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  • il y a 3 mois
Catherine Fournet-Guérin, géographe, professeure à Sorbonne Université au laboratoire médiation. Spécialiste de Madagascar.
Retrouvez les invités de 6h20 sur https://www.radiofrance.fr/franceinter

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Transcription
00:00France Inter, Ali Badou, Marion Lourdes, le 6-9.
00:08Et la première invitée du 6-9, Marion, est géographe, professeure à la Sorbonne et spécialiste de Madagascar.
00:15Bonjour Catherine Fournay-Guérin.
00:16Bonjour.
00:17On l'a raconté dans nos reportages sur l'antenne de France Inter, le colonel Michel Ranjian-Irin va être investi aujourd'hui.
00:24Ce qui fait suite à la fuite du président Razoel à l'étranger devant les manifestations de la génération Z qui secouaient le pays.
00:30Voilà, je rappelle la situation.
00:32Le militaire dément tout coup d'état à Madagascar.
00:36Est-ce qu'il dit vrai ?
00:38C'est un petit peu difficile à dire, mais d'un point de vue constitutionnel, parce qu'on est encore dans une période relativement troublée et incertaine.
00:45Mais par contre, du point de vue du processus, de ce qui s'est passé, les gens ne le vivent pas comme ça.
00:50C'est-à-dire que les gens vivent vraiment l'intervention de l'armée comme ayant mis fin à la violence d'une part et ayant permis la fin du pouvoir d'Ange Razoel d'autre part.
00:59Vous dites ça parce que vous avez des liens sur place ?
01:02Beaucoup, oui.
01:03Les gens envoient beaucoup de vidéos, de messages par WhatsApp.
01:07Alors, bien sûr qu'il y a un biais, puisque les gens que je connais parlent français, sont pour beaucoup dans les milieux universitaires élargis ou culturels.
01:16Mais ils me disent qu'autour d'eux, tout le monde est content et de ce qu'on lit également dans la presse malgache, ça semble être un mouvement, en tout cas pour ce qui relève de la capitale et des grandes villes, qui est largement, comment dire, partagé.
01:28Il y a quand même des réserves, notamment du côté des Nations Unies, qui condamnent un changement inconstitutionnel, je les cite. Vous comprenez ces réserves ?
01:36Sans doute, oui. Après, je pense que ça vient aussi d'une non-connaissance du terrain.
01:42C'est-à-dire que chaque situation est différente et qu'en aucun cas il s'agit, par exemple, de ce qui s'est passé dans les trois pays d'Afrique de l'Ouest,
01:51qui ont connu des coups d'État militaire, mais des coups d'État qui n'étaient pas du tout à la suite d'un mouvement populaire.
01:58Là, il y a même eu des pancartes dans les manifestations qui appelaient à l'armée pour faire cesser la violence, par exemple.
02:05Pour l'instant, tout est allé très très vite. Il y a une semaine, on n'en était pas du tout là.
02:10Donc au bout de quatre ou cinq jours, il est beaucoup trop tôt pour en tirer des conclusions.
02:14Mais d'un point de vue du vécu des gens, les gens ne le vivent pas du tout comme ça.
02:19Et on peut peut-être faire une analogie avec ce qui s'est passé en 1974 au Portugal, où c'est l'armée qui a mis fin à la dictature.
02:27Qui a fait une période de transition.
02:29Exactement, et qui n'a pas gardé le pouvoir.
02:31Mais quand on lit les journaux, on a les deux.
02:33C'est-à-dire qu'on a effectivement les manifestants qui en ont appelé à l'armée, qui ont même acclamé par moment l'intervention militaire.
02:39Et puis d'autres de la génération Z qui disent « on nous a confisqué notre mouvement ».
02:44Ce sont les militaires qui se sont appropriés quelque chose qui venait plus du terrain, qui était plus spontané peut-être.
02:50Alors également, trop tôt pour dire, là les jeunes ont été conviés, il y a eu des réunions dans la semaine.
02:57Les jeunes ont dit qu'ils étaient toujours en relation avec les militaires.
03:01À mon sens, mais je peux bien sûr me tromper, ce ne sont pas des militaires qu'ils ont beaucoup à craindre.
03:05De fait, ils n'ont jamais conservé le pouvoir.
03:07Il y a eu plusieurs périodes de transition durant les précédentes décennies.
03:10Mais c'est après, de fait, une fois que les hommes politiques vont rentrer dans la danse.
03:17À nouveau dans le jeu.
03:18La situation, elle est quelle aujourd'hui ? Est-ce que le calme est revenu d'après les échos que vous en avez ?
03:25Il y a eu 22 morts quand même dans ces manifestations.
03:27Oui, alors de ce que j'ai lu, ça fait plusieurs jours qu'il n'y en a pas eu.
03:32J'ai l'impression que oui.
03:33Après, de fait, n'étant pas sur place, il faudrait demander aux journalistes ou aux personnes sur place.
03:38Oui, mais de ce que je lis, j'ai l'impression que ça s'écalme et qu'il y a simplement des manifestations de joie dans la rue.
03:44Pas forcément très nombreuses d'ailleurs quand on regarde les images à la télévision.
03:48Et également dans les autres villes, il n'y a pas que dans la capitale.
03:51Il faut le rappeler.
03:52Parce que le point de départ de tout ça, c'est effectivement ce mouvement de la génération Z
03:56qui venait d'autres pays en réalité et qui, à Madagascar, dénonçait les coupures d'eau et d'électricité.
04:03Ça, c'est toujours une réalité ?
04:05Les coupures, bien sûr, oui.
04:06Oui, oui. Ce qui est surprenant, c'est que ça n'est pas éclaté plus tôt.
04:10Parce que, par exemple, je relisais des articles d'il y a un an, on était dans la même situation.
04:14Et il y avait le même mécontentement.
04:16Et puis plus largement, depuis, je connais Madagascar depuis 30 ans,
04:20depuis 30 ans, il y a des défaillances dans les services publics, par exemple d'eau et d'électricité.
04:26Alors, il y a des périodes meilleures, il y a des périodes pires.
04:29Actuellement, c'est une période pire parce qu'à la fois la demande augmente et l'offre d'électricité est faible.
04:35Mais ça n'est qu'une crise dans un élément structurel qui, lui-même, est très, très mauvais.
04:43Mais cette transition militaire, même si elle est appelée de leur vœu par un certain nombre de manifestants,
04:47est-ce qu'elle est de nature à résoudre ce problème structurel, justement, dont vous parlez ?
04:51À ça, je ne pense pas.
04:54Après, ce sont des choses qui ne peuvent pas se résoudre rapidement.
04:57Cependant, là, par exemple, il y avait des éléments pour un moteur, pour une centrale thermique,
05:02qui étaient bloqués depuis deux ans.
05:04Et ils sont arrivés dans la capitale il y a une semaine.
05:08Donc, comme quoi, il y a aussi des blocages institutionnels et des dysfonctionnements.
05:12Le président qui s'est enfui à l'étranger est co-responsable de cet état du système d'électricité, d'eau, de l'état général du pays ?
05:23Alors, de ce qu'on lit, oui, étant donné notamment qu'il y a une compagnie d'eau et d'électricité qui s'appelle la Djerama,
05:29et beaucoup d'argent a disparu de la Djerama, a été transféré vers des personnalités au pouvoir.
05:37Ça, c'est des choses qui sont publiques, qui font partie des éléments de très fortes, mauvaises gestions de l'état.
05:43Il y a une question sur le rôle de la France dans tout ça, parce que, d'après nos confrères d'RFI,
05:47Ange Razoel, le président, a été exfiltré à bord d'un avion français,
05:51parce qu'il est parfois aussi dénoncé, il a été parfois dénoncé dans les manifestations comme l'homme de la France,
05:57et qu'Emmanuel Macron a fait part de son inquiétude pour la continuité institutionnelle du pays.
06:02Quel rôle elle joue là-dedans, la France ?
06:05Alors, c'est pareil, ce sont des informations qui ne sont pas toutes publiques, dont j'ignore.
06:09Ce qui a été dit et qui semble avéré, c'est que notamment dimanche dernier,
06:14la France a obtenu l'élargissement de deux prisonniers condamnés pour tentative de coup d'état,
06:19qui sont l'un français et l'autre franco-malgache,
06:22que de fait, il a été soutenu depuis 2009.
06:25La France est beaucoup intervenue pour son accession au pouvoir, l'a soutenu.
06:32D'un autre côté, là, on peut aussi considérer que l'armée française l'a évacuée, en fait, pour dénouer une situation.
06:41Donc, il est possible, mais je n'en sais rien, que le soutien ne soit finalement pas si fort que ça actuellement.
06:46Mais on a encore des liens, une influence sur place ?
06:48Ah oui, ça, par contre, beaucoup.
06:49Oui, oui, de fait, il y a beaucoup, par exemple, de binationaux.
06:52Il y a des entreprises françaises dans beaucoup de secteurs qui peuvent faire l'objet d'un certain nombre de mécontentements.
06:56Par exemple, le futur téléphérique de la capitale, qui n'est pas encore en service, a été construit par une entreprise française.
07:04Oui, il peut y avoir...
07:06Enfin, pardon, il y a vraiment une présence économique forte, militaire discrète mais réelle.
07:11Et politique, on ne sait pas.
07:15Alors, indirect, si vous voulez. On n'est plus du tout dans la situation de la Première République, qui d'ailleurs avait chuté dans des circonstances analogues en 1972.
07:23C'est sans doute le modèle actuel, la référence, c'est ça.
07:26Ces 72, c'est la révolte, notamment des étudiants et pour ce que les gens rappelaient, la deuxième indépendance.
07:31On n'en est plus du tout là.
07:33Catherine Fournay, guérin géographe, professeure à la Sorbonne, spécialiste de Madagascar.
07:37Grand merci d'être venue nous expliquer la situation complexe sur place ce matin sur France Inter.
07:43Bonne journée.
07:44Merci beaucoup.
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