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  • 3 months ago

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00:00Bonjour Jean-Yves Le Nahour, Robert Banninter, vous avez eu la chance de le rencontrer à plusieurs reprises,
00:04il vous avait même fait l'honneur de préfacer l'un de vos livres,
00:07Histoire de l'abolition de la peine de mort, 200 ans de combat, c'est publié en 2011 chez Perrin,
00:11et vous serez tout à l'heure à la cérémonie de panthéonisation,
00:15vous lui consacrez donc une BD sur son engagement, sa vie politique.
00:19Elle vous est venue d'où cette idée ? D'une BD notamment ?
00:22Ah, écoutez, Robert Banninter fait partie de mon panthéon personnel avec Gisèle Halemi,
00:28et pour moi, ça faisait partie des grandes références, des grands exemples.
00:36Oui, c'était quelqu'un de très simple, si vous voulez.
00:38C'est ce qui ressort des interviews, des différentes interviews.
00:40Chaleureux, il m'a accueilli chez lui alors qu'il ne me connaissait pas,
00:43je suis un historien qui lui écrit, voudriez-vous me faire une préface ?
00:47Il m'invite chez lui, et puis bien sûr, il me fait sa préface,
00:51et après, on se revoit dans différentes émissions sur France Culture ou Public Sénat.
00:55Oui, il y avait de la simplicité chez ce grand monsieur.
00:59Alors qu'évidemment, moi, j'étais plutôt dans mes petits souliers,
01:01j'avais l'impression de rencontrer l'histoire, et de fait...
01:04Et vous la rencontriez, malgré évidemment les nombreux drames personnels qu'il a pu traverser.
01:09Oui, alors si on veut comprendre effectivement la passion de la justice chez Robert Banninter,
01:14sa droiture, et puis cette ligne toute sa vie,
01:16on ne comprend pas, on ne peut pas comprendre si on ne sait pas que c'est le fils du supplicié,
01:23c'est le fils de l'humilié, le fils du persécuté, celui qui a été déporté en 1943,
01:28et dont il n'aurait plus rien.
01:30Immigré juif venu d'Europe de l'Est ?
01:31Exactement, c'était quelqu'un qui rêvait en la France.
01:34L'an prochain à Paris, c'était pas l'an prochain à Jérusalem,
01:36dans cette petite baie Sarabie où il y avait de l'antisémitisme extrêmement très fort
01:40de la part du pouvoir russe, c'était vraiment,
01:42il rêvait de la France, de ce pays où on pourrait vivre en égalité,
01:45dans la liberté, dans la sécurité, et dans l'égalité.
01:48C'était quelque chose de fou.
01:50Et Banninter, il est le premier, Robert, le premier à naître en France,
01:54le premier français de la famille.
01:56Quelques semaines avant seulement, la famille avait été naturalisée,
02:00et quand la mère va chercher ses papiers,
02:02elle a un ventre absolument énorme,
02:04et le commissaire du 16e arrondissement dit
02:06« Oh, si c'est un garçon, puisse-t-il servir la République ? »
02:09Et oui, il est né avec les auspices du commissaire,
02:12et regardez aujourd'hui...
02:13Et l'histoire lui aura donné raison.
02:15Vous avez un souvenir très précis de lui,
02:17c'est cette dernière séance, comme sénateur,
02:19il prononce un discours d'adieu au Sénat.
02:21Ces mots résonnent encore dans votre tête.
02:23C'était un orateur, on l'a dit, hors pair ?
02:25Oui, c'est un orateur hors pair, effectivement,
02:27et puis d'autant plus qu'il ne lisait pas ses notes.
02:31Alors évidemment, le discours de 1981, le 18 septembre,
02:35évidemment, sur l'abolition de Pédebord,
02:37c'était le discours de sa vie.
02:38Le vote ne faisait pas, à l'époque, il y avait des majorités.
02:42Donc, on savait très bien que la loi serait votée,
02:45donc il parle pour l'histoire.
02:46Mais sinon, toutes ces plaidoiries, on n'a pas de notes.
02:49Il ne lit pas de discours.
02:51C'était donc véritablement un orateur.
02:54C'est évidemment le combat qu'on retiendra de sa vie.
02:56L'abolition de la peine de mort,
02:58ce n'était pas gagné, sous François Mitterrand,
03:00c'est le moins que l'on puisse dire.
03:02Alors, ce n'était pas gagné, oui et non,
03:03parce que François Mitterrand l'avait placé dans ses 110 propositions.
03:08Il avait été élu, les Français avaient voté pour Mitterrand.
03:10Donc, il applique son programme.
03:11Après, si vous voulez dire que l'opinion était rétive en majorité,
03:16alors là, oui, dans les sondages,
03:18on voyait qu'il y avait une majorité hostile à la peine de mort.
03:21Mais ce sondage, en fait, il ne vaut rien.
03:23Parce que quand on vous pose une question,
03:25et c'est Robert Manater qui le disait,
03:26qui l'avait analysé dans les années 70,
03:28quand on vous pose une question au téléphone ou à la radio,
03:30êtes-vous pour ou contre ?
03:31Vous répondez comme ça, ça ne vous engage pas.
03:33En revanche, quand vous êtes juré aux assises
03:35et que vous avez l'avis d'un homme dans les mains,
03:37et bien là, vous y réfléchissez à deux fois.
03:39Et bien, entre 1968 et 1978,
03:42il y a eu 9000 cours d'assises où vous pouvez réclamer la peine de mort.
03:45À la fin, il y a eu 7 exécutés.
03:47Donc, les Français étaient abolitionnistes sans le savoir,
03:50à 99,9%.
03:51Une peine de mort dont on parle parfois encore aujourd'hui,
03:54c'est un débat suranné, selon vous ?
03:57Complètement.
03:57C'est comme si on se demandait si, voilà,
04:00êtes-vous pour ou contre l'IVG ?
04:01Le débat est terminé.
04:03Et il a été, les chiffres le prouvent, si vous voulez,
04:05en dehors de toute idéologie.
04:07Certains peuvent dire, ah oui, c'est des positions idéologiques.
04:09Non, non.
04:09Il faut juste regarder les chiffres.
04:10En 1980, avec la peine de mort et seulement 50 millions d'habitants,
04:15il y avait plus de crimes qu'aujourd'hui,
04:17avec 68 millions d'habitants, sans la peine de mort.
04:20C'est donc la preuve que la peine de mort
04:21n'a aucun rapport avec la criminalité.
04:24Elle n'est absolument pas exemplaire.
04:26Et tous les pays qui ont aboli ont fait cette démonstration.
04:30Et au contraire, les pays qui sont les plus répressifs,
04:32eh bien, ce sont les pays où il y a la plus grande criminalité.
04:36C'est très étrange.
04:37Vous serez donc tout à l'heure à cette cérémonie
04:39d'entrée au Panthéon de Robert Baninter.
04:41Quel honneur.
04:42Oui, oui, je suis très honoré.
04:46Parce que, si vous voulez, moi, en tant qu'historien,
04:51j'ai écrit un ouvrage, j'ai fait de la bande dessinée,
04:53mais je n'ai pas fait grand-chose.
04:56Moi, j'ai le sentiment d'être là un petit peu entré par effraction.
05:01Mais quel honneur.
05:02Pour moi, c'est vraiment une grande journée.
05:04Quelle image vous retiendrez de Robert Baninter ?
05:07Vous l'avez côtoyé, on l'a dit plusieurs fois.
05:09Alors, celle d'un homme intègre ?
05:12Oui, c'est ça.
05:13Celle d'un homme juste, d'un homme intègre,
05:15d'un homme de principe.
05:17Et puis, très chaleureux, très souriant.
05:20Ce qui n'était pas nécessairement dans ses apparitions publiques.
05:23Parce que, quand on fait de la politique, c'est sérieux.
05:26On ne va pas nécessairement se mettre à blaguer et à sourire.
05:29Alors que, chez lui, dans son bureau,
05:31alors qu'il n'avait pourtant pas été épargné par la vie.
05:33Mais, vous savez, il s'était rendu à Auschwitz.
05:35Parce qu'il pensait, son père a été assassiné à Sobibor.
05:38Pas à Auschwitz.
05:39Mais il était persuadé pendant des années que c'était à Auschwitz.
05:40Il s'est rendu à Auschwitz pour réciter le Kaddish,
05:43la prière des morts.
05:44Il pensait que c'était là.
05:45Et, en fait, il lui a fait une promesse, je vais vivre.
05:48Je vais vivre.
05:49Voilà.
05:49Il faut vivre pour les morts.
05:50Non pas être écrasé par le poids des morts.
05:53Et même dans les années 50,
05:55quand il était aux 40-50,
05:57quand il a fait une année aux Etats-Unis,
06:00il était surnommé là-bas Mr. Joie de vivre.
06:02Mr. Joie de vivre.
06:03Et on en parle notamment dans le livre de Darius Rochebin,
06:05que j'ai eu le plaisir de recevoir hier,
06:07qui s'est entretenu pendant six mois,
06:09les six derniers mois de la vie de Robert Banninter,
06:11pour un livre témoignage poignant à la vie.
06:14C'est la justice humaniste, finalement, Robert Banninter.
06:16On pourrait le résumer ainsi.
06:19C'est ça.
06:19Il disait, il n'y a pas de justice de gauche,
06:21il n'y a de justice de droite,
06:22prison de gauche, prison de droite.
06:23Il y a une justice humaniste et une justice répressive.
06:27Et donc, ceux qui croient à la réinsertion,
06:30à la rédemption, disent les catholiques,
06:31à la réhabilitation, disent les laïcs, les républicains,
06:35défendent une justice humaniste.
06:38Et on va redécouvrir la une de votre BD.
06:39Merci beaucoup Jean-Yves Le Nahour
06:41d'avoir accepté aujourd'hui l'invitation de France 24.
06:43Merci à vous.
06:44Et bonne cérémonie tout à l'heure de panthéonisation.
06:46Merci.
06:47Merci.
06:48Merci.
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