00:00...et Sud Radio est près de chez vous ce matin du côté du Festival de Cinéma de Valenciennes.
00:04Bonjour Jean-Marc Delcambre.
00:06Bonjour à toutes et à tous.
00:07Merci beaucoup d'être avec nous ce matin.
00:10À l'heure où le cinéma ne fait quand même plus forcément le plein dans les salles obscures,
00:14on était en train d'en discuter en coulisses,
00:16quel est le pari de cette 15e édition du Festival de Cinéma de Valenciennes ?
00:21Le pari c'est effectivement d'inciter les spectateurs et les spectatrices à rejoindre les salles de cinéma,
00:27à découvrir des films qui vont sortir pour certains début 2026
00:32et à célébrer des talents que les spectateurs ont envie de voir.
00:37Hier la salle était comble pour l'hommage à Catherine Fraud
00:40et on attend effectivement beaucoup de monde aussi pour célébrer cet après-midi Pierre-Richard,
00:45Mardi Isabelle Carré et demain les deux techniciens du cinéma auxquels le Festival rend hommage.
00:52Et comment aujourd'hui on sélectionne les films d'un festival avec une offre
00:56qu'il semble, on le voit bien quand on essaie de faire un tri, un choix dans les films toujours aussi fournis ?
01:02Alors c'est une offre pléthorique puisqu'on a vu pas loin de 300 films,
01:07d'autant qu'on fait une compétition de fiction, une compétition de documentaire,
01:10une sélection jeune public, donc c'est un gros travail de visionnage et de sélection.
01:15On y va au coup de cœur en fait, si on est à deux à regarder les films
01:20et on s'impose que les films ne faisaient plus à tous les deux.
01:25On s'attache aussi à faire abstraction de nos goûts personnels
01:29et on se dit que si on a aimé les films, les autres devraient les aimer aussi.
01:35Et je dirais que la recette fonctionne plutôt bien
01:37puisque les retours qu'on a eus depuis vendredi sont excellents.
01:43La plupart des films ont au moins 8 sur 10 de moyenne de prix du public,
01:47ce qui est plutôt encourageant.
01:49Qu'est-ce que vous répondez à tous ceux qui ont sans doute la critique un peu facile
01:53en disant que le cinéma français ce n'est plus ce que c'était,
01:56qu'on produit beaucoup de bides, qu'on n'a pas forcément envie d'aller se déplacer en salle
02:02pour voir des films français qui semblent être de piètre qualité ?
02:05Vous leur répondez quoi ? Qu'en réalité, aujourd'hui, ils sont mal renseignés ?
02:09Il y a encore des petites pépites aujourd'hui dans le cinéma bleu-blanc-rouge ?
02:12Il y a encore des bons films, il y en a des mauvais aussi.
02:16Je pense qu'il faut aussi se laisser guider par les critiques, par l'écho des spectateurs.
02:22Et puis c'est important d'aller au cinéma parce que c'est une expérience collective,
02:24c'est un partage, ça contribue à la vie en société.
02:29Et puis ça permet de pouvoir discuter des films à la sortie des salles.
02:34Et l'avantage aussi, la valeur ajoutée d'un festival, c'est qu'on va au cinéma,
02:39mais on va au cinéma dans un environnement festif, une ambiance conviviale.
02:43Et à Valenciennes, il y a vraiment une ambiance où les spectateurs peuvent aborder les talents,
02:49demander des autographes, faire des selfies avec des surprises.
02:54Et cette idée de proximité peut-être entre le monde du cinéma et ceux qui viennent le regarder, le savourer.
02:59Voilà, et puis les films qu'on présente sont accompagnés des réalisateurs, des comédiens, parfois des producteurs.
03:07Et ça permet aux spectateurs de visionner les films, mais aussi d'avoir un éclairage sur ces films à l'issue des projections.
03:15Et c'est du coup une expérience marquante qui donne envie de retourner au cinéma.
03:22Jean-Marc Delcambre, vous êtes le directeur du Festival du cinéma de Valenciennes, je le répète, qui se tient du 26 au 30 septembre 2025.
03:29Mais aujourd'hui, dans un tel contexte, quand on a une sélection de films extraordinaires à portée de main,
03:36au bout d'une télécommande, sur notre téléphone, sur notre tablette, sur notre télé, en streaming, dans n'importe quelle langue, de n'importe quelle façon,
03:43aujourd'hui, les arguments pour pousser, je ne sais pas, une famille d'aller au cinéma, un jeune d'aller au cinéma, vous parliez d'expériences collectives,
03:51vous savez que ce n'est quand même pas la tendance.
03:52Aujourd'hui, l'argument phare pour aller au cinéma, lequel ce serait, selon vous ?
03:57Alors, sortir de sa zone de confort et de ses charlentaises, j'ai un âge certain.
04:03Et quand on était jeune, on avait une télé au foyer, il fallait batailler tous les jours, tous les soirs, pour choisir le programme.
04:10Et ça avait une vertu, c'est que chacun choisissait un film, à tour de rôle, choisissait son programme,
04:17et ça nous obligeait à voir des choses qu'on n'avait pas forcément envie de voir, et il y avait des bonnes surprises.
04:22Aller au cinéma, c'est ça, c'est se mettre d'accord sur un film qui ne fait pas forcément l'unanimité,
04:27mais prendre la peine, je dirais, parfois, d'avoir envie de voir autre chose.
04:33Parfois, on est déçu, c'est comme au restaurant, quand on voit un plat sur une carte,
04:36on n'est pas toujours forcément emballé par ce qu'on voit.
04:38Mais c'est un peu ça, le cinéma, c'est prendre des risques,
04:42c'est parfois s'aventurer dans des sujets qu'on n'a pas forcément envie d'aborder.
04:49C'est prendre son risque.
04:51C'est ça, il y a une part de risque, et le risque peut être parfois vraiment réconvencé.
04:57Et être révélateur de bonnes surprises.
04:59J'imagine aussi que c'est une semaine singulière pour le monde du cinéma.
05:02Jean-Marc Delcambre, on a perdu l'une des icônes du cinéma,
05:06qui était Claudia Cardinal, qui a tourné avec les plus grands, qui était la muse des plus grands.
05:11Comment, quel regard vous, vous portiez en tant que directeur du Festival de Cinéma de Valenciennes
05:16sur l'icône Claudia Cardinal ?
05:19Un regard, je dirais, admiratif, puisque Claudia Cardinal fut l'invité d'honneur du Festival en 2014.
05:26Et c'est vrai qu'à prendre son départ, deux jours avant l'ouverture de cette édition,
05:30a été une vraie tristesse.
05:33C'est aussi quelqu'un qui avait une carrière majuscule.
05:35On se souvient quand elle était venue,
05:37elle avait évoqué le tournage simultané de 8 et demi et du Guépard.
05:40Et c'était un régal de l'entendre.
05:44C'était quelqu'un de très accessible.
05:45Et puis ça fait partie, comme vous le dites, de ces stars de cinéma
05:48qui avaient une carrière majuscule,
05:50qui forçaient le respect, l'admiration.
05:52Et voilà, c'est une grande personnalité qui s'en est allée.
05:55Une dernière question, Jean-Marc Delcambre,
05:58directeur du Festival de Cinéma de Valenciennes,
06:00qui, je le rappelle, pour nos auditeurs, se tient jusqu'au 30 septembre.
06:04Comment on fait ?
06:05Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui disent en réalité
06:07que le cinéma français manque encore d'icônes ?
06:10On vient d'aborder Claudia Cardinal,
06:12mais on se rappelle de Ventura, de Delon, de Belmando, de Blié, de Gabin,
06:17de tous ces géants qui sont aujourd'hui,
06:19qui trônent encore partout dans les films,
06:21dans les salles de cinéma, sur les affiches.
06:23Comment on fait pour aujourd'hui trouver un héritage à ce cinéma-là ?
06:28L'époque est différente.
06:31Il y a, je ne sais pas, une trentaine d'années ou encore plus longtemps,
06:34il y avait beaucoup moins d'acteurs sur le marché.
06:38Il y avait beaucoup moins de réalisateurs aussi.
06:40Donc c'était plus facile de s'identifier,
06:43puis on trouvait toujours un peu les mêmes acteurs.
06:45Alors certes, on ne va pas se mentir,
06:48les films étaient mieux écrits,
06:49il y avait des producteurs qui tenaient sans doute parfois mieux leur sujet.
06:52Ah oui, vous le reconnaissez quand même un peu.
06:54Il y a peut-être plus pour une perte de qualité.
06:57Ce qui explique que parfois, quand on va au cinéma,
06:59et je suis bien placé pour ça, parce que je vois à peu près 15 films par semaine en salle,
07:02c'est vrai que parfois, on a envie de détrogler le projectionniste,
07:05parce que depuis, on a payé la place,
07:08on estime que le cinéma n'est pas complètement tout à fait écrit,
07:11que ça aurait mérité un peu plus de travail.
07:14Bon, voilà.
07:15Et du coup, on met une mauvaise note sur aller au ciné,
07:17parfois c'est mérité.
07:18Mais n'empêche qu'il reste de beaux films,
07:23qui d'ailleurs font parfois le tour du monde
07:27pour défendre les couleurs du cinéma français.
07:30On se souvient par exemple qu'Anatomie d'une chute
07:33était aux Oscars il n'y a pas si longtemps encore.
07:36Et donc oui, il faut aller voir des films,
07:40il faut juste choisir les bons en fait, tout simplement.
07:42Merci beaucoup Jean-Marc Delcamp,
07:44directeur du Festival de Cinéma de Valenciennes,
07:45qui je le rappelle se tient jusqu'au 30 septembre.
07:49Merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin.
Écris le tout premier commentaire