00:00Europe 1
00:02Europe 1
00:0216h-18h, Pascal Proevo
00:06Sophie de Menton, Eric Revelle, Fabien Antoniente, Gautier Le Brette, Olivier Guinec.
00:10Je voulais qu'on revienne sur ce témoignage bouleversant de la mère de Philippines,
00:15Blandine de Carland, Philippines, étudiante de 19 ans, tuée il y a un an par un Marocain sous Zocutéhev dans le bois de Boulogne.
00:24Elle était ce matin sur l'antenne de RTL, je vous propose d'écouter ce témoignage qui nous a bouleversé.
00:32Les premiers mois, je n'ai aucun souvenir.
00:35Je crois que mon cerveau s'est arrêté pour le sauvegarder.
00:41Et donc j'ai été entourée par vraiment des gens bienveillants.
00:44Et voilà, j'ai repris petit à petit ma vie de tous les jours, mais qui ne sera plus jamais ma vie de tous les jours.
00:51Est-ce que je connaîtrais avant ma mort la vérité ?
00:55Moi, j'étais dans mon monde, comme je dis, mon cerveau s'est arrêté.
00:58J'étais dans mon monde, mais on ne stigmatise pas les OQTF, là c'était lui.
01:03Moi, les autres, bon, ils n'ont rien à faire en France par la loi.
01:09Mais moi, c'est lui qui n'avait rien à faire là.
01:13Ma fille se promenait, rentrait chez elle.
01:16Et c'est lui qui ne devait pas être là, et pour plein de raisons.
01:19Alors, c'est vrai qu'au-delà de cette souffrance, il y a sinon une colère, en tout cas un désir de parler.
01:26Et c'est ce qui est nouveau aujourd'hui parmi les victimes qui souhaitent prendre la parole.
01:31C'était le cas de la mère d'Elias.
01:33C'était le cas également de la mère de Philippines.
01:37Et Harmonie Comine également, qui était la femme de ce gendarme,
01:40qui avait pris la parole en disant « l'État a tué mon mari ».
01:44Donc, il y a un changement chez ces victimes qui souhaitent se faire entendre.
01:49Et Blandine de Carlan a demandé également un endroit de recueillement dans le bois de Boulogne.
01:55Au départ, je ne voulais pas retourner dans le bois de Boulogne, c'était épouvantable.
01:58J'y suis allée deux, trois fois.
02:02Et ensuite, avec la famille, c'est de la mémoire de Philippines.
02:09Et puis, offrir aux gens de bonne volonté un endroit de recueillement.
02:17Qui sache qu'elle était là, qu'elle était en fait sa première tombe.
02:22Puisqu'elle était enterrée là pendant une nuit.
02:23Et voilà, qu'elle puisse se recueillir et penser à elle.
02:28Et voilà, c'était la phrase, voilà.
02:30Pensez à elle et qu'elle vous protège parce que je suis sûre qu'elle est encore active.
02:34C'était déchirant évidemment d'écouter ce matin Blandine de Carlan
02:38et qui a rapporté le moment de la découverte du corps de sa fille.
02:43Une première policière nous a dit « Oh, mais ne vous inquiétez pas,
02:46on a retrouvé d'abord le téléphone.
02:48Donc moi, je me suis dépêchée de revenir dans ce coin-là.
02:51Et la policière dit « Non, non, mais arrêtez, on a bien retrouvé quelque chose. »
02:57Ah là, les policiers sont arrivés.
02:58Parce qu'avant, on n'avait pas vu un.
03:01Là, au moment où on a retrouvé, la police est arrivée.
03:04Elle a dit « Non, non, mais c'est que des vêtements. »
03:06Et là, j'ai compris.
03:07Enfin, j'avais déjà compris dans mon cœur, mais j'ai vraiment...
03:10Et c'est la première fois et la dernière fois que j'ai hurlé.
03:12Mais hurlé.
03:13Et après, on nous a parqués.
03:16Et on nous a dit après « Bon, ben maintenant, on va faire deux groupes.
03:19Ceux qui ont vu le corps et ceux qui ne l'ont pas vu. »
03:21Alors là, on a entendu le mot « corps ».
03:24Voilà comment ça nous a été annoncé.
03:27Alors évidemment, au-delà, bien sûr, de la souffrance de cette mère,
03:32il y a un problème politique.
03:34C'est-à-dire que cet homme-là ne devait pas se trouver là, à ce moment-là.
03:39Rien ne va dans cette histoire, évidemment.
03:41Et puis, on entend le cri de douleur de cette maman.
03:44Et vous l'avez dit, le fait nouveau par rapport à il y a deux ans
03:47et par rapport au meurtre de la petite Lola,
03:50c'est que les parents, qui sont aussi des victimes,
03:53prennent la parole et ça change tout.
03:56Vous n'avez plus personne qui vous fait le procès en récupération politique.
03:58Vous n'avez plus Eric Dupond-Moretti qui dit à Marine Le Pen
04:00« Vous vous servez du cercueil de Lola comme d'un marche-pied. »
04:03Ça, c'est terminé.
04:04Oui, il avait dit ça à Sophie de Menton.
04:05Il avait dit ça à l'Assemblée nationale, Eric Dupond-Moretti.
04:08Et puis, la maman de Lola avait ensuite pris la parole pour dire
04:09« Je n'avais jamais demandé pas de récupération politique.
04:12On m'a fait parler à ma place. »
04:13Et qu'est-ce qu'elle a fait, la maman de Lola, cette semaine ?
04:15Elle a décidé que le procès de Dabia B,
04:17celle qui a tué sa fille, ne serait pas à huis clos
04:19pour que les journalistes puissent en faire la publicité, comme on dit,
04:22et puissent raconter ce qui se passe.
04:24Et je rappelle que le papa de Lola, on est mort de chagrin.
04:27Donc, qu'est-ce qui s'est passé dans l'histoire de Philippines,
04:29un an après Lola ?
04:31C'est-à-dire qu'on a libéré trop tôt cet individu de CRA,
04:33centre de rétention administrative.
04:35On l'a libéré aussi de prison,
04:38sans avoir négocié un laissé-passer consulaire
04:40avec son pays d'origine.
04:42Donc, on s'est retrouvé avec cet individu
04:44qui était soi-disant assigné à résidence
04:46dans un hôtel payé par le contribuable français.
04:49Évidemment, il n'est jamais allé dehors, cet hôtel.
04:50Donc, il l'avait déjà violé.
04:52Et maintenant, il a croisé la route de Philippines
04:54et le drame s'est produit.
04:56Et là, on avait Bruno Rotaillot avec Olivier Marlex,
04:58feu Olivier Marlex,
05:00qui avait rédigé une loi pour allonger la durée de rétention en CRA,
05:04s'approcher plus des normes européennes,
05:06parce qu'on est beaucoup plus bas,
05:07censurée par le Conseil constitutionnel,
05:09le fameux gouvernement des juges.
05:11Et vous avez cette maman qui a dit ce matin,
05:14quand j'ai vu cette loi rédigée par Olivier Marlex
05:17avec le soutien de Bruno Rotaillot,
05:18je me suis dit, ma fille n'est pas morte pour rien.
05:20Et j'ai mis des lisses sur sa tombe.
05:22Elle a été allé mettre cinq lisses sur la tombe de sa fille
05:24pour dire, c'est les cinq filles que tu as sauvées,
05:27Philippine, grâce à cette loi.
05:30Et qu'est-ce qui se passe au milieu de l'été, début août ?
05:33Le Conseil constitutionnel censure.
05:35Et là, elle explique qu'elle s'effondre
05:36et qu'on lui a volé même ce sentiment
05:38de dire que sa fille a sauvé des vies en sacrifiant la sienne.
05:42Et donc, Bruno Rotaillot va tenter de faire une nouvelle loi
05:44pour essayer de retourner devant le Conseil constitutionnel.
05:46Mais on ne peut rien faire, vous vous rendez compte ?
05:48On ne peut rien faire.
05:48C'est-à-dire que le Conseil constitutionnel,
05:51j'imagine qu'il s'appuie sur des textes.
05:53Et que c'est sans doute toute cette jurisprudence
05:56ou tous ces textes qu'il va falloir changer ou modifier.
05:59Mais c'est là où il y a toujours bataille d'interprétation.
06:02Quel article dans la Constitution parle de la rétention en cras
06:07et dit qu'il faut s'arrêter à tel délai
06:09alors que l'Union européenne permet deux fois plus ?
06:12Quelle ligne de la Constitution écrite par le général de Gaulle
06:16et son entourage au début de la cinquième,
06:21qui lance la cinquième, parle de rétention en cras ?
06:24C'est ce qu'on appelle le bloc constitutionnel
06:26et ce qui a été élargi au moment de Pompidou.
06:29Bloc constitutionnel, ce qui fait qu'ils peuvent dépasser complètement
06:33les textes des jugements qu'on leur donne.
06:38Et donc, dans tout ça,
06:39et c'est ça qui est terriblement compliqué en France,
06:41c'est qu'il faut changer des textes, la Constitution...
06:44C'est-à-dire que le politique, Laurent Wauquiez l'avait très bien dit,
06:47et nous l'avons souvent soutenu ici,
06:50le politique n'a plus le pouvoir.
06:52C'est-à-dire qu'il ne peut pas agir directement sur le réel.
06:55Il est contraint par le Conseil d'État,
06:57il est contraint par le Conseil constitutionnel,
06:59il est contraint également par des normes européennes.
07:02Donc, tout le travail des prochaines années,
07:04c'est comment le politique reprend le pouvoir.
07:07C'est ce qui se passe aux États-Unis.
07:08C'est-à-dire que c'est ce que fait Trump
07:10et c'est une des raisons pour lesquelles Trump a été élu,
07:12parce que les gens ont le sentiment
07:15qu'ils ne sont plus écoutés.
07:17Donc après, effectivement,
07:18ils se tournent parfois vers des gens un peu caricaturaux,
07:22ça peut être le cas de Donald Trump,
07:23parce qu'ils ont le sentiment qu'ils ne sont plus écoutés.
07:25Mais qu'a fait Trump, Pascal, aux États-Unis ?
07:27Il n'a pas changé la Constitution américaine ?
07:29Il a changé les juges.
07:31Il a changé les juges.
07:32Il n'a pas changé la Cour suprême.
07:33Voilà, de la Cour suprême.
07:34De la Cour suprême.
07:35Mais nous, on ne peut pas.
07:36Ben si, on peut.
07:37Il n'y a pas de contre-pouvoir à la justice.
07:41Mais il y a des contre...
07:43Ça, c'est encore autre chose.
07:46Mais le Conseil constitutionnel, effectivement,
07:48est souverain.
07:50Et c'est ça qui pose le problème,
07:53puisque le politique ne l'est pas.
07:55Or, tu ne votes pas pour le Conseil constitutionnel.
07:58Moi, je vote pour un président
08:00qui me présente sa politique générale,
08:05qui me propose, qui fait ses propositions.
08:09Je vote pour lui, et à lui de les appliquer.
08:12Mais si, après, une fois qu'il est élu,
08:14il est contraint par des conseils constitutionnels,
08:17conseils d'État, que sais-je,
08:18le peuple a le sentiment d'être bafoué.
08:22C'est pour ça que la question,
08:23c'est quelle dose de politique
08:24dans les décisions du Conseil d'État
08:25et du Conseil constitutionnel.
08:26Et est-ce qu'ils ne font que du droit ?
08:29C'est là la question, c'est là le débat.
08:30Il est 17h12.
08:31On va essayer d'être un peu plus léger
08:33dans les trois derniers quarts d'heure
08:35de cette émission.
08:36Mais je voulais vraiment vous faire écouter
08:38Blandine de Carlan,
08:40sa dignité, son émotion.
08:42Et puis, c'est vrai que ça renvoie également
08:45aux vies que nous avons.
08:47Et on peut penser précisément
08:49à Blandine de Carlan, à Philippines,
08:51et en miroir, à nous interroger
08:54à ce que sont nos vies
08:57lorsque nous sommes épargnés
08:59de malheurs et de drames absolus
09:01comme celui-là.
09:02Et peut-être de prendre parfois
09:04un peu de distance
09:05sur les mésaventures
09:08qui peuvent nous arriver
09:09dans la vie
09:10et qui ne sont rien
09:11à l'aune du témoignage
09:13qu'on vient d'entendre tout à l'heure.
09:15Tous les étudiants
09:16de Paris-Dauphine,
09:17sa fac,
09:18où énormément d'enfants
09:20sont passés par cette fac,
09:21ils vont tous au Bois-de-Boulogne
09:23et à côté,
09:23sont sous le choc encore
09:25et traumatisés
09:26toute l'université Paris-Dauphine.
09:29Il est 17h13,
09:30à tout de suite.
09:30Sous-titrage Société Radio-Canada
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