00:00J'arrive, le directeur dit, voilà votre camarade, il vient d'Algérie, ça doit être un cancre.
00:04Parmi mes réussites, j'ai fait un doctorat à la Sorbonne, passé le concours d'agrégation et l'avoir obtenu,
00:11être professeur des universités à un âge jeune.
00:14J'ai été élu président de l'université Paris Sciences et Lettres, l'une des meilleures du monde en effet.
00:19En fait, l'émigration a été une chance pour moi, une chance qui a permis de réparer une injustice,
00:24celle de tous ceux qui m'ont précédé et qui n'ont pas eu accès aux écoles.
00:27En tout cas, il n'y avait pas d'école avant 1956 dans mon village, il faut bien le savoir.
00:32La colonisation n'a pas fait des écoles dans les zones rurales, dans les zones montagneuses.
00:37Quelle image tu aimerais avoir derrière toi ?
00:40J'hésite un peu entre un paysage de la Kabylie, du moins que Fadou, côté de chez moi,
00:48ou bien Alger, où j'ai vécu un peu, ou bien Paris, qui est ma ville d'adoption.
00:54On va prendre peut-être celle des origines, celle que je transporte en moi, partout.
01:02Mon père décide de faire le regroupement familial dans les débuts des années 70 et de nous faire venir à Paris.
01:08Et quand je fais la rentrée scolaire, je le raconte aussi dans le livre,
01:11d'abord mon père m'a acheté un costume bleu marine avec une cravate à 10 ans.
01:16Donc il croit que c'est comme ça, l'école.
01:19Donc il disait, l'école c'est sérieux, il faut être bien habillé.
01:21Donc il me procure ce costume, je rentre dans l'école en plus, parce que je suis arrivé en décembre.
01:26Et donc je rentre à la rentrée des classes de janvier.
01:29Et là, je vois des yeux se mettre sur moi en se disant, d'où il vient ce gars ? Il vient de Mars.
01:34Et là, je me souviens très bien m'être dit dans ma tête, si je passe cette épreuve en Kabylie,
01:38je me disais ça en Kabylie, dans ma tête.
01:40Si je passe cette épreuve, plus jamais rien ne me fera peur.
01:42Et puis ensuite, j'ai eu un instituteur, qui pourtant raciste aussi, il me frappait,
01:47parce qu'il disait, c'est comme ça qu'on fait aux indigènes, on les frappe.
01:49Donc il m'obligeait à aller écrire la date en arabe au tableau.
01:55Je le faisais tous les matins.
01:57Les autres rigolaient parce qu'ils se moquaient de la langue arabe.
01:59Et puis ce gars, c'est lui qui va me sauver mon orientation,
02:03parce que le directeur veut me faire passer en sixième de transition,
02:05qui était une sixième qui permettait de faire un CAP, mais rien d'autre.
02:08Et il a dit à mon père, ne faites surtout pas ça, ce serait une voie de garage.
02:11Parce que votre fils, il a des capacités.
02:14Et donc la vie, c'est complexe, il faut la restituer dans sa complexité.
02:17C'est ça que j'essayais de faire aussi, dans ce livre.
02:19C'est ce gars, venant d'Alger aussi, pied noir d'Algérie,
02:23qui m'a sauvé mon orientation.
02:25C'était un instituteur.
02:26Son âme d'instituteur l'a remporté sur ses préjugés.
02:30Sous-titrage Société Radio-Canada
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