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  • il y a 11 mois
Jean-François Corty, président président de Médecins du monde, est l'invité de 6h20 de Mathilde Munos.
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Transcription
00:00L'aide humanitaire a pu reprendre tout doucement dans la bande de Gaza, la faveur de la trêve entre Israël et le Hamas.
00:06Des camions d'ONG sont entrés dans ce territoire où les besoins sont immenses après deux ans de guerre,
00:11qui ont tout détruit et affamé la population.
00:13Et je reçois ce matin le président de Médecins du Monde. Bonjour Jean-François Corti.
00:17Bonjour.
00:17Alors il faut signaler qu'il y a une particularité quand même à propos de votre organisation,
00:20c'est que Médecins du Monde n'a jamais quitté Gaza.
00:23Vous avez gardé des équipes sur place depuis deux ans.
00:26Dans quel état d'esprit sont-ils aujourd'hui ?
00:29Oui, on a des humanitaires et des équipes essentiellement de Palestiniens dans Gaza,
00:34qui sont en place depuis de nombreuses années, y compris aussi en Cisjordanie,
00:38où la situation se dégrade régulièrement.
00:42Et nos équipes, c'est une centaine de personnes, des soignants, des logisticiens,
00:47ont été déplacés à plusieurs reprises pendant deux ans.
00:51Nous avons perdu un médecin sous les bombes.
00:53Chaque membre de l'équipe a perdu des proches dans sa famille.
00:55Et ils ont été, comme d'autres humanitaires, soumis à la faim et la soif pendant ces derniers mois.
01:02Donc il faut quand même le dire aujourd'hui, cet accord qui n'est pas un accord de paix,
01:08parce qu'on n'est pas dans une perspective notamment d'autodétermination des Palestiniens dans Gaza.
01:14On ne parle pas de la colonisation en Cisjordanie.
01:17Il y a beaucoup d'éléments aujourd'hui qui ne sont pas clairs sur l'avenir de ce territoire.
01:22En revanche, il y a un cessez-le-feu.
01:24Et il y a, vous le savez, et on le sait, des otages qui ont été libérés à un calvaire qui s'arrête pour eux.
01:29Il y a des prisonniers palestiniens aussi.
01:31Et puis il y a surtout l'arrêt des bombardements,
01:34qui devrait permettre d'atténuer les mortalités qui sont colossales.
01:39Mais comment ça se passe concrètement depuis la trêve ?
01:41Est-ce que les frontières sont totalement ouvertes ?
01:43Est-ce qu'il y a encore des contrôles de la part de l'armée israélienne ?
01:45Est-ce que ces camions-là qu'on a vus vont pouvoir traverser facilement la frontière pour aller à Gaza ?
01:50Aujourd'hui, les choses ne sont pas très claires pour l'instant.
01:54On espère une entrée massive d'aide humanitaire.
01:58Mais il va falloir d'abord des prérequis.
02:00Il faut considérer que depuis deux ans, les organisations comme Médecins du Monde, MSF et d'autres,
02:06on a perdu des personnels, je vous l'ai dit,
02:09les Nations Unies aussi ont perdu des dizaines,
02:11notamment l'UNRWA, l'agence des Nations Unies qui travaille sur les réfugiés,
02:15ont perdu des dizaines et des dizaines d'acteurs.
02:19Et donc il y a une nécessité de relégitimation de ces organisations
02:23qui ont été politiquement stigmatisées, physiquement tuées.
02:28Et donc il y a un besoin de sécurité.
02:31Donc il y a ce premier niveau, la politique nécessaire.
02:34Et puis, vous le savez aussi, quand l'aide rentrait à minima,
02:37elle est rentrée pendant deux ans, mais souvent de manière sous-proportionnée par rapport aux besoins,
02:43le peu d'aide pouvait être détourné par des groupes pseudo-mafieux qui mettaient en danger les équipes.
02:48Donc il va falloir, pour inverser cette tendance, faire entrer massivement de l'aide.
02:53Beaucoup de camions qui sont d'ailleurs prépositionnés depuis deux ans à Al-Al-Riche en Égypte,
02:59en Israël aussi, et qui ne demandent qu'à rentrer avec des conditions de sécurité qui soient adéquates pour nos équipes.
03:05Ça c'est le premier point.
03:06Et le deuxième point, c'est qu'il va falloir aussi soulager nos équipes,
03:10faire entrer d'autres collègues qui puissent venir les aider dans leur activité.
03:15Parce qu'encore une fois, les équipes de médecins du monde, par exemple,
03:19interviennent aujourd'hui à Darabal al-Mawazi, dans le centre de la Monde au Gaza.
03:23Nous avons dû fermer notre clinique à Gaza City, qui a été bombardée il y a quelques semaines.
03:27Et nos équipes cherchaient à manger et à boire, comme la plupart des civils,
03:32depuis plusieurs mois.
03:33Ce qui est du jamais vu dans les conflits contemporains.
03:36On a perdu des collègues par bombardement, dans différents conflits, en Afghanistan ou ailleurs.
03:42Mais jamais on a perdu des collègues du fait de la fin organisée par un siège.
03:47Et donc, ça, ça a été une situation exceptionnelle qu'il va falloir récupérer, entre guillemets.
03:53Et ça va prendre un certain temps.
03:54Mais comment vous allez faire avec les autres ONG ?
03:57Est-ce qu'il y a une forme de coordination ?
03:59Est-ce que les besoins sont tellement immenses dans ce territoire
04:01pour apporter le nécessaire à la population,
04:05pour pas que tout le monde aille dans le nord, dans le sud,
04:07pour qu'on apporte des choses variées,
04:08pour pas que tout le monde apporte la même chose au même endroit ?
04:10Vous, à Médecins du Monde, c'est quoi votre rôle ?
04:12Et comment vous faites pour vous coordonner avec les autres ?
04:14Alors, nos équipes, on travaille dans le champ de la santé primaire.
04:17On fait des consultations de médecine générale, de la santé mentale.
04:20On travaille aussi sur le droit en santé sexuelle et reproductive.
04:23On travaille sur la prise en charge de la malnutrition.
04:26Enfin, ayez en tête, juste parce que c'est important de savoir d'où on part,
04:29en termes de besoins, vous avez rappelé.
04:30On a près de 40% des femmes enceintes qu'on suit qui sont malnutries.
04:34C'est plus de 300% d'augmentation des fausses couches.
04:37C'est 30% d'enfants de 6 mois à 5 ans qui sont malnutris.
04:41C'est ça le tableau aujourd'hui clinique.
04:43Et nos équipes se coordonnent avec ce qu'on appelle des clusters.
04:47En général, ce sont des groupes coordonnés par les Nations Unies
04:49où selon vos compétences et votre métier, l'éducation, la santé, la distribution de la nourriture,
04:54vous allez pouvoir vous répartir un territoire là où les besoins sont le plus important.
04:59Aujourd'hui, il va falloir suivre ce que fait la population.
05:02On sait qu'il y a une bonne partie de centaines de milliers de Palestiniens
05:06qui avaient dû partir dans le centre et le sud de la bande de Gaza
05:09qui sont en train de rentrer, notamment sur Gaza City,
05:12où il n'y a plus rien, où tout est détruit.
05:15Donc, il va falloir aussi les accompagner, voir où ils veulent s'installer.
05:19Et à partir de là, pouvoir progressivement reconstruire le système de santé.
05:24Il y a de l'urgence à gérer, la santé, les blessés, parce qu'il y a encore des blessés
05:27et on continue à mourir dans la bande de Gaza, même s'il n'y a plus de bombardements à l'heure actuelle.
05:31Et après, il y a le long terme. Il y a tout reconstruire.
05:33Il faut comprendre qu'on est quand même dans un conflit avec une cinétique de mortalité exceptionnelle.
05:38C'est plus de 70 000 morts, probablement un chiffre sous-évalué, au moins 150 000 blessés.
05:44On est quand même dans un contexte de famine objectivée par les Nations Unies dans le Nord, la bande de Gaza,
05:48voire de génocide selon les Nations Unies en septembre.
05:52C'est un contexte exceptionnel et il faut comprendre que la cinétique des mortalités
05:57va baisser du fait de la fin des bombardements, mais va continuer de manière exponentielle
06:03parce qu'il y a énormément de malnutris, énormément de blessés
06:07et que ce n'est pas du jour au lendemain qu'on va pouvoir remettre sur pied
06:11un système de santé qui a été complètement détruit.
06:14Je rappelle que quasiment l'entièreté des infrastructures essentielles ont été détruits,
06:19que l'accès à l'eau potable et à la nourriture, et on parle de ça, dépend des entrées extérieures,
06:24que les nappes phréatiques sont polluées.
06:26Donc en fait, ce qu'il faut comprendre, c'est qu'il y a le besoin de répondre aux urgences,
06:31aux maladies chroniques, aux urgences vitales, à l'accès à l'eau et à la nourriture.
06:35Mais près de 20 000 blessés aujourd'hui nécessitent d'être pris en charge en urgence.
06:38Et ce n'est pas le système de santé aujourd'hui en l'état qui va pouvoir les prendre en charge.
06:43Il va falloir les évacuer.
06:44Donc on attend aussi la capacité des hôpitaux de la sous-région,
06:48y compris des pays occidentaux, dont la France,
06:50de pouvoir se mobiliser pour prendre leur part dans la prise en charge de ces blessés
06:54qui doivent être nousvenus, sinon ils vont mourir dans les semaines qui viennent.
06:57Merci Jean-François Corti, président de Médecins du Monde.
07:00Merci d'être venu en direct ce matin dans le studio du 5-7.
07:02Et je renvoie également à votre livre qui est sorti cette année,
07:05« Géopolitique de l'action humanitaire » parue chez Erol.
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