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00:00Et c'est le sujet de notre talk ce lundi. Donald Trump en croisade contre les universités.
00:17Il leur donne jusqu'à aujourd'hui pour signer ou non un pacte sur leurs priorités en matière d'éducation.
00:23Le MIT, le Massachusetts Institute of Technology, a été le premier à rejeter cet accord.
00:29On en parle pendant les 30 prochaines minutes avec Denis Lacorne, directeur de recherche aux séries et auteur de l'ouvrage de la race en Amérique aux éditions Gallimard.
00:41Et nous retrouverons aussi Romuald Skiora, directeur de l'observatoire politique et géostratégique des Etats-Unis, auteur lui de l'Amérique éclatée, plongée au cœur d'une nation en déliquescence aux éditions Armand Collin.
00:58Alors, Donald Trump parviendra-t-il à imposer sa ligne conservatrice sur les campus américains ?
01:05Le président propose des subventions avantageuses à neuf grandes universités, mais en échange de conditions strictes.
01:12Par exemple, limiter le nombre d'étudiants internationaux ou respecter une définition stricte du genre.
01:19La présidente du prestigieux MIT a déjà dit non au risque de perdre des financements fédéraux cruciaux.
01:26Une décision suivie par d'autres universités, donc ces universités sous pression.
01:30Une liberté académique qui est menacée, c'est le thème de notre émission de ce matin.
01:36Alors, avant d'en parler avec nos invités aujourd'hui, les précisions de notre correspondante à Washington, Sonia Dridi.
01:43L'administration Trump réclame l'allégeance des universités contre des financements.
01:48Elle a proposé, il y a quelques semaines, à neuf universités des milliards de dollars de subventions et de nombreux avantages.
01:57En échange, ces universités doivent mettre en place un programme de réforme radicale.
02:03Elles doivent notamment limiter à 15% les effectifs des étudiants étrangers,
02:09supprimer les départements qui pourraient, je cite, punir ou dénigrer les idées conservatrices.
02:15Elles doivent également interdire la prise en compte du genre ou de l'origine ethnique lorsqu'elles recrutent des étudiants
02:23ou du personnel administratif, un pacte dénoncé par la communauté académique.
02:29Un certain nombre d'universités ont déjà refusé, parmi elles le MIT,
02:34qui a dénoncé les risques d'une perte d'indépendance et une restriction de la liberté d'expression.
02:41Également, l'université de Californie du Sud, l'université Brown ou encore l'université de Pennsylvanie
02:47ont refusé cette proposition.
02:49D'ailleurs, le gouverneur démocrate de Pennsylvanie a déclaré que cette proposition était, je cite,
02:56« dangereuse ».
02:58Depuis son arrivée au pouvoir, Donald Trump s'est vraiment lancé dans un bras de fer avec les universités
03:04qu'il dénonce être des bastions du wokisme.
03:08Alors, on en parle avec Denis Lacorne qui est avec nous aujourd'hui, directeur de recherche aux séries.
03:16Tout d'abord, quel regard portez-vous sur ce deal offert par l'administration Trump ?
03:21C'est clairement du chantage fait aux universités.
03:24Oui, alors là, c'est la carotte.
03:27Il faut bien réaliser que peu de temps avant, le bâton avait été utilisé contre des grandes universités de la côte Est,
03:34notamment l'université Columbia et l'université Harvard, et le bâton, c'était « je retire tous les crédits de recherche et puis vous négociez avec moi ».
03:44La carotte, c'est « vous négociez avec moi et vous aurez », c'est incitatif, « vous aurez des avantages préférentiels pour les crédits de recherche ».
03:56Mais dans un cas comme dans l'autre, c'est scandaleux, c'est une atteinte fondamentale à la liberté académique qui est un droit très important aux États-Unis dont il faudra parler.
04:08Et alors, ce qui est intéressant dans ce que j'appelle la carotte, c'est-à-dire le pacte d'excellence que vient de proposer Trump,
04:17il y a quand même cinq universités sur neuf qui ont refusé, elles étaient mentionnées par votre correspondant,
04:23et la dernière en date est l'université de Virginie à Charlottesville qui a dit non.
04:26Donc ce sont des grandes universités, l'université de Pennsylvanie, USC, MIT, qui ont dit non pour des raisons intéressantes.
04:36C'est-à-dire qu'ils disent qu'ils veulent qu'on restructure nos départements, particulièrement ceux qui seraient soi-disant woke
04:46ou qui défendraient des idées qui sont contraires à celles de l'administration, pas suffisamment conservateurs.
04:52Donc ça, c'est une des conditions. Ils veulent aussi, une des conditions mises, c'est de bloquer le coût pour les étudiants des États locaux,
05:00c'est-à-dire les tuitions qui peuvent aller jusqu'à 60 000 dollars. Là, ce serait bloqué à 15 000 dollars, donc il y aurait un coût important.
05:07Les tuitions, c'est les frais universitaires.
05:08C'est les frais universitaires plus le logement, c'est ça. Alors là, ça serait bloqué, il y aurait un plafond qui serait à 15 000 dollars au lieu de 50 000, 60 000.
05:19Et puis bloquer l'accès ou rendre très difficile l'accès à des étudiants étrangers considérés comme moins fiables,
05:26et ça, c'est un problème pour des universités moins prestigieuses peut-être qui comptent beaucoup sur les étudiants étrangers pour renflouer leurs finances.
05:36Certaines universités comme Arizona State, par exemple, ont 60 % d'étudiants étrangers.
05:41Donc si on limite le nombre d'étudiants étrangers, c'est pratiquement la ruine pour ces universités.
05:45Mais la critique la plus fondamentale qui a été adressée par MIT et d'autres, et l'Université de Virginie, c'est que dire qu'il y aura pour l'accès aux crédits...
05:57Alors, il faut bien voir, les crédits de recherche aux États-Unis, c'est énorme. C'est 60 milliards de dollars par an.
06:03Donc, limiter l'accès aux crédits de recherche, dire qu'il y aura des universités privilégiées, puis d'autres qui ne le seront pas,
06:10c'est créer un système douteux où ceux qui accèdent aux demandes de Trump auront des crédits,
06:20et celles qui refusent n'auront pas de crédit, où ça sera plus difficile.
06:24Or, l'accès aux crédits de recherche qui gèrent les grands départements scientifiques, en physique, en biologie, en médecine,
06:32c'est très compétitif, et c'est fondé sur le mérite des projets.
06:36Donc, si vous créez un double système où il y a des préférences pour des universités qui ont peut-être de mauvais projets de recherche,
06:44mais qui seront préférées parce qu'ils ont accepté les conditions de Trump,
06:48et les autres qui ont peut-être de meilleurs projets de recherche, mais qui n'auraient plus accès aux crédits,
06:52ça remet en cause tout le système de la recherche dans les universités américaines,
07:00qui est considérable, bien sûr, et ça concerne la médecine, la physique, la biologie, l'écologie, des tas de domaines.
07:07On va se tourner vers vous, Romuald Skiora.
07:11Désormais, on a vu les réponses de ces différentes universités ces derniers jours.
07:15Elles ne se sont pas vraiment précipitées, on va le dire, pour signer ce pacte.
07:19Au moins qu'au moins quatre d'entre elles qui ont vraiment catégoriquement refusé de le signer.
07:24Comment il faut interpréter ces prises de position ?
07:27Parce que c'est quand même délicat pour eux.
07:31Écoutez, au-delà du problème qui concerne indirectement ces universités,
07:36il y a aussi une volonté de résister à ce qui est en train de se passer aux Etats-Unis.
07:39Depuis le 20 janvier, nous sommes en train d'assister à la mise en place d'une présidence autoritaire,
07:46si ce n'est d'un régime semi-autoritaire, prérogatif du Congrès renié au profit de la Maison Blanche,
07:52judiciaire, passé en partie entre les mains également du bureau ovale, garde nationale, attaque contre les médias,
08:02bref, et j'en passe, et j'en passe.
08:04Ce qui tentera aujourd'hui de se dérouler sous nos yeux avec les universités est quand même quelque chose sans précédent dans une démocratie occidentale.
08:12C'est une atteinte aux droits fondamentaux des Américains.
08:18Donc de la part des présidents d'universités, des universitaires, il y a une volonté déjà de résister en général à l'administration Trump-Vence,
08:26et puis effectivement de défendre la liberté académique.
08:32Et on peut comprendre, enfin on comprend, je comprends les universités évidemment qui refusent de rejoindre ce pacte
08:39et de répondre favorablement à l'administration Trump,
08:41mais il faut également savoir que ces présidents, ces universités ont l'exemple de Columbia.
08:47A titre personnel, je travaille avec Columbia, je dirige aujourd'hui un ouvrage collectif pour l'université,
08:52je peux vous dire qu'à Columbia, des départements ont été mis sous tutelle,
08:55il y a une forme parfois d'autocensure, et jusqu'à présent, même si Columbia depuis le printemps a accepté
09:02les directives de l'administration actuelle, elle n'a toujours pas obtenu le versement des sommes qui lui avaient été promis.
09:12Donc bref, on se demande aujourd'hui dans ces universités, si même on acceptait favorablement la proposition de l'administration Trump,
09:20si on verrait véritablement la couleur, si je puis me permettre cette expression, de l'argent.
09:26Et puis on se rend compte également que lorsqu'une université, comme c'est le cas avec Columbia ou d'autres, ont accepté,
09:32les demandes vont, chaque jour qui passe, encore un peu plus loin.
09:37Donc ces universités américaines qui sont vraiment dans cette première ligne de défense,
09:40on a l'impression, là, face aux attaques, au fondement démocratique de l'administration Trump,
09:47Je voudrais regarder l'impact de ces décisions sur le standing des universités américaines,
09:53notamment à l'international, est-ce qu'il y a un risque de fuite des cerveaux ?
09:57On voit un nombre de chercheurs, de professeurs, de scientifiques,
10:00qui ont déjà fait le choix de quitter les Etats-Unis pour aller, par exemple, au Canada.
10:05Alors, on a des éléments de réponse sur ce sujet, avec ce reportage de nos correspondants,
10:10François Riouet et Johan Profeta.
10:17Il a troqué les rues du Connecticut aux Etats-Unis pour celles de Toronto, au Canada.
10:24Je me sens calme et libre ici, au Canada.
10:29C'est pareil pour mes enfants.
10:31Pour le moment, j'essaye de me dire que le Canada, c'est chez moi maintenant.
10:37Jason Stanley, 55 ans, philosophe et éminent spécialiste du fascisme,
10:41a fui les Etats-Unis de Donald Trump pour enseigner ici.
10:44Ce que j'aime dans le fait d'enseigner à la Manxco,
10:50c'est qu'on y trouve des experts sur toutes les régions du monde,
10:53avec des centres de recherche dédiés à chacune d'elles.
10:57C'est donc l'endroit idéal pour travailler sur la menace fasciste à l'échelle mondiale.
11:04Derrière la décision de son déménagement,
11:06le besoin de travailler librement, dit-il,
11:08a l'abri des attaques de la Maison-Blanche contre la recherche et les institutions démocratiques.
11:14Je serais resté aux Etats-Unis si Trump n'avait pas gagné les élections.
11:20Ma présence à Yale faisait de Yale une cible.
11:23Maintenant, fini la contrainte.
11:25Je suis libre de dire ce que je veux.
11:27Et pour moi, c'est ça le Canada aujourd'hui.
11:30C'est un endroit d'où l'on peut critiquer d'autres pays,
11:33critiquer les Etats-Unis sans avoir peur.
11:35Comme Jason Stanley, un nombre inédit de chercheurs et universitaires a quitté
11:45ou cherchent à quitter les Etats-Unis pour l'Europe et le Canada.
11:49C'est bien, allons-y, on a un peu de retard.
11:53Donc on veut parler de morale et de valeur.
11:56En cause, des menaces répétées et plus de 4 milliards de dollars
12:03de coupes budgétaires de l'administration Trump
12:06dans les domaines de la recherche scientifique liée, selon elle, à l'idéologie woke.
12:11Le secteur de la santé lui aussi est visé.
12:13Brian Rathbun enseignait jusqu'en 2024 à l'université de Californie du Sud.
12:18Le financement militaire ou toute autre politique
12:21devrait être considéré comme une attitude.
12:24Et la question est la suivante.
12:25Est-ce que nos attitudes sont une conséquence de nos valeurs ?
12:29Alors, Denis Lacorne, une réaction à ce reportage.
12:32Le standing des universités américaines,
12:34déjà endommagé par ces attaques de Trump ?
12:37Oui.
12:38Alors, on évoquait tout à l'heure le cas de Columbia.
12:40C'est important de revenir là-dessus.
12:43La présidente par intérim de Columbia, Claire Shipman,
12:46a négocié avec Trump.
12:47Elle a pris le pari de la négociation.
12:50Et sa principale motivation, c'était...
12:53Alors, elle a été accusée de capitulation,
12:55de transformer Columbia en une anti-université.
12:59Mais elle dit, moi, j'ai quand même résisté.
13:02C'est-à-dire, Trump voulait mettre Columbia sous séquestre
13:06et contrôler la gestion des départements internes,
13:10la remise en cause du département d'études du Moyen-Orient
13:13et du Proche-Orient,
13:14abolir tout ce qui touchait à la diversité, équité et inclusion.
13:21Donc, moi, j'ai résisté.
13:24Au lieu d'une mise sous séquestre,
13:26j'ai accepté qu'il y ait un médiateur indépendant
13:29qui va agir entre Columbia et le gouvernement.
13:32Et surtout, j'ai accédé aux demandes pressantes
13:36du département de médecine, d'études biologiques,
13:40qui me disaient,
13:41si vous ne signez pas, si vous ne faites pas un accord avec Trump,
13:44nous, on part.
13:45Nous, on part parce qu'il faut bien comprendre
13:47qu'on peut partir des États-Unis, aller au Canada ou en Australie.
13:50Je connais des cas précis de gens qui travaillent sur l'environnement
13:52qui, maintenant, ont quitté leur université au Colorado
13:54pour aller en Australie.
13:58Mais en même temps,
13:59il y a des universités qui ne sont pas sanctionnées par Trump.
14:01Alors, on peut se demander pourquoi.
14:02Mais vous avez des universités comme Yale, Princeton, Stanford,
14:05qui sont excellentes,
14:06et qui, elles, peuvent attirer ceux qui sont déçus
14:09par la perte des crédits à Columbia ou ailleurs.
14:13Donc, Claire Shipman, la décision de la présidente de Columbia,
14:16c'est, je ne veux pas perdre des départements d'excellence
14:20dans notre université.
14:21Donc, je préfère négocier, même si c'est désagréable,
14:26parce que ma priorité, c'est sauver la recherche médicale,
14:31biologique, par exemple, dans notre université.
14:34Alors, ce qui est intéressant, c'est que tout ça est assez compliqué.
14:37Il y a le rôle des tribunaux.
14:38Il faut bien comprendre que la liberté académique aux États-Unis,
14:42c'est un droit fondamental.
14:44Au départ, c'était une norme professionnelle
14:46imposée par un syndicat qui est
14:48« The American Association of University Professors »,
14:51donc l'association américaine des professeurs d'université.
14:54Mais c'est une norme.
14:55Et grâce à plusieurs arrêts clés de la Cour suprême,
15:00l'arrêt Suisi, par exemple, ou l'arrêt Kéchichien,
15:03ça devient un droit constitutionnel
15:05qui est indissociable d'un droit
15:07qui est essentiel aux États-Unis,
15:09qui est le premier amendement.
15:11Le premier amendement qui fait partie de la Constitution.
15:15Et qu'est-ce que c'est que la liberté économique,
15:17d'après les tribunaux, d'après la jurisprudence ?
15:21C'est quatre libertés fondamentales.
15:24Et ça, ça revient dans tous les arrêts de la jurisprudence,
15:26y compris les plus récents.
15:27Les quatre libertés, c'est qui enseigne,
15:30ce qui est enseigné,
15:32comment on l'enseigne,
15:33et qui est admis à étudier.
15:36Et ça, ce sont des libertés fondamentales.
15:38Et tous les tribunaux nous disent,
15:39jusqu'à très très récemment,
15:41on ne peut pas porter atteinte à ça,
15:43parce que porter atteinte à ça,
15:44c'est remettre en cause
15:45ce qui fait le fort de la nation américaine,
15:49sa capacité à avoir un très très bon système éducatif
15:51et à accumuler les prix Nobel,
15:54comme vous le savez.
15:55Donc, il y a un enjeu qui est fondamental
15:58et qui est menacé, effectivement,
16:00par l'administration Trump.
16:02Romuald, ce qu'aura cette attaque,
16:05ce conflit entre Trump et les universités en ce moment,
16:07il arrive dans un contexte particulier,
16:11même avant l'arrivée de Trump au pouvoir,
16:13il y avait tout un narratif,
16:14tout un discours sur les universités américaines
16:16qui, selon les conservateurs,
16:18étaient tombées dans les mains
16:19d'une frange d'extrême-gauche,
16:22soi-disant wokiste en leur propre terme.
16:25Et c'est là, c'est ce qui est un peu préfiguré,
16:28la situation dans laquelle on se trouve aujourd'hui.
16:30Ces critiques, étaient-elles fondées ?
16:35Écoutez, il est évident que,
16:39dans sa majorité,
16:41le milieu académique américain,
16:42comme c'est bien souvent le cas en Occident
16:44ou à travers le monde,
16:46est un milieu progressiste.
16:48qui serait plus à gauche,
16:51évidemment, que conservateur.
16:53Ça, c'est une évidence.
16:54Mais de là à dire,
16:56pour reprendre les termes employés
16:58par l'administration actuelle,
17:00qu'il s'agirait d'une bande
17:01de wokistes,
17:03antifas,
17:04antisémites,
17:05etc.,
17:05il y a un océan.
17:09Nous sommes loin,
17:10au sein des universités,
17:12de voir des facultés
17:13hantés par la gauche radicale.
17:17Bien évidemment,
17:18vous avez quelques mouvements étudiants
17:20qui peuvent être extrémistes.
17:21Bien évidemment,
17:22vous avez eu,
17:23lors des grandes manifestations
17:24contre la politique israélienne
17:27à Gaza,
17:28à Colombia,
17:30des personnes antisémites
17:33qui s'étaient joints
17:34au groupe de manifestants
17:36pacifistes.
17:37Évidemment,
17:38vous aurez toujours
17:39quelques extrémistes
17:40partout
17:40où vous pourrez mettre votre nez.
17:42Mais non,
17:43non,
17:43le milieu académique américain
17:46n'est pas un bastion
17:47d'extrême-gauche.
17:48Ce qu'il faut garder à l'esprit,
17:50c'est que tout ce que
17:51nous voyons aujourd'hui
17:53être mis en place
17:54par cette administration
17:55fait partie
17:56d'un objectif
17:57très clair.
17:59Cette administration
18:00a deux objectifs
18:01pour l'intérieur,
18:03la politique intérieure américaine.
18:04Un,
18:05mettre en place
18:07un régime semi-autoritaire
18:08comme je le disais
18:09sur le modèle
18:10de celui de Victor Orban
18:11par exemple
18:12en Hongrie.
18:14Et deuxièmement,
18:15mener une contre-révolution
18:17culturelle.
18:18Des personnes
18:19comme l'actuelle
18:19secrétaire générale
18:20de la Maison Blanche,
18:21Susie Wills,
18:22qui elle-même
18:22avait été le bras droit
18:23de l'actuel gouverneur
18:25de Floride,
18:26Ron De Santis,
18:27qui avait mené
18:28depuis plusieurs années
18:30une contre-révolution
18:31woke
18:32dans son état,
18:34font partie
18:35des architectes
18:36de ce plan-là.
18:37Donc nous assistons
18:37depuis le mois de janvier
18:39à une contre-révolution
18:41culturelle,
18:42une fois encore
18:43pour reprendre
18:43leur terminologie,
18:46à l'échelle
18:47des Etats-Unis.
18:48Cette attaque frontale
18:49contre les diversités
18:50fait partie
18:51de cette guerre
18:52anti-walk
18:53que mène
18:55l'actuelle administration.
18:56Donc ils verront
18:57des gauchistes,
18:59extrémistes
19:00un petit peu partout
19:01et rappelez-vous
19:02qu'il y a encore
19:03juste quelques semaines,
19:05Donald Trump
19:05a décidé
19:06par décret
19:07de considérer
19:08comme terroriste
19:09tout antifa.
19:11Alors qu'est-ce
19:11qu'un antifa ?
19:12À titre personnel,
19:14je suis antifasciste,
19:15je pense que vous l'êtes aussi,
19:16donc sommes-nous des antifas,
19:17donc potentiellement
19:18des terroristes
19:19pour cette administration.
19:19Donc il y a énormément
19:20d'exagérations
19:22lorsque l'on dit
19:23que le milieu académique
19:25américain
19:25est un milieu
19:26d'extrême-gauche.
19:27Denis Lacorne,
19:29pour revenir au sujet
19:31et la position
19:31de ces universités,
19:32rappelez-nous,
19:33on y a touché
19:34un tout petit peu plus tôt,
19:35mais rappelez-nous
19:36à quel point
19:36elles dépendent
19:37de ces fonds fédéraux.
19:40Les fonds fédéraux,
19:42j'ai rappelé,
19:43c'est 60 milliards
19:44de dollars par an
19:45de fonds fédéraux
19:46pour la recherche.
19:47C'est énorme.
19:47Bon, à l'échelle
19:49des États-Unis,
19:50c'est compréhensible,
19:51mais ça veut dire
19:51que si vos départements
19:53de recherche,
19:54qui sont essentiellement
19:55dans les sciences dures,
19:56mais aussi dans les sciences sociales,
19:57si ça disparaît,
19:58l'université sera
20:00beaucoup moins attractive
20:01pour les étudiants
20:02qui ont l'ambition
20:03eux-mêmes
20:04de devenir des chercheurs
20:05ou des savants
20:06ou de travailler
20:07à Silicon Valley.
20:08Donc,
20:09c'est la vie
20:11ou la mort
20:11de l'université.
20:13Et il faut bien voir
20:13que c'est vrai
20:14qu'avant l'arrivée
20:15au pouvoir de Trump,
20:16il y a eu un mouvement
20:18contre ce qu'on appelle
20:20la bureaucratie
20:21de la diversité,
20:22diversité,
20:23équité,
20:24inclusion,
20:25qui existait
20:25préalablement
20:26et qui...
20:29Il y avait des critiques.
20:30Je parle de ça
20:31dans mon livre
20:32sur la race
20:32en Amérique,
20:33ce mouvement
20:34anti-diversité.
20:36Mais Trump,
20:39donc,
20:39est entré
20:40dans la brèche
20:41et en a trop fait
20:42au point
20:43de lui-même
20:44de devenir woke.
20:45Il en a tellement fait
20:46contre la diversité
20:47qu'il s'est,
20:48à certains égards,
20:50ridiculisé.
20:50Ce qui est intéressant,
20:51c'est que,
20:51prenez Harvard.
20:52Harvard a refusé,
20:54a poursuivi
20:54l'administration Trump
20:56devant un tribunal.
20:57Harvard a gagné
20:58devant un tribunal,
20:59c'est important,
21:00c'est un tribunal
21:00de district,
21:01fédéral de district
21:02du Massachusetts.
21:03Et la décision du juge
21:05est très bien faite,
21:06une décision
21:07de 89 pages.
21:09Et que dit
21:09la juge Burroughs ?
21:11Elle dit,
21:11d'abord,
21:12le prétexte
21:13de l'antisémitisme
21:14utilisé par
21:15l'administration Trump,
21:16c'est un écran de fumée
21:19qui cache,
21:20en réalité,
21:20nous dit la juge,
21:22un assaut idéologique
21:23contre l'une
21:24des premières institutions
21:25universitaires du pays.
21:27Et puis,
21:28d'autre part,
21:29elle nous dit
21:29que c'est une violation,
21:32il y a manifestement
21:33violation
21:34de la liberté
21:35académique.
21:36qu'on veut chasser
21:38ou éliminer
21:39ceux qui ne pensent pas
21:40comme nous.
21:41Et donc,
21:41ça viole le premier amendement
21:42qui est contraire
21:44à la Constitution
21:44et elle donne
21:46gain de cause à Harvard.
21:47Alors,
21:47évidemment,
21:47Trump fera sans doute
21:48appel,
21:49mais c'est une décision
21:50qui est très bien ficelée
21:51et qui sera difficile
21:52de renverser en appel.
21:54Et alors,
21:54pour revenir au cas
21:55de Columbia
21:55qu'on évoquait,
21:56Columbia a négocié
21:58fâcheusement,
21:59on dira,
22:00avec l'administration de Trump,
22:01mais ils ont quand même
22:02maintenu un certain nombre
22:03de choses,
22:04notamment,
22:05si on prend le département
22:06d'études moyennes orientales
22:07de Columbia,
22:08il y a un professeur
22:09Joseph Massad
22:10qui est un palestinien
22:11qui a défendu la Palestine,
22:13qui a même parlé
22:14de génocide en Palestine.
22:16Ce professeur-là
22:17est maintenu
22:18à Columbia.
22:19Il n'a pas été,
22:20il n'y a pas eu
22:20d'action disciplinaire,
22:21il n'a pas été chassé
22:22comme ça aurait pu se passer
22:24à l'époque du mercartisme,
22:25non,
22:25il reste.
22:25Donc,
22:26ce que veut nous dire
22:27Claire Shipman,
22:29c'est qu'il a toujours,
22:31la personne en question,
22:33Joseph Massad,
22:33mais ils sont très nombreux
22:35puisque dans le département
22:36d'études moyennes orientales
22:37à Columbia,
22:37il y a 50 étudiants de thèse,
22:39donc c'est l'un des meilleurs
22:40aux Etats-Unis.
22:41Et le fait qu'il y ait
22:42un palestinien,
22:44pourquoi pas ?
22:44Et en plus,
22:45la directrice du département
22:46est elle-même israélienne,
22:48et le fait que ce palestinien
22:49fasse de très très bons cours
22:51depuis très longtemps,
22:52que personne n'a contesté
22:53son enseignement,
22:54fait qu'il ne saurait être
22:56sanctionné par une présence
22:59extérieure qui serait
23:00celle de l'administration Trump.
23:01Nous,
23:02on est une université,
23:02on gère nous-mêmes
23:03nos propres affaires,
23:04quitte à avoir un nouveau
23:06dis-provos ou quelque chose,
23:08on peut réexaminer le contenu
23:10des cours,
23:11engager plus de profs,
23:13par exemple,
23:13dans le département
23:14d'études juives
23:15qui est trop faible,
23:16etc.,
23:17mais c'est à nous
23:18de le décider,
23:19ça ne peut pas être
23:19imposé de l'extérieur.
23:20Donc,
23:21elle a négocié avec Trump,
23:22mais elle n'a pas cédé
23:24sur tout
23:24et ça,
23:25c'est important
23:25de le rappeler.
23:26Je vais vous donner
23:27le dernier mot,
23:28Romuald,
23:29ce qu'il y aura
23:29de ce talk.
23:31Qu'en est-il des étudiants
23:33qui se lancent
23:34peut-être dans leurs études
23:35cette année ?
23:37Quelle expérience
23:37ou comment les prévenir
23:39de la situation
23:40dans laquelle ils s'apprêtent
23:42à s'embarquer ?
23:42Un message
23:43à leur transmettre ?
23:45Un message
23:46à leur transmettre,
23:47c'est un petit peu difficile.
23:49Mais ce qui est certain,
23:51c'est qu'aujourd'hui,
23:51il y a dans le milieu
23:52étudiantin états-unien
23:53une forte inquiétude,
23:55car au-delà
23:56des universités
23:57dont nous venons
23:58de parler,
23:59il y a une forme
24:00d'auto-censure
24:01aujourd'hui
24:01qui règne
24:03dans une partie
24:03du milieu académique,
24:04dans les universités
24:05d'État.
24:06Je parlais tout à l'heure
24:07de la Floride,
24:08mais dans le sud
24:09des États-Unis,
24:10dans la plupart
24:10des États conservateurs,
24:12il y a aujourd'hui
24:12une forme
24:14mis sous tutelle
24:15des universités d'État,
24:16mais aussi
24:17d'auto-censure
24:18de certains professeurs,
24:19et on peut les comprendre,
24:19qui ont peur,
24:21tout simplement,
24:21de perdre leur emploi.
24:23Donc,
24:23pour ce qui est des étudiants,
24:25eux-mêmes
24:26voient bien
24:27qu'il y a une inflexion
24:28dans le discours
24:29de certains
24:30de leurs enseignants,
24:31ils voient bien
24:32que certaines théories,
24:33on en pense que l'on en veut,
24:35mais comme la théorie critique
24:36de la race
24:36ou la théorie du genre
24:37ne peuvent plus
24:37être enseignées
24:38dans de nombreuses
24:39universités américaines,
24:40et ce n'est pas au gouvernement
24:41de décider cela,
24:42cela devrait être
24:43aux universités,
24:44essentiellement,
24:44lorsqu'elles sont privées,
24:45donc il y a
24:46une forme d'angoisse,
24:48tout ce que je pourrais
24:49dire aux étudiants,
24:51si j'avais un mot
24:52à leur dire,
24:53c'est de résister,
24:55car la liberté académique
24:57est,
24:57comme votre invité l'a dit,
25:00un droit fondamental
25:01aux Etats-Unis
25:02et dans nos démocraties
25:04occidentales,
25:05et c'est quelque chose
25:06qu'il ne faut pas oublier.
25:07Romuald Scurra,
25:08vous êtes directeur
25:09de l'Observatoire politique
25:10et géostratégique
25:12des Etats-Unis,
25:12aussi auteur
25:13de L'Amérique éclatée,
25:15plongée au cœur
25:15d'une nation
25:16en déliquescence.
25:17Merci pour vos précisions
25:20et vos analyses,
25:21et M. Denis Lacorne,
25:23merci à vous aussi,
25:24directeur de recherche
25:25aux séries
25:25et auteur de l'ouvrage
25:27De la race en Amérique,
25:29aux éditions Gallimard.
25:30Merci à vous deux
25:32pour vos analyses.
25:33C'est tout
25:35pour cette tranche d'actualité.
25:36On va vous laisser
25:37sur ces images
25:38des manifestations
25:39No Kings
25:40qui ont eu lieu
25:41le week-end dernier
25:42partout autour
25:43des Etats-Unis
25:43et aussi ailleurs,
25:44aussi en France
25:45pour montrer
25:46l'opposition
25:48de nombreuses personnes
25:49à l'administration Trump
25:50et à sa politique.
25:52Merci à vous,
25:53l'actualité revient
25:54dans quelques minutes
25:55sur France 24.
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