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  • il y a 3 semaines
Cour d'appel de Bourges - Audience de la cour d'assises de la Nièvre (Nevers)

Nous sommes le 22 juin 2022 dans un village du centre de la France. Il est 23 h 25 quand les gendarmes découvrent une étonnante scène de crime. Un homme devant sa maison, à moitié nu, perd son sang. À l'intérieur de la maison, une femme est assise sur un canapé. Calme, elle fume une cigarette. Elle est ivre. L'arme du crime est un couteau de cuisine dont la lame mesure 14 cm. L'homme ne doit sa survie qu'à la rapidité des secours qu'il a appelés lui-même. Pour tentative de meurtre sur son conjoint, sa compagne encourt la perpétuité.

LCP diffuse cette série documentaire en immersion au coeur de la justice française, présentée par le chroniqueur judiciaire Dominique Verdeilhan.
Une Coproduction France.tv Presse, Morgane Production et France Télévisions, avec la participation de LCP-Assemblée nationale.

Pour cette série documentaire, une première en France d'abord diffusée sur France Télévisions, les réalisateurs ont filmé des audiences pénales, civiles, commerciales ou prud'hommales dans les Tribunaux et Cours d'Appel de France, afin de faire découvrir au téléspectateur la réalité et le fonctionnement de la justice, sans artifice technique ni mise en scène.

A chaque moment clé des audiences, le journaliste Dominique Verdeilhan, ancien chroniqueur judiciaire, accompagné d'un magistrat et d'un avocat, vient expliquer les points de droit et de justice, en alternance des séquences réalisées au coeur de l'affaire.

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Transcription
00:00:00Bienvenue dans Justice en France.
00:00:14Nous sommes le 22 juin 2022 dans un village du centre de la France.
00:00:19Il est 23h25 quand les gendarmes découvrent une étonnante sette de crimes.
00:00:23Un homme est affalé sur le trottoir, à moitié nu, perdant son sang,
00:00:27avec un pronostic vital engagé.
00:00:30À l'intérieur de la maison, une femme est assise sur un canapé.
00:00:34Calme, elle fume une cigarette et est visiblement très alcoolisée.
00:00:38L'arme du crime est un couteau de cuisine dont la lame mesure 14 cm.
00:00:43La victime ne doit sa survie qu'à la rapidité des secours qu'elle a appelés.
00:00:47Quant à l'accusée, ses explications sont confuses.
00:00:50Pour tentative de meurtre sur son conjoint, elle encoure la perpétuité.
00:00:54Condamnée à 20 ans de réclusion criminelle lors d'un premier procès,
00:00:58elle a fait appel.
00:01:00Entrons maintenant dans la cour d'assises à Nevers.
00:01:02L'audience est ouverte, vous pouvez vous asseoir.
00:01:22Est-ce que vous pouvez faire venir Mme Palabar, s'il vous plaît ?
00:01:26Julie Zed a été condamnée en 2023 à 20 ans de réclusion criminelle
00:01:35pour tentative de meurtre envers son conjoint, Alain S.
00:01:40Lors de son premier procès aux assises,
00:01:42elle a contesté l'intention de tuer,
00:01:45expliquant qu'elle voulait se suicider avec un couteau
00:01:48et qu'elle avait poignardé son compagnon par accident.
00:01:51Cette explication n'a pas convaincu les jurés.
00:01:55Comme la loi lui autorise,
00:01:56Julie Zed a fait appel du verdict
00:01:58et comparé pour son second procès aux assises.
00:02:03Est-ce que vous pouvez nous expliquer
00:02:05qu'est-ce qui motive votre appel ?
00:02:07J'ai fait appel parce que je n'ai pas su m'exprimer la première fois
00:02:16parce que par la peur, j'ai du mal à parler devant des personnes
00:02:21et aujourd'hui, j'aimerais essayer de répondre au mieux
00:02:25aux questions qui nous sera posées.
00:02:29Je vais vous poser une question assez directe.
00:02:31Est-ce que vous contestez les faits qui vous sont reprochés ?
00:02:34Non, pas du tout.
00:02:36J'avais cru comprendre, notamment durant l'instruction,
00:02:40que vous contestiez l'intention au homicide
00:02:42sur le coup de couteau ayant été porté
00:02:44et qu'en première instance,
00:02:46vous étiez resté dans ce même cadre, manifestement.
00:02:49Non, je ne conteste pas.
00:02:50Vous ne le contestez plus aujourd'hui ?
00:02:51Non.
00:02:53Bien, donc vous pouvez ramener madame.
00:02:57La cour d'appel est composée de neuf jurés
00:02:59tirés au sort parmi la population
00:03:01et de trois magistrats.
00:03:04Lors des délibérations à l'issue des deux journées d'audience,
00:03:07il faudra une majorité de huit voix
00:03:09pour condamner l'accusé et décider de sa peine.
00:03:13Bonjour.
00:03:22Bonjour.
00:03:23Alors, dans ce dossier, vous avez été conduit
00:03:25à assumer la direction d'enquête.
00:03:27Est-ce que vous pouvez évoquer des investigations
00:03:30que vous avez été conduits à réaliser ?
00:03:33Dans cette soirée du 22 juin,
00:03:35monsieur contacte les secours.
00:03:37Il est seul dans la rue, devant chez lui.
00:03:40Sa compagne vient de lui porter un coup de couteau
00:03:43au niveau du thorax.
00:03:45Il a peur, il a froid, il se vide de son sang.
00:03:47Il pense qu'il va mourir.
00:03:49Et il demande de l'aide.
00:03:50J'ai retranscrit tous les appels.
00:03:52C'est le tout premier dans lequel monsieur contactait le secours.
00:03:56Et là, on comprend bien qu'il est face à madame.
00:03:59Et il lui demande de ne pas approcher à deux reprises.
00:04:01et en même temps, une voix féminine, dire OK ou d'accord.
00:04:06Donc, c'est l'appel de 23h24.
00:04:10Au revoir !
00:04:12J'ai compris, bonjour.
00:04:13Oui, bonjour.
00:04:14La copine qui m'a planté un coup de couteau.
00:04:17Elle vous l'a mis où, le coup de couteau ?
00:04:18Dans la poitrine.
00:04:20Dans la poitrine ?
00:04:21Dans la poitrine.
00:04:22Je ramène le bichet de sang.
00:04:24D'accord.
00:04:24Vous restez en ligne, je vous passe la régulation du sang.
00:04:27D'accord ?
00:04:28Oui.
00:04:31C'est tourné, là.
00:04:34Et ça peut finir.
00:04:35Laisse votre demande.
00:04:36Ne citez pas.
00:04:39Allez, j'y parlez.
00:04:40Vous êtes vous qui avez reçu le coup de couteau ?
00:04:42Oui.
00:04:43Ça seigne, monsieur ?
00:04:44Non, oui, il y a plein.
00:04:44Il y a des gens partout dans la chambre.
00:04:46D'accord.
00:04:46Alors, il faudrait comprimer, monsieur.
00:04:48Je fais ça.
00:04:48D'accord.
00:04:49Il y a des ventes qui arrivent à couper.
00:04:51Asseyez-vous, monsieur.
00:04:52Asseyez-vous.
00:04:54C'est tourné.
00:04:56Non, non, non, monsieur.
00:04:57Asseyez-vous, monsieur.
00:04:57Leur première impression à vos collègues qui arrivent sur place, c'est quoi ?
00:05:06Ils ont d'un côté quelqu'un, un homme qui est assis, gisant de son sang, il est en train de mourir.
00:05:10Et face à cette personne, ils ont une dame qui est alcoolisée, assise dans sa maison, en train de fumer une cigarette, quoi.
00:05:19Il y a un écart démesuré.
00:05:21La Cour vous remercie.
00:05:23Merci, monsieur le directeur d'enquête.
00:05:24Vous pouvez naturellement disposer votre fin de journée.
00:05:31Alors, docteur Olive Daem, vous pouvez venir à la barre.
00:05:34Alors, dans ce dossier, vous avez été amené à pratiquer toute une série d'actes.
00:05:45Donc, je vous propose de nous exposer les éléments dans l'ordre chronologique de vos interventions.
00:05:50Alors, monsieur, je l'ai vu lorsqu'il était en réanimation.
00:05:52Donc, lui, il ne se souvient pas de moi.
00:05:53Il était endormi lorsque je l'ai vu.
00:05:55En revanche, j'ai pu regarder le dossier médical.
00:05:56Le premier bilan des sapeurs-pompiers est à 23h42 et il annonce effectivement une plaie dans le thorax,
00:06:07mais surtout une tension assise, c'est-à-dire une tension extrêmement basse,
00:06:12ce qui classe monsieur dans les urgences absolues.
00:06:14On comprend que la plaie était mortelle et elle aurait été mortelle en l'absence de soins dans l'heure.
00:06:21Au total, d'un point de vue médico-légal, ce que je peux dire, c'est que la plaie est aiguë,
00:06:24que la plaie est profonde, que la plaie a toutes les caractéristiques d'une plaie due à une arme de type couteau,
00:06:33que la plaie est due à un coup de type coup d'estoc, c'est-à-dire un coup où on plante, pas un coup où on tranche,
00:06:41et que ce coup a été donné avec de la force.
00:06:44Qu'est-ce qu'on entend par une force importante d'un point de vue médico-légal ?
00:06:51Une force que l'on rencontre dans un coup qui n'est pas donné par inadvertance.
00:06:55Merci docteur, la cour vous remercie.
00:06:57Merci.
00:06:59Alors monsieur, est-ce que vous pouvez venir à la barre ?
00:07:05Ce qui nous intéresse en premier lieu, c'est votre relation avec madame.
00:07:15Comment ça a débuté ? Comment vous vous êtes rencontrés ?
00:07:17Comment vous en êtes venus à vivre ensemble à un moment donné ?
00:07:20D'accord.
00:07:21Ok.
00:07:23Bon, donc on s'est connus sur un site internet, donc ça, c'était en...
00:07:31Ça a commencé en 2021, courant novembre 2021, il me semble.
00:07:36Tout se passait bien, il n'y avait rien de...
00:07:38Il n'y avait rien de tordu, je dirais, quoi.
00:07:40C'était plutôt bien.
00:07:41Et en février, donc, on décide de se voir un soir, on a mangé ensemble, ça s'était bien passé.
00:07:49Et donc le week-end qui a suivi, c'est là qu'elle est venue à la maison.
00:07:58Depuis le jour où elle était venue, le fameux week-end où elle est venue à la maison,
00:08:01en fait, elle n'en est réellement jamais repartie.
00:08:06Et alors la dégradation, elle vient tout de suite ?
00:08:10Elle changeait d'humeur, en fait.
00:08:13Les semaines où je n'avais pas ma fille, donc elle était chez la maman.
00:08:16Donc quand on était tous les deux, les semaines où on était tous les deux,
00:08:19tout se passait bien, tout était gentil, il n'y avait pas de...
00:08:22Il n'y avait pas d'abus, il n'y avait pas de violence, il n'y avait pas de cris, il n'y avait rien.
00:08:27Mais dès l'instant qu'on entamait la scène d'après, ça y est, elle se rendait déjà malade.
00:08:32Et effectivement, c'est dans ces moments-là qu'elle avait envie de boire du vin, tout ce qu'il y avait.
00:08:43Elle allait acheter des bières, voilà, des choses comme ça.
00:08:46Donc il y avait une véritable accoutumance à l'alcool ?
00:08:48Dans ces moments de détresse, je dirais, dans ces moments où elle se sent vraiment persécutée,
00:08:55elle rentre dans des délires de persécution, elle croit que tout le monde lui en veut.
00:09:00Alors elle parle de son père, elle parle de ses enfants, elle parle de mes parents, elle parle de ma fille.
00:09:05Et puis moi, j'étais le menteur, j'étais le tricheur, j'étais le...
00:09:10Enfin tous les noms d'oiseaux, quoi.
00:09:11Est-ce que vous pouvez nous parler de l'événement du mois de mai ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
00:09:16Donc on finit de manger, et moi je me tourne vers l'évier pour faire la vaisselle, tout ça.
00:09:22Elle se lève d'un coup, elle prend un couteau, et je la vois devant l'évier, elle fait ce geste-là, comme ça,
00:09:31mais assez brutalement, et j'arrive à lui desserrer les doigts, je récupère le couteau, je le balance dans l'évier,
00:09:38puis je la serre très fort contre moi, quoi.
00:09:41Elle est dans mes bras, elle pleure, moi je la serre, et c'est là qu'elle se recule, puis elle me regarde,
00:09:45et elle me dit, si tu me kisses, je te tue.
00:09:47C'était ce soir-là.
00:09:48Après trois mois de vie commune chaotique, Alain S. décide de rompre avec sa compagne.
00:09:56Il lui annonce la nouvelle, alors que l'accusé boit sans discontinuer depuis 24 heures.
00:10:02Je lui dis, écoute, moi j'ai pris la journée pour réfléchir, je lui dis, pour moi c'est plus possible de vivre comme ça,
00:10:11je lui dis, tu peux pas me demander de choisir entre toi et ma fille, quand tu bois, tu m'insultes, tu me tapes,
00:10:20je lui dis, je te mets pas à la porte, mais je te laisse un mois, tout le mois de juillet, pour t'en aller.
00:10:25Voilà, c'est tout.
00:10:28Et donc ensuite, vous partez ?
00:10:29Donc après, je pars, oui, je pars me coucher.
00:10:35Selon le rapport d'enquête, la victime se couche alors dans sa chambre au premier étage.
00:10:40L'accusé reste au rez-de-chaussée, devant la télévision, pendant 20 minutes,
00:10:45puis se saisit d'un couteau de cuisine et monte rejoindre son compagnon.
00:10:50Elle se couche en silence et place le couteau sous l'oreiller.
00:10:55Donc vous allez dire qu'elle va tenter un rapprochement physique avec vous ?
00:10:59Ouais, je la sens qu'elle est dans mon dos, en position de la cuillère, on va dire.
00:11:05Et puis elle commence à me caresser le dos, gentiment, tranquillement.
00:11:11Puis, ben, voilà, il n'y a pas un mot, il n'y a rien du tout.
00:11:14On sent que, voilà, on sent que c'est un peu comme, je le prends un peu comme si elle voulait s'excuser,
00:11:20ou qu'elle avait des choses à me dire, et puis peut-être que ça sortait pas,
00:11:24ou des choses comme ça.
00:11:27Je la pousse deux, trois fois, comme ça, puis je lui dis, non, ben, c'est bon, laisse-moi tranquille.
00:11:31Je me lève demain matin, je dois partir à 6 heures.
00:11:36Et donc, elle continue.
00:11:37Alors là, je finis par le dire, je dis, écoute, je te fais un bisou sur la joue,
00:11:41et après, tu reprends ton côté, puis moi du mien, histoire que ça te pèse un petit peu, quoi.
00:11:45Il n'y a pas de réponse.
00:11:46Ah non, non.
00:11:47Il n'y a pas de réponse.
00:11:47Non, non, il n'y a pas de réponse.
00:11:49Je la tire un peu vers moi pour être sûr de l'embrasser sur la joue, et elle ne vient pas, en fait.
00:11:55Elle ne vient pas.
00:11:56Alors moi, qu'est-ce que je fais ? Je me relève un petit peu, et là, elle tombe.
00:11:59Elle tombe sur moi.
00:12:00Vous ressentez une douleur immédiatement ?
00:12:02Douleur, non.
00:12:03J'entends un bruit bizarre, et puis j'ai mes bras qui tombent, en fait.
00:12:07Et dans les quelques secondes qu'on suivit, je sens sur mon torse et mon ventre quelque chose qui coule.
00:12:16Donc, j'arrive à mettre ma main dessus.
00:12:18Je sens que c'est gras, visqueux.
00:12:20Je comprends là que c'est du sang.
00:12:22Et là, je lui dis, qu'est-ce que tu m'as fait ?
00:12:26Et donc, elle se rapproche de mon oreille, et c'est là qu'elle m'a dit, je te l'avais dit, je t'avais prévenu.
00:12:33Donc là, je comprends.
00:12:34Après, retour en arrière, je comprends ce qui s'est passé au mois de mai.
00:12:38Je m'envoie la scène du couteau, j'ai dit, tu m'as planté.
00:12:41Et je n'ai pas de réponse.
00:12:43Donc, pour en être sûr, je prends mes deux mains, j'essaie de remonter mes mains sur mon corps.
00:12:47Et là, je sens qu'elle tient quelque chose avec ses deux mains, ici.
00:12:52J'ai qu'une chose à faire, de toute façon.
00:12:54Je ne peux pas rester là.
00:12:55Je suis prisonnier, j'ai tout son poids sur moi, je ne peux quasiment pas bouger.
00:12:58Je ne peux pas me relever, je ne peux rien faire.
00:13:01Je ne peux pas rester comme ça.
00:13:03Donc, je prends la décision de bloquer les deux mains qui serrent le couteau et je balance tout à droite.
00:13:11Et le couteau, il part en même temps.
00:13:12Donc, vous l'avez fait basculer.
00:13:13Je l'ai fait basculer à droite.
00:13:14Sur l'espace entre le radiateur et le lit.
00:13:17Je sors au soin de la chambre, je ferme la porte de la chambre.
00:13:20Et donc, je fais le 18.
00:13:22Je sens une présence derrière moi.
00:13:24Et là, je me retourne, elle est là.
00:13:27Elle est à un mètre de moi.
00:13:28Alors, je recule.
00:13:30Et en reculant, je lui ai dit, n'avance pas.
00:13:33Je ne te veux pas de mal, mais n'avance pas.
00:13:35Et est-ce qu'elle vous dit quelque chose pendant cette phase-là ?
00:13:38OK.
00:13:39Et elle me laisse sortir.
00:13:40Alors, comment vous avez vécu le positionnement de madame par rapport aux faits ?
00:13:46Jusqu'à présent, son positionnement était de dire, moi, je n'ai jamais voulu le tuer.
00:13:50Tentez de le tuer.
00:13:51Je vais vous répondre à ce que j'ai dit à madame la juge pendant l'instruction.
00:13:56Je dis, moi, de toute façon, ma situation maintenant, elle est telle qu'elle est.
00:13:59C'est fait, c'est fait.
00:14:00Voilà.
00:14:01C'est comme ça.
00:14:02Je suis vivant.
00:14:02C'est déjà bien.
00:14:04Mais je lui ai dit, vous savez, moi, je me rappelle de tout.
00:14:08Je me rappelle de chaque seconde, de chaque minute.
00:14:10Et je le vis régulièrement depuis deux ans.
00:14:14Elle a toujours dit qu'elle ne s'en souvenait pas, qu'elle ne voulait pas si, qu'elle a des pertes de mémoire.
00:14:19Je lui ai dit à madame la juge, je lui ai dit, vous savez, si elle ne s'en souvient pas, tant mieux pour elle.
00:14:24Par contre, si elle s'en souvient, je l'invite à dire la vérité.
00:14:27Parce que ce n'est pas avec des « je ne me rappelle plus » ou « je ne sais pas, je n'ai pas voulu, j'ai voulu me suicider ».
00:14:35Non.
00:14:36Ça, ce n'est pas entendable, ça.
00:14:43Après, je n'ai appuyé pas d'animosité.
00:14:46Au contraire, je n'ai jamais eu de...
00:14:48Vous pourriez légitimement en avoir de l'animoire.
00:14:50Non, mais je n'en ai jamais eu.
00:14:53Monsieur, vous pouvez retourner vous asseoir.
00:14:55Plus de deux ans après avoir été poignardé, Alain S. continue d'en subir les conséquences.
00:15:05Il a perdu une partie de sa capacité respiratoire et ressent des douleurs persistantes.
00:15:11Licencié de son emploi pour inaptitude, il a été reconnu travailleur handicapé, mais n'a toujours pas retrouvé de travail.
00:15:19Il est également sujet à un profond stress post-traumatique et suit un traitement contre la dépression.
00:15:26Est-ce que vous pouvez nous amener, madame ?
00:15:31Merci.
00:15:31Merci.
00:15:32Par rapport au récit qui vient d'être fait par monsieur, est-ce que vous souhaitez faire des observations particulières ?
00:15:53La seule chose que je me rappelle, j'avais qu'en tête, c'était de mourir, de me suicider, de mourir.
00:16:02Je n'avais pas de médicaments, donc je n'ai pas pu.
00:16:04Parce qu'auparavant, je prenais de l'alcool et j'avais allé des médicaments.
00:16:09Mais là, il n'y avait pas de médicaments.
00:16:11Et je ne sais pas, j'ai vu ce couteau sur l'évier, j'ai pris le couteau, j'étais dans la chambre, je l'ai mis sur ma tête d'oreiller.
00:16:17Et c'est au moment qu'il m'a redit, en me hurlant dessus, je veux que tu dégages, moi je veux que tu dégages, c'est là que j'ai saisi le couteau.
00:16:28Mais je ne veux pas vous expliquer le geste, parce que c'était dans le noir, ça s'est passé tellement vite, je ne sais pas où...
00:16:33Moi, ce qui m'intéresse, c'est de savoir si effectivement, vous lui avez volontairement porté un coup de couteau au thorax.
00:16:40C'est ça ma question.
00:16:42Oui.
00:16:42Donc, je note cet élément qui est un changement par rapport à vos précédentes déclarations.
00:16:50On va revenir en arrière, pour être bien concret pour mesdames et messieurs les jurés.
00:16:56Pour vous, la relation, elle se passait bien ?
00:16:59Au début, oui, elle se passait bien.
00:17:02Vous avez quelle image de lui ?
00:17:06Vous avez une bonne image ?
00:17:08Parce que lorsqu'on lit vos déclarations, on n'a pas l'impression que vous avez une très bonne image de lui.
00:17:14Mais c'est par rapport à sa fille ?
00:17:16Pas uniquement.
00:17:20Je vais vous dire quelques mots que vous avez pu lire dans vos déclarations.
00:17:24En code D66, vous allez dire que sa fille a un gros problème.
00:17:29Vous allez dire qu'il ne s'occupait pas de sa fille.
00:17:30Vous allez dire de lui que c'est un menteur, que c'est quelqu'un qui n'aime pas travailler,
00:17:40que son peintre tronc s'en est aperçu et il a été convoqué, ce qui ne semblerait pas être le cas du tout.
00:17:48Qu'il faisait croire qu'il faisait des heures, mais il était tout le temps à la maison.
00:17:52Tout ça, c'est vos déclarations.
00:17:53On ne peut pas dire que vous avez une image très valorisante de la victime.
00:18:01Aujourd'hui, je me rends compte que je n'aurais pas dû m'interposer.
00:18:08J'aurais dû rester en recul par rapport à tout ça.
00:18:15Est-ce que vous pensez que vous aviez à l'époque un problème avec l'alcool ?
00:18:21Aujourd'hui, oui, je me rends compte aujourd'hui.
00:18:25Alors, pourquoi à l'époque, notamment lorsque vous avez été entendue,
00:18:29vous ne disiez absolument pas, vous n'aviez aucun problème avec l'alcool ?
00:18:33Pourquoi vous n'aviez pas cette conscience-là ?
00:18:37J'ai lu beaucoup, avec mon avocat, j'ai lu beaucoup les témoignages
00:18:41et j'en ai beaucoup parlé avec ma psychologue.
00:18:44Et en fait, je ne m'en apercevrais pas avant que l'alcool me pouvait me rendre comme ça.
00:18:49Parce que je sais que sans boire d'alcool, je ne suis pas comme ça.
00:18:52Je suis quelqu'un plutôt de réservé, de timide.
00:18:55Je ne suis pas comme ça.
00:18:57Et puis, je n'ai aucune violence quand je ne vois pas.
00:19:00Et puis, en revoyant les images, déjà, où c'est aussi les photos,
00:19:03ça fait mal et ça fait un choc et je ne me voyais pas du tout comme ça.
00:19:09Donc, au final, vous étiez amoureuse, vous ?
00:19:13Je commençais à avoir des sentiments, oui.
00:19:17En plus, comme il a dit, on commençait à faire des projets.
00:19:20Mais j'y croyais, j'y croyais vraiment.
00:19:23Alors, vous espériez quoi de cette relation ?
00:19:27À l'avenir, à l'avenir à deux.
00:19:31Est-ce qu'il a déjà été violent avec vous physiquement ?
00:19:35Non.
00:19:36Jamais.
00:19:36Est-ce qu'il a déjà été violent verbalement avec vous ?
00:19:41C'est-à-dire, vous insultez, vous dénigrez, ce genre de choses.
00:19:45Non, par des reproches.
00:19:48Alors, ensuite, il part se coucher.
00:19:52Et vous, lorsque vous êtes entendu en garde à l'ue,
00:19:54vous allez dire que vous êtes resté devant la télé,
00:19:57à ce moment-là, sur le canapé, devant la télévision.
00:19:59Sur le canapé, je ne bouge pas.
00:20:00Et alors, qu'est-ce qui fait que, là, les choses se sont apaisées, entre guillemets ?
00:20:05Lui, il est dans la chambre, vous, vous êtes dans le salon.
00:20:08Qu'est-ce qui fait qu'à un moment donné, vous allez aller chercher le couteau et partir dans la chambre ?
00:20:13À ce moment-là, je ne suis pas bien.
00:20:16Ça, je veux bien l'entendre que vous n'êtes pas bien.
00:20:18Je ne suis pas bien.
00:20:20Mais quand on se dispute dans un couple, généralement, les gens ne sont pas bien.
00:20:24Et leur réflexe, ce n'est pas d'aller chercher un couteau pour aller dans le lit conjugal, vous voyez ?
00:20:29Mais je n'ai pas réfléchi.
00:20:32Je n'ai pas réfléchi.
00:20:33Je vous dis, j'aurais eu des médicaments, j'aurais pris les médicaments.
00:20:38Et je ne sais pas, j'ai vu ce couteau, je me suis dit, j'ai vu ce couteau, j'ai pris ce couteau.
00:20:42Je ne sais pas pourquoi j'ai pris ce couteau.
00:20:44J'ai vu ce couteau.
00:20:45Et j'avais qu'en tête en moi, c'était de mourir.
00:20:49Je n'en avais pas, je n'en pouvais plus.
00:20:51Je ne comprenais pas ce qui se passait.
00:20:53Mais si vous prenez le couteau...
00:20:54Je ne comprenais pas ce qui se passait, je ne comprenais pas pourquoi cette agressivité,
00:20:58pourquoi cette structure, je ne comprenais pas du tout ce qui se passait.
00:21:03Pour moi, je n'avais rien fait de mal.
00:21:05Je ne comprenais pas du tout.
00:21:07Mais si vous ne comprenez pas, pourquoi vous n'allez pas dans la chambre,
00:21:10simplement pour discuter avec...
00:21:11C'est ce que j'ai fait.
00:21:12Mais pas avec un couteau.
00:21:15Oui, mais je l'ai fait.
00:21:18Je voulais mourir, mais j'avais envie encore.
00:21:20J'avais envie de...
00:21:22Je pleurais, j'étais en train de parler,
00:21:23j'étais en train de m'excuser dans le lit.
00:21:25Vous voyez le fait de vouloir...
00:21:27On va réfléchir ensemble, on va tenter de réfléchir ensemble.
00:21:31Le fait de vouloir attenter à votre vie, c'est-à-dire vous suicider.
00:21:35Vous prenez le couteau.
00:21:36Le geste naturel, si on veut attenter à sa vie,
00:21:40c'est de le passer sur ses poignets.
00:21:41En revanche, l'idée que sa décision puisse être insupportable pour vous
00:21:55et que vous ayez tenté une réconciliation dans le lit,
00:21:59une réconciliation affective, je parle d'un rapport sexuel,
00:22:03et que vous vous sentant rejeté à nouveau, vous passiez à l'acte,
00:22:05avec le fait que vous êtes fortement alcoolisé
00:22:10et qu'on sait que l'alcool est facilitateur du passage à l'acte,
00:22:15là, il y a une certaine cohérence.
00:22:17Vous voyez ?
00:22:19Alors, est-ce qu'éventuellement, ça peut s'être passé de la manière dont je viens d'indiquer ?
00:22:24Je voulais vraiment...
00:22:28Pardon ?
00:22:29Quand j'ai pris le couteau, je l'ai vu, je l'ai pris avec moi.
00:22:33Je n'ai pas pensé du tout.
00:22:35C'est arrivé dans la chambre, je ne sais pas, je me suis assise sur le lit,
00:22:39j'ai mis le couteau en dessous de la tête d'oreiller et je me suis allongée.
00:22:44Et c'est au moment qu'il m'a redit,
00:22:45je veux que tu dégages, je veux que tu dégages, c'est là que j'ai pris le couteau.
00:22:49Donc c'était un coup de couteau lié au fait qu'il ne change pas d'avis ?
00:22:54Sur la colère.
00:22:54Qui est énervé, sur la colère.
00:22:56On est d'accord ?
00:22:57On est d'accord.
00:23:01Partie civile, des questions.
00:23:08Madame, quand on se replace encore un petit peu avant le coup de couteau,
00:23:12ça me semble important, vous avez entendu ce qu'il a dit.
00:23:14Il a besoin de comprendre, il cherche des explications.
00:23:18Si l'idée c'est de vous faire du mal,
00:23:21pourquoi le couteau, à la limite, vous ne vous en servez pas
00:23:24quand vous êtes dans le salon, avant de monter.
00:23:27Si vraiment vous voulez vous faire du mal,
00:23:28si vraiment vous voulez vous déterminer à en finir.
00:23:31Je ne vois pas l'idée de monter.
00:23:32Je sais, c'est au moment, je vous dis,
00:23:35j'aurais eu des médicaments, j'aurais pris des médicaments.
00:23:37Oui, vous les auriez pris en bas.
00:23:38Je me suis levé, je me suis levé du canapé.
00:23:42Au bout d'un moment, j'étais...
00:23:45Je ne pensais qu'à mourir, à mourir.
00:23:48J'avais vu ce couteau sur les vies, je l'ai pris.
00:23:50Je l'emmenais avec moi.
00:23:52Alors quand vous arrivez dans la chambre, très bien,
00:23:54vous l'emmenez avec vous, vous l'emmenez avec vous par inadvertance.
00:23:57Pourquoi pas ?
00:23:58Pourquoi vous le mettez sous l'oreiller ?
00:24:00Je l'ai mis sous la tête d'oreiller, je ne sais pas.
00:24:02Je l'ai mis sous la tête d'oreiller.
00:24:03Et au final, on sait que vous vous en servez.
00:24:10Je ne voulais pas lui faire du mal.
00:24:11C'est tout, je ne voulais pas...
00:24:12Sinon, je ne me réfère avant, je ne voulais pas lui faire du mal.
00:24:18À un moment, moi, je veux bien tout entendre,
00:24:20je veux bien tout comprendre,
00:24:21je veux bien croire que la colère, le rejet,
00:24:23tout ce que vous voulez, vous a conduit à être terriblement en colère
00:24:26et à vouloir le tuer.
00:24:27Mais vous ne pouvez pas nous dire en même temps
00:24:28le couteau s'est parti tout seul
00:24:30et je ne sais même plus si je l'ai touché,
00:24:32je ne sais même plus que je l'avais touché.
00:24:34Vous voyez, c'est quand même contradictoire.
00:24:36Je peine à comprendre si véritablement vous reconnaissez
00:24:39ce que vous vous l'avez dit en début d'audience ou pas.
00:24:41C'est ça, moi, ce que j'ai besoin de savoir.
00:24:43Je vous dis, quand il m'a dit encore,
00:24:47je veux que tu dégages, je veux que tu dégages,
00:24:49j'ai pris le couteau, j'ai visé,
00:24:51je ne peux pas vous...
00:24:52J'ai visé, mais je ne peux pas vous dire où.
00:24:55J'ai visé.
00:24:59Mais c'était dans le linge,
00:25:00je ne peux pas vous expliquer comment.
00:25:01Ça s'est passé tellement vite.
00:25:04Je ne suis pas connu.
00:25:05Ça s'est passé tellement vite.
00:25:09Je n'ai pas d'autres questions.
00:25:10Monsieur l'avocat général, avez-vous des questions ?
00:25:14C'est un peu compliqué, on va en tenter une ou deux.
00:25:17Madame, vous avez un amour immodéré pour les couteaux,
00:25:19on dirait, et une façon de vous en servir un peu curieuse.
00:25:24Est-ce que vous savez que votre fille a été entendue
00:25:26dans cette procédure ?
00:25:28Et vous savez ce qu'elle a dit par rapport à votre utilisation des couteaux
00:25:32dans le domaine conjugal ?
00:25:34Par exemple, en code D95-1,
00:25:39elle dit,
00:25:40« Salam est arrivé plusieurs fois de me réveiller la nuit
00:25:42en entendant des hommes crier,
00:25:44ne pointe pas le couteau sur moi,
00:25:46mais eux ont eu la chance,
00:25:47ils ont réussi à partir. »
00:25:49Ça vous dit quelque chose ?
00:25:50Ça ne me dit rien, j'en ai posé la question à ma fille
00:25:52parce que ça ne me dit rien.
00:25:54C'est fâcheux ?
00:25:55Oui, mais c'est fâcheux.
00:25:56Je suis d'accord, mais j'étais en...
00:25:58Comme elle précise,
00:26:01tout le temps, toujours,
00:26:03toujours sous l'alcool,
00:26:05toujours,
00:26:06elle le précise très bien,
00:26:07très bien que j'ai des comportements,
00:26:09que je ne sais pas ce que je fais.
00:26:12Non mais,
00:26:12c'est vous qui décidez de vous alcooliser, madame ?
00:26:15Il n'y a pas quelqu'un qui vous verse de l'alcool dans la bouche,
00:26:16rassurément.
00:26:17Oui, non mais, oui.
00:26:20Et il y a l'épisode
00:26:21où vous vous menacez avec un couteau,
00:26:24apparemment.
00:26:26Là aussi, vous n'en souvenez pas ?
00:26:30Je vous dis, je...
00:26:31Je suis consciente de ce que je fais maintenant.
00:26:36Maintenant, aujourd'hui, je suis consciente
00:26:38de ce que je peux être quand j'ai bu.
00:26:41Je suis consciente parce que je sais
00:26:43que quand je n'ai pas bu, je ne suis pas comme ça.
00:26:44Maintenant, je n'en étais pas consciente
00:26:46jusqu'à maintenant.
00:26:47Je n'en étais pas du tout consciente jusqu'à maintenant.
00:26:49Et vous savez, ça fait mal.
00:26:51Si je m'en devais prendre compte plus tôt,
00:26:52ça ferait longtemps que j'aurais réagi.
00:26:55Je ne savais pas que j'étais comme ça.
00:26:56Je ne savais pas du tout.
00:26:58Il y a quand même une question qui se pose, madame.
00:27:00Est-ce que, j'allais dire,
00:27:01vous n'avez pas une propension
00:27:03aux mensonges utilitaires
00:27:04sous vos airs
00:27:07de « je ne m'en souviens pas »
00:27:09dès qu'une question vous ennuie un peu ?
00:27:12Non.
00:27:14Parce que,
00:27:15aux gendarmes qui interviennent en premier,
00:27:19ils vous entendent dire
00:27:20« je me suis défendu ».
00:27:22Ça vous inspire quoi ?
00:27:25Est-ce que ça ne serait pas un mensonge par hasard ?
00:27:28Parce qu'apparemment,
00:27:29il ne vous a quand même pas beaucoup attaqué,
00:27:31voyez-vous.
00:27:32Je ne sais pas.
00:27:33Je ne peux pas vous répondre.
00:27:35Je ne sais pas.
00:27:36Est-ce que ce n'est pas pour vous positionner
00:27:38dans un statut de victime
00:27:39que vous n'êtes pas ?
00:27:41Je ne sais pas.
00:27:42Je ne sais pas.
00:27:43Pourquoi j'ai dit ça ?
00:27:45Donc, il y a des choses
00:27:46que vous vous rappelez
00:27:47et quand elles sont un peu embêtantes pour vous,
00:27:49mine de rien,
00:27:49celles-là, vous n'en rappelez pas ?
00:27:51Non, c'est vous.
00:27:54Comprenez que ça interroge ?
00:27:55Oui, ça interroge.
00:27:56Je suis d'accord.
00:27:57Mais je ne me rappelle pas.
00:27:57Je ne vais pas vous inventer.
00:27:59Je ne me rappelle pas.
00:28:00Sinon, je vous le dirai.
00:28:00Je ne me rappelle pas.
00:28:02Très bien.
00:28:02Et alors, moi, ce qui m'étonne un peu,
00:28:05c'est qu'on l'a entendu.
00:28:06Monsieur, il ne vous accable pas.
00:28:07Il essaie pas à pas
00:28:08de décrire ce qui s'est passé.
00:28:10Il emploie même le terme d'accident.
00:28:11C'est pour vous dire
00:28:12qu'il ne vous accable pas.
00:28:13Et il indique très clairement
00:28:15qu'il a proposé
00:28:17de vous faire un bisou
00:28:19et que c'est à ce moment-là
00:28:20que le coup de couteau
00:28:21vous lui avez donné
00:28:22et pas parce qu'il vous aurait dit
00:28:24dégage.
00:28:26C'est curieux
00:28:26que vous ne s'en souveniez pas de ça.
00:28:29Est-ce qu'il ment ?
00:28:31Je ne peux pas dire
00:28:32qu'il ment.
00:28:33Est-ce que vous pouvez affirmer
00:28:34qu'il ne ment pas ?
00:28:35Est-ce que vous pensez
00:28:36qu'il peut mentir ?
00:28:39Je ne peux pas affirmer
00:28:39qu'il ne ment pas
00:28:40mais mes souvenirs,
00:28:42je sais.
00:28:42C'est ces paroles
00:28:44qui m'ont fait
00:28:45ces paroles
00:28:46tout le temps.
00:28:46Ces paroles,
00:28:47je veux que tu dégages,
00:28:48t'es à moi.
00:28:48Je veux que tu dégages.
00:28:49C'est ces paroles.
00:28:51Vous comprenez ?
00:28:51C'est ces paroles
00:28:52qui me reviennent tout le temps
00:28:53et c'est pour ça
00:28:53que j'ai pris le couteau.
00:28:55Est-ce qu'on tue quelqu'un
00:28:56parce qu'il vous annonce
00:28:57qu'il va vous quitter ?
00:29:00Non, on tue pas quelqu'un
00:29:01quand il m'annonce
00:29:02que c'était pas moi.
00:29:04C'était sous la colère
00:29:05et c'est la colère
00:29:07quelqu'un qui amène à ça.
00:29:08C'est l'alcool,
00:29:09la colère,
00:29:10le désespoir.
00:29:13Je ne sais pas.
00:29:14Je ne voulais pas ça.
00:29:15J'entends bien, madame,
00:29:16mais vous êtes quand même
00:29:17responsable de vos actes.
00:29:19Oui.
00:29:20On est d'accord ?
00:29:22Oui.
00:29:22Est-ce que le couteau,
00:29:23vous le cachez pas
00:29:24sous l'oreiller
00:29:25en se disant
00:29:27si j'arrive à me réconcilier
00:29:29sur l'oreiller avec lui,
00:29:30je ne l'utilise pas
00:29:31et s'il n'accepte pas
00:29:33que je reste,
00:29:35là, je l'utilise.
00:29:37Est-ce que ce n'est pas un peu
00:29:37le pari que vous avez fait
00:29:39en cachant ce couteau
00:29:40sous l'oreiller ?
00:29:41Non.
00:29:42Est-ce que vous pensez
00:29:43que nier les évidences
00:29:43est un système de défense ?
00:29:45Non.
00:29:45Je ne nie pas les évidences.
00:29:47Je ne nie pas les évidences.
00:29:48Chacun appréciera.
00:29:51Chacun appréciera.
00:29:54Voilà.
00:29:55Nous allons donc suspendre
00:29:56l'audience
00:29:56qui reprendra demain matin
00:29:58à 9h.
00:29:59L'audience est suspendue.
00:30:00Merci.
00:30:01Merci.
00:30:18L'audience est reprise.
00:30:22Nous pouvons nous asseoir.
00:30:29La seconde journée d'audience
00:30:31commence par l'étude
00:30:32de la personnalité de l'accusé.
00:30:34Le président fait lecture
00:30:36des expertises psychiatriques
00:30:38et psychologiques.
00:30:40L'accusé est reconnu responsable
00:30:42de ses actes,
00:30:43même si les experts soulignent
00:30:45ses fragilités psychiques.
00:30:47Il parle d'une personnalité
00:30:49marquée par des tendances paranoïaques
00:30:51et une profonde angoisse d'abandon.
00:30:55Ses expertises soulignent également
00:30:57le peu d'empathie
00:30:58dont fait preuve l'accusé
00:31:00envers sa victime.
00:31:01Monsieur l'avocat général.
00:31:05Oui.
00:31:06La psychologue vous interroge
00:31:07sur la procédure
00:31:08et puis vous ajoutez,
00:31:11en parlant de monsieur,
00:31:12et c'est six mois après les faits,
00:31:14depuis l'expertise médicale,
00:31:15il cherche la petite bête.
00:31:17Ah ben dis donc !
00:31:19Il cherche la petite bête.
00:31:21Il a failli mourir
00:31:22et vous dites,
00:31:22depuis l'expertise médicale,
00:31:24il cherche la petite bête.
00:31:26Vous trouvez que vous avez
00:31:27beaucoup d'empathie pour lui,
00:31:28six mois après les faits ?
00:31:32Qu'est-ce que vous pensez
00:31:32de cette phrase ?
00:31:34Est-ce que vous la rediriez
00:31:35aujourd'hui ?
00:31:35Non.
00:31:36Alors pourquoi vous l'avez dite ?
00:31:39Pourquoi vous avez dit
00:31:40il cherche la petite bête ?
00:31:42Il aurait peut-être fallu
00:31:43qu'il dépose pas plainte
00:31:43contre vous, je sais pas.
00:31:45Expliquez-moi cette phrase,
00:31:46il cherche la petite bête.
00:31:47Il y a une réponse ?
00:31:56Il n'y a pas de réponse ?
00:31:58Je constate qu'il n'y a pas de réponse.
00:32:01Vous avez indiqué aussi,
00:32:03c'est au début,
00:32:04qu'il profitait de vous
00:32:06depuis le départ,
00:32:06depuis le début.
00:32:07En quoi il a profité de vous ?
00:32:09Vous êtes venu s'installer chez lui,
00:32:12il vous a aidé à déménager,
00:32:14vous étiez hébergé chez lui,
00:32:16il vous faisait rien payer,
00:32:18il vous véhiculait,
00:32:19en quoi il a profité de vous ?
00:32:21Expliquez-moi,
00:32:22parce que je comprends pas.
00:32:26Et encore,
00:32:27la colère contre lui,
00:32:28la colère...
00:32:30Est-ce que c'est pas lui
00:32:31qui devrait être en colère ?
00:32:32Si.
00:32:33Alors pourquoi vous êtes en colère
00:32:34six mois après les faits ?
00:32:37La colère du geste que j'ai fait,
00:32:39la colère que je m'en voulais beaucoup,
00:32:41ça me faisait mal.
00:32:42Vous comprenez pas ?
00:32:43Vous êtes en colère contre vous,
00:32:44mais c'est contre lui
00:32:45que c'est lui que vous critiquez,
00:32:47madame.
00:32:47Je vous comprends,
00:32:48mais j'espère.
00:32:53Quand on est en colère contre soi,
00:32:55me semble-t-il,
00:32:56on dit pas du mal des autres.
00:32:57C'est parce que je veux pas,
00:32:59j'ai jamais voulu que ça arrive,
00:33:00j'ai jamais voulu la colère,
00:33:01vous comprenez ce que c'est
00:33:02quand vous êtes mal
00:33:03à l'intérieur de vous ?
00:33:05On revoit votre agressivité surgir,
00:33:07madame,
00:33:08ce qui n'est pas inintéressant,
00:33:09mais c'est pas le but que je cherche.
00:33:10Moi, j'ai pas d'autres questions.
00:33:19Alors, madame,
00:33:20là-bas.
00:33:25Oui, oui,
00:33:26c'est...
00:33:27L'enquête de personnalité
00:33:31souligne l'isolement affectif
00:33:33de l'accusé depuis l'enfance.
00:33:36Serveuse,
00:33:36caissière,
00:33:37auxiliaire de vie,
00:33:39elle a occupé divers emplois,
00:33:40mais ne s'est jamais insérée durablement
00:33:42dans une entreprise.
00:33:45Sa vie affective
00:33:46est également chaotique.
00:33:48Mère de trois enfants,
00:33:49de deux pères différents,
00:33:50l'accusé s'est fâché
00:33:51avec l'ensemble de ses proches
00:33:53et n'a plus que des relations
00:33:55épisodiques
00:33:56avec sa fille
00:33:57et son père.
00:33:58Ce dernier
00:33:59est le seul membre
00:34:00de sa famille
00:34:01à témoigner.
00:34:04Bonjour, monsieur.
00:34:05Monsieur le dame.
00:34:06Vous êtes le père
00:34:07de l'accusé.
00:34:08Oui, tout à fait.
00:34:10Comment ça s'est passé,
00:34:12son enfance,
00:34:12à votre fille ?
00:34:14C'était
00:34:15assez chaotique.
00:34:17Avec
00:34:17mon ex,
00:34:19on avait souvent
00:34:20des conflits,
00:34:21forcément.
00:34:21et moi,
00:34:23j'étais très peu présent
00:34:24parce que j'allais
00:34:25bricoler à droite
00:34:26ou à gauche.
00:34:27C'était une façon
00:34:28aussi de pouvoir
00:34:30s'en sortir
00:34:31puisque je n'avais,
00:34:34hormis mon salaire,
00:34:36je n'avais pas
00:34:36d'allocation au logement
00:34:37ni quoi que ce soit.
00:34:39Donc,
00:34:39vous avez beaucoup travaillé,
00:34:41donc vous laissiez
00:34:41la charge des enfants
00:34:43à votre épouse.
00:34:44Oui.
00:34:45Qui est aujourd'hui décédée.
00:34:46Oui.
00:34:47Est-ce qu'elle avait
00:34:48un problème avec l'alcool ?
00:34:49Oui.
00:34:49On va dire aussi
00:34:51que des fois,
00:34:53ça débordait
00:34:53tous les deux,
00:34:54oui.
00:34:55Vous aussi,
00:34:55vous aviez une problématique
00:34:56alcoolique ?
00:34:57Oui.
00:34:58Que vous avez toujours ?
00:34:59Non,
00:35:00pas du tout.
00:35:01Ça fait 26 ans,
00:35:03c'est-à-dire
00:35:03quand elle est partie,
00:35:05je n'ai absolument
00:35:06touché aucun alcool.
00:35:08Et quand les enfants
00:35:08faisaient des bêtises,
00:35:10qui les sanctionnait ?
00:35:11C'était vous ou elle ?
00:35:12Ça m'arrivait, moi.
00:35:13Ça vous arrivait ?
00:35:14Oui, oui.
00:35:15Et comment vous les sanctionnez ?
00:35:17Oh, ben, ça ne me dérangeait pas
00:35:18de leur mettre une galotte.
00:35:22Des orties,
00:35:23ça vous dit quelque chose ?
00:35:25Oh, peut-être, oui.
00:35:26Oui, peut-être aussi.
00:35:27Oui, peut-être.
00:35:28Vous savez, moi,
00:35:29j'ai été à l'école,
00:35:29j'ai ramassé des coups de règle
00:35:30dans les doigts
00:35:31et puis des claques
00:35:31sur le coin du nez.
00:35:33Ça ne m'a pas tué.
00:35:34Donc, quand elle a parlé
00:35:35de martinet, d'ortie,
00:35:37de galotte,
00:35:38ça m'a fait rigoler.
00:35:39Oui, d'accord.
00:35:41Ça, ça pouvait arriver ?
00:35:43Oui, peut-être.
00:35:45À partir du moment
00:35:46où vous vous séparez
00:35:47de votre épouse,
00:35:48vous restez en contact
00:35:49avec tous les enfants ?
00:35:51Ah, totalement.
00:35:52Totalement ?
00:35:52Les enfants, d'ailleurs,
00:35:54ne la voyaient plus.
00:35:57Ils ne voulaient pas la voir.
00:35:58D'ailleurs,
00:35:59à son enterrement,
00:36:00ils n'y ont pas aidé.
00:36:01D'accord.
00:36:02Et vous,
00:36:05votre fille,
00:36:06vous la voyez régulièrement ?
00:36:08Je ne sais pas quoi
00:36:09vous dire la fréquence.
00:36:11Une fois, ça en entends.
00:36:12C'est plutôt souvent
00:36:12elle qui m'appelait.
00:36:14Il l'a dit,
00:36:15quand il y a des besoins,
00:36:15elle savait me trouver.
00:36:16Donc, voilà.
00:36:18Et quand il y a des besoins,
00:36:20alors il y a des besoins matériels
00:36:21et puis il peut y avoir
00:36:22des besoins affectifs,
00:36:24besoin de parler,
00:36:26de se confier,
00:36:27d'exprimer la malette ?
00:36:28Là, non.
00:36:29Est-ce qu'elle pouvait le faire
00:36:30par rapport à vous ?
00:36:31Non.
00:36:32Moi, c'est vrai,
00:36:34très peu réceptif là-dessus.
00:36:36D'accord.
00:36:36Voilà.
00:36:38J'ai eu une enfance,
00:36:42j'étais à la DAS,
00:36:43j'ai eu une enfance
00:36:44où il fallait que je me démerde
00:36:45tout seul.
00:36:46Et aujourd'hui,
00:36:47j'estime que
00:36:49c'est aussi leur rôle.
00:36:53Voilà.
00:36:54C'est la meilleure façon
00:36:55de s'en sortir.
00:37:00Vous êtes allé la voir
00:37:01en détention ?
00:37:03Deux fois seulement, là.
00:37:04Et puis,
00:37:05c'est pas,
00:37:06je vais vous dire,
00:37:07la prison,
00:37:08c'est pas un dieu
00:37:08qui me plaît.
00:37:10C'est parce que,
00:37:11parce que je lui reproche
00:37:14quand même
00:37:14d'avoir fait ce geste,
00:37:16quoi, voilà.
00:37:17Je lui ai quand même
00:37:18fait savoir
00:37:19que, bon,
00:37:20ça touchait quand même
00:37:21la famille aussi.
00:37:23Voilà.
00:37:24Alors,
00:37:25qu'est-ce que vous voulez dire ?
00:37:26Ben,
00:37:26la publicité,
00:37:28que ça peut faire.
00:37:29Ah,
00:37:29la renommée de la famille ?
00:37:30Oui.
00:37:31Voilà.
00:37:33Bien.
00:37:34Eh bien,
00:37:34merci, monsieur.
00:37:35Vous pouvez naturellement disposer
00:37:36si vous le souhaitez,
00:37:37vous pouvez rester dans la salle.
00:37:38Non,
00:37:38je vais en aller
00:37:39parce que depuis 11h30
00:37:40que je suis là,
00:37:42un peu 11h30,
00:37:43ça va.
00:37:45Je vais aller manger
00:37:46un morceau,
00:37:46d'ailleurs.
00:37:47Eh bien,
00:37:48vous pouvez y aller.
00:37:49Eh bien,
00:37:50je remercie tout le monde.
00:37:52Bonsoir, monsieur.
00:37:53Au revoir, monsieur.
00:37:55Eh bien,
00:37:56vous avez la parole
00:37:57pour les partis civils.
00:37:59Monsieur le Président,
00:38:01Madame,
00:38:01Monsieur,
00:38:01Mesdames et Messieurs,
00:38:02les jurés,
00:38:05mon client,
00:38:05il est vivant.
00:38:07Mais c'est un survivant.
00:38:10Rappelez-vous
00:38:10les paroles
00:38:11du directeur d'enquête
00:38:13hier matin
00:38:14qui vous a
00:38:14décrit
00:38:16un homme
00:38:19à demi-nue,
00:38:21assis sur le trottoir,
00:38:23gisant dans son
00:38:25propre sang
00:38:26avec une plaie au thorax.
00:38:30Rappelez-vous
00:38:30ce que vous a dit
00:38:32le médecin légiste.
00:38:34Vous avez expliqué
00:38:35ce que c'était
00:38:35que le choc hémorragique.
00:38:36Il y a moins d'une heure
00:38:37de survie.
00:38:39Une heure,
00:38:39c'est le maximum.
00:38:41Mais s'il a survécu,
00:38:43il va devoir
00:38:44continuer à vivre
00:38:46en étant
00:38:48un homme différent
00:38:50de celui qu'il était.
00:38:51un homme
00:38:53qui doit vivre
00:38:54avec le spectacle
00:38:56des cicatrices
00:38:59physiques
00:39:00de cette agression
00:39:01qui sont gravées
00:39:02dans sa chair
00:39:03à chaque fois
00:39:03qu'il se regarde
00:39:04dans un miroir.
00:39:06Et puis,
00:39:07surtout,
00:39:09les
00:39:09stigmates
00:39:12de cette terrible
00:39:14agression
00:39:15qui sont gravées
00:39:16dans sa tête
00:39:18seconde
00:39:19par seconde.
00:39:21Alors qu'il se pensait
00:39:23en sécurité
00:39:24dans sa maison,
00:39:27dans sa chambre,
00:39:28dans son lit,
00:39:30couché à côté
00:39:31de celle
00:39:31qui avait partagé
00:39:34sa vie,
00:39:35qu'il aurait pu aimer.
00:39:37Un beau gâchis.
00:39:39Un beau gâchis.
00:39:40Un beau gâchis
00:39:41qui ne génère pourtant
00:39:42ni hostilité
00:39:44ni haine
00:39:47chez mon client,
00:39:49mais plutôt
00:39:49une interrogation
00:39:50perpétuelle
00:39:52pourquoi
00:39:53celle qui
00:39:54était sa compagne
00:39:56a voulu
00:39:57lui donner la mort.
00:40:00Et une nouvelle fois,
00:40:02devant cette cour d'assises
00:40:03d'appel,
00:40:04l'accusé
00:40:05se cache.
00:40:06se cache,
00:40:08à mon avis,
00:40:09derrière
00:40:09cette amnésie
00:40:11séquentielle.
00:40:13Elle ne va pas
00:40:14jusqu'au bout
00:40:14des choses.
00:40:16Elle n'apporte pas
00:40:17les réponses.
00:40:20Non,
00:40:20l'enjeu
00:40:20de ce procès,
00:40:23et vous le comprenez,
00:40:24je pense,
00:40:25sans difficulté,
00:40:26c'est la peine.
00:40:28C'est la peine.
00:40:29Qu'est-ce que
00:40:30ça vaut ?
00:40:33Alors,
00:40:34tout ce que souhaite
00:40:34mon client,
00:40:35c'est que votre décision
00:40:37et que plus largement
00:40:38cette ultime
00:40:39audience
00:40:40soit pour l'accusé
00:40:42le point de départ
00:40:43d'une authentique
00:40:45réflexion
00:40:46sur ces actes
00:40:48qui permettent
00:40:49de garantir
00:40:51que plus jamais,
00:40:52plus jamais
00:40:53elle ne tente
00:40:54de détruire
00:40:56ou de pourrir
00:40:57la vie
00:40:58d'un être humain.
00:41:00Parce que
00:41:00la vie
00:41:00est ce que chacun de nous
00:41:02a de plus précieux.
00:41:05La cour vous remercie,
00:41:09maître.
00:41:12Monsieur l'avocat général,
00:41:13vous avez la parole
00:41:15pour vos réquisitions.
00:41:16Merci,
00:41:17monsieur le président.
00:41:20Mesdames,
00:41:21messieurs,
00:41:23mesdames et messieurs
00:41:24les jurés,
00:41:25moi,
00:41:25il m'appartient,
00:41:27en tant que magistrat
00:41:27du ministère public,
00:41:28de vous démontrer,
00:41:31mais là,
00:41:31la démonstration
00:41:32ne me semble pas
00:41:33très difficile,
00:41:35que l'accusé
00:41:36a bien commis
00:41:39le crime
00:41:39qui lui est reproché,
00:41:42et de solliciter
00:41:43de votre part
00:41:44une peine
00:41:45en répression
00:41:48de ce crime.
00:41:49Alors,
00:41:50ce crime,
00:41:50c'est celui
00:41:51de tentative
00:41:52de meurtre
00:41:52sur conjoint.
00:41:54La tentative
00:41:55de meurtre
00:41:55comme le meurtre
00:41:56est punie
00:41:57à titre principal
00:41:59de 30 ans
00:42:00de réclusion criminelle,
00:42:02et le fait
00:42:04que la victime
00:42:05soit le conjoint
00:42:06de l'auteur
00:42:07est une cause
00:42:08d'aggravation
00:42:09qui porte
00:42:10à la réclusion
00:42:11criminelle
00:42:12à perpétuité,
00:42:13théoriquement,
00:42:14bien entendu,
00:42:15les faits
00:42:15qui sont reprochés
00:42:16à l'accusé.
00:42:18Alors,
00:42:18on entre dans
00:42:19le vif du sujet
00:42:19avant cette scène
00:42:21de crime
00:42:21particulièrement gore
00:42:22que vous avez
00:42:23à juger.
00:42:25C'est cette prise
00:42:27de couteau.
00:42:28Monte-t-on
00:42:28dans sa chambre
00:42:30avec un couteau
00:42:31pour le mettre
00:42:32sous l'oreiller ?
00:42:33Si ça vous est déjà
00:42:34arrivé,
00:42:35mesdames et messieurs,
00:42:36dites-le-moi
00:42:36parce que moi,
00:42:37ça ne m'est pas arrivé.
00:42:39Alors,
00:42:39qu'est-ce qu'elle a voulu faire
00:42:40en cachant ce couteau ?
00:42:41Je crois qu'elle a
00:42:42envisagé
00:42:43l'éventualité
00:42:44de s'en servir.
00:42:46Elle s'est dit
00:42:46je cache le couteau
00:42:47et je tente
00:42:48une énième fois
00:42:50la scène
00:42:51de la réconciliation
00:42:52sur l'oreiller.
00:42:53Si ça marche,
00:42:54le couteau,
00:42:55je ne m'en serre pas.
00:42:57Et il ne le verra jamais,
00:42:58il ne le sera jamais.
00:43:00Et si ça ne marche pas,
00:43:01eh bien,
00:43:02je le plante.
00:43:04Et elle l'attente,
00:43:05cette scène
00:43:05de réconciliation
00:43:06sur l'oreiller.
00:43:08Elle l'attente.
00:43:11Lui,
00:43:11il ne veut plus.
00:43:12Et à ce moment-là,
00:43:13elle comprend
00:43:14que c'est terminé,
00:43:15leur relation.
00:43:16Et avec ses 2,67 g
00:43:18d'alcool,
00:43:19elle va prendre le couteau
00:43:20et elle va
00:43:20s'en servir.
00:43:21Elle va se servir
00:43:23de cette arme
00:43:24pour tuer.
00:43:25Pour tuer.
00:43:27Même si elle n'avait pas
00:43:28manifestement prémédité
00:43:29de le faire,
00:43:31à ce moment-là,
00:43:32il y a une colère
00:43:32qui s'empare d'elle
00:43:33parce qu'elle se sent
00:43:34abandonnée.
00:43:35Une nouvelle fois,
00:43:36on sait qu'elle a
00:43:37ce syndrome de l'abandon
00:43:38qui lui vient de son enfance,
00:43:40qui lui vient de son histoire,
00:43:41qu'elle est plus fragile
00:43:42que d'autres
00:43:42quand elle se sent
00:43:43abandonnée.
00:43:45Donc,
00:43:45elle prend ce couteau.
00:43:46Ce couteau,
00:43:47soyons factuels,
00:43:49il mesure 27 cm,
00:43:50avec une lame
00:43:52de 14 cm.
00:43:53Ce n'est pas un canif,
00:43:54ce n'est pas un couteau suisse,
00:43:55c'est un couteau,
00:43:58une arme létale
00:43:58qui peut tuer.
00:44:00Et elle le sait.
00:44:02Eh bien,
00:44:02tout cela,
00:44:04la nature de l'arme,
00:44:05la force du coup,
00:44:06la localisation du coup,
00:44:07signe,
00:44:09et surtout ce qu'elle a dit
00:44:10après,
00:44:10elle a tenu ses propos
00:44:11à l'oreille,
00:44:13je te l'avais bien dit.
00:44:14En plus,
00:44:15signe l'intention homicide
00:44:16de façon très claire
00:44:18et cette intention
00:44:19qu'ils ne s'en sortent pas
00:44:21se retrouve dans le fait
00:44:23qu'elle ne va pas
00:44:24appeler les secours.
00:44:27Alors,
00:44:28vous jugez
00:44:29un acte
00:44:31terriblement grave,
00:44:32vous jugez aussi
00:44:33une personne,
00:44:34vous jugez d'abord
00:44:35une personne
00:44:35et vous ne pourrez pas
00:44:38et vous ne devrez pas
00:44:39faire l'économie
00:44:40de vous interroger
00:44:42sur celle-ci
00:44:43et ne pas rester
00:44:44à l'acte aussi
00:44:45terrible soit-il.
00:44:46D'abord,
00:44:47son positionnement
00:44:47a enfin évolué.
00:44:49Alors,
00:44:49il en faut du temps.
00:44:51Le chemin est long
00:44:52pour admettre
00:44:53l'évidence
00:44:54chez celle-ci.
00:44:55Mais elle l'a quand même
00:44:56admis.
00:44:57Elle a fini par admettre
00:44:58que ce coup de couteau,
00:45:00elle l'avait bien donné
00:45:01volontairement.
00:45:02Voilà pour moi
00:45:03la peine juste.
00:45:0414 ans de réclusion
00:45:04criminelle.
00:45:06Voilà,
00:45:06M. le Président,
00:45:07Mme,
00:45:08M.
00:45:08Mesdames et Messieurs
00:45:09les jurés,
00:45:10le sens de mes réquisitions
00:45:11en m'excusant
00:45:12d'avoir été un peu
00:45:13trop long.
00:45:14La Cour vous remercie.
00:45:15M. Fourcade,
00:45:17vous avez la parole
00:45:17pour la défense.
00:45:20M. le Président,
00:45:22Mme,
00:45:22M. de la Cour,
00:45:23M. les jurés,
00:45:26défendre n'est pas excusé.
00:45:30Défendre,
00:45:31c'est comprendre.
00:45:34Comprendre comment
00:45:34Mme a pu commettre
00:45:36l'impensable,
00:45:39l'irréparable.
00:45:41C'est aussi comprendre
00:45:43qui elle est.
00:45:45Une dame
00:45:46qui se présente
00:45:47aujourd'hui devant vous,
00:45:49seule,
00:45:50souvent hésitante,
00:45:52avec un discours
00:45:53qui est,
00:45:54moi,
00:45:55premier,
00:45:55je peux le constater,
00:45:57peut-être décevant.
00:45:58Je sais qu'aujourd'hui,
00:46:02il est difficile
00:46:02pour Mme
00:46:03de s'exprimer devant vous,
00:46:05de dire les choses
00:46:05telles qu'elle les ressent
00:46:06avec le sentiment
00:46:08de honte
00:46:08qui l'anime,
00:46:09la peur d'être jugée,
00:46:11la peur d'être accablée,
00:46:12de répondre
00:46:13des faits
00:46:13pour lesquels
00:46:14elle n'a pas
00:46:15d'explication
00:46:15qui soit entendable,
00:46:16qui soit raisonnable
00:46:17et qui soit audible.
00:46:18Le problème qui se pose,
00:46:23c'est la personnalité
00:46:24de Mme.
00:46:24Elle est seule,
00:46:25ses proches ne lui parlent plus.
00:46:27Son père vient
00:46:28parce qu'il faut témoigner
00:46:29parce qu'il est contraint
00:46:30de le faire.
00:46:31Et vous l'avez indiqué,
00:46:33il n'est pas ému
00:46:33de savoir comment va sa fille.
00:46:35Il est préoccupé
00:46:36par sa réputation
00:46:37et le nom
00:46:37qui va circuler
00:46:39dans la presse.
00:46:40Il ne s'agit pas
00:46:41de faire larmoyer
00:46:43sur la situation de Mme.
00:46:44Il s'agit simplement
00:46:44de comprendre
00:46:45qui elle est.
00:46:46Parce que pour comprendre
00:46:47ce passage à l'acte,
00:46:49on est obligé
00:46:49de comprendre
00:46:50qui elle est.
00:46:51Alors se pose aujourd'hui,
00:46:52j'allais dire,
00:46:54la question de la peine
00:46:55que vous serez amené
00:46:55à prononcer.
00:46:57Parce que c'est là,
00:46:58aujourd'hui,
00:46:59tout le sens
00:47:00d'une justice
00:47:00qui doit être rendue,
00:47:02qui doit être bien rendue
00:47:03par une peine
00:47:04qui ne s'agit pas
00:47:05d'exemplarité,
00:47:06mais une peine
00:47:06qui soit utile,
00:47:07une peine qui soit efficace.
00:47:12Sous-là qu'à général,
00:47:13vous indiquez,
00:47:14j'avais requis,
00:47:15je vais être précis,
00:47:16entre 12 et 14 ans.
00:47:18C'est ce qui avait été
00:47:19requis en première instance,
00:47:21en expliquant la situation,
00:47:22le contexte,
00:47:24et les jurés
00:47:25par, en tout cas,
00:47:27l'analyse qui était la leur,
00:47:28ont fait le choix,
00:47:28en tout cas,
00:47:29d'une peine de 20 ans.
00:47:30Une peine qui me semblait
00:47:31être ni appropriée,
00:47:34ni adaptée,
00:47:36ni justifiée.
00:47:38Voilà aujourd'hui
00:47:38ce que je pouvais,
00:47:39en tout cas,
00:47:40vous indiquer
00:47:40pour avoir à l'esprit
00:47:42toute,
00:47:42j'allais dire,
00:47:44la dureté,
00:47:45et aussi toute la mission
00:47:47qu'est la vôtre
00:47:48dans le cadre
00:47:48de votre délibéré
00:47:49pour rendre
00:47:49une justice entendable
00:47:51et une justice
00:47:51non pas humaine,
00:47:52mais une justice utile.
00:47:57D'accord,
00:47:57vous remercie,
00:47:58maître.
00:47:58Madame,
00:47:59levez-vous.
00:48:02Avez-vous quelque chose
00:48:03à ajouter
00:48:03pour votre défense ?
00:48:06Je voulais encore
00:48:09m'excuser,
00:48:10je ne voulais pas
00:48:12du tout faire ça
00:48:13et maintenant,
00:48:14je comprends
00:48:14et je continuerai toujours
00:48:15à me faire,
00:48:17à comprendre les choses
00:48:19et à me faire suivre
00:48:19et je ferai le nécessaire.
00:48:22Je suis désolé,
00:48:25mais je tiendrai ma parole.
00:48:29Les débats sont donc terminés.
00:48:31Mesdames et messieurs,
00:48:32les jurés,
00:48:33nous allons à présent
00:48:33nous rendre dans la salle
00:48:34des délibérations.
00:48:35nous ne pourrons en sortir
00:48:36qu'après avoir pris
00:48:37notre décision.
00:48:38L'audience est suspendue.
00:48:55L'audience est reprise,
00:48:57vous pouvez vous asseoir.
00:49:00Madame,
00:49:01à la question numéro 1
00:49:03relative au fait
00:49:04de tentative de meurtre,
00:49:07la Cour a répondu oui
00:49:08à la majorité
00:49:09de huit voix au moins.
00:49:11À la question numéro 2
00:49:12relative à la circonstance
00:49:13aggravante de ces faits
00:49:14liés à votre concubinage,
00:49:16la Cour a également répondu oui
00:49:18à la majorité
00:49:18de huit voix au moins.
00:49:20La Cour et le jury
00:49:20apprennent à en avoir délibéré
00:49:21conformément à la loi.
00:49:23Vous condamnent
00:49:24à la majorité absolue
00:49:25à la peine de 15 années
00:49:26de réclusion criminelle.
00:49:27L'accusé est condamné
00:49:31à 15 ans
00:49:32de réclusion criminelle,
00:49:34soit 5 ans de moins
00:49:35que lors de son premier procès.
00:49:37Elle n'a pas formé
00:49:38de pourvoi en cassation.
00:49:39Le verdict est donc
00:49:41définitif.
00:49:42Petite précision,
00:49:51le casier judiciaire
00:49:52de l'accusé était vierge.
00:49:54Nous ne sommes donc pas
00:49:55devant un crime organisé,
00:49:56une affaire de banditisme,
00:49:57mais c'est la preuve
00:49:58que les Assises jugent
00:49:59également des histoires
00:50:01où le passage à l'acte
00:50:02est un mystère.
00:50:03Nous en parlons
00:50:04avec Jean-Louis Perriès,
00:50:05magistrat,
00:50:06vous avez été très longtemps
00:50:07président de Cour d'Assise,
00:50:10et Maître Marat,
00:50:11avocate au barreau
00:50:12Damien.
00:50:13Le dossier est le même
00:50:14qu'en première instance,
00:50:15on l'a dit,
00:50:15le premier verdict 20 ans.
00:50:17Le traumatisme
00:50:18chez la victime
00:50:19est toujours aussi fort.
00:50:21Comment expliquer
00:50:22que la peine
00:50:23soit baissée de 5 ans ?
00:50:25On a une position
00:50:26qui est totalement différente
00:50:28de la part de l'accusé,
00:50:29c'est-à-dire que par rapport
00:50:29à la première instance,
00:50:31alors qu'elle ne reconnaissait pas
00:50:32la volonté de tuer,
00:50:34elle arrive devant la Cour d'Assise
00:50:35et c'est la première question
00:50:36que le président lui pose.
00:50:37Quelle est votre position aujourd'hui ?
00:50:38Et elle dit
00:50:39je reconnais l'intention homicide.
00:50:40Donc la reconnaissance
00:50:42de l'infraction,
00:50:43elle est importante
00:50:44pour les jurés,
00:50:45elle est importante
00:50:46pour la Cour d'Assise,
00:50:47elle est aussi importante
00:50:47pour la victime
00:50:48qui a besoin d'être reconnue
00:50:49en sa qualité de victime.
00:50:51C'est un élément déterminant ?
00:50:52Tout à fait,
00:50:53parce que la position
00:50:54qu'elle avait adoptée
00:50:55en première instance
00:50:56était absolument insoutenable.
00:50:58le fait de l'accident
00:51:00que la victime
00:51:02se serait plantée
00:51:03elle-même sur le couteau,
00:51:04ça ne tenait pas la route
00:51:04et je crois que ça inquiète
00:51:06un petit peu
00:51:06les juges et les jurés
00:51:08dans ces cas-là
00:51:08parce qu'on se dit
00:51:09bon, c'est une personne
00:51:10qui n'a pas réalisé
00:51:11la gravité de son acte
00:51:12qui donc, du coup,
00:51:14peut récidiver,
00:51:15peut recommencer
00:51:16un tel acte aussi grave.
00:51:17Et pourtant,
00:51:18on entend souvent
00:51:19cette expression
00:51:19l'aveu n'est pas une preuve.
00:51:21Il y a une contradiction ?
00:51:22Non, parce que là,
00:51:23on n'est pas sur
00:51:24le domaine de la preuve.
00:51:26On est sur la capacité
00:51:28de la personne
00:51:29à réaliser
00:51:30qu'elle a fait
00:51:30quelque chose de grave
00:51:31encore une fois.
00:51:32Effectivement,
00:51:32on a cette version
00:51:33terrifiante de la victime
00:51:35qui vient dire
00:51:35j'étais dans mon lit
00:51:36en train de dormir
00:51:38et je sais très bien
00:51:39ce qui s'est passé,
00:51:40je m'endormais,
00:51:41je sais très bien
00:51:41qu'elle est arrivée sur moi
00:51:42et c'est impossible
00:51:44qu'elle n'ait pas eu
00:51:45la volonté de me tuer.
00:51:46Donc là, l'aveu,
00:51:46il est important
00:51:47à la fois encore une fois
00:51:48pour les jurés
00:51:49mais à la fois aussi
00:51:49pour celui qui se présente
00:51:51devant la cour
00:51:51qui a été victime
00:51:52et qui vient dire aussi
00:51:53j'ai pas de rancune
00:51:55et j'ai pas de haine.
00:51:55C'est quand même
00:51:56assez exceptionnel.
00:51:57On a une victime
00:51:57assez exceptionnelle,
00:51:59tout à fait remarquable
00:52:00parce que beaucoup
00:52:01à sa place
00:52:02auraient effectivement
00:52:03en rajouté,
00:52:05il s'est senti vraiment
00:52:06tout au bord de la mort.
00:52:09Puis il le décrit lui-même
00:52:10avec ce couteau
00:52:11planté dans le ventre
00:52:13et encore une fois,
00:52:15ces éléments-là,
00:52:16ils étaient incontestables.
00:52:18Moi, je pense qu'on est
00:52:20sensible à ça
00:52:20et j'irais aussi,
00:52:21je crois que les jurés
00:52:22sont soulagés
00:52:22quand une personne
00:52:23effectivement
00:52:24va reconnaître
00:52:25sa responsabilité
00:52:26surtout par rapport
00:52:27à des évidences.
00:52:28Ça sera plus facile
00:52:29à la condamner ?
00:52:29Oui, oui.
00:52:30Quel que soit le canton.
00:52:31C'est pas évident.
00:52:32Vous savez,
00:52:32quand on reçoit les jurés
00:52:33le premier jour,
00:52:34le président leur explique
00:52:35un petit peu
00:52:35comment va se passer
00:52:36la session
00:52:37et moi,
00:52:38ce que j'ai toujours remarqué
00:52:39c'est que quand on les accueille,
00:52:41ils sont vraiment,
00:52:42ils font une tête,
00:52:43ils sont vraiment très embêtés,
00:52:44ils n'ont pas envie
00:52:45d'avoir cette responsabilité,
00:52:46ils ont été tirés au sort.
00:52:47Une charge.
00:52:48C'est une charge énorme.
00:52:50On leur dit
00:52:51qu'on va juger
00:52:52les affaires les plus graves,
00:52:53les affaires d'assassinat,
00:52:55de meurtre,
00:52:55de viol.
00:52:56Donc,
00:52:57ils ne sont pas rassurés.
00:52:59Effectivement,
00:52:59face à un dossier
00:53:00où les faits sont reconnus,
00:53:01c'est plus facile pour eux
00:53:02de prendre la responsabilité,
00:53:05de déclarer la personne coupable
00:53:07et du coup,
00:53:08de prononcer une peine.
00:53:09Vous parliez
00:53:09de soulagement
00:53:10pour les jurés,
00:53:11c'est un soulagement aussi,
00:53:12j'allais dire,
00:53:12pour l'accusé,
00:53:13elle s'est libérée
00:53:14dans une certaine mesure,
00:53:16donc elle fait un pas en avant.
00:53:17C'est très difficile
00:53:18de reconnaître
00:53:19un des crimes
00:53:20les plus importants,
00:53:21les plus graves
00:53:21de ce que prévoit
00:53:23le législateur.
00:53:24C'est très difficile
00:53:24de le dire
00:53:25et c'est très difficile
00:53:25de le dire
00:53:26à la fois devant celui
00:53:27qu'on a attaqué
00:53:28et à la fois devant
00:53:29une cour d'assises.
00:53:30Enfin, imaginez-vous,
00:53:31mettez-vous à sa place
00:53:31de parler de ce qu'on a fait
00:53:33d'horrible,
00:53:34c'est compliqué,
00:53:35mais ça peut être aussi
00:53:36un soulagement
00:53:37parce qu'on voit bien
00:53:38qu'il y a des personnes
00:53:38qui comparaissent
00:53:39devant la cour d'assises
00:53:40et qui, lorsqu'elles se libèrent,
00:53:43lorsqu'elles avouent,
00:53:44se sentent mieux
00:53:45et ça participe aussi
00:53:46du processus
00:53:47de guérison des auteurs.
00:53:49C'est très important
00:53:49d'être capable
00:53:50de reconnaître.
00:53:51Venons-en au passage
00:53:52à l'acte.
00:53:53On a compris
00:53:54que cette femme,
00:53:54je l'ai rappelé tout à l'heure,
00:53:55elle n'a pas de casier judiciaire,
00:53:57une vie relativement normale.
00:53:59Comment on passe
00:54:00de cette vie normale
00:54:01à cette vie criminelle ?
00:54:04On l'explique, ça ?
00:54:04On a quand même
00:54:05apparemment
00:54:07une notion
00:54:08d'alcoolisation
00:54:09très, très, très profonde
00:54:11sur une personnalité
00:54:13quand même très fragile.
00:54:14On sent qu'elle est
00:54:15très dépressive
00:54:16et on a une personne
00:54:19qui se sent
00:54:20complètement abandonnée
00:54:21par ce qui se présente
00:54:24comme une rupture,
00:54:25enfin une rupture
00:54:26d'une relation
00:54:27un peu éphémère
00:54:28qui a duré 2-3 mois,
00:54:29qui n'était pas très constante
00:54:30et tout.
00:54:31Mais je crois
00:54:31qu'elle avait peut-être
00:54:31un peu trop investi
00:54:33pour retrouver
00:54:34un certain équilibre
00:54:34dans une certaine affection,
00:54:36ce dont elle était privée.
00:54:38L'attitude de son père
00:54:39à l'audience
00:54:39montre qu'effectivement
00:54:41elle était
00:54:41dans une situation
00:54:43d'abandon affectif
00:54:45évident.
00:54:46Donc là,
00:54:47il y a une espèce
00:54:47de bouée
00:54:48qui s'offre à elle
00:54:49et qui s'échappe
00:54:50devant elle
00:54:50et elle ne peut pas
00:54:51le supporter.
00:54:52C'est les experts
00:54:52qui permettent
00:54:53de faire comprendre
00:54:55pendant une audience
00:54:56ce passage à l'acte.
00:54:58Vous savez,
00:54:58la cour d'assises
00:54:59c'est le lieu géométrique
00:54:59du malheur.
00:55:01Effectivement,
00:55:01on voit que cette dame
00:55:02elle a été isolée,
00:55:03qu'elle ne parle plus
00:55:04à ses parents,
00:55:04qu'elle ne s'est pas rendue
00:55:05à l'enterrement
00:55:06de sa maman,
00:55:07que son père
00:55:08qui vient témoigner,
00:55:08vous l'avez dit,
00:55:09on lui propose
00:55:11de rester dans la cour
00:55:12et il dit
00:55:13« non, je suis là
00:55:13déjà depuis 11 heures,
00:55:14je vais aller déjeuner ».
00:55:16C'est la seule personne
00:55:17qui vient témoigner pour elle
00:55:18et il s'en va
00:55:19parce qu'on a l'impression
00:55:20qu'il n'en a rien à faire.
00:55:21Donc l'expert psychiatrique,
00:55:24il vient toujours dire
00:55:25que malheureusement
00:55:27les gens qui comparaissent
00:55:28devant la cour d'assises
00:55:28c'est des gens
00:55:29qui ont eu des difficultés
00:55:30dans l'enfance,
00:55:32dans l'adolescence
00:55:32et à grandir
00:55:33et qui ont mal été
00:55:34entre guillemets
00:55:35éduqués
00:55:35et peut-être
00:55:36sans assez d'amour.
00:55:37Vous me disiez tout à l'heure
00:55:38que vous avez eu
00:55:39à intervenir
00:55:39dans un dossier similaire
00:55:42sauf que là
00:55:42c'était le mari.
00:55:44Le mari,
00:55:44effectivement.
00:55:44Voilà.
00:55:45Et que ça se passait
00:55:46dans le lit aussi
00:55:47et que c'était
00:55:49symboliquement fort.
00:55:50Alors,
00:55:51la particularité aussi
00:55:52de ce dossier
00:55:52et de votre reportage
00:55:53qui est assez impressionnant.
00:55:54Enfin moi,
00:55:55quand j'ai regardé ce reportage
00:55:56j'ai eu vraiment froid
00:55:57dans le dos
00:55:57parce qu'on a une dame
00:55:58qui prend une lame
00:55:59et qui va le soir
00:56:01alors que son ami,
00:56:03son concubin
00:56:03est en train de dormir
00:56:04dans le lit,
00:56:06dans une pièce qui est noire
00:56:07là où on est censé
00:56:08se sentir en sécurité.
00:56:09Enfin,
00:56:10votre maison,
00:56:11votre nid,
00:56:12c'est votre lit,
00:56:13c'est votre chambre
00:56:14et on a effectivement
00:56:15quelqu'un
00:56:15qui est censé vous aimer,
00:56:16qui est censé vous accompagner
00:56:17même si on décide
00:56:18de le quitter
00:56:19qui va se retrouver
00:56:21à vous menacer
00:56:21dans votre sécurité,
00:56:23dans votre paix intérieure,
00:56:24dans ce qui devait être
00:56:25ce nid douillet.
00:56:26Donc ça,
00:56:27c'est vraiment problématique.
00:56:28C'est sûr.
00:56:29Alors,
00:56:29je trouve qu'on n'a pas affaire
00:56:30à ce qu'on peut appeler
00:56:31effectivement
00:56:32un crime passionnel.
00:56:33Ce n'est pas un geste
00:56:37inspiré par une traîtrise affective.
00:56:41Mais vous avez évoqué
00:56:42le terme de crime passionnel,
00:56:43ce terme n'est absolument
00:56:44pas employé
00:56:45au cours de l'audience.
00:56:46Ça a une valeur juridique ?
00:56:48C'est un terme,
00:56:49j'allais dire,
00:56:50plutôt journalistique ?
00:56:51Alors,
00:56:51il y a l'impression
00:56:52qu'on n'en parle plus.
00:56:53Si vous voulez,
00:56:53le crime passionnel,
00:56:54il y a deux sortes.
00:56:55Il y a soit,
00:56:56effectivement,
00:56:57le conjoint
00:56:58qui ne supporte pas
00:57:01effectivement l'abandon
00:57:02et qui va mettre fin
00:57:04à la vie de l'être aimé.
00:57:05Soit c'est le conjoint
00:57:08qui se sent trahi
00:57:08qui va s'en prendre
00:57:09plutôt à son rival.
00:57:10Donc,
00:57:12cette notion
00:57:13de crime passionnel,
00:57:14ça n'existe pas,
00:57:16effectivement,
00:57:16mais on va plutôt
00:57:17l'enregistrer
00:57:18comme ce qu'on appelait
00:57:19avant
00:57:20des circonstances atténuantes.
00:57:21Alors,
00:57:22avant,
00:57:22c'était des circonstances atténuantes,
00:57:23mais c'était surtout
00:57:24une notion
00:57:24qui avait été créée
00:57:25pour permettre au mari
00:57:26qui était trompé
00:57:27par leur femme,
00:57:27puisque l'adultère,
00:57:28quand c'était la femme
00:57:29qui trompait son mari,
00:57:30c'était très sévèrement puni.
00:57:31Et du coup,
00:57:32le mari,
00:57:33ça l'autorisait
00:57:33à avoir des droits
00:57:34et notamment,
00:57:35ça l'autorisait
00:57:36à avoir une certaine tolérance
00:57:37s'il mettait fin
00:57:37au jour de sa femme.
00:57:38Aujourd'hui,
00:57:39heureusement,
00:57:40les temps ont changé,
00:57:41mais c'est comme ça
00:57:42qu'on a utilisé
00:57:42cette notion
00:57:43de crime passionnel.
00:57:44Le crime passionnel,
00:57:45je pense qu'on n'est pas
00:57:45vraiment ici dedans.
00:57:47D'ailleurs,
00:57:47ce n'est pas du tout
00:57:47ce qu'elle revendique,
00:57:48madame.
00:57:48Elle a peur d'être abandonnée,
00:57:50mais le crime passionnel,
00:57:50c'est vraiment cette personne
00:57:51qui vient dire
00:57:52« je t'aime tellement
00:57:53que si tu m'abandonnes,
00:57:55effectivement,
00:57:56je vais te tuer,
00:57:57je vais passer à l'acte. »
00:57:58Et c'est quelque chose
00:57:59qui relève aussi,
00:58:00je fais le parallèle quand même
00:58:01avec cette affaire,
00:58:02du sentiment d'abandon.
00:58:03Quand on se sent abandonné,
00:58:05c'est insupportable,
00:58:06mais c'est tellement insupportable
00:58:08que sur le moment,
00:58:09parce que l'intention criminelle,
00:58:11elle se fait très rapidement,
00:58:12sur le moment,
00:58:13on n'arrive pas
00:58:13à concevoir les choses
00:58:14et pour empêcher l'autre
00:58:16d'avancer,
00:58:17d'aller ailleurs,
00:58:18la seule solution qu'on trouve,
00:58:19c'est de mettre fin.
00:58:20C'est la question
00:58:21que pose à un moment
00:58:22l'avocat général.
00:58:23Est-ce qu'on tue quelqu'un
00:58:24parce qu'il vous annonce
00:58:25qu'il va vous quitter ?
00:58:27Donc on ne tue pas pour ça,
00:58:28on ne tue pas par amour non plus.
00:58:29On ne tue pas par amour non plus.
00:58:32C'est énormément avant
00:58:33le crime passionnel
00:58:33qui se plaide encore beaucoup,
00:58:35mais le fait d'être,
00:58:36de tuer ou de vouloir tuer
00:58:37son conjoint, son mari,
00:58:39son paxé,
00:58:40c'est aujourd'hui
00:58:40une circonstance aggravante.
00:58:42Ça n'est plus une circonstance
00:58:43atténuante et heureusement…
00:58:45Alors, on le disait tout à l'heure,
00:58:46elle reconnaît sa culpabilité,
00:58:48mais quand on l'interroge
00:58:49un peu plus…
00:58:50Elle a du mal.
00:58:51Elle a du mal,
00:58:51je ne me souviens pas, etc.
00:58:53Elle a du mal
00:58:54à admettre sa responsabilité.
00:58:56Elle a tendance quand même
00:58:57à pleurnicher, moi je trouve,
00:58:58sur son propre sort
00:58:59et à dire
00:59:01mais ce n'est pas possible
00:59:01que j'ai fait ça.
00:59:02Même si elle est très bien conseillée,
00:59:03je pense qu'effectivement
00:59:04son avocat a été très important
00:59:05pour lui dire
00:59:06bon, on ne peut pas
00:59:07continuer comme ça,
00:59:07on va droit dans le mur
00:59:08pour prendre encore
00:59:09une expression triviale.
00:59:11Il faut admettre la réalité.
00:59:13Elle a quand même du mal
00:59:14à expliquer ce geste-là
00:59:16parce que pour elle,
00:59:18elle n'est pas responsable
00:59:19de tout ça.
00:59:20Ceux qui sont responsables,
00:59:21ce sont ses parents,
00:59:23ce sont ceux
00:59:24qui sont responsables
00:59:25de son abandon.
00:59:26Mais c'est quoi ?
00:59:27C'est un argument de défense
00:59:28ou c'est une réalité psychologique ?
00:59:30C'est sa réalité psychologique
00:59:31du moment.
00:59:32C'est cette difficulté,
00:59:34comme vous le disiez,
00:59:35Maître, à l'instant,
00:59:35c'est cette difficulté
00:59:36à reconnaître quand même
00:59:37quelque chose de très grave.
00:59:39Le fait d'aller effectivement
00:59:40dans la chambre
00:59:41et de cacher un couteau
00:59:44sous l'oreiller
00:59:45en se disant
00:59:45bon, si il accepte,
00:59:48je ne le sors pas.
00:59:48S'il accepte une nouvelle relation,
00:59:50je ne le sors pas.
00:59:51S'il ne l'accepte pas,
00:59:52je le sors
00:59:53et puis je le plante.
00:59:54En gros, c'est ça.
00:59:55Donc, il y a quand même
00:59:56cette détermination
00:59:57qui est quand même
00:59:58très importante
00:59:59et qui justifiera peut-être,
01:00:01au-delà de la difficulté
01:00:03de ces déclarations,
01:00:04de ces explications,
01:00:05qui va justifier cette peine.
01:00:07Encore une fois,
01:00:07c'est important,
01:00:08tentative de meurtre 15 ans,
01:00:10ça fait partie quand même
01:00:10des verdicts les plus sévères
01:00:12pour ce type d'infraction.
01:00:14Pour meurtre, non,
01:00:15mais pour tentative,
01:00:16il y a toujours,
01:00:17entre guillemets,
01:00:17une prime
01:00:18à la survie de la victime.
01:00:20L'avocat,
01:00:21qu'est-ce qu'il dit
01:00:22à son client
01:00:23quand effectivement
01:00:24il voit qu'il joue
01:00:25l'amnésie,
01:00:26qu'il joue le trou noir ?
01:00:27Alors, moi,
01:00:28je suis toujours
01:00:28assez stupéfaite
01:00:29de cette justice
01:00:30et souvent des avocats généraux
01:00:31qui reprochent
01:00:32aux accusés
01:00:33« Mais madame,
01:00:34vous ne vous souvenez plus,
01:00:35vous mentez,
01:00:36vos explications
01:00:36ne sont pas claires,
01:00:38ça veut dire
01:00:38que c'est utilitaire,
01:00:39vous ne voulez pas
01:00:40dire la vérité à la cour ».
01:00:41La cour d'assises,
01:00:42elle est là
01:00:42pour disséquer
01:00:43de manière lente
01:00:45sur deux jours
01:00:46un procès,
01:00:47de manière froide,
01:00:48de manière rationnelle
01:00:49ce qui s'est passé
01:00:50dans un acte totalement fou
01:00:51parce que planter
01:00:53quelqu'un avec un couteau,
01:00:54c'est un acte irrationnel,
01:00:56c'est un acte fou,
01:00:56même si cette dame
01:00:57n'est pas folle,
01:00:58elle a tout
01:00:59sa capacité intellectuelle
01:01:00mais c'est fait
01:01:01dans un geste très soudain
01:01:03et on va reprocher
01:01:04une personne
01:01:04qui a agi
01:01:05sur une pulsion
01:01:06de ne pas savoir
01:01:07se défendre.
01:01:08Alors, parfois,
01:01:09c'est utilitaire
01:01:10mais bien souvent,
01:01:11imaginez-vous
01:01:12devant une cour d'assises,
01:01:13c'est toujours difficile
01:01:15pour quelqu'un
01:01:15de parler.
01:01:16Ce que disent
01:01:16les experts psychiatres aussi,
01:01:18pourquoi c'est difficile
01:01:19de reconnaître ?
01:01:20Parce que vous voyez,
01:01:20si vous reconnaissez
01:01:21le mal absolu,
01:01:22ce que vous avez fait,
01:01:23si votre cerveau
01:01:24à un moment donné
01:01:25arrive à vous dire
01:01:26ce que tu as fait,
01:01:27c'est horrible,
01:01:28ça fait partie
01:01:28des crimes les plus punis
01:01:29dans notre société,
01:01:31il y a une faille narcissique
01:01:32qui se crée
01:01:33et là,
01:01:33la personne s'effondre
01:01:34et on peut aboutir
01:01:36effectivement
01:01:37à une tentative de suicide
01:01:38parce que c'est tellement horrible
01:01:39de reconnaître
01:01:40ce qu'on a fait
01:01:40que si on le reconnaît,
01:01:42la personne
01:01:43véritablement
01:01:44va vaciller.
01:01:45Donc le cerveau,
01:01:46il protège l'individu
01:01:47en ne reconnaissant pas
01:01:49véritablement
01:01:49et effectivement
01:01:51en ayant ces versions
01:01:52un peu maiseuses
01:01:53de la suicide.
01:01:54Je suis d'accord avec vous
01:01:55mais ce qui est un petit peu
01:01:56inquiétant,
01:01:56c'est que bon,
01:01:57j'avoue,
01:01:57mais pas trop
01:02:00en fait,
01:02:00c'est pas trop,
01:02:01c'est pas ma faute.
01:02:01Oui, c'est moi
01:02:02qui ai fait ça.
01:02:03Oui, c'est moi
01:02:03mais c'est pas ma faute.
01:02:04C'est ça qu'elle dit en gros.
01:02:06Bon, ça c'est pas audible
01:02:08parce qu'effectivement
01:02:09les gestes encore une fois
01:02:10décrits par la victime
01:02:11et puisqu'on retrouve
01:02:12au niveau médico-légal
01:02:13les séquelles
01:02:14qui sont très importantes,
01:02:15ce couteau qui est très impressionnant
01:02:17qu'elle va tenir
01:02:18dans le ventre
01:02:19de la victime
01:02:20pendant un moment,
01:02:21bon, c'est révélateur.
01:02:23Mais c'est pas ma faute.
01:02:24Voilà, en gros,
01:02:24c'est pas ma faute.
01:02:25Et ça,
01:02:26encore une fois,
01:02:27dans l'esprit,
01:02:28dans notre esprit,
01:02:28dans notre culture judéo-chrétienne,
01:02:30encore une fois,
01:02:31si on avoue
01:02:32ce qu'on a fait,
01:02:33peut-être qu'on ne va pas
01:02:34en recommencer
01:02:34donc du coup,
01:02:35on est moins sévère.
01:02:38Merci à tous les deux
01:02:39pour votre analyse.
01:02:40Merci à tous les personnels
01:02:41de la Cour d'assises de Nevers
01:02:43et de la Cour d'appel de Bourges
01:02:44de nous avoir permis
01:02:45de suivre ce procès d'assises.
01:02:47Merci à vous
01:02:47de nous avoir suivis.
01:02:48Je vous donne rendez-vous
01:02:49la semaine prochaine
01:02:50pour un nouveau numéro
01:02:51de Justice en France.
01:02:52Bonsoir.
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