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00:0014h30 à Paris, place à votre rendez-vous derrière l'image. On prend le temps de décrypter l'info à partir d'une photo.
00:07Et qui fait sens ? Et on va la décrypter aujourd'hui avec vous, Gabriel Maréchaux. Bonjour, journaliste environnement à The Conversation France.
00:14Alors le cliché que vous avez retenu aujourd'hui n'est pas forcément évocateur au premier coup d'œil.
00:18On va le voir à l'écran. Vous venez nous parler du bio. Est-ce qu'on peut nourrir des populations sans utiliser de pesticides ?
00:25Ça c'est une question qui est régulièrement relancée dans nos sociétés alors qu'on s'inquiète beaucoup vis-à-vis des effets sur la santé des récentes études scientifiques.
00:33On trouvait effectivement des pesticides jusque dans les nuages et donc forcément dans la terre.
00:38Donc expliquez-nous ce cliché qui pourrait être mignon, répugnant à première vue d'œil. Moi je le trouve mignon.
00:44Mais racontez-nous ce qui se passe dans la terre et chez ces vers de terre.
00:47Tout à fait. Bonjour Elisabeth. Bonjour à tous et à toutes. J'ai choisi aujourd'hui de partir du vers de terre.
00:51Alors c'est un vers de terre qui a été pris en photo par un journaliste de l'AFP au Venezuela.
00:56Et ce vers de terre il est dans la main d'un agriculteur qui produit du café sans pesticides.
01:01Et j'ai voulu vous montrer ça parce que littéralement cet agriculteur et ce vers de terre y travaillent en quelque sorte main dans la main.
01:07Parce que d'un côté les vers de terre rendent d'immenses services à l'agriculture.
01:12Ils vont notamment aérer les sols ce qui va permettre une meilleure circulation de l'eau.
01:15Ce qui va être profitable au développement des racines des plantes.
01:18Les vers de terre vont aussi transformer la matière organique, donc les feuilles mortes, les déjections animales, en un humus fertile pour la croissance des plantes.
01:25Donc cet agriculteur il a d'immenses bénéfices à retirer de la présence de vers de terre sur son champ.
01:30Et il le rend bien puisqu'il produit sans pesticides qui eux peuvent être dangereux pour la santé des lombrices.
01:36On nous dit quand il y en a beaucoup dans la terre c'est bon signe.
01:38Tout à fait. Oui.
01:39Et les bienfaits de l'absence de pesticides ne s'arrêtent pas qu'aux vers de terre.
01:43En fait on les retrouve à tous les maillons de la chaîne alimentaire.
01:45Déjà s'il y a beaucoup de vers de terre ça va être profitable aux oiseaux qui se nourrissent de vers de terre.
01:50Il y a des études qui ont montré aussi que des poules qui étaient alimentées avec des produits bio faisaient des oeufs en moyenne plus gros.
01:58D'autres études ont montré que pareil des perderies qui étaient alimentées avec des céréales produites sans pesticides avaient un meilleur système alimentaire.
02:04Et quand on remonte jusqu'à nous l'humain, on voit que les gens qui mangent régulièrement bio ont un baisse du risque d'obésité, de diabète de type 2, aussi de certains cancers comme le cancer du sein chez la femme ménopausée ou des lymphomes.
02:17On sait aussi que les pesticides peuvent aggraver le risque de cancer.
02:21Oui. L'inverse est aussi vrai voire même criant dans certains cas comme je vous propose de le voir avec ce sujet du média en ligne Hunter consacré aux Antilles et aux pesticides du chlordécone.
02:32Aux Antilles, le cancer de la prostate va enfin être connu comme une maladie professionnelle et ça, c'est une bonne nouvelle.
02:40C'est aux Antilles qu'on identifie le plus fort taux de cancer de la prostate d'Europe et même du monde.
02:45Là-bas, 90% de la population est contaminée à un pesticide dangereux, le chlordécone.
02:50Cet insecticide interdit en France en 1990 a été utilisé de 1972 à 1993 pour traiter le charançon, un parasite des bananiers.
02:59Pour cultiver et exporter les bananes, la France a continué à appliquer le produit et longtemps repousser son interdiction.
03:06Et pendant ce temps, l'Europe, qui le reconnaît comme polluant environnemental depuis 2020, a toujours subventionné ses cultures.
03:12Pourtant, des centaines d'études ont montré la dangerosité de ce pesticide qui contamine tout, l'eau, les plantes, les animaux, à travers les sols.
03:20Aux Antilles, on n'hésite pas à parler de scandale d'État.
03:22Et ça fait des années que les militants se battent pour la reconnaissance des maladies professionnelles liées à l'exposition au chlordécone.
03:28Et toi, tu trouves que c'est une bonne nouvelle ?
03:31C'est vrai, quand on voit tout ça, on peut se demander, Gabrielle, pourquoi est-ce qu'on cultive encore avec des pesticides ?
03:39C'est la grande question, Elisabeth.
03:41D'abord, on peut rappeler que changer de pratique, c'est jamais anodin.
03:45Ça peut faire peur, ça peut demander de se former à des nouvelles pratiques,
03:49des investissements financiers qui peuvent être coûteux, surtout si les agriculteurs ne sont pas soutenus et aidés dans cette démarche.
03:55Mais il y a un autre argument qui revient souvent quand on pose la question que vous me posez, c'est celui des rendements.
04:00En France, on entend souvent dire qu'une agriculture 100% bio, ça pourrait être dangereux parce qu'on produirait moins.
04:05Et du coup, on devrait importer plus pour se nourrir.
04:08Est-ce que c'est vrai ?
04:09Alors, c'est compliqué à voir selon les cultures, les exploitations, mais en moyenne, on peut dire que c'est notamment vrai et assez net sur les céréales,
04:18mais que oui, en moyenne, aujourd'hui, pour l'instant, le bio a des rendements plus faibles,
04:22qu'il faudrait donc plus de terres pour produire la même quantité de nourriture.
04:26Mais, il y a un mais, si on a toujours comme but ultime une alimentation saine pour l'humain et pour les écosystèmes,
04:32il y a quelque chose qu'on pourrait changer et qui pourrait libérer des terres, qui permettrait de compenser ces rendements plus faibles du bio.
04:38Et qu'est-ce que c'est, du coup ?
04:40Eh bien, Elisabeth, c'est notre consommation de viande.
04:42C'est ce qu'explique Michel Durue, un agronome de l'INRAE, dans un article de The Conversation.
04:47Il rappelle plusieurs choses.
04:48Déjà qu'en France, on consomme beaucoup de viande, en moyenne, deux fois plus qu'il y a 100 ans.
04:53On en consomme aussi en excès par rapport aux recommandations et à nos besoins réels.
04:57Et cet excès de viande, il est délétère pour la santé, puisqu'il est lié à une augmentation de maladies chroniques, de certains types de cancers.
05:03Donc, déjà, pour rester en bonne santé, il faudrait manger moins de viande.
05:06Si on mange moins de viande, il y aurait moins d'élevage.
05:09L'élevage qui a, lui aussi, des effets délétères sur l'environnement, vu qu'il émet beaucoup de gaz à effet de serre, qu'il peut polluer les sols, les eaux.
05:16S'il y a moins d'élevage, il y a des terres qui se libèrent et qui pourraient, elles, être converties en agriculture
05:21et donc permettre de généraliser une agriculture et une alimentation bio sans importer davantage qu'on ne le fait actuellement.
05:29Et puis, enfin, ça pourrait aussi avoir des bienfaits sur le plan économique que de généraliser l'agriculture et l'alimentation bio.
05:35Comment c'est possible si les rendements sont diminués ?
05:38Eh bien, déjà, parce qu'il y a une dépense qui baisserait.
05:40C'est celle liée, justement, à cette hausse de maladies chroniques et de certains cancers qu'on note.
05:46Et puis, il y a une ligne de dépense qui, elle, disparaît très totalement.
05:49C'est l'achat d'engrais, de pesticides, qui viennent souvent de loin.
05:53Et cette dépense, à elle seule, elle peut motiver certains agriculteurs à passer en bio.
05:58C'est le cas d'une agricultrice en Inde, dans l'Andra Pradesh, une région très sèche du sud de l'Inde,
06:03que je vous propose d'écouter dans cet extrait de reportage de France 24.
06:06Il y a quelques années, la famille de Parvati était endettée jusqu'au coup.
06:13Comme beaucoup d'autres dans la région, elle empruntait et dépensait les gains de ses récoltes dans l'achat d'engrais et de pesticides.
06:21En fonctionnant comme ça, nous dépensions plus que ce que nous gagnions.
06:26Donc, on n'a pas eu le choix. On a dû abandonner l'agriculture pendant cinq ans.
06:29Désormais, Parvati et son mari consacrent une journée par semaine à la fabrication d'une centaine de kilos d'engrais naturels.
06:41On mélange deux litres de jus de feuilles de margousier, de la bouse et de l'urine de vache,
06:45et un petit peu d'eau, et on laisse reposer 24 heures.
06:49Cet engrais naturel est entièrement fabriqué à base de ressources que Parvati possède déjà dans ses champs.
06:55Il faut bien remuer.
06:56Cette concoction fournit aussi à Parvati un revenu supplémentaire.
07:02Depuis six mois, je vends du fertilisant.
07:06Une fois la préparation prête, il n'y a plus qu'à la disperser dans les champs et attendre que la magie opère.
07:12Les techniques de base acquises, Parvati peut maintenant montrer l'exemple au reste de la communauté.
07:17Depuis un an, elle cultive un potager avec d'autres agricultrices de sa localité
07:21pour fournir des légumes à l'école du village et à d'autres habitants.
07:24La recette, la mérite qu'on s'y arrête quelques instants parce qu'on a vu cette dame mélanger à la main, quoi ?
07:29Deux litres de jus de margousier, de la bouse et de l'urine de vache, et un peu d'eau.
07:34Il faut savoir que traditionnellement, ce n'est pas pour rien que l'élevage et l'agriculture étaient couplés.
07:40Parce qu'en fait, le fumier, c'est plein d'azote et l'azote, c'est nécessaire pour la croissance des plantes.
07:45Donc, en fait, l'agriculture bio, souvent, revient à des méthodes connues depuis des millénaires.
07:52C'est ce qu'ils permettent, oui.
07:54Mais donc, en tout cas, on peut voir que cette agricultrice, d'une part, elle a vu ses dépenses baisser,
08:00qu'elle a vu des nouveaux bénéfices émerger en pouvant vendre son propre engrais.
08:04Et ses rendements aussi, c'est dit plus loin dans ce même reportage de France 24,
08:08ses rendements, eux, ont augmenté parce que, tout simplement, ses champs sont devenus plus résilients.
08:13Sans doute, peut-être parce qu'en arrêtant d'utiliser des pesticides,
08:17beaucoup de vers de terre ont peut-être dû revenir.
08:18Et donc, du coup, dans cette région très sèche de l'Inde, ses rendements sont plus grands.
08:23Autre bénéfice qu'on peut noter dans cet exemple et qui, moi, me semble particulièrement intéressant,
08:28c'est qu'on voit qu'en changeant son travail, elle permet d'avoir une action bénéfique pour sa propre communauté
08:34en pouvant également libérer du temps et un peu de place pour pouvoir nourrir une partie de son village elle-même.
08:41Et ça, c'est quelque chose de crucial parce que changer de méthode, c'est une chose,
08:44mais encore faut-il que ça ait des bénéfices directs pour les premiers concernés à l'échelle locale.
08:50C'est pourtant ce qui se passe dans un autre État de l'Inde ?
08:53Oui, tout à fait.
08:54Alors, c'est un État qui s'appelle le Sikkim, qui lui est situé au nord de l'Inde.
08:58C'est un petit État dans les contreforts de l'Himalaya.
09:01Et cet État, aujourd'hui, est le sujet de beaucoup d'attention à travers le monde
09:06parce que c'est un État 100% bio.
09:08Alors, il est vrai que maintenant, dans sa législation, il est interdit d'utiliser des pesticides.
09:14C'est un coup de pub qui a été considéré comme un succès par beaucoup.
09:20Mais, il y a un mais, il y a des zones d'ombre à ce succès
09:22que nous explique l'agronome Sébastien Mainville dans un autre article sur The Conversation.
09:28Cet agronome, en fait, nous explique que pour chercher la meilleure rentabilité,
09:32avec cette contrainte de ne pas pouvoir utiliser des pesticides,
09:34beaucoup d'agriculteurs du Sikkim se sont tournés vers la culture de la cardamome,
09:39une épice très prisée qui nécessite des conditions climatiques qu'on retrouve au Sikkim.
09:45Et en se spécialisant dans la cardamome,
09:48ils ont arrêté de produire certaines cultures vivrières comme le riz.
09:52On a vu comme ça, voilà, des chanderies ou des hectares consacrés au riz
09:55devenir des cultures de la cardamome.
09:58Sauf que la cardamome, ça ne nourrit pas notre homme.
10:00Et que donc, du coup, pour leur propre population, au Sikkim,
10:03ils se retrouvent obligés d'importer du riz et d'autres choses,
10:07d'autres régions de l'Inde, où on utilise beaucoup de pesticides.
10:11Donc, c'est une première zone d'ombre.
10:13Et une autre que note Sébastien Mainville dans son article,
10:16c'est que, eh bien, ce coup de pub sur cette petite région indienne
10:20qu'il faut dire, peu de personnes connaissaient avant,
10:23qui est 100% bio, ça a attiré des curieux.
10:25Donc, le tourisme a augmenté.
10:27Ce qui fait qu'aujourd'hui, au Sikkim,
10:29on voit que certaines personnes quittent les champs
10:32pour aller trouver un emploi qui sera plus rémunérateur
10:35dans l'industrie, par exemple, hôtelière,
10:37ce qui nuit également à l'agriculture locale
10:39et à l'autosuffisance alimentaire de cette région.
10:42Donc, le cas du Sikkim est en réalité plus mitigé.
10:46On pourrait en conclure que changer de méthode, c'est bien,
10:49mais qu'il faut voir pour quel objectif,
10:51si ça ne permet pas une meilleure autonomie à l'échelle locale
10:55sur le plan alimentaire, c'est peut-être assez dommageable.
10:57Voilà, et le bio a guise, évidemment, les appétits
10:59parce que quand on vend bio, on vend forcément plus cher.
11:02Donc, il faut faire attention aussi aux éthiquettes.
11:03Quand on achète du bio, on n'est pas forcément en train d'acheter
11:05le meilleur pour notre santé.
11:07Il faut faire attention à des indicateurs comme des produits de saison,
11:10enfin, des choses qui sont évidemment essentielles et primaires.
11:14Tout à fait.
11:14Il y a d'abord savoir peut-être pour quelles raisons on mange bio.
11:16Est-ce que c'est pour favoriser sa propre santé,
11:19celle de l'environnement, si effectivement c'est pour importer des légumes
11:23qui ont parcouru des kilomètres, c'est peut-être plus dommageable.
11:26Et puis, vous me faites une transition toute faite, Elisabeth,
11:30avec le sujet qu'on va publier demain
11:32qui va aussi faire le point sur les différences
11:34entre les labels bio d'un pays à l'autre.
11:36On voit que ce n'est pas toujours les mêmes.
11:39Et ce sera à retrouver sur The Conversation
11:40et dans notre newsletter environnement
11:42qui, je le dis, est gratuite et tout le monde peut s'abonner.
11:44Merci beaucoup, Gaëlle Maréchaux.
11:47Merci d'avoir fait ce crochet par nos plateaux.
11:50L'équipe de The Conversation qu'on retrouve chaque mercredi
11:53sur notre plateau.
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