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  • il y a 3 mois
Le procès de Cédric Jubillar pour le meurtre de sa femme Delphine est un "tapis rouge" déroulé à une "erreur judiciaire", a plaidé jeudi après-midi Me Alexandre Martin, à la suite de son associée de la défense Me Emmanuelle Franck qui, face aux assises du Tarn, a fustigé la "chronique d'un désastre". Acquitté ou coupable?, l'enquête de Ligne Rouge.

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Transcription
00:00Au tribunal d'Albi, c'est le jour J pour la défense de Cédric Jubilard.
00:07Dans quel état d'espoir vous êtes ce matin ?
00:11Toujours le même.
00:12Fatigué ?
00:13Fatigué, concentré et combattif.
00:18A la veille du verdict, les deux avocats de l'accusé s'apprêtent à livrer la plaidoirerie de leur vie.
00:24Pour tenter peut-être de faire acquitter celui qui risque la perpétuité.
00:35Dans la salle d'audience, derniers instants de préparation, de concentration.
00:449h06, l'avocate de Cédric Jubilard se lance dans l'arène.
00:49Nous sommes les dernières voix d'un homme écrasé depuis plus de 4 ans
00:56et qui ne sait plus comment dire qu'il est innocent.
00:59Il le dit certainement mal, mais doit-il le dire en hurlant ?
01:03Doit-il le dire en pleurant ?
01:05Doit-il le dire en chuchotant ?
01:07Rien de ce qu'il dira ne satisfera personne.
01:09Pendant plus de 3 heures, maître Franck livre une plaidoirerie habitée
01:16et dénonce un désastre judiciaire.
01:21Quand on n'a pas de preuves, on fait en sorte que l'homme ressemble au crime qu'il a commis.
01:25On a trouvé un truc magique.
01:27On prend plein d'indices, on les met dans une boîte et ça fait un faisceau.
01:31On n'a pas besoin de tout savoir, ce n'est pas grave.
01:34On prend des petits trucs, on secoue la boîte et hop, une preuve.
01:39Devant la cour, l'avocate de Cédric Jubilard livre en fin de matinée
01:45ses derniers souffles de défense.
01:50Ça a duré combien de temps ?
01:524 heures, je crois. 3 heures et 2 minutes, 4 heures, je sais pas.
01:56Moi, je suis convaincue de son innocence
01:57et je suis aussi convaincue qu'on ne peut pas condamner quelqu'un sur un dossier pareil.
02:01Il y a plein d'autres pistes qui n'ont pas été exploitées
02:03parce que dès le début, on n'a pas eu envie de les exploiter, on a fait semblant.
02:06Et donc à partir de là, ça prive l'accusation d'un raisonnement
02:09qui consiste à dire, regardez, on a fermé toutes les portes
02:11et il n'en reste que lui.
02:12Ça, ils ne peuvent pas le faire.
02:15Maître Franck, puis Maître Martin,
02:17les avocats de l'accusé,
02:19ont conclu ce jeudi une semaine de plaidoirie.
02:23Face à eux,
02:25les avocats des partis civils déterminés
02:27à faire condamner Cédric Jubilard
02:29et à convaincre les jurés
02:31qui devront répondre à cette question.
02:33a-t-il tué sa femme
02:35il y a 5 ans.
02:39Le mystère et le suspense ont fait leur oeuvre.
02:43En ce lundi 22 septembre,
02:45il n'est pas encore 8h du matin
02:47et déjà,
02:48ils sont des dizaines à patienter
02:50pour espérer assister à ce premier jour d'audience.
02:53Ce que je conseille,
02:55c'est d'aller faire la queue là-bas,
02:57s'il vous plaît,
02:57parce que...
02:58Non, non, il y a une trentaine.
03:01Si on perd du temps,
03:02si on perd du temps,
03:03il n'y aura plus de place.
03:07Dans cette contre-allée,
03:08arrive l'homme au centre de ce procès.
03:11Face au public
03:12et aux caméras,
03:14Cédric Jubilard est extrait
03:15de cette voiture
03:16de l'administration pénitentiaire.
03:20Cette image furtive
03:21ne permet pas de répondre
03:22à la première question
03:23que se pose le public.
03:26Dans quel état
03:26l'accusé se trouve-t-il,
03:284 ans après sa dernière apparition
03:30et son incarcération à l'isolement ?
03:33C'est inimaginable
03:36les conditions de détention
03:38qui sont imposées à cet homme
03:39depuis 4 ans et demi.
03:40Il ne voit personne
03:42et dans une cellule
03:43de 9 mètres carrés,
03:44tout seul,
03:44il se promène dans une cage
03:46grillagée sur le côté
03:47et au plafond.
03:48Voilà,
03:49le seul détenu médiatique
03:51qui a subi ce traitement,
03:52c'est M. Adeslam,
03:53un des auteurs
03:54des attentats du Bataclan.
03:55Vous voyez de quoi on parle.
03:58À l'intérieur de la salle d'audience,
04:00la tension monte.
04:03Et à la surprise générale,
04:04les caméras sont autorisées
04:06à rentrer.
04:07Cédric Jubilard
04:08a accepté de se montrer.
04:09recroquevillé,
04:23il échange quelques mots
04:24avec ses avocats.
04:28Amégris,
04:29crâne rasé.
04:31Sa tenue et son attitude
04:32dévoilent un homme détaché
04:33avant les 4 semaines d'audience
04:35qu'il s'apprête à affronter.
04:37Allez,
04:38s'il vous plaît,
04:39allez,
04:40je vais vous demander
04:41de sortir.
04:43Je vais vous demander
04:44de sortir,
04:45s'il vous plaît.
04:479h30,
04:48près de 5 ans
04:48après la disparition
04:49de Delphine Jubilard,
04:51le procès peut démarrer.
04:53Pour sa première question,
04:55la présidente
04:55s'adresse au suspect.
04:59Pouvez-vous vous présenter ?
05:01Je m'appelle Jubilard Cédric,
05:05je suis né à Béziers,
05:06j'ai 38 ans.
05:08J'étais peintre en bâtiment,
05:09plaquiste.
05:11Les jurés sont ensuite
05:12tirés au sort.
05:146 citoyens,
05:154 hommes et 2 femmes
05:16qui forment le jury populaire
05:18aux côtés de magistrats
05:19professionnels.
05:21Ils auront ensemble
05:22l'immense responsabilité
05:23le 17 octobre prochain
05:25de dire si oui ou non
05:26Cédric Jubilard
05:27est responsable
05:28du meurtre de sa femme.
05:29Ce lundi,
05:33il clame en tout cas
05:33à nouveau son innocence.
05:37Avant toute chose,
05:38j'ai une question
05:39à vous poser.
05:39J'ai terminé mon rapport.
05:41Quelle est votre position
05:42aujourd'hui ?
05:45Je conteste toujours
05:47les faits qui me sont reprochés.
05:54Cédric Jubilard
05:55est le principal
05:55et seul suspect
05:56dans cette affaire
05:57sans corps,
05:58ni aveu.
06:00Plusieurs éléments
06:00troublants de l'enquête
06:01semblent faire de lui
06:03un coupable idéal.
06:05Pour ses avocats,
06:06la tâche est immense.
06:09C'est vrai que Jubilard,
06:10c'est contradictoire
06:11ce que je veux dire,
06:12mais il ne se défend pas.
06:13Il répond aux questions
06:13telles qu'il est.
06:14Il répond sans détour.
06:16Quand il lui est demandé
06:16s'il fume encore
06:17du cannabis en détention,
06:19il dit oui.
06:19Quand il lui est demandé
06:20s'il a pu voler des choses
06:21à Leclerc,
06:22il dit oui.
06:23Je crois que lui a compris
06:24qu'on n'en était pas là,
06:25qu'il n'allait pas être rattrapé
06:26par le trésor public
06:27ni par les centres Leclerc.
06:29Donc je crois qu'il répond
06:30de manière extrêmement simple
06:33et cache
06:33aux questions qui sont posées.
06:37Les avocats de Cédric Jubilard
06:39peuvent compter sur des témoins
06:40venus semer le doute,
06:42comme cet homme.
06:43A la barre,
06:45il raconte avoir vu une voiture
06:46à environ 2 km du domicile
06:48des Jubilards
06:49le 16 décembre 2020
06:50au petit matin,
06:52soit quelques heures seulement
06:53après la disparition de Delphine.
06:56Moi, j'allais au travail
06:57tous les matins
06:58et je prends une route
07:01de campagne si vous voulez,
07:03on ne voit jamais de voiture.
07:04Et ce jour-là,
07:06sans le savoir,
07:07il y avait cette histoire
07:08de Mme Gildard,
07:09on a vu une voiture
07:10allumée sur le bas-côté
07:12de la route
07:13avec le plafonu allumé.
07:15Et vous voyez un homme aussi,
07:17vous dites ?
07:17Oui, qui est arrivé
07:18sur le côté gauche.
07:19C'est-à-dire,
07:20il n'est pas dans la voiture
07:21à ce moment-là ?
07:21Non.
07:22Et ça vous étonne, ça ?
07:25J'ai été surpris sur le moment
07:26parce qu'on n'avait jamais vu
07:27de personne dans ce chemin.
07:30On n'avait jamais vu de voiture
07:30et jamais vu personne
07:31dans ce chemin de campagne.
07:34Le témoin est formel.
07:36Lorsqu'il apprend
07:37la disparition de Delphine Jubilard,
07:39il contacte la gendarmerie
07:40qui, dit-il,
07:41lui assure que ce qu'il a vu
07:43n'a pas de rapport
07:44avec l'affaire.
07:47Vous trouvez normal
07:48qu'à 48 heures
07:49de la disparition
07:50de Delphine Jubilard,
07:52vous appelez la gendarmerie,
07:53vous dites
07:54« j'ai vu un type courir
07:55comme un dératé,
07:56une voiture allumée »
07:57et que pendant 15 jours,
07:59vous ne soyez pas auditionné ?
08:00La présence inhabituelle
08:03de cette voiture
08:03pourrait pourtant,
08:05selon les avocats
08:05de Cédric Jubilard,
08:06permettre d'innocenter
08:08leurs clients.
08:09Car à cette heure-là,
08:10il était justement chez lui
08:11avec les gendarmes.
08:13On a assisté
08:14pendant trois heures
08:15à vraiment
08:17une démolition en règle
08:21de la part de la défense
08:22par rapport à des indices
08:23qui apparaissent
08:24un petit peu fragiles.
08:25et la défense
08:27a tout repris
08:28les indices
08:29les uns après les autres
08:30pour tout torpiller
08:33de manière méthodique
08:34avec du bon sens,
08:36avec des arguments
08:37qui s'entendent.
08:39Et c'est toute la difficulté
08:40de cette enquête
08:40puisque lorsqu'un indice
08:42nous paraît à charge,
08:44on peut aussitôt
08:45lui opposer le contraire.
08:48Au total,
08:4965 témoins
08:51vont se relayer
08:51à la barre
08:52au cours des 4 semaines
08:53de procès.
08:55Deux d'entre eux
08:56sont particulièrement attendus.
08:59Deux femmes,
09:00deux gendarmes,
09:01Fanny et Sophie.
09:05Elles doivent éclairer
09:06cette nuit
09:07du 15 décembre 2020
09:08où elles sont arrivées
09:09les premières
09:10au domicile du couple
09:11juste après
09:12la disparition
09:13de Delphine Jubilard.
09:16Voici leur déclaration
09:17au lendemain des faits.
09:21J'arrive la première
09:22et vu que c'est éclairé
09:23à l'intérieur,
09:24je le vois accroupi.
09:26Pour moi,
09:26M. Jubilard
09:27est accroupi
09:27devant la machine
09:28à laver.
09:30Dans mon souvenir,
09:31le hublot est ouvert.
09:33Il est en train
09:33de le refermer
09:34quand il nous voit arriver.
09:36Je ne saurais pas dire
09:37ce qu'il y avait
09:37dans la machine
09:38ni ce qu'il faisait
09:39exactement.
09:43Pour que les jurés
09:44se fassent une meilleure idée,
09:46des documents
09:46sont projetés
09:47comme les photos
09:48de la reconstitution
09:49des faits
09:50car le comportement
09:51de Cédric Jubilard
09:52devant cette machine
09:53à laver
09:53paraît surprenant.
09:55pardon de le dire ainsi,
09:59mais l'hygiène
10:00corporelle
10:01de Cédric Jubilard
10:02interroge
10:03sur cette pratique.
10:06Je ne pense pas
10:06qu'il passait sa vie
10:07à faire des machines
10:09à laver.
10:13A l'époque déjà,
10:14cette pièce du dossier
10:15autour de la machine
10:16à laver
10:17cristallise les attentions
10:18des enquêteurs.
10:21Pourquoi Cédric Jubilard
10:22la remplit-il
10:23en pleine nuit ?
10:24Tente-t-il d'effacer
10:25d'éventuelles preuves ?
10:26Ça, c'est quelque chose
10:30qui va lui être reproché
10:31dès le début
10:32et lui,
10:33il va l'expliquer
10:34de la façon suivante.
10:35Il va dire
10:35« Moi, j'ai appelé
10:36à 4h09 du matin,
10:37ils arrivent 50 minutes après.
10:40Dans l'intervalle,
10:40je ne vais pas me recoucher,
10:41je n'ai pas du tout
10:42envie de dormir,
10:43je suis inquiet,
10:43je ne sais pas quoi faire
10:44et donc je prends
10:45des choses qui sont par terre
10:46puisque nous savons
10:47que ce n'est pas très ordonné
10:48chez lui
10:48et je vais les mettre
10:49dans la machine à laver
10:50en attendant qu'ils arrivent.
10:51Alors, il aurait dû faire quoi ?
10:52Se servir un verre d'eau,
10:53prendre un café ?
10:54De toute façon,
10:55tout lui aurait été reproché.
10:59Les deux gendarmes
11:00sont à nouveau questionnés
11:01sur la scène
11:01de la machine à laver.
11:03Un doute persiste.
11:05Cédric Jubilard
11:05s'en est-il servi ?
11:08Les deux gendarmes
11:08sont aussi interrogés
11:09à propos du témoignage
11:11de la meilleure amie
11:11de Delphine Jubilard.
11:15Elle leur aurait déclaré
11:16que la jeune femme
11:17pouvait s'absenter
11:18en pleine nuit.
11:21Or, devant le jury,
11:23aucune des deux gendarmes
11:24n'a évoqué
11:24cette information cruciale,
11:26ce que les avocats
11:27de la défense
11:28ne vont pas manquer
11:29de relever.
11:30êtes-vous briefé avant
11:33de venir ?
11:35Je prépare seul.
11:38Donc seul,
11:38vous oubliez la même chose
11:40que votre collègue
11:41qui a préparé seul,
11:42elle aussi, d'accord ?
11:43Vous vous êtes réuni
11:47avec les enquêteurs ?
11:48Euh...
11:49Oui ?
11:50On avance,
11:50ce n'est pas votre procès,
11:52mais comme par hasard,
11:53vous faites la même erreur.
11:57Ce que l'on a relevé,
11:59c'est qu'il y a deux omissions
12:00qui ont été faites
12:01par les deux gendarmes
12:03à deux moments différents,
12:05deux points très précis
12:06qui sont à décharge
12:07et comme par hasard,
12:08ces deux gendarmes
12:09ont oublié
12:09ces deux points précis.
12:10C'est très curieux quand même
12:11que l'on puisse avoir
12:12deux éléments à décharge
12:13qui ne soient pas exposés
12:15par deux gendarmes
12:17à deux moments différents.
12:18Les avocats pointent
12:19des lacunes dans leur déposition
12:20et vraiment,
12:21on sent que pied à pied,
12:22ils ne vont pas lâcher
12:22pendant quatre semaines.
12:23À chaque fois qu'il y a moyen
12:24de retourner un témoin
12:26et de montrer qu'il y a des failles,
12:27ils vont aller là-dedans.
12:29Pour les avocats
12:30de la partie civile,
12:32il ne s'agit que
12:32de débats périphériques
12:33qui ne permettent pas
12:35de disculper Cédric Jubilard.
12:38C'est vrai qu'apprendre
12:39les choses de manière isolée,
12:41on finit pratiquement
12:42par s'y perdre.
12:43On crée un brouillard de guerre
12:44qui n'est pas compatible
12:45avec l'idée qu'il faut se faire
12:47de l'ampleur
12:49et de la qualité des moyens
12:50qui ont été déployés
12:51pour retrouver Delphine Jubilard.
12:53À l'issue de la première moitié
12:55de ce procès,
12:57le sérieux de l'enquête
12:58est bousculé.
12:58Lundi 6 octobre,
13:05la troisième semaine
13:06s'ouvre avec un témoignage clé
13:07qui pourrait faire basculer
13:09le verdict.
13:11Il est 9h30,
13:13l'audience vient tout juste
13:14de démarrer
13:15quand l'amant de Delphine Jubilard
13:17entre en scène.
13:20Pour la première fois,
13:21Cédric Jubilard découvre son rival.
13:23Quand la présidente a demandé
13:26aux policiers
13:26de faire rentrer
13:27ce témoin dans la salle,
13:29tout le monde a frémi.
13:30L'amant,
13:31c'est l'homme
13:31que l'on attendait tous.
13:33On n'avait encore
13:33jamais vu son visage.
13:35Même Cédric Jubilard
13:36n'avait jamais encore
13:38vu son visage.
13:38C'était la première fois
13:39que ces deux hommes
13:40étaient face à face.
13:43Un amant
13:44nommé Donagent M,
13:46âgé de 44 ans.
13:48Il fréquente Delphine Jubilard
13:49depuis près de 5 mois
13:50au moment de sa disparition.
13:52Une histoire d'amour secrète.
13:55On ne savait pas
13:56ce que ça allait donner.
13:57On était dans le même cas de figure.
13:58On avait tous les deux
13:59épuisé notre capitale
14:00dans notre couple.
14:02Ça a matché,
14:02ça a fonctionné.
14:04Ce n'était pas
14:04qu'une histoire charnelle.
14:07On arrivait à se voir
14:08deux fois par mois.
14:09On était tous les deux
14:10dans l'ombre,
14:11en position d'adultère.
14:13Elle parlait très peu de Cédric.
14:14Elle l'éclipsait
14:15dans les discussions.
14:18L'amant détaille longuement
14:19ces dernières semaines
14:20avec Delphine Jubilard.
14:22Leur projet pour l'avenir.
14:24Il en profite surtout
14:25pour asséner sa conviction
14:27sur ce qu'il est arrivé
14:29à sa maîtresse.
14:32Oui, aujourd'hui,
14:33j'ai l'intime conviction
14:34que c'est Cédric Jubilard
14:35qui a fait disparaître sa femme.
14:40Dans son box,
14:41Cédric Jubilard
14:42reste impassible.
14:45Ses avocats, eux,
14:46décident de contre-attaquer.
14:47Il est midi 54.
14:50L'amant est interrogé
14:51depuis plus de trois heures.
14:53La défense de l'accusé
14:54déroule son plan.
14:58Est-ce que vous vous êtes rendu
14:59à Cagnac-les-Mines ce soir-là ?
15:01Je ne me suis jamais rendu
15:03à Cagnac-les-Mines.
15:06Derrière l'apparence
15:07d'une question banale
15:08se trouve peut-être
15:09le point de bascule
15:10de ce procès.
15:12Une brèche
15:12dans laquelle l'avocate
15:14de Cédric Jubilard
15:15s'engouffre.
15:16Il y a quelque chose
15:17d'assez grave
15:18dans le dossier
15:19qui n'intéresse personne.
15:20Vous êtes dans une liste
15:22des numéros recensés
15:23sur la couverture
15:24du domicile des Jubilards
15:25dans la nuit des fées.
15:28Je ne comprends pas bien
15:29la question.
15:30Votre téléphone capte
15:31une cellule
15:32qui couvre le domicile
15:33des Jubilards
15:34entre 22h
15:35et 6h du matin.
15:36Je ne peux pas répondre
15:37quelque chose de cohérent
15:38à votre question.
15:39j'étais chez moi.
15:42Coup de théâtre
15:43dans la salle d'audience.
15:44Les avocats
15:45de Cédric Jubilard
15:46assurent que
15:47le téléphone de l'amant
15:48a déclenché
15:49une cellule
15:49à proximité
15:50du domicile du couple
15:52dans la nuit
15:52de la disparition.
15:54La stupeur totale
15:56dans la salle.
15:57On a presque tous
15:58eu un moment
15:59où on s'est arrêté
15:59de respirer.
16:00D'un seul coup,
16:01l'amant est devenu
16:02potentiellement
16:03un suspect.
16:05Parce que personne
16:06n'avait connaissance
16:07de cet élément
16:09dans la procédure
16:10qui avait échappé
16:11visiblement
16:11à tout le monde,
16:12à toutes les parties.
16:15L'avocate
16:16de Cédric Jubilard
16:17va même aller plus loin.
16:19Selon elle,
16:19si la ligne téléphonique
16:21de l'amant
16:21est quasiment invisible
16:22dans le dossier,
16:24ça n'est pas un hasard.
16:26Cet élément
16:26a été volontairement
16:28retiré
16:28par les enquêteurs.
16:30Vous avez des réquisitions
16:31pour des numéros
16:31qui figurent tous
16:32au dossier,
16:33sauf le sien.
16:34Voilà où on en est.
16:36Il y a eu
16:36216 études téléphoniques
16:38et il n'en manque qu'une.
16:39C'est la sienne.
16:41Mais alors,
16:42pourquoi les données
16:43du téléphone
16:44de l'amant
16:44auraient-elles disparues ?
16:48Cette première journée
16:50de la troisième semaine
16:51s'achève
16:52dans l'incompréhension.
16:54Quelle importance
16:55accordée
16:55à ces révélations
16:56fracassantes.
16:58Les avocats
16:59de Cédric Jubilard
17:00viennent-ils
17:01de rapprocher
17:01leurs clients
17:02d'un possible acquittement ?
17:04On sent que
17:05dans la tête
17:05des jurés,
17:06il y a forcément
17:07un doute
17:07qui vient de s'instiller.
17:08On se met tous
17:09à essayer
17:09de comprendre
17:10pourquoi
17:10ce numéro
17:11de téléphone
17:12qui appartient
17:13sans aucun doute
17:14à Donagent
17:15se retrouve
17:16autour du domicile
17:17des Jubilards
17:17la nuit
17:18de la disparition.
17:21À Albi,
17:22la nuit porte conseil
17:23à la présidente.
17:25Elle annonce
17:26ce mardi matin
17:26que le gendarme
17:28qui a travaillé
17:28sur la téléphonie
17:29va revenir à la barre
17:31pour éclaircir
17:32les doutes
17:32de la veille.
17:34Il s'agit
17:35d'un major
17:35de la gendarmerie,
17:37une pointure
17:38de la section
17:38de recherche
17:39de Toulouse.
17:40Il a travaillé
17:41pendant six mois
17:41sur les éléments
17:42téléphoniques
17:43du dossier.
17:45Seul,
17:46face à la cour,
17:47il doit désormais
17:48justifier
17:49les incohérences
17:50du dossier.
17:53La défense
17:53de M. Jubilard
17:54a soulevé
17:55une contradiction
17:55dans cette procédure.
17:57Pouvez-vous
17:58nous expliquer ?
17:59Sur la présence
18:04de Donagent
18:04sur ce listing,
18:06en fait,
18:06c'est une erreur
18:06de ma part.
18:08Le numéro
18:08figure bien
18:08sur ce listing
18:09en tant que correspondant
18:10de Delphine Jubilard
18:11dans l'après-midi.
18:15C'est son téléphone
18:16à elle
18:16qui borne à Cagnac ?
18:18Oui.
18:21Contrairement
18:21à ce qui a été
18:22affirmé la veille,
18:23le téléphone
18:24de l'amant
18:24de Delphine Jubilard
18:25n'a jamais été détecté
18:27à proximité
18:28du domicile
18:29du couple.
18:30Face à une cour
18:31médusée,
18:32le gendarme
18:33va expliquer
18:34avoir réalisé
18:35une mauvaise
18:36manipulation
18:36informatique.
18:39On peut s'interroger
18:40sur ce type
18:40d'erreur,
18:41monsieur.
18:42Comment l'expliquer ?
18:43J'ai réalisé
18:44un copier-coller
18:45et je n'ai pas
18:46fait de vérification.
18:47C'est un travail
18:48technique,
18:49il faut manier
18:49des logiciels.
18:51C'est moi
18:51qui ai fait une erreur
18:52et il n'y a pas
18:53de vérification derrière.
18:54Comment une telle
18:56erreur a-t-elle
18:57pu être commise
18:58dans un dossier
18:59où chaque élément
19:00peut accabler
19:01ou disculper
19:02Cédric Jubilard ?
19:05Pour la défense,
19:06ça reste quand même
19:08un point
19:08qu'ils ont marqué.
19:09Ils ont réussi
19:09à démontrer
19:10qu'il y avait
19:11au moins une erreur
19:12et une erreur
19:12relativement grave
19:14dans l'enquête,
19:15ce qui jette
19:16quelque part
19:17peut-être
19:18dans la tête
19:18des jurés
19:19un doute
19:19sur d'autres
19:20potentiels éléments
19:21dans l'enquête.
19:22Mais à l'aube
19:23de cette deuxième semaine,
19:25les avocats
19:25des partis civils
19:26veulent reprendre
19:27la main.
19:28D'un pas décidé,
19:29Maître Batik,
19:30l'avocat de l'oncle
19:31et de la tante
19:31de Delphine Jubilard,
19:34s'avance avec certitude
19:35sur la suite
19:36du procès.
19:37C'est la courbe
19:39naturelle
19:40d'une cour d'assises.
19:41Vous marquez
19:41des points,
19:42vous perdez,
19:43le lendemain
19:43vous regagnez,
19:44l'après-lendemain
19:44vous reperdez.
19:45Évidemment,
19:46les jurés
19:47fluctuent aussi
19:48tout à fait naturellement
19:49entre doute
19:50et certitude
19:51et à la fin,
19:51in fine,
19:52il y aura une vérité
19:53judiciaire
19:53qui émanera de tout ça.
19:55Pour faire basculer
19:56l'intime conviction
19:57de ces jurés,
19:59mardi,
20:00l'accusation dévoile
20:01une carte majeure,
20:02un enregistrement inédit.
20:07Nous sommes le 17 décembre 2020,
20:1033 heures après la disparition
20:11de Delphine Jubilard.
20:13Son frère
20:14et son cousin
20:15décident de rendre visite
20:16à Cédric,
20:17au domicile du couple.
20:18Se méfie-t-il de lui ?
20:21Imagine-t-il
20:22qu'il puisse être coupable ?
20:24Ils vont en tout cas
20:25enregistrer à son insu
20:27la conversation qui suit.
20:29Quand est-ce que vous avez parlé
20:30de divorce la première fois ?
20:31Cet été.
20:32On s'était donné
20:33un mois,
20:33un mois et demi
20:34pour sauver le couple
20:36si tu veux.
20:37Elle me dit
20:37non, non,
20:38mais ça sert à rien.
20:39De toute façon,
20:39ma décision est prise.
20:40Je suis déjà très loin
20:41dans ma tête.
20:42Elle me dit
20:42qu'elle a trouvé quelqu'un,
20:43tu vois,
20:44et j'ai dit,
20:44j'ai fait de toute façon
20:45c'est le mec
20:45que t'as rencontré
20:46sur Internet.
20:46L'échange entre les trois hommes
20:49dure plus de 20 minutes
20:50pendant lesquelles
20:52Cédric Jubilard
20:52parle parfois
20:53de sa femme au passé
20:54et d'un divorce
20:56qui semble acté.
20:58Il fait aussi preuve
20:59d'un certain calme
21:00au moment d'évoquer
21:01la disparition
21:02de l'avant-veille.
21:03Mais moi,
21:044 à moins 10,
21:054 à moins le quart,
21:06c'est la petite
21:06qui m'a réveillé,
21:07personne dans le lit.
21:09Je suis bien
21:09s'endormi sur le canapé,
21:10tu vois.
21:11Puis là,
21:11je vais commencer
21:12un peu à l'appeler.
21:13Ré.
21:13Le cousin
21:15et le frère
21:16de Delphine Jubilard
21:17continuent de l'interroger
21:19sur cette nuit-là.
21:21Qu'est-ce qu'elle avait
21:21comme chaussure ?
21:22Des espèces de boots.
21:24Des trucs chauds.
21:25Non, mais c'est des trucs
21:27très chauds.
21:28C'est des trucs chauds
21:29l'hiver, quoi.
21:30Et le pyjama dessous.
21:33C'est ce que je suppose.
21:35Que faut-il retenir
21:37de cet enregistrement ?
21:39Les deux camps
21:40vont avoir
21:40des interprétations
21:41diamétralement opposées
21:43des réactions
21:43de Cédric Jubilard.
21:45Les partis civils
21:46y voient un manipulateur.
21:49La défense,
21:50un homme au-dessus
21:51de tout reproche.
21:52Pendant moins de 10%
21:54de l'audio,
21:55il va parler de Delphine,
21:56des causes de sa disparition,
21:58des recherches.
21:59Mais ça,
21:59ça ne correspond
21:59qu'à 10% de l'audio.
22:01C'est quand même
22:01assez cocasse
22:02pour un homme
22:03qui est censé être inquiet,
22:04qui est censé avoir passé
22:04plus de 180-190 appels
22:06quelques heures auprès avant.
22:08Chacun interprète
22:08comme on veut cet audio.
22:10Nous, nous considérons
22:11que c'est Cédric Jubilard.
22:13Vous avez des personnes
22:13qui viennent,
22:14qui veulent en savoir plus,
22:16qui ont déjà
22:16une certaine conviction,
22:17qui posent des questions,
22:18il y répond.
22:19Et à la fin,
22:19il s'effondre
22:20dans les bras
22:20de ces deux personnes.
22:22Pour emporter
22:22la décision des jurés,
22:24les avocats des partis civils
22:26vont tenter
22:26de dresser
22:27un portrait sombre
22:28de Cédric Jubilard
22:29et de sa relation
22:31avec sa femme.
22:32Il était violent
22:33à l'égard de Delphine,
22:34il la rabaissé,
22:35il ne la mettait pas en valeur,
22:37il était méprisant,
22:38méprisant à l'égard
22:39de son fils.
22:39Vous avez entendu
22:40que pendant 3 quarts d'heure,
22:41une heure,
22:42il le mettait au coin,
22:44à genoux à terre,
22:45bien sûr.
22:46Voilà,
22:46et vous avez surtout entendu
22:48qu'il ne se remet pas
22:48en question.
22:49Il banalise ses violences,
22:50c'est quand même scandaleux.
22:52J'essaie de lui faire dire
22:54qu'elles étaient régulières,
22:55il peut concéder des gifles,
22:57mais il n'y a pas
22:57de remise en question.
23:01Les avocats des enfants
23:02énumèrent plusieurs épisodes
23:04de violence
23:04qui seraient intervenus,
23:06parfois en public,
23:08à l'égard du petit garçon.
23:09Nous savons que de sa naissance
23:12jusqu'à l'âge de 6 ans,
23:13il s'est fait un petit peu
23:14bousculer par un père sévère
23:16pour employer des termes
23:18qui relèvent du doux euphémisme.
23:20Quand le bourreau est le père,
23:22par définition,
23:23on est un peu déchiré
23:24puisqu'il aurait dû vous protéger,
23:26c'est celui qui vous secoue.
23:27Ça donne des choses
23:28un peu bizarres,
23:29qui consistent effectivement
23:30pour le gamin à dire
23:31« moi, mon papa,
23:33je l'aime,
23:34mais trois points de suspension. »
23:36Voilà, ça c'est l'état d'esprit
23:37d'un enfant de 6 ans.
23:39Derrière la vitre de son box,
23:41Cédric Jubilard, lui,
23:42refuse d'être accusé
23:43de maltraitance
23:44et essaye, comme il peut,
23:46de se justifier.
23:49Les enfants, c'est sûr
23:51qu'il faut qu'ils aient peur,
23:52mais je ne les terrorisais pas.
23:54On passait de très bons moments
23:55ensemble.
23:56Oui, il faut qu'ils aient peur,
23:57sinon on se fait bouffer.
24:00Ça donne une coloration
24:01à cette affaire, en fait,
24:03Cédric Jubilard,
24:04il était violent
24:04à l'égard de lui.
24:06Il était violent
24:06psychologiquement,
24:07même à l'égard d'Elia,
24:08puisqu'il a traité d'handicapé.
24:10Il disait à des personnes
24:11de la famille
24:11« tiens ton handicapé »
24:13parce qu'elle avait 18 mois
24:14et qu'elle ne marchait pas encore.
24:15Les enfants n'assistent pas
24:17au procès,
24:18ne témoignent pas non plus.
24:20Leur parole est relayée
24:22à la barre par leurs avocats.
24:24Et lundi dernier,
24:26ce sont eux
24:26qui lisent la lettre écrite
24:28par Louis
24:28à la présidente du tribunal.
24:31Un courrier de trois pages,
24:33rédigé à la main,
24:34une semaine avant
24:36la fin du procès,
24:37et dans lequel
24:38le petit garçon
24:39évoque notamment
24:40les punitions
24:41infligées
24:42par celui
24:43qu'il nomme
24:44Cédric.
24:46Lorsque maman
24:47n'avait pas encore
24:47disparu,
24:48Cédric me demandait
24:49de m'agenouiller
24:50sur des Legos
24:51pendant 30 minutes.
24:53Il me demandait
24:53de baisser mon pantalon
24:54pour me mettre
24:55des fessées.
24:57Il m'insultait
24:57de petit ou gros con.
24:59Dans son box,
25:01Cédric Jubilard
25:02ne réagit pas,
25:03ou peu.
25:05Une attitude
25:05sans équivoque
25:06pour la partie civile.
25:08Moi, je sens
25:09aucune remise en question.
25:11Ce qu'il a pu exprimer
25:12suite à cette lecture
25:13de lettres,
25:14c'est que c'était triste.
25:16Donc, triste de quoi ?
25:17Moi, je n'ai jamais entendu
25:18mea culpa
25:19dire qu'il est désolé
25:21par rapport
25:21à tout ce que ses enfants
25:22ont vécu,
25:23notamment Louis.
25:24Malheureusement,
25:26il n'y a rien
25:26qui permet
25:27de décrisper
25:29ou d'avoir
25:29une authenticité
25:30de la part
25:32de Cédric Jubilard.
25:33À la barre,
25:34l'avocate
25:34de Cédric Jubilard
25:35tente d'adoucir
25:36l'image négative
25:37de son client.
25:41Votre fils Louis
25:42a demandé
25:43à vous voir.
25:44Est-ce que vous avez
25:44envie que vos enfants
25:45viennent vous voir
25:46en prison ?
25:47En prison, non,
25:48mais en visio, oui.
25:50On vous l'a proposé ?
25:51Non, personne.
25:52Vous avez baissé les bras ?
25:54Mon dernier courrier
25:55date du 28 juillet
25:56et mon courrier
25:57n'a toujours pas été
25:58transmis.
26:01Louis et Elia Jubilard,
26:03aujourd'hui 11 et 6 ans,
26:05attendent pourtant
26:05des réponses
26:06de la part de leur père.
26:08C'est ce que rapporte
26:08l'administratrice
26:09des deux enfants.
26:11Louis est convaincu
26:11du décès de sa mère.
26:13Elia pense
26:14qu'elle est vivante.
26:16Elle nous dit
26:16qu'elle aimerait
26:16avoir une baguette magique.
26:18Elle fait abracadabra
26:19pour que sa maman
26:20revienne
26:20pour ne pas l'oublier.
26:22Louis est convaincu
26:23que c'est son père
26:24qui l'a fait.
26:27Une conviction
26:28que partage
26:29Jennifer,
26:3031 ans,
26:31une ex-compagne
26:32de Cédric Jubilard.
26:34En 2021,
26:36c'est elle
26:36qui le contacte
26:37au lendemain
26:37de la disparition
26:38de Delphine.
26:39Je l'ai fait spontanément
26:44sans penser
26:44qu'il pouvait être
26:45à l'origine
26:45de quoi que ce soit
26:46pour le soutenir,
26:47pour aider les enfants.
26:51Rapidement,
26:52les échanges
26:52deviennent quotidiens.
26:54Ils passent parfois
26:55des nuits entières
26:56en visio.
26:57Mais ils ne se rencontrent
26:58que plus tard,
27:00une fois que Cédric Jubilard
27:01est incarcéré.
27:03Interrogée à distance
27:04par la cour,
27:06Jennifer raconte
27:07ses heures passées
27:07au parloir
27:08et certains faisaient
27:10gestes de l'accusé.
27:11Un jour,
27:12il m'attrape le cou,
27:13il me serre,
27:14il me dit en rigolant
27:15je l'ai fait une fois,
27:17je peux le refaire deux fois.
27:18Une autre fois,
27:19il me dit que
27:20si je le trompe,
27:21je vais finir
27:21à côté de Delphine,
27:23je sais ce qui va m'arriver.
27:25Des menaces
27:26comme des aveux.
27:28Le couple avait évoqué
27:29l'idée d'un mariage
27:30et même d'un bébé ensemble.
27:32Dans l'enceinte
27:33des murs de la prison,
27:35leur relation
27:35se construit petit à petit
27:37jusqu'à ce jour
27:38de 2025
27:39où Jennifer
27:40dit avoir recueilli
27:42les confidences
27:43de son compagnon.
27:45C'est ce qu'elle
27:45nous avait raconté
27:46lorsque nous l'avions rencontré
27:48à la veille du procès.
27:50Un jour,
27:51un parloir,
27:51je lui dis
27:51mais c'est toi ?
27:53Et là,
27:53elle me dit oui.
27:55Et c'est là
27:56qu'il m'a fait
27:56les aveux en fait.
27:58Moi,
27:59il m'a dit
27:59qu'ils ne se sont pas disputés
28:01qu'en fait,
28:02elle allait vers le canapé
28:03et qu'il l'a étranglée
28:05et qu'elle n'a pas pu
28:07pousser de cris.
28:09Il me dit
28:09qu'il ne reste que les eaux,
28:12qu'elle est dans une ferme,
28:14dans un champ.
28:16Il ne me dit pas précisément
28:17où parce qu'il me dit
28:18c'est son jardin secret.
28:20Il m'a dit
28:20c'est ma sécurité,
28:21je risque 30 ans
28:22si je te dis voilà.
28:24Un récit
28:25qu'elle répète
28:26presque mot pour mot
28:27à la barre.
28:27en précisant
28:29que Cédric Jubilard
28:30aurait mimé sur elle
28:31comment il avait
28:33étranglé sa femme.
28:34Pour elle,
28:35pas de doute,
28:36il est coupable.
28:37La défense rebondit alors
28:39sur le comportement
28:40de la jeune femme
28:40à la sortie du parloir.
28:42Quand vous recevez
28:43ces confidences,
28:45ça doit vous faire peur.
28:46Vous continuez quand même
28:47à aller le voir.
28:48Je ne réalise pas
28:49sur le coup
28:50et puis j'y vais
28:50de moins en moins après.
28:54Vous ne prévenez pas
28:55les surveillants,
28:56vous ne criez pas.
28:57ils viennent d'essayer
28:58de vous étrangler.
28:59Comme je vous dis,
29:00je ne réalise pas
29:00sur le coup.
29:07Depuis le début
29:08du procès,
29:09elle est assise,
29:11silencieuse,
29:12sur le banc
29:12des partis civils.
29:17Nadine Fabre,
29:18une mère rongée
29:19par la culpabilité,
29:21se lève à son tour
29:22pour témoigner
29:23face à Cédric Jubilard,
29:25son propre fils.
29:27Ma constitution
29:28de partie civile
29:28a choqué
29:29et je peux le comprendre.
29:31Je culpabilise
29:31de ne pas m'être
29:32plus investie
29:33dans ma relation
29:33avec Delphine
29:34et de ne pas avoir
29:35pris en compte
29:36tout ce que me disait
29:37mon fils.
29:38Aujourd'hui,
29:38ce qui compte,
29:39c'est le bien-être
29:39de mes petits-enfants
29:40et la vérité.
29:41Longtemps,
29:44Nadine Fabre a refusé
29:45d'apparaître
29:46et de témoigner
29:47face aux caméras.
29:48Un silence brisé.
29:52Nous l'avons rencontrée,
29:54éprouvée par ce long procès
29:56où chaque jour,
29:57elle voit son fils
29:58dans un box d'accusés.
30:00Avec pour seule motivation,
30:02rester digne
30:03pour ses petits-enfants.
30:04C'est pour moi
30:06le plus important,
30:07c'est les petits.
30:08Si un jour,
30:10il leur prend l'envie
30:11de m'interroger
30:12et de me demander,
30:14je pourrais leur dire
30:15que j'étais là
30:16du début à la fin
30:17pour eux.
30:19Elle assure
30:20ne pas être venue
30:20pour témoigner
30:21contre son fils.
30:23Mais ses confidences
30:24vont pourtant peser
30:25sur la défense
30:26de Cédric Jubilard.
30:27Notamment,
30:28lorsqu'elle raconte
30:29les larmes aux yeux,
30:31une scène survenue
30:32trois semaines
30:32avant la disparition
30:33de Delphine.
30:34On discutait,
30:35il était très agité,
30:37il était énervé
30:38envers Delphine
30:40et il m'a dit
30:41cette phrase
30:42que je vous avoue,
30:44j'en ai marre
30:44de répéter
30:45et je ne répéterai plus.
30:48Incapable de terminer
30:49cette phrase
30:49qu'elle a prononcée
30:50devant la présidente
30:51quelques heures plus tôt.
30:55C'était sur le parking
30:56de mon travail.
30:57C'était un matin,
30:58il était venu au magasin
30:59avec sa fille.
31:01Je le trouvais énervé
31:02et agité.
31:03on est sortis,
31:04on a fumé,
31:05discuté,
31:05il s'est tourné
31:06tout en mettant sa fille
31:07dans la voiture
31:08et il m'a dit
31:08j'en ai marre,
31:11elle m'énerve,
31:12je vais la tuer,
31:13je vais l'enterrer
31:13et personne ne va la retrouver.
31:19Nadine Fabre
31:19regrette aujourd'hui
31:21de ne pas avoir pris au sérieux
31:22les menaces prononcées
31:24par son fils.
31:24C'était des paroles à l'air
31:27pour moi
31:27sur le moment.
31:29D'ailleurs,
31:30je lui dis,
31:30je lui dis arrête
31:31de raconter les conneries,
31:32c'est du n'importe quoi.
31:34Au vu ce qui s'est passé après,
31:37c'était peut-être
31:38les prémices,
31:39mais voilà.
31:42C'est vrai que je n'ai pas été
31:43assez vigilante
31:43à ce moment-là.
31:45Pour cette mère,
31:47le doute existe.
31:48Son fils a pu
31:49tuer Delphine Jubilard.
31:51Elle ne pense aujourd'hui
31:52qu'à savoir la vérité.
31:54Je lui reposerai
31:55la même question
31:56que je lui ai posée
31:57lorsque nous avons été
31:58confrontés
31:59lors de nos gardes à vue
31:59respectives,
32:01à savoir,
32:02dis la vérité
32:02pour tes enfants,
32:06pour la mémoire de Delphine
32:07et pour la famille de Delphine.
32:10Quelles conséquences
32:11peuvent avoir
32:11ces déclarations de la mère
32:12sur l'issue du procès ?
32:19Face à ces témoignages
32:20déstabilisants,
32:21parfois accablants,
32:23Cédric Jubilard
32:24lui campe
32:24sur ses positions.
32:26Et s'il concède
32:27d'avoir parfois
32:28été grossier
32:29ou insultant
32:29avec sa femme notamment,
32:31il assure que jamais
32:32il n'est passé
32:34à l'acte.
32:35Quand quelque chose
32:37ne me convient pas,
32:37je m'énerve vite
32:38et je redescends
32:39aussi vite,
32:40je crie.
32:41Mais jamais
32:41je n'ai été violent
32:42physiquement.
32:43Je n'ai jamais
32:44levé la main
32:45sur Delphine,
32:45je ne l'ai jamais frappé.
32:46Poussé dans ses retranchements
32:50tout au long
32:51de son interrogatoire,
32:52Cédric Jubilard
32:53apparaît parfois nerveux
32:55mais ne dévie
32:56jamais de son cap,
32:57convaincre les jurés
32:58de son innocence.
33:00Car demain matin,
33:02ce sont eux
33:02qui vont décider
33:03de son avenir.
33:04Il y a un moment
33:05très solennel
33:06à un procès,
33:07c'est la présidente
33:08de la cour d'assises
33:09qui va lire
33:09un article du code pénal
33:11en une phrase
33:12pour résumer.
33:12La dernière phrase
33:13de cet article
33:13c'est « avez-vous
33:14une intime conviction ? »
33:15Et là,
33:16elle va s'adresser
33:16aux jurés
33:17et dans cette affaire
33:18évidemment,
33:18cette phrase
33:19elle résonne énormément
33:20parce qu'on rappelle
33:21qu'il n'y a pas de corps,
33:21pas de scènes de crime,
33:23pas d'aveu,
33:23mais il y a tout
33:24un faisceau d'indices.
33:25Est-ce que ce sont
33:25des charges suffisamment importantes
33:27pour condamner
33:28Cédric Jubilard ?
33:29Les jurés vont devoir
33:30en quelque sorte
33:31en leur âme et conscience
33:32peser le pour et le contre.
33:34Enfermés dans la salle
33:35de délibération,
33:36les six jurés
33:37et les trois magistrats
33:38vont alors discuter,
33:40débattre,
33:41échanger
33:42pour rendre leur verdict.
33:44Ils vont devoir répondre
33:45à une question.
33:46Cédric Jubilard
33:47est-il coupable
33:47d'avoir donné la mort
33:48à sa femme Delphine ?
33:50Oui ou non,
33:51ils vont voter
33:52à bulletin secret.
33:53Il faut sept voix
33:54pour le condamner.
33:55Tant qu'ils ne sont pas
33:56arrivés à ces sept voix,
33:57ils vont voter
33:58et re-voter.
33:59Il faut trois voix
34:00pour l'acquittement.
34:01Donc évidemment,
34:01ça va être des tours de vote
34:02et beaucoup de discussions.
34:04Une délibération
34:05à huis clos,
34:06mais qui fascine déjà
34:07sur les marges
34:08du tribunal d'Albi,
34:09ceux qui ont assisté
34:10au dernier jour du procès.
34:12Je me suis projeté
34:13et à mon âme et conscience,
34:17je ne pourrais pas
34:17prendre de décision
34:18sans être sûr.
34:20Ça, c'est évident.
34:21Moi, je pense qu'ils vont
34:21mettre une peine
34:23assez conséquente
34:23à M. Jubilard
34:25dans le sens où
34:25ils sont obligés
34:26de sanctionner
34:27cet afflux médiatique.
34:29Mais avec ce qu'il y a
34:31actuellement,
34:31ils ne peuvent pas
34:32légalement,
34:32en tout cas,
34:33selon moi,
34:33le condamner.
34:34Oui, OK,
34:35il est suspect.
34:37Suspect, OK, oui,
34:38mais des preuves
34:39assez formelles
34:40pour dire qu'il est
34:41enfermé pendant 30 ans,
34:42non.
34:4430 ans de réclusion criminelle,
34:46c'est ce qu'ont requis
34:47les avocats généraux
34:48contre Cédric Jubilard.
34:50Mais s'il est juré
34:51le juge coupable,
34:53c'est eux, toujours,
34:54qui devront fixer sa peine
34:55en suivant un processus
34:57très encadré.
34:58Là encore,
34:59chacun écrit sur un petit bulletin
35:00la peine à laquelle
35:02ils souhaitent le condamner,
35:0330 ans, 20 ans, 10 ans,
35:04et puis ensuite,
35:05on vote.
35:05S'il n'y a pas
35:06cette voie concordante,
35:07on enlève la peine
35:08la plus haute,
35:09la peine la plus basse,
35:10et on revote
35:11dans ce quantum
35:12de peine possible
35:13jusqu'à ce qu'il y ait
35:14cette voie concordante.
35:16L'épilogue de 4 semaines
35:17d'un procès hors normes.
35:19Selon le verdict,
35:21les avocats de Cédric Jubilard
35:22ou le parquet
35:23peuvent décider
35:24de faire appel.
35:27Ils auront 10 jours
35:28pour se décider.
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