00:00Philippe Labroux, vous étiez un proche de Johnny, un de ses paroliers.
00:03Vous avez été le premier auteur à écrire tout un album pour Johnny.
00:06Et votre histoire d'amitié a commencé dans une boîte de nuit, Battle de Santiago.
00:09À l'époque, il y avait très peu de gens qui portaient des Santiago.
00:12On nous prenait pour des ploucs.
00:14Et donc, je suis dans une boîte de nuit rue Saint-Benoît,
00:16et je vois ce garçon que je n'avais jamais vu de ma vie.
00:18Avec les bottes, il voit les miennes.
00:20Il me dit, d'où elles viennent les tiennes ?
00:22Je lui dis, c'en t'as fait.
00:25Et toi ? Mexico City.
00:27Donc, vous étiez pote de bottes ?
00:29Pote de bottes, ça c'est...
00:30Pas mal, pas mal.
00:32Plus tard, je fais un film dont la musique est faite par Edi Vartan,
00:37qui était son beau-frère à l'époque.
00:39Il dit, écoute, on va montrer le film,
00:41on fait une projection privée,
00:42si ton beau-frère peut venir, il vient.
00:45Il vient, il voit le film,
00:47il sert des louches à la sortie,
00:50et puis je sors dans la rue des Dames Augustines,
00:52je m'en souviens encore, à Neuilly.
00:54Et là, il est là, debout, contre un réverbère,
00:56et il m'attend.
00:57Il me dit, voilà, j'adore le cinéma,
01:00j'adore l'Amérique, est-ce qu'on peut parler ?
01:03Et on est restés debout, tous les deux,
01:05pendant 50 minutes,
01:07à parler d'Elia Cazan,
01:09James Dean, Marlon Brando,
01:11tous les films qui, à l'époque, le passionnaient,
01:13et le cinéma le passionnait.
01:14D'ailleurs, d'une certaine manière,
01:16même s'il est devenu le rocker que tu sais,
01:19je crois qu'il aurait aimé avoir une carrière cinématographique
01:22encore plus large et plus importante.
01:25Et surtout, je tiens à dire que Johnny,
01:25c'était un cinéphile actuel.
01:27C'est-à-dire que moi, j'ai eu la chance de le côtoyer.
01:29Il me parlait de films de Hong Kong extrêmement pointus.
01:33Il faut savoir qu'il a tourné avec Johnny Tho,
01:35qui est une des stars du cinéma de Hong Kong.
01:37Il l'a fait venir ici.
01:39Il avait une admiration pour les nouveaux cinéastes,
01:41pour John Woo, pour tous les gens comme ça.
01:43Et c'était les mêmes conversations.
01:44Moi, il me parlait de films
01:45qu'on appelait de sous-culture,
01:47mais qui sont en fait des films majeurs,
01:49de réalisateurs majeurs.
01:50Et lui, il était à la pointe du cinéma.
01:53Mais comme Johnny,
01:53il était également très aimé par les intellectuels, Pauline.
01:56Alors, c'est à double tranchant.
01:58Il y avait toute une partie de la population des intellectuels
02:00qui, au contraire, en faisait un individu
02:02plutôt très mésestimé, pas très intelligent, assez imbécile.
02:05Je pense notamment à Marguerite Duras,
02:07qui avait fait une interview catastrophique de lui en 1964,
02:11où vraiment, elle le faisait passer pour un demeuré,
02:14pour ainsi dire.
02:14Mais ça, comme savait l'être Duras,
02:16parfois très méchante.
02:17Et il y avait aussi, évidemment,
02:18ceux qui l'adoraient.
02:20Et je pense en tête à François Sagan,
02:22qui lui a même écrit des chansons,
02:24dont une qui s'appelle « Quelques cris »,
02:26qui était dans l'album 100%,
02:28produit ensuite par David Hallyday,
02:30qui l'avait arrangé,
02:32et qui a été un de ses plus grands succès commercial.
02:33Et je vous propose qu'on écoute François Sagan
02:35parler de cette chanson.
02:36La difficulté à l'idée, c'est qu'il a...
02:39Moi, il y a quelques fois, j'ai fait des chansons,
02:41par conséquent, c'était sur des musiques qu'on m'avait données
02:43et que je n'avais plus qu'à remplir.
02:46Parce que faire des paroles de chansons comme ça,
02:49sans rien, c'est difficile,
02:50puisque un poème, c'est pas...
02:51C'est trop littéraire pour être une chanson.
02:54Et entre-temps, pourquoi écrire,
02:56si c'est pas un problème, je veux dire ?
02:57C'est difficile quand on écrit.
02:58Il y en a une qui s'appelle
03:00Quelques cris,
03:02qui l'a beaucoup plu, je crois,
03:04qui va chanter.
03:06C'est une histoire des cris
03:07que peut jeter un homme au cours de sa vie,
03:09quand il naît,
03:10quand il découvre l'amour,
03:11quand il découvre le succès,
03:13quand il découvre la solitude.
03:16Est-ce que vous, il vous a déjà fait part
03:17de ce mépris ?
03:19Est-ce que ça le blessait ?
03:20Certains intellectuels disent de lui
03:21qu'il était bête, en fait.
03:23Non, mais d'abord, moi, je sais,
03:24et on le savait,
03:24que c'était un homme très intelligent.
03:27Il y a toute forme d'intelligence.
03:28La sienne ne repose pas forcément
03:29sur la culture,
03:30puisqu'il a quitté l'école très, très tôt.
03:33Il m'a d'ailleurs raconté un jour
03:34comment son père l'enfermait
03:35dans un placard
03:36pour l'empêcher d'aller à l'école.
03:38Moi, j'ai tout su avec lui.
03:39On a eu une amitié formidable.
03:41Mais je pense qu'il en souffrait,
03:44mais il n'en parlait jamais.
03:47En revanche, moi, j'ai toujours dit
03:48à tout le monde,
03:50vous êtes des cons.
03:51Le type est très intelligent.
03:53Arrêtez.
03:54Et peu à peu,
03:55et vous le savez bien,
03:55vous venez de le dire,
03:56les intellectuels,
03:58comme on dit,
03:58les intelligents,
03:59comme disait Michel Piccoli,
04:02ont compris
04:02en voyant son parcours
04:04et en lisant en particulier
04:06un très grand entretien
04:07qu'il a eu un jour
04:07pour le monde.
04:09Alors, d'un seul coup,
04:09quand il est dans le monde,
04:10ça va,
04:11signé Daniel Rondeau.
04:12Et d'un seul coup,
04:13ah, quand même,
04:14ah oui.
04:14et puis ils ont découvert
04:16non seulement son répertoire,
04:19mais sa puissance,
04:20son énergie,
04:22sa voix,
04:23son talent inouï.
04:24Et d'un seul coup,
04:26dans les années 70 à peu près,
04:2870-80,
04:30Johnny Hallyday est devenu
04:31l'idole de tout le monde,
04:33pas seulement du grand public,
04:35ce qu'il aimait,
04:36c'est pour lui la seule chose
04:38qui comptait,
04:38on l'a vu dans les images,
04:39c'était le plus grand public,
04:41mais aussi de ce qu'on peut appeler
04:43bêtement l'élite.
04:45Yarole,
04:46quand on se retrouve
04:46dans le tourbillon
04:47de Johnny Hallyday,
04:48comment on arrive là-dedans ?
04:49Comment on survit ?
04:51Comment est-ce qu'on résiste ?
04:52Parce que finalement,
04:53t'es resté très longtemps avec lui.
04:55Qu'est-ce qu'on vit
04:56que tu n'aurais jamais imaginé
04:57vivre dans la musique ?
04:58Alors, je ne suis pas assez
05:00si longtemps que ça avec lui.
05:01Six ans.
05:01Ça a duré six ans.
05:02Ouais, mais c'est avec le nombre,
05:03je pense au nombre de concerts
05:05qu'on a fait,
05:05le nombre de trucs qu'on a vécu,
05:07j'ai l'impression
05:07que ça a duré 15 ans.
05:08Donc, franchement,
05:12moi, ce que j'ai vécu
05:13grâce à lui sur scène,
05:14c'était hallucinant.
05:15C'est-à-dire que moi,
05:16ce qui m'a donné envie
05:17de faire de la musique
05:17quand j'étais enfant,
05:18c'est Elvis Presley,
05:19c'est Chuck Berry,
05:20c'est Jimi Hendrix,
05:21c'est Led Zeppelin.
05:22Et grâce à lui,
05:23je me suis retrouvé
05:23à jouer des chansons
05:25de Jimi Hendrix,
05:26de Chuck Berry,
05:28dans des stades.
05:29Ça n'existe pas.
05:30Non.
05:31Il y a quoi ?
05:32Il y a les Stones, peut-être,
05:33qui font encore
05:33du Chuck Berry dans des stades.
05:35C'est-à-dire que moi,
05:35tout d'un coup...
05:36Rappelons que Jimi Hendrix
05:37a fait la première partie
05:38de Johnny.
05:38Voilà, exactement.
05:39Oui, oui, grave.
05:40Elle a la pièce,
05:41puis même toute une tournée
05:42en France
05:42au début de la carrière
05:44de Jimi Hendrix.
05:45Donc, franchement,
05:46jouer des chansons
05:47comme Hey Joe,
05:48des standards,
05:50des adaptations en français
05:51en plus,
05:51qui sont toujours très malines,
05:53réussir grâce à lui
05:54à jouer ça
05:55devant 80 000 personnes
05:56au stade de France
05:57ou dans d'autres stades,
05:57moi, j'étais là,
05:58mais je me réveillais,
05:58je me pinçais.
06:00C'est-à-dire que ce truc
06:01que j'ai appris à jouer
06:02avec la guitare
06:02quand j'avais 12 ans,
06:03tu vois par exemple
06:04une chanson
06:04qui s'appelle
06:05Ocarole,
06:05tu vois que c'est
06:05le premier riff de guitare
06:07que j'ai appris à jouer.
06:08Donc, j'ai joué ça
06:08dans la stade,
06:09j'étais à la maison.
06:09Ça va pas,
06:10il y a un truc,
06:10un bug.
06:12Donc, moi,
06:12effectivement,
06:12moi, il y a eu un bug.
06:14Il y a eu un truc
06:14grâce à lui
06:15que j'ai vécu
06:15qui s'était pas...
06:16C'était là,
06:17je ne sais pas.
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