:48On est, en réalité,
08:49à 400 personnes qui font la queue dehors.
08:52Donc, déjà, on est débordé.
08:54Et en plus,
08:55ce que vous disiez tout à l'heure,
08:56d'une femme qui arrive dénutrie,
08:57qui ne peut plus nourrir son enfant,
08:59s'il y a du lait maternel dehors,
09:01mais il n'y en a pas.
09:03C'est ce que disait tout à l'heure aussi ma collègue,
09:05cette espèce de verrou qu'il y a eu,
09:07de lait humanitaire autour de Gaza.
09:09Ça fait que le lait maternel est rentré au compte-gouttes.
09:13Donc, ces femmes n'ont pas accès à des substituts
09:15lorsqu'elles ne peuvent plus nourrir elles-mêmes leurs enfants.
09:18Donc, elles s'en sont réduites à faire quoi ?
09:19Et nous, dans ces structures-là,
09:21on peut avoir quelques réserves que l'on peut donner,
09:23mais certainement pas à hauteur des besoins
09:25qui sont ceux de cette population aujourd'hui.
09:27Donc, elles en sont réduites à faire quoi ?
09:28À faire bouillir des racines dans de l'eau,
09:31en essayant, en pensant,
09:32que ça va avoir un impact nutritif
09:34sur elles-mêmes et sur leurs enfants.
09:36Mais pour les femmes enceintes notamment,
09:38on est dans une incapacité de ces femmes
09:41à simplement délivrer le soin le plus basique à leurs nouveaux-nés.
09:45Sur les enfants dénutris,
09:46il y a évidemment des conséquences immédiates,
09:48l'amaigrissement, voire la mort par famine.
09:50Ceux qui survivent, est-ce qu'ils vont pouvoir se remettre
09:54de cette période extrêmement difficile pour leur organisme ?
09:56On le sait, cela met très longtemps de rattraper un retard d'allumage.
10:00On est, on est dénutris, on est dans un retard de croissance,
10:03on est dans un retard de développement.
10:05L'alimentation, l'eau, une alimentation nutritive,
10:08c'est la base du développement pour tout être humain.
10:10Quand on a un retard à l'allumage à ce niveau-là,
10:13on met très longtemps à récupérer ça.
10:15Et puis, là, on parle des besoins physiologiques,
10:17mais s'ajoutent à ces besoins physiologiques
10:20les traumatismes et la santé mentale.
10:22Et on parle de nouveaux-nés qui naissent
10:24dans une forme de traumatisme global hallucinant,
10:27inédit à l'échelle contemporaine,
10:29de l'histoire contemporaine.
10:30Et donc, ces enfants, ces futurs enfants,
10:33quels traumatismes vont-ils porter ?
10:35Comment va-t-on pouvoir les accompagner ?
10:37Tout ça, c'est les questions que l'on se pose aujourd'hui
10:39parce qu'on est obligé de penser au long terme.
10:41Il y a tout de même ce plan de paix qui se dessine
10:44avec des négociations qui semblent mieux prêtes
10:47à déboucher que les autres trêves qu'il y a eu par le passé.
10:52Est-ce qu'il y a de l'espoir sur place pour la population ?
10:54Quand on a survécu à deux ans d'assauts continus
11:01sur les vies humaines,
11:03je pense que les gens prennent tout ce qui est possible.
11:07Donc aujourd'hui, on a des tirs,
11:09peut-être que vous les entendez dernièrement,
11:11mais des tirs joyeux des gens qui chantent
11:14parce que c'est l'espoir pour eux d'une trêve,
11:18d'un cessez-le-feu.
11:19C'est l'espoir d'un retour à peut-être quelque chose
11:24d'un peu normal.
11:26Mais les gens se méfient beaucoup
11:27de ce qui va se passer,
11:29de combien de temps ça va pouvoir durer.
11:31Adéa Guillaume, qu'est-ce que vous espérez
11:33pour les femmes de Gaza ?
11:34D'abord, il faudrait que les autorités israéliennes
11:38nous autorisent.
11:39Nous, toutes les organisations humanitaires
11:41qui sommes absolument prêtes.
11:43Nous avons toutes des stocks entiers
11:45de nourriture, d'eau, de matériel médical
11:49aux frontières de la bande de Gaza.
11:51Il faudrait donc que les autorités israéliennes
11:53libèrent l'aide,
11:55qu'elles nous laissent faire notre travail,
11:57en vérité,
11:58avec une coordination de l'ONU.
12:00Ce serait bien qu'on revienne à ça aussi.
12:02Et puis, qu'on puisse soulager.
12:04Mais ce serait du soulagement.
12:06Ces femmes, ces enfants, ces hommes aussi,
12:08qui vivent aujourd'hui depuis deux ans
12:10sous un régime qui les affame,
12:13elles auront besoin de temps pour se remettre.
12:16Merci beaucoup, Adéa Guillaume de Caire France.
12:19Merci également à vous, Karine Huster,
12:21de MSF depuis Gaza.
12:23Et merci à vous de nous avoir suivis.
12:25On se retrouve très vite sur France 24.
12:30Sous-titrage Société Radio-Canada
12:31Sous-titrage Société Radio-Canada
12:32Sous-titrage Société Radio-Canada
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