00:00Merci de nous rejoindre en direct sur Europe 1. J'accueille mes débatteurs de la première heure, ma chère Véronique Jacquier, journaliste politique à CNews. Bonsoir Véronique.
00:08Bonsoir, bonsoir Stéphanie, bonsoir à tous.
00:10Bonsoir, et Michel Fayad, analyse politique et géopolitique. Bonsoir Michel.
00:14Notre invité ce soir dans Europe 1 Soir, Pascal Péry, économiste, auteur de ces présidents qui nous ont fait tant de mal aux éditions Plon.
00:23Alors pour les auditeurs qui nous suivent sur les caméras, enfin sur l'application Europe 1, le site, ces présidents qui nous font tant de mal.
00:31Alors on voit François Hollande, Mitterrand, Chirac, Macron et Nicolas Sarkozy. On est tenté de vous demander lequel nous a fait le plus de mal, Pascal Péry ?
00:39Je pense que le point de départ... Bonsoir d'abord.
00:41Bonsoir, bonsoir Stéphanie, bonsoir à toutes et tous. Je crois que le premier c'est François Mitterrand.
00:48Moi je situe le tournant aux années 1980. Giscard avait gardé la maison, mené une politique d'ailleurs très courageuse entre 1978 et 1980.
00:59Une politique de rigueur budgétaire alors qu'on allait vers des élections.
01:02Vous savez en général quand on approche des élections, les candidats, surtout les sortants, lâchent.
01:07Là ça n'a pas été le cas. Et donc François Mitterrand c'est la retraite à 60 ans, c'est la source, l'origine de nos difficultés pour financer la protection sociale.
01:16C'est 39 heures payées 40, la cinquième semaine de Conchépé. Et tout ça à crédit.
01:22À crédit avec un deuxième tournant dans les années 80 sous sa présidence qui est celui de la désindustrialisation.
01:30Vous savez qu'on s'interroge beaucoup sur cette question.
01:32Moi j'étais jeune journaliste à l'époque, j'étais en Lorraine notamment et dans le Nord.
01:37Et la France a mis beaucoup d'argent sur la table pour financer le chômage.
01:43Alors qu'au même moment l'Allemagne, confrontée aux mêmes difficultés, mettait beaucoup d'argent sur la table pour moderniser son outil de travail.
01:49Il y a une erreur d'analyse complète des socialistes dans cette séquence qui est que les socialistes ont lu Jérémy Rifkin.
01:56Vous savez qu'il y a écrit la fin du travail.
01:59Et il pense que la désindustrialisation est un fait définitif.
02:04Or évidemment ça n'a pas été le cas, on a toujours besoin d'industrie.
02:07L'industrie c'était sale, on allait laisser ça aux Chinois et à d'autres, aux Indiens.
02:12Et on acceptait de se désindustrialiser pour aller vers une société du temps libre et des loisirs.
02:17qui a été finalement une société de servitude, des petits boulots.
02:21Et le début de la descente et de la chute.
02:23Mais vous dites, Pascal Péry, François Mitterrand finalement n'y connaissait pas grand chose à l'économie et ça ne l'intéressait pas.
02:29Non, alors il considérait d'abord, premier point, que l'économie c'est facile.
02:32Bon, pour avoir fait une étude d'économie, je peux vous dire que ce n'est pas tout à fait aussi simple que ça.
02:37Et il était entouré, alors heureusement il a été entouré par des gens qui avaient le sens de l'économie.
02:42Pierre Moroy l'a empêché de commettre l'irréparable.
02:46Jacques Delors à l'époque et Edith Cresson que j'ai rencontrée,
02:51qui m'expliquait lors de ces rencontres, assez récentes finalement,
02:56qu'à chaque fois qu'elle évoquait...
02:56Oui, elle vous a reçue chez elle, elle avait l'esprit assez vif d'ailleurs.
03:00L'esprit assez vif, une dame qui a plus de 90 ans aujourd'hui, mais qui a toujours l'esprit assez vif.
03:04Pourtant elle a été décriée.
03:06Qui aime la vie, oui.
03:07Mais vous savez, elle a été décriée par le serail socialiste.
03:10Mais alors elle parlait très souvent d'industrie.
03:12Elle ne voulait pas renoncer.
03:13Elle pensait que la France avait encore des atouts dans le domaine industriel.
03:17Et Mitterrand lui répondait à chaque fois.
03:19Mais Edith, pourquoi vous me parlez sans cesse d'industrie ?
03:22Enfin, sur le thème, vous m'indisposez.
03:25Le péché originel.
03:26Et péché originel, en effet.
03:29Et donc on a vécu d'abord avec des dévaluations.
03:31On a financé le modèle social avec des dévaluations.
03:35A l'époque où on avait le franc.
03:36Et puis ensuite, à crédit, c'était tellement simple qu'on accumulait la dette pour la repousser.
03:42J'ai réécouté il y a quelques jours un échange entre François Mitterrand et des journalistes.
03:50Je ne sais pas si ce n'était pas Alain Duhamel à l'époque déjà.
03:52Déjà.
03:53Et peut-être Arlette Chabot, déjà à l'époque aussi.
03:56Et Mitterrand disait, bon voilà, on fait la retraite à 60 ans.
03:59Mais la démographie va évoluer.
04:01Et il appartiendra à mes successeurs de régler les curseurs.
04:04Ce qui n'a jamais été fait.
04:05Et on y est encore, mon Dieu, on y est encore.
04:08Vous parliez de la destruction du travail.
04:11Vous dites clairement ce que beaucoup disent.
04:13Mais enfin, vous le rappelez dans votre livre.
04:14L'emploi, évidemment, est la clé du redressement.
04:17Si nous avions en France le même taux d'emploi que l'Allemagne,
04:20qui est à 77% et nous on est à 68,8%,
04:24on serait sortis d'affaires.
04:25C'est exact.
04:26Alors le taux d'emploi, c'est le nombre de gens qui travaillent
04:28sur le nombre de gens en âge de travailler.
04:31Et on voit bien qu'en France, on a...
04:34C'est au bout.
04:34Alors c'est ça, on a un segment de 30 à 55 ans
04:38qui correspond à l'étiage de nos voisins.
04:40Le milieu ça va, mais c'est les extrêmes qui pèchent.
04:43Voilà, on parle des deux bouts de l'omelette.
04:44C'est-à-dire que les jeunes, et puis au-delà de 55 ans,
04:48il n'y a pas suffisamment de gens en emploi.
04:50Alors la responsabilité pour les jeunes,
04:51c'est souvent des formations qui font défaut.
04:54C'est des voies de garage dans le domaine universitaire
04:57qui produisent d'ailleurs beaucoup de frustration
04:58parce qu'on fait un master en sociologie
05:01ou en histoire ou en lettres modernes ou classiques, etc.
05:06Puis on se retrouve avec un petit boulot qui est mal payé.
05:08Ça produit de la frustration.
05:10Et puis on a en France aussi des employeurs
05:11qui n'ont pas toujours été très civiques, pas toujours éthiques,
05:14qui mettent les Françaises et les Français à la porte
05:17à 55 ans en considérant que ce sont des seniors.
05:19Au même moment, le MEDEF réclame
05:22le passage de 62 à 64 ans
05:24pour l'âge légal de départ en retard.
05:26Donc il faut être cohérent.
05:27Oui, ça, il va falloir effectivement changer les mentalités.
05:30C'est ça, vous avez raison.
05:31Si nous avions le même taux d'emploi que nos voisins,
05:34allemands notamment,
05:35nous aurions chaque année 100 milliards d'euros.
05:37C'est 100 milliards d'euros.
05:39C'est pas rien, 100 milliards d'euros
05:40de recettes fiscales et sociales supplémentaires.
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