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  • il y a 4 mois
Pour ce nouvel épisode de "Chocs du monde", le magazine des crises et de la prospective internationales, Edouard Chanot reçoit Alain de Benoist, fondateur de la Revue Eléments.
Alors que des avions russes sont accusés de survoler des pays membres de l'OTAN, que la menace de Moscou est encore agitée, et qu'Emmanuel Macron reconnaît l'Etat de Palestine sans résoudre le conflit à Gaza, rien ne permet d'espérer des sorties de crise. Pourquoi sommes-nous incapables de résoudre les conflits en cours, à l'est de l'Europe comme au Proche-Orient ? Alain de Benoist dénonce la poursuite de "guerres métaphysiques" qui n'ont "jamais de fin".

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00:00Bonjour à tous et bienvenue dans Choc du Monde, le magazine des crises et de la prospective
00:26internationale de TVL. C'est de la guerre et de la violence dont nous allons parler aujourd'hui alors
00:32que l'on peine à résoudre plusieurs conflits à travers le monde et principalement bien sûr en
00:36Ukraine et au Proche-Orient et peut-être même aussi chez nous. Alors que des avions de combat
00:41russe sont accusés de survoler des membres de l'OTAN, que l'on agite encore la menace de Moscou et
00:47que l'État hébreu promet de raser encore plus Gaza, quel trait du nom à tout cela ? Eh bien pour y
00:51répondre, je reçois Alain Debenoît, fondateur de la revue Élément, auteur de plus de 100 ouvrages dont
00:57dernièrement un autre Rousseau, Lumière et Contre-Lumière, aux éditions Fayard. Je vous l'ai
01:02dit, nous allons évoquer l'Ukraine, la Russie, la Palestine, Israël. Alain Debenoît, dans la revue
01:08Élément, d'ailleurs que vous avez cofondée, vous nous dites, je vous cite, les guerres métaphysiques
01:13n'ont jamais de fin. Alors, front de l'Est d'abord, si vous me permettez. Trump a essayé d'imposer un
01:18accord à Poutine et à Zelensky. Pour ce qui est de ce conflit-là, peut-on le qualifier
01:23de métaphysique ? En quoi peut-on le qualifier de métaphysique ? Et puis évidemment, qu'est-ce
01:28que cela veut dire ? Ça veut dire qu'il y a différentes sortes de guerres. La guerre,
01:34jusqu'à une époque récente, c'était des pays qui se trouvaient en situation de conflit.
01:40On déclarait la guerre, ça se terminait soit par une capitulation, une défaite, un armistice,
01:45etc. Et c'était toujours quelque chose d'assez relatif. C'était une variante du duel,
01:52en quelque sorte. Simplement, quand on regarde l'histoire de l'Europe, on s'aperçoit qu'il y a eu
01:59deux grandes conceptions de la guerre. Celle que je viens de définir, qui triomphe à partir
02:05du traité de Westphalie, et puis une forme médiévale, théologique, qui se résume par
02:12une formule, la guerre juste. La guerre juste, c'est une guerre pour le bien, et donc contre
02:20le mal. Ça signifie que lorsque vous êtes dans la perspective d'une guerre juste, vous
02:27devez impérativement prouver que votre adversaire est une sorte d'incarnation du mal. C'est
02:33un coupable. C'est un criminel. Il ne doit pas seulement être vaincu, il doit être éradiqué.
02:39Dans une guerre normale, ce n'est pas le cas. Mais il se trouve que la guerre juste a fait
02:46retour de façon triomphante et avec des formes encore plus graves, à notre époque, avec
02:54les guerres humanitaires, et avec, en arrière-plan, une idéologie pacifiste qui nous dit que, au
03:02fond, les guerres, ce n'est pas normal. Nous pourrions vivre en paix perpétuelle. C'est
03:09une perspective utopique, bien entendu, mais elle imprègne fortement les esprits. Parce
03:14que qu'est-ce que cela signifie, au fond ?
03:16Ce que vous nous dites, c'est que les Européens ne savent plus ce qu'est la guerre.
03:19Oui. Quand on, comment dire, quand on représente l'adversaire comme sous un angle purement
03:30moral, il faut être supprimé. Donc c'est l'ouverture, le passage vers la guerre sans
03:36retenue. Ce n'est plus ce qu'on appelait autrefois la guerre en forme, c'est la guerre
03:42totale. On le voit très bien au Proche-Orient, parce que là, c'est exacerbé de par une idéologie
03:51messianique qui est à l'œuvre. Lorsque Netanyahou dit que les Palestiniens, le Hamas
03:58en particulier, c'est Amalek, tous les Israéliens savent ce que ça veut dire. Amalek, c'est
04:03le chef des Amalécites, dont la Bible nous décrit la guerre qu'ils ont menée contre
04:09Israël et la façon dont ils ont été défaits. Et Amalek est devenu une métaphore pour
04:17désigner les ennemis mortels d'Israël. Et quand on dit que les Palestiniens ou le
04:23Hamas, c'est Amalek, ça veut dire qu'avec lui, on ne peut pas négocier une paix. On ne
04:31peut que le détruire totalement. Et c'est le nettoyage ethnique, c'est la suppression de
04:38la bande de Gaza, et ainsi de suite. Donc ce sont deux formes de guerre.
04:44Inversement, si vous me permettez, Alain de Broglie, évidemment, le Hamas et d'autres
04:48groupuscules qualifient aussi l'État hébreu de la même manière.
04:52Bien sûr, bien sûr. Et c'est là où on voit dans cette partie du monde où
04:56traditionnellement, les facteurs géopolitiques, politiques, moraux, religieux, sont
05:03intriqués. Vous avez d'un côté des islamistes qui font la guerre éternelle, le
05:09djihad, n'est-ce pas ? Vous avez de l'autre des gens qui font la guerre contre Amalek.
05:14Et tout ça ne peut évidemment que très très mal finir. On a perdu de vue le fait
05:20qu'une guerre se termine normalement par une paix. Et que le but de la guerre, c'est de
05:26faire en sorte que cette paix soit, prenne en compte les points de vue de tout le monde
05:32si possible, et en tout cas de ceux qui ont gagné de préférence. Actuellement, ce n'est
05:39pas du tout ce qui se passe. Regardez, on vient de reconnaître l'État palestinien.
05:44C'est quelque chose de symbolique essentiellement. Parce que, normalement, on reconnaît une
05:52existence. Mais là, on reconnaît l'existence d'un État qui n'existe pas. Je me souviens
05:57autrefois, on ne reconnaissait pas la Chine populaire. La Chine, c'était un milliard
06:02d'habitants. Mais la Chine, au regard des rapports de force du moment, c'était Taïwan,
06:08Formos. Même chose avec l'Allemagne de l'Est. Beaucoup de pays arabes n'ont toujours
06:13pas reconnu l'État d'Israël, etc. Il s'agit de reconnaître quelque chose qui existe.
06:18Là, c'est tout à fait autre chose. On reconnaît ce qui n'existera pas. Et on sait très bien
06:24que le monde entier peut prendre position pour la solution à deux États, ce qui rallie
06:32déjà l'opinion dominante très largement. Le nombre d'États qui ont déjà reconnu l'État
06:38palestinien est énorme. Mais si les intéressés n'en veulent pas, ça ne risque pas de mener
06:46très loin. Les Palestiniens, de leur côté, disent « Tout ça, c'est bien joli », mais
06:51ça n'empêche pas les bombes de tomber, les immeubles d'être détruits, les morts
06:56de s'accumuler dans un conflit qui, en un peu plus de deux ans, a fait déjà 65 000 morts
07:03et sans doute 200 000 blessés, estropiés et mutilés.
07:07Ce que l'extrême gauche, la gauche radicale, reproche à Emmanuel Macron en disant que
07:12cette reconnaissance ne met pas un terme, entre guillemets, au génocide en cours.
07:16Bien sûr. Qu'est-ce qui peut aujourd'hui ramener la nécessité d'une négociation de
07:24paix au Proche-Orient ?
07:25Netanyahou résiste à tout. Généralement, il dit que le monde est antisémite et que
07:32par conséquent, il n'y a pas lieu de tenir compte de ce qu'il dit. Il y a deux possibilités.
07:38Il y a Donald Trump qui ne veut pas, alors qu'il pourrait faire pression sur Netanyahou.
07:44Et il y a des éventuelles sanctions contre Israël. On a bien pris des sanctions contre
07:49la Russie. Que l'on ne prend pas, comme on ne prend pas de sanctions, et que Trump ne
07:55met pas un veto à l'activité guerrière de Netanyahou, ça va continuer tout simplement.
08:04Cela va continuer. Alors, bon, vous le dites, Emmanuel Macron a pris fait et cause pour
08:08la reconnaissance de l'État de Palestine. Je vous propose, Anne Benoît, de faire un point
08:12sur les dernières déclarations du président français pour que tout soit clair.
08:16En reconnaissant l'État de Palestine, la France s'aligne sur 145 autres membres
08:22de l'ONU, mais ouvre la voie à plusieurs pays occidentaux la refusant encore. Pour
08:26Emmanuel Macron, cette reconnaissance s'inscrit dans un plan de paix complet pour la région.
08:32Elle est la condition préalable pour faire cesser la guerre au Proche-Orient. Cette solution
08:36à deux États en paix côte à côte est la seule qui soit, selon lui. Et elle ne serait
08:41pas dans l'intérêt du Hamas, dont Emmanuel Macron réclame le démantèlement et la
08:46mise au banc tout en exigeant la libération des otages israéliens. Une décision symbolique
08:51qui divise profondément en France. D'autant plus qu'Emmanuel Macron a multiplié les critiques
08:57visant Israël ces derniers mois. S'il refuse de qualifier la situation à Gaza de génocide,
09:02il l'a jugée contre-productive pour l'État hébreu. La semaine passée sur Channel
09:07Touheur.
09:08Donc reconnaissance de la Palestine, reconnaissance du Hamastan, entre guillemets, selon Marine
09:17Le Pen. Un siège à l'ONU pour le djihad, selon Sarah Knafo. Alors pour vous, Alain de Benoît,
09:22vous nous dites que tout simplement ça ne résoudra rien.
09:24Non, je crois que ce sont des appréciations purement politiques, parce que si on refuse
09:31de reconnaître l'État palestinien, si on refuse la perspective à deux États, au motif
09:37que les intéressés principaux n'en veulent pas, Netanyahou a fait savoir qu'il n'y aura
09:42jamais d'État palestinien. Et pour une raison très simple, c'est que l'État d'Israël
09:50est un État juif. Et par conséquent, un État juif ne peut pas tolérer d'avoir une
09:55installation durable de non-juifs sur son territoire. C'est aussi simple que ça. La reconnaissance
10:01de l'État palestinien par la Grande-Bretagne est plus importante que sa reconnaissance par
10:07la France.
10:08C'est-à-dire ?
10:08Pourquoi ? Parce que c'est la Grande-Bretagne qui, en 1917, par la déclaration Balfour,
10:14avait autorisé et donné le feu vert à l'installation de ce qu'on appelait alors
10:19un foyer national juif en Palestine. Donc là, il y a évidemment un tournant important
10:25qui est pris. Mais encore une fois, on reste dans le formel. Sur place, ça ne change rien.
10:32La bande de Gaza est en train d'être rasée. La population balottée d'un bout à l'autre
10:38de la bande, on espère ou qu'ils vont mourir ou qu'ils vont partir ou qu'ils vont s'évaporer,
10:44on ne sait pas très bien. Mais on est dans une fuite.
10:46Il y a quelques instants, vous évoquiez un nettoyage ethnique.
10:49Oui. On est dans une fuite en avant. On voit qu'en deux ans, l'État d'Israël a déclaré
10:57la guerre à la bande de Gaza, à la Cisjordanie, à l'Irak, au Liban, à la Syrie, à l'Iran
11:05et maintenant au Qatar. Ce qui est quand même beaucoup. Et quand on ne sait pas s'arrêter,
11:11généralement, ça finit mal. C'est la raison pour laquelle un État qui accumule des succès
11:18tactiques peut très bien connaître de grands échecs stratégiques. Pour le dire autrement,
11:24Israël, et c'est un peu vrai aussi des États-Unis, qui n'a pas gagné au fond une seule bataille
11:29depuis la Seconde Guerre mondiale. Cet État gagne toutes les batailles, mais il perd toutes
11:36les guerres.
11:37Il est engagé dans une spirale, une fuite en avant. Vous dites, vous écrivez qu'Israël
11:44est incapable de concevoir une issue politique parce qu'Israël est incapable de voir les
11:49guerres comme des faits politiques.
11:50Oui, bien sûr. Dès qu'on soustrait quelque chose de politique au... Comment dire ? Soustrait
12:01le politique, à ce qui relève du politique, on arrive à des catastrophes.
12:07Pensez-vous que Donald Trump, qui a eu une relation qui n'est pas si simple d'ailleurs
12:11avec Benjamin Netanyahou, pardon, pensez-vous que Trump résonne de manière métaphysique
12:16ou classique ?
12:17Il ne résonne pas de manière métaphysique. Je dirais qu'il ne résonne pas de façon
12:23classique. Trump résonne selon s'il a bien dormi la veille ou pas. C'est-à-dire qu'il
12:32est totalement imprévisible. Alors il y a des constantes, évidemment. L'essentiel
12:37de sa préoccupation, c'est la Chine. Tout le monde le sait. Donc il voudrait que tous
12:43ces conflits-là qui perturbent un peu le paysage puissent disparaître et qu'on passe
12:48aux affaires sérieuses. Mais évidemment, il se heurte au fait qu'au Proche-Orient,
12:55rien ne montre que ça va s'arrêter. C'est-à-dire qu'Israël va continuer jusqu'au bout, avec
13:00d'autant plus de fébrilité que si ça s'arrête, Netanyahou sait qu'il a à craindre
13:05ou lui-même des poursuites dans son propre pays. Et en Ukraine, à partir du moment où
13:14une situation de paix n'a pas été envisagée, ça va forcément continuer.
13:23Ça va forcément continuer.
13:25On a l'impression qu'Emmanuel Macron est aussi dans un entre-deux parce qu'il apporte,
13:28avec cette reconnaissance de l'État de Palestine, une réponse juridique, morale,
13:34à une situation de guerre, bien sûr, et qu'il est aussi dans cet entre-deux entre
13:38ces impulsions potentiellement métaphysiques et une rationalité plus classique, plus politique.
13:45Il réagit selon la doctrine libérale qui pense que la politique n'est pas tragique,
13:53qu'avec des dialogues, du commerce, de la rationalité, on peut arriver à tout régler,
14:00ce qui n'est pas le cas.
14:01– Alors, quelle serait l'issue, selon vous, de ces déclarations pour la France ?
14:05– L'issue de ces déclarations…
14:05– L'issue de ces déclarations…
14:07– Benyamin Netanyahou a évoqué à deux niveaux des représailles…
14:10– En ce qui concerne Macron, il est difficile de séparer ses engagements sur la scène internationale
14:16de ses intérêts sur le plan intérieur.
14:20Tout ça masque, on est dans une crise politique évidente, cette crise politique, il y a derrière une crise de régime,
14:30et derrière la crise de régime, il y a une crise générale de la démocratie libérale.
14:36Ce sont des gens qui pensent que la norme est supérieure au fait.
14:43Et lorsque les faits prennent le tour d'une montée aux extrêmes, la norme ne sert plus à rien.
14:51On est dans l'état d'exception, et ils sont démunis devant l'état d'exception.
14:55C'est la raison pour laquelle on va assister à un divorce de plus en plus grand,
14:59entre les proclamations d'un côté, et puis ce qui va se dérouler sur le terrain.
15:03C'est le terrain qui va décider. Mais sur quoi ça va déboucher ?
15:07On ne le sait pas, d'autant plus que dans le cas de l'Ukraine, on est toujours au bord d'un dérapage
15:12qui pourrait nous emmener dans des extrémités que personne ne souhaite au fond.
15:16– Alors, bon, il y a, si on observe en fait l'actualité internationale depuis plusieurs mois,
15:22il y a un renversement qui s'est opéré face à l'état hébreu.
15:26Évidemment, en Europe, Macron le premier reconnaît donc, comme nous venons de l'évoquer,
15:30la reconnaissance de l'état de Palestine, critique fortement l'état hébreu.
15:35Aux États-Unis, on sent une vague au sein des milieux républicains et conservateurs
15:38à la suite de l'assassinat de l'influenceur Charlie Kirk,
15:43qui a critiqué récemment la politique de Benjamin Netanyahou,
15:47au point que Benjamin Netanyahou a lui-même s'est senti obligé de lui répondre,
15:52enfin, de répondre en tout cas à ses partisans, après son assassinat.
15:55Comment expliquez-vous ce retournement, à vrai dire, assez inattendu ?
15:59Est-ce la conséquence de cette fuite en avant, de cette recherche métaphysique
16:04qui est totalement incomprise ?
16:06– Le cas de Charlie Kirk est un peu particulier,
16:09car il a été un grand défenseur de Netanyahou dans le passé.
16:14Et effectivement, à date récente, il a évolué,
16:17comme beaucoup d'autres d'ailleurs, dans l'entourage de Trump.
16:21Pourquoi ?
16:24Parce que Netanyahou en fait quand même un peu trop, si vous voulez.
16:30Même les gens qui reconnaissent, à juste titre, l'État d'Israël,
16:34le droit de représailles d'Israël,
16:37pensent que c'est un peu démesuré, disproportionné, cette riposte.
16:45Alors, je sais bien qu'aujourd'hui, dans le cas notamment de l'Ukraine,
16:50à laquelle nous avons déjà fait allusion,
16:53c'est la théorie actuelle de l'agresseur.
16:57Le méchant, c'est celui qui agresse.
17:00C'est-à-dire que l'on cherche à établir une responsabilité unilatérale
17:05pour un phénomène qui est fondamentalement bilatéral ou multilatéral.
17:11Car, en réalité, chacun sait bien qu'il y a ceux qui déclenchent les guerres
17:17et puis il y a ceux qui les rendent inévitables.
17:20À commencer par les circonstances.
17:22Il y a des circonstances qui rendent une guerre inévitable,
17:24quelle que soit la personne ou l'État qui la commence.
17:28La guerre préventive, c'est une guerre d'agression.
17:33Or, elle a été pratiquée par tous les pays et notamment par les États-Unis.
17:36On prend prétexte d'un événement, les Tours jumelles en 2001.
17:44– La fiole de Colette Poel.
17:46– Et on lance une attaque contre l'Irak et l'Organistan.
17:52On sait bien que ce n'est pas si simple.
17:55Vous savez, les rapports de forces internationaux,
17:59ce n'est pas le petit jeu de la cour de récréation.
18:02« Monsieur, ce n'est pas moi qui ai commencé, c'est lui qui a commencé,
18:06il m'a écrasé les pieds, c'est pour ça que je lui ai crevé les deux yeux. »
18:09Ce n'est pas comme ça que ça marche.
18:12La réalité, c'est que la guerre est le résultat d'un enchaînement de cliquets.
18:18Et si on veut en donner une image manichaine en disant
18:20« Les bons sont là, les méchants sont là »,
18:23ce qu'essayent de faire les gens des deux camps, bien entendu, en général,
18:28je crois que c'est absolument faux.
18:29Moi, cette guerre d'Ukraine, je dois dire que je l'accepte très mal
18:33parce que j'ai beaucoup d'amis ukrainiens et j'ai beaucoup d'amis russes.
18:37Et les voir se massacrer, croyez bien que ce n'est pas un plaisir.
18:44Mais je vois bien qu'il y a un enjeu existentiel.
18:48Et quand quelque chose est existentiel, les normes tombent,
18:51le droit international tombe.
18:53Il n'y a plus que la réalité terrible du terrain.
18:56– Alors, en parlant du conflit ukrainien,
19:00on a le sentiment en effet qu'il ne peut pas déboucher pour l'instant sur un accord de paix.
19:04Cela ne vous surprend plus au regard de cet aspect existentiel ?
19:09Non, cela ne me surprend pas.
19:11Objectivement, l'Ukraine a perdu la guerre et continue à la perdre tous les jours.
19:15Trump, avec ses virevoltes successives, a rebattu en quelque sorte les cartes,
19:24en laissant entendre qu'il n'aurait pas vis-à-vis des Ukrainiens la même attitude que vis-à-vis des Israéliens.
19:32C'est-à-dire qu'il n'y aurait pas de soutien conditionnel.
19:34Les Européens se sont agités et ont bombé le torse et montré leur muscle en disant
19:42« Mais cher Zelensky, si Trump vous laisse tomber, nous on ne vous laissera pas tomber,
19:47on va vous aider à n'importe quel prix ».
19:49Macron parle de déploiement des troupes, on est dans une sorte de délire
19:53dont nous n'avons absolument pas les moyens, ni surtout l'intérêt.
19:58Trump, au moins, il résonne en fonction de son intérêt.
20:00On ne peut pas reprocher à un président des États-Unis de faire passer d'abord les intérêts américains.
20:06Les Européens, on ne sait pas quels intérêts exactement ils font passer là-dedans.
20:11Même avec l'aide renouvelée et augmentée des Européens,
20:17avec des armes qu'on achètera à Trump, on ne sait pas très bien avec quel argent,
20:22pour ensuite les donner gratuitement à M. Zelensky,
20:26le cours des choses ne sera pas changé, on aura simplement prolongé la guerre pour rien.
20:30Qu'est-ce qui va se passer après ?
20:32On verra, l'histoire est imprévisible, elle est toujours ouverte,
20:36mais aujourd'hui on voit bien que tout ce qui permettrait de faire une évaluation,
20:40mais en moyen terme, de ce qui va passer, ça ne fonctionne pas.
20:44Personne aujourd'hui n'est capable de dire au Proche-Orient ou en Ukraine
20:47quelle sera la situation dans seulement six mois.
20:50Selon Moscou, selon les Russes, l'Europe désormais, les Européens,
20:56veulent infliger encore une défaite stratégique à la Russie.
21:00Est-ce vrai ? Est-ce bien l'intention derrière les actions d'Emmanuel Macron
21:05à dire sur la Funderland ?
21:06Chez certains, oui. Chez d'autres qui mesurent les conséquences, non.
21:11Parce qu'on va envoyer des troupes de l'OTAN en Ukraine,
21:16mais Poutine a déclenché et commencé la guerre
21:21pour empêcher que l'OTAN ne s'installe en Ukraine.
21:24Donc ce n'est pas du tout une façon de calmer le jeu,
21:27c'est plutôt une façon de jeter de l'huile sur le feu.
21:29Et par conséquent, Poutine fera ce que n'importe quel chef d'État ferait à sa place,
21:33c'est-à-dire qu'il réagira. Et comment il réagira ?
21:37Et à quels extrêmes est-ce qu'on montera ?
21:40Et nous sommes prêts à tenir le front combien de temps ?
21:43Regardez l'État des armées européennes,
21:46notamment de la France, ce n'est pas extrêmement brillant.
21:49L'une des conséquences assez ironiques de l'histoire
21:53est que par contre, l'Allemagne réarme à plein
21:57et est en passe de devenir la première puissance militaire d'Europe.
22:01Quand on sait que depuis 1945, tout le monde a fait en sorte
22:05que le mauvais instinct belliqueux germanique
22:09n'en prenne pas le dessus,
22:12on s'aperçoit qu'il y a une ironie de l'histoire, certainement.
22:16Une ironie de l'histoire ?
22:17Vous n'avez pas l'air de croire à l'hypothèse de la menace russe, en fait.
22:23Je ne crois pas du tout à une menace russe sur l'Europe occidentale.
22:28Je crois que ce n'est pas l'intérêt de la Russie
22:29et que de ce point, elle n'en a pas les moyens.
22:33Et c'est tout.
22:35Et je pense que nous devons chercher à résoudre les problèmes
22:41en recherchant d'abord notre intérêt.
22:46Que ce soit dans le conflit russo-ukrainien,
22:49où est notre intérêt ?
22:51Que ce soit dans le Proche-Orient, où est notre intérêt ?
22:54Lorsque la guerre en Ukraine s'est déclenchée,
22:59il n'y avait pas d'enjeu existentiel pour les Français,
23:02les Anglais, les Italiens, les Espagnols, à Kiev, n'est-ce pas ?
23:06L'intérêt des Européens était plutôt de continuer à bénéficier de ressources énergétiques à bas prix
23:14et de voir dans quelle mesure l'Europe et la Russie étaient complémentaires
23:22et non pas destinées à se battre.
23:25Mais actuellement, personne ne recherche son intérêt.
23:29Sauf Trump, bien entendu, et Netanyahou,
23:32ce qui est là aussi parfaitement compréhensible de son point de vue.
23:34Nous, on recherche le bien, le bonheur, la paix et la gentillesse universelle.
23:41Ça finit toujours très mal, très très mal.
23:44Cela finit toujours très mal de rechercher le bien et la gentillesse universelle.
23:48Eh bien, ce sera le mot de la fin.
23:49Alain de Benoît, merci beaucoup d'avoir répondu une nouvelle fois
23:52présent à l'appel de Choc du Monde.
23:53Je rappelle que vous êtes cofondateur, fondateur de la revue Élément
23:57et que vous avez publié un essai réflexion sur les guerres en cours
24:01dans le dernier numéro à paraître.
24:02Alain de Benoît, merci beaucoup.
24:04Merci à vous.
24:05Merci à tous d'avoir suivi ce nouvel épisode de Choc du Monde.
24:07Surtout, n'oubliez pas de le commenter et bien sûr de le partager.
24:12Merci à tous et bonne soirée.
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