00:00L'invité d'RTL Matin c'est donc le procureur du parquet national financier Jean-François Bonnert.
00:08Bonjour et bienvenue sur RTL Jean-François Bonnert.
00:10Bonjour Thomas Soto.
00:11On va bien sûr parler de ce jugement qui envoie Nicolas Sarkozy en prison
00:14et c'est peu de dire qu'on attend la toute première réaction du PNF que vous représentez.
00:18Mais pour commencer, je voudrais qu'on se dise quelques mots de ce qui arrive à la juge
00:21qui a présidé le tribunal correctionnel lors de ce procès, Nathalie Gavarino.
00:25Elle est menacée de mort, le parquet de Paris a d'ailleurs ouvert deux enquêtes.
00:28J'imagine que ça ne laisse pas le procureur que vous êtes indifférent.
00:32Bien sûr Thomas Soto.
00:34Ce qui s'est passé ces dernières heures, ces derniers jours,
00:37après le rendu du délibéré, est proprement insupportable et inadmissible.
00:42A qui la faute ?
00:43Ça a été rappelé, permettez-moi quand même de le souligner,
00:45ça a été rappelé par le président de la République,
00:48ça a été rappelé par le garde des Sceaux,
00:50ça a été rappelé par le conseil supérieur de la magistrature.
00:54On est en train de marcher sur la tête.
00:55Quand on vient critiquer avec violence et menace de mort un tribunal,
01:01c'est l'état de droit qui est menacé.
01:03Et souvenons-nous, l'état de droit, c'est le socle de la démocratie.
01:07Je peux vous le dire, à cette heure, je suis sûr
01:10que Montesquieu est en train de se retourner dans sa tombe.
01:13La démocratie est en danger aujourd'hui ?
01:14Oui, dès lors que l'on s'en prend de façon aussi véhémente,
01:19aussi violente à la justice.
01:22Que l'on ne soit pas d'accord avec une décision,
01:24c'est arrivé combien de fois dans le passé ?
01:26Et ça arrivera encore.
01:28Les décisions sont critiquables.
01:30C'est le débat public, on est là pour s'en parler.
01:33Mais dès lors qu'on franchit ce pas, là, on va trop loin.
01:36Alors, on est clair, on est net, on est sans aucune ambiguïté.
01:39Rien ne justifie les attaques et les menaces contre un magistrat.
01:42Mais sur le fond, cette juge, dont l'entourage de Nicolas Sarkozy
01:45répète qu'elle a manifesté contre lui quand il était président de la République,
01:49était-elle la bonne personne pour éviter toute suspicion ?
01:52Écoutez, quand on lit les 400 pages du jugement,
01:57quand on fait un petit retour, un arrêt sur image sur le procès,
02:01qui a duré 4 mois,
02:02qui a été conduit de façon totalement fluide,
02:07en respectant scrupuleusement l'égalité des armes,
02:11vraiment, je ne vois pas matière à critiquer le travail
02:15et le comportement des magistrats du siège.
02:17Vous avez lu les 400 pages du jugement.
02:19J'imagine aussi que vous avez lu ce week-end l'interview de Nicolas Sarkozy dans le JDD.
02:23Toutes les limites de l'état de droit ont été violées, a dit l'ancien président.
02:27Cette décision constitue-t-elle, monsieur le procureur, un viol de l'état de droit ?
02:31Comment recevez-vous ces mots ?
02:33Eh bien, je m'en étonne.
02:35D'abord, évidemment, une personne qui est condamnée,
02:38qui est lourdement condamnée,
02:39a évidemment le droit de réagir.
02:42C'est humain et c'est tout à fait normal.
02:44Viol de l'état de droit, on n'est pas dans la simple réaction.
02:46Là, on va, je pense, un peu trop loin
02:48parce qu'il faut se souvenir,
02:50et ça, monsieur Sarkozy ne le dit pas,
02:52c'est qu'avant d'en arriver au jugement
02:55qui a été rendu la semaine dernière,
02:56il n'y a pas moins d'une centaine de magistrats
03:00qui s'est penché sur le dossier du financement libyen de sa campagne.
03:05Je rappellerai qu'à l'initiative, notamment,
03:07de Nicolas Sarkozy et de sa défense,
03:10il n'y a eu pas moins de 22 décisions de la Cour d'appel
03:13et 15 décisions de la Cour de cassation
03:16qui ont toutes validé le cheminement
03:19qui a conduit au jugement qui a été rendu la semaine dernière.
03:21Donc, il n'y a pas d'injustice ?
03:23Nicolas Sarkozy a dénoncé une injustice qui est un scandale,
03:25un jugement qui est une honte absolue
03:27et une haine, une haine qui n'a décidément aucune limite.
03:31Monsieur le procureur financier,
03:32les magistrats haïssent-ils Nicolas Sarkozy ?
03:35Nous n'avons pas de haine à exprimer.
03:37Chacun peut penser, évidemment,
03:39ce qu'il souhaite en son fort intérieur d'une situation.
03:42Mais nous, je l'ai déjà dit sur cette antenne, Thomas Soto,
03:46notre boussole, c'est le droit, c'est la règle de droit.
03:49Je vais être plus direct. Est-ce que vous, vous avez un problème personnel avec Nicolas Sarkozy ?
03:53Aucun.
03:53Est-ce que vous avez un compte à régler ?
03:55Aucun.
03:55Aucun ?
03:55Certainement pas.
03:57Certainement pas.
03:58Et je n'ai jamais eu de compte à régler avec aucun homme politique
04:01parce qu'il est vrai que dans les affaires du parquet national financier,
04:04on est en présence d'un public qui émane plutôt de la sphère politique.
04:10C'est ainsi.
04:11Ce n'est pas une volonté du parquet,
04:12c'est parce que les affaires elles-mêmes vont dans ce sens-là.
04:15Mais est-ce que vous êtes hermétique au questionnement, au trouble que provoque ce jugement ?
04:20Vous l'entendez, vous le lisez.
04:21Bien sûr.
04:22Vous le constatez.
04:22Bien sûr.
04:23Vous le partagez.
04:24Et nous avons à nous faire évidemment une opinion.
04:27Nous sommes en train de réfléchir au sein de mon parquet s'il y a lieu de faire appel.
04:33Ah, ce n'est pas décidément ?
04:34Pour l'heure, à l'instant où je vous parle, je n'ai pas fait appel.
04:38On réfléchit, nous avons dix jours.
04:40Qu'est-ce qui frappe en chez La Balance ?
04:41Eh bien, une analyse, une analyse juridique, une analyse du raisonnement qui a été tenue par le tribunal.
04:48Là, je n'irai pas davantage parce qu'on est en train de travailler.
04:52On réfléchit.
04:53Il y a à la fois la sentence qui est lourde, qui est sévère,
04:56qui est dans l'esprit de ce que nous avons requis, bien sûr.
04:59Mais il y a aussi le raisonnement juridique qui a été suivi.
05:02Et là, on y réfléchit.
05:03Et dans cette sentence, il y a aussi l'exécution provisoire,
05:06qui fait que dans quelques jours, Nicolas Sarkozy ira en prison.
05:08Et vous voyez bien que cette exécution provisoire, personne ne la comprend vraiment.
05:12Vous évoquiez Emmanuel Macron qui a réagi hier.
05:14Il a une petite phrase dans son tweet.
05:16Dans notre état de droit, la présomption d'innocence comme le droit au recours
05:19doivent toujours être préservées.
05:22On a l'impression que lui aussi prend cette distance avec l'exécution provisoire.
05:25Mais l'exécution provisoire n'interdit pas le recours.
05:28J'irai même plus loin.
05:29Le fait qu'une personne soit détenue lorsqu'elle fait appel
05:33lui donne priorité pour être jugée en appel.
05:36Et la cour d'appel va devoir, effectivement, envisager un calendrier très serré
05:41qui est favorable en tant que tel au Président de la République,
05:45qui rejoint ce que disait le Président de la République,
05:48à savoir l'effectivité du droit de recours,
05:53l'effectivité de l'appel doit être garantie.
05:55Non, non, il n'y a pas d'antinomie là.
05:56Quand vous lisez ce jugement, est-ce que vous dites que le parquet national financé s'est trompé dans ces accusations ?
06:01Ou est-ce que vous maintenez tout de A à Z ?
06:04Nous le maintenons, pourquoi ?
06:06Tout, y compris le pacte de corruption ?
06:08Mais parce que le tribunal, dans son jugement, valide ce pacte de corruption.
06:12Il dit, sous la qualification d'association de malfaiteurs,
06:16Nicolas Sarkozy a cherché à obtenir, et il l'a obtenu, un financement libyen,
06:22en contrepartie d'une reprise des relations diplomatiques avec la Libye,
06:27et de l'examen, ne l'oublions pas, de la situation d'un criminel
06:31qui a été condamné par la France, Abdallah Senoussi, pour...
06:35Donc vous n'enlevez rien ?
06:37Pardon ?
06:37Vous n'enlevez rien ?
06:38Ah non, non, non.
06:39Donc vous allez faire appel, puisque 3 des 4 délits n'ont pas été retenus ?
06:42Ça, on y réfléchit, on est en train de regarder ça,
06:45parce qu'il faut ciseler les conditions dans lesquelles on exprime l'appel.
06:50Ça, ça nécessite un petit peu, sur ce dossier, un petit peu de réflexion.
06:55Il faut se poser, il faut prendre le temps du recul.
06:57Mais encore une fois, moi, ce que je retiens,
06:59c'est l'indépendance d'analyse du tribunal.
07:02Le tribunal a fait son analyse, est arrivé au résultat qui fait aujourd'hui 400 pages,
07:07que nous sommes encore en train de décortiquer,
07:09parce que tout cela, ça se pèse au trébuchet.
07:11C'est ça l'exercice des voies de recours,
07:13et c'est ça l'application de l'état de droit.
07:16Vous persistez à penser, donc il y a eu un pacte de corruption,
07:18vous persistez à penser qu'il y a eu un financement illégal de campagne ?
07:21Oui, parce qu'on trouve effectivement 6,5 millions qui partent de Libye
07:26et qui arrivent en France, par des comptes divers,
07:28le compte de Takiédine, le compte d'Alexandre Joury.
07:33Après, il y a un mécanisme de chambre de compensation qui se fait,
07:38mais on voit bien ce financement partir de Libye
07:40et arriver en France sur les comptes des proches de Nicolas Serres.
07:44Et donc il y a eu un détournement de fonds publics aussi, pour vous ?
07:46Et là-dessus, il faut reprendre l'analyse qui a été faite par le tribunal,
07:50on le verra, nous avons notre thèse,
07:52on va se définir dans les prochains jours,
07:54et on soumettra la question à la cour d'appel.
07:56Est-ce que ça valait d'envoyer Nicolas Sarkozy en prison ?
08:00La condamnation est une chose, le mandat de dépôt en est une autre.
08:03M. Soto, quand on arrive à des peines, on va dire,
08:08de l'ordre de 5 ans d'emprisonnement et même plus,
08:11parfois déjà avant,
08:13le tribunal, en règle générale, prononce mandat de dépôt.
08:17Là, il a pris la précaution de laisser un petit peu de temps à M. Sarkozy,
08:21tout simplement parce que M. Sarkozy a toujours répondu à toutes les convocations.
08:25Ce qui n'était pas le cas.
08:26Dans vos réquisitions, vous souhaitiez le mandat de dépôt ?
08:29Ce n'était pas le sujet.
08:30Nous, ce qu'on a vu dans le dossier,
08:32c'est qu'il y avait deux personnes qui, elles, n'ont jamais répondu,
08:35ou en tout cas de façon très indifférente aux convocations,
08:37Alexandre Jury ou Aïb Nasser,
08:39et eux sont partis en détention le jour même du rendu du délibéré.
08:43Vous nous confirmez que Nicolas Sarkozy est bien convoqué le 13 octobre
08:45par le parquet national financier ?
08:47Je le confirme.
08:48C'est vous qui allez le recevoir ?
08:49Je le recevrai, bien sûr, avec mon équipe,
08:51parce que là, c'est un travail collectif,
08:53comme nous le faisons d'habitude,
08:54au parquet national financier.
08:56D'ailleurs, ça aussi, c'est une garantie pour les justiciables.
08:59C'est un travail de collégialité.
09:01Ce n'est pas une personne qui décide,
09:03c'est un ensemble de cerveaux qui se conjuguent,
09:07qui travaillent, qui réfléchissent,
09:09justement pour éviter ce côté tendancieux,
09:12ce côté éventuellement de prise de position politique.
09:15Il risque quand même de vous dire, Nicolas Sarkozy,
09:16quand il sera face à vous, l'abandon de 3 charges sur 4,
09:19c'est une grosse claque pour vous, non ?
09:20Écoutez, nous ne sommes pas en épicerie.
09:22Ce n'est pas parce qu'il y a 75% des éléments qui ne sont pas retenus.
09:26Le dernier élément qui est retenu, je le rappelle quand même,
09:28l'association de malfaiteurs, dans son cas,
09:30lui faisait encourir 10 ans d'emprisonnement.
09:33Est-ce qu'il serait incarcéré dans la foulée, le jour même, le 13 octobre ?
09:36Ça, c'est décidé ?
09:37Là, vous nous laisserez quand même la question.
09:40Tout cela va être étudié, évidemment, dans les prochains jours,
09:43le 13 octobre.
09:45D'abord, c'est à Nicolas Sarkozy que je dois cette réponse.
09:49Je la lui réserve.
09:50Dernière question.
09:51On parle beaucoup de Nicolas Sarkozy et pour cause,
09:52mais hier, Marion Maréchal a posé une question qui interpelle
09:54concernant cette fois les notes de frais d'Anne Hidalgo.
09:57Est-ce que le parquet national financier va se saisir de ce sujet-là aussi,
10:00les frais d'admission de la maire de Paris ?
10:02C'est un dossier qui est actuellement court.
10:05C'est d'ailleurs de notoriété publique,
10:07puisque nous avons eu l'occasion de répondre à des sollicitations médiatiques.
10:11Oui, nous faisons notre travail,
10:13quelle que soit l'obédience, quelle que soit la coloration politique.
10:17Ce n'est pas notre sujet.
10:19Ma boussole restera toujours le code pénal et le code de procédure pénale.
10:23Merci beaucoup, Jean-François Bonnert, d'être venu ce matin sur Etrel
10:25et pour la clarté de vos réponses.
10:27Restez avec nous dans un instant, c'est FIP.
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