00:00Je rappelle simplement que ça a existé en France.
00:03On a élu les magistrats.
00:05Et on a élu les magistrats pendant une courte période
00:08qui était la période révolutionnaire entre 1790 et 1799.
00:12Pourquoi ?
00:14Pour les mêmes raisons qu'on entend aujourd'hui.
00:16Moi, j'invite vos auditeurs qui s'intéressent à cette période
00:21de relire ce qu'écrivait ou de lire ce qu'écrivait Mirabeau.
00:24Mirabeau, qui a été le grand orateur de la révolution française,
00:30y compris au jeu de pommes,
00:32qui a été d'ailleurs le premier panthéonisé
00:34et le premier sorti du panthéon aussi,
00:36il a fait ce coup double de rentrer le premier et de sortir le premier,
00:40disait, attention, avec une charge contre les magistrats
00:43qu'on appelait les parlements à l'époque,
00:45deux choses.
00:46Premièrement, vous vous mêlez de la politique
00:48et c'est insupportable pour la politique.
00:52Deuxièmement...
00:53Qu'est-ce que ça résonne aujourd'hui, pour certains ?
00:54C'est pour ça que je dis, l'histoire se répète.
00:56Deuxièmement, deuxième charge,
00:58vous n'écoutez pas, en fait, ce que le peuple veut.
01:02Du coup, quand la révolution est arrivée,
01:05il faut quand même se rappeler que les parlements,
01:09c'est-à-dire la magistrature,
01:10s'est retrouvée dans une situation un peu violente,
01:13puisqu'on a dit aux magistrats,
01:16premièrement, vous allez être élus,
01:18deuxièmement, vous n'allez être que la bouche de la loi,
01:20on ne vous donnera plus la possibilité de faire l'interprétation,
01:23troisièmement, la justice sera gratuite
01:25et vos charges ne seront plus héréditaires,
01:28mais justement,
01:29vous ne pourrez plus vous transmettre comme ça,
01:32comme une haute hiérarchie des privilèges,
01:35et le retour du bâton a été violent.
01:37Moi, je dis ça pourquoi ?
01:38Parce que l'histoire se répète toujours
01:40sur les mêmes fondements.
01:42Il faut donc être très vigilant,
01:44je ne dis pas que c'est toujours exactement la même chose,
01:46sur les critiques qui sont faites à la justice.
01:49Vous avez entendu ces critiques ?
01:50Elles sont parfois injustes,
01:51elles sont parfois justifiées.
01:52Le gouvernement des juges,
01:53les juges rouges,
01:54la justice politique.
01:56Attendez, est-ce que vous dites non,
01:58ou vous dites si,
01:58il y a une partie de la justice,
02:00et cette justice-là fait beaucoup de mal
02:01à l'autre partie de la justice,
02:03qui est en grande partie,
02:05alors on ne va pas dire neutre,
02:06tout le monde a ses convictions,
02:07et c'est tout à fait normal,
02:08mais qui essaye de faire et d'appliquer le droit
02:10comme il se doit.
02:11Vous connaissez mon franc-parler,
02:13et aussi ma capacité à faire de la nuance.
02:16D'abord, on ne peut pas dire
02:17que c'est un gouvernement des juges
02:19sur les instances qui sont les nôtres,
02:20on ne dirige pas l'action du gouvernement,
02:23mais aujourd'hui,
02:24les juridictions européennes
02:25et les cours suprêmes
02:27ont en effet un pouvoir
02:28qui peuvent mettre en difficulté
02:30le pouvoir politique.
02:32Donc un pouvoir plus important
02:33que celui du pouvoir politique
02:35et des autres pouvoirs.
02:36Ça a existé pendant la lutte
02:36entre les parlements et la monarchie,
02:38c'était exactement la même chose,
02:40et ça se réglait par un lit de justice,
02:42c'est-à-dire de façon assez violente,
02:44et ça s'est terminé
02:44avec la Révolution française.
02:45Évidemment, ce qu'on vient d'exprimer.
02:47Pour ne pas revivre l'histoire.
02:48Est-ce que, si je vous pose différemment
02:50la question, Béatrice Brugère,
02:52beaucoup de responsables politiques,
02:54d'élus, estiment qu'il ne vaut mieux pas
02:56être un homme ou une femme de droite
02:58pris dans la mâchoire de la justice.
03:00Ils ont tort ?
03:01Alors, je ne sais pas s'ils ont tort.
03:04Ce qui est sûr, c'est que les affaires,
03:06on peut avoir deux visions des choses.
03:07Dire que les affaires tombent plus souvent
03:09sur la droite, ça veut dire que la droite
03:10est plus, j'allais dire, propice
03:13à faire des délits ou des crimes
03:15sur la corruption.
03:17Ou alors, on peut avoir, en effet,
03:18cette version, ça tombe plus souvent
03:20peut-être sur les hommes de droite
03:21parce que c'est eux qui sont davantage
03:23dans le viseur.
03:24Je ne suis pas en capacité de vous le dire.
03:26Ce qui est sûr, c'est que,
03:27en tout cas, si c'est le cas,
03:28alors ce n'est pas bien.
03:30Il faudrait faire une étude approfondie
03:31de tous les dossiers.
03:33Je n'en suis pas ni capable.
03:34Et elle est regardée dans les syndicats
03:36et le syndicat de la magistrature
03:38en particulier.
03:39Mais en tout cas, ce qui est sûr,
03:40c'est que le procès de la politisation,
03:43on ne peut pas le balayer d'un revers
03:45de manche.
03:46Moi-même, en tant que syndicat de magistrats,
03:51j'essaye et je lutte pour dépolitiser
03:54les sujets de justice.
03:56Je m'affronte également...
03:57Comment on fait pour dépolitiser
03:59des sujets de justice
03:59quand ils sont incarnés physiquement,
04:01charnalement, par des hommes et des femmes ?
04:03C'est-à-dire que ces hommes et ces femmes
04:04qui ont ces convictions contraires,
04:06parfois, et qui les utilisent
04:08face à un responsable politique,
04:09est-ce qu'ils ont encore leur place
04:10dans ce système judiciaire ?
04:11Je crois que ce qui doit guider
04:12la dépolitisation des sujets de justice,
04:14c'est l'intérêt général.
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