00:00L'aviraran, c'est ça, l'impératif de réussite chez les Kaby.
00:04C'est quelqu'un qui sait lire, qui étudie et qui transmet.
00:07Et comme disait Albert Camus, dans ses chroniques algériennes et sur la misère en Kabylie,
00:11il disait « les Kabyles réclament les écoles comme ils réclament le pain ».
00:15« El-Muhoud, Muhoub ».
00:17Ah non, si toi tu te trompes, alors là, ça ne va pas aller.
00:20Alors c'est « El-Muhoub, Muhoub ».
00:23En général, j'ajoute aux gens surtout très importants qui ont beaucoup de mal à le prononcer,
00:26« El-Muhoub, Muhoub », c'est le B avant le D, c'est l'ordre alphabétique,
00:30je fais l'hypothèse que vous êtes alphabétisé.
00:33Comment tu en es arrivé à porter ce prénom et ce nom ?
00:36En fait, c'est le résultat de l'histoire.
00:38Dans la Kabylie profonde, encore aujourd'hui, il y avait une tradition orale.
00:42Et en fait, on avait un prénom, « El-Muhoub », qui veut dire « le don »,
00:46celui qui reçoit le don, le doué.
00:47Et donc, en fait, quand les colons sont arrivés en 1830,
00:51ils ont essayé de changer les codes et ils ont donné des patronymes.
00:55Et les patronymes étaient dérivés des prénoms en général.
00:59Mon grand-père s'appelait El-Muhoub.
01:01Eh bien, je porte un prénom qui est proche de mon nom, El-Muhoub, Mouhoud.
01:05Et malgré les difficultés que ça m'a toujours posées, que ça me pose toujours,
01:09ce prénom, comme je l'ai écrit dans le livre, s'est accroché à moi
01:13ou bien peut-être c'est moi qui me suis accroché à lui.
01:16En fait, c'est un bon de l'histoire de la Kabylie.
01:18Exactement. C'est la raison pour laquelle, d'ailleurs, ce livre s'appelle « Le prénom »
01:23et le sous-titre est très important.
01:26« Esquisse pour une auto-histoire de l'immigration algérienne ».
01:29Je pense qu'on est le produit de l'histoire.
01:31Et donc, quand dans cette histoire de la Kabylie,
01:34vous aviez une adoration du savoir, du livre, de la transmission aussi,
01:40parce que pour être quelqu'un, il fallait simplement apprendre, lire et transmettre et enseigner.
01:45Mais quand vous partez avec ça, quand vous avez un père qui travaille dur
01:49et qui veut venir en France pour vous donner une bonne éducation
01:53et qui s'est dit « Tiens, je vais aller au cours du soir en sortant du boulot ».
01:56Donc, il sortait de chez Renault et il est allé pendant trois ans faire des cours du soir.
02:00Il a eu le certificat d'études.
02:02Et pourquoi il l'a fait ? Parce qu'il s'est dit « Je vais faire venir mes enfants
02:04et en les faisant venir en France, je voudrais être sûr de pouvoir lire leur bulletin scolaire ».
02:10Mais il faut être un visionnaire pour pouvoir faire ça.
02:12Et quand vous avez des gens formidables comme ça, vous ne pouvez pas échouer.
02:17En réalité, je ne parle pas de réussite pour moi.
02:20Ce n'est pas une réussite, c'est une continuité.
02:23Et c'est pour ça que je préfère à la notion d'ascension sociale la notion de réparation sociale.
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