00:00France a toujours aimé le beau, le travail des couleurs, la nature et les corps,
00:10qu'elle a longtemps retranscrit à l'aide de ses pinceaux.
00:13Cette passion pour la peinture est née en très tôt.
00:16Je pense que c'est dû au fait que ma mère, qui faisait de la couture,
00:22nous habillait très colorées, en cherchant toujours une harmonie, etc.
00:26Ayant une très mauvaise vue, très myope, un œil gauche qui n'a pratiquement jamais fonctionné,
00:32un œil droit qui fonctionnait, mais difficilement.
00:36Donc ce que j'apercevais étaient toujours des tâches de couleurs.
00:40Et quand j'ai commencé à peindre à 40 ans, je peignais autour de moi ce que je voyais, notamment les coquelicots.
00:47La sargue minoise passe des heures durant chaque année à peindre aux côtés de l'artiste-peintre Lucie Rivelle.
00:54Inspirée par la lumière du jour, elle s'intéresse au corps humain et aux mouvements.
01:00Mais il y a une quinzaine d'années, la maladie la rattrape.
01:03France est plongée dans le noir, ne pouvant plus ni peindre ni dessiner.
01:08Une amie lui parle alors d'un atelier poterie.
01:11Je suis venue, puis au début, j'allais du bout des doigts, je me les lavais tout le temps.
01:15Je pense que c'est parce que je n'acceptais pas la situation, parce que j'avais presque un dégoût.
01:21Et puis peu à peu, j'ai découvert le charme.
01:24Tout ce qu'on peut faire, on est des créateurs.
01:26Quand je suis installée à travailler là, je ne pense pas à tous ces petits.
01:33Je ne pense pas que je suis aveugle, je m'oublie.
01:36Au foyer culturel de Sargemin, France travaille donc la terre en compagnie d'autres créateurs
01:41qui l'aident notamment pour la cuisson.
01:44Ces sujets sont enfournés selon la méthode RACOU.
01:47Quand on les sort des bacs, ils sont pleins de cendres, pleins de débris, de paille brûlée, de papier, de suie.
01:55Et donc on les sort et on va les nettoyer.
01:58On donne à France les pièces à nettoyer et là on attend avec impatience le résultat.
02:03Parce que non seulement il y a eu le hasard des fissures faites par la cuisson et le refroidissement brutal,
02:08mais il y a surtout, on sait que France, elle a posé l'émail à sa façon.
02:13Comme elle ne voit pas, elle l'a posé avec les doigts, elle l'a appliqué avec une certaine sensibilité que nous on n'a pas.
02:20Elle, ce qu'elle fait, elle le ressent plus.
02:23Des sensations uniques, tout comme ses pièces, tout droit tirées de ses souvenirs, qu'elle travaille désormais en série.
02:30J'ai commencé en effet par des corps humains.
02:32J'ai fait des nues, j'ai fait des choses que j'avais fait pendant des années en dessin.
02:36J'ai fait des vaches, puisque j'en ai beaucoup dessiné.
02:40Comme en dessin, j'avais trouvé mon propre style en épurant le plus possible.
02:46Je cherchais un moyen d'épurer mes formes.
02:49J'ai fait saxophoniste, trompettiste.
02:54Et puis là, ce contrebassiste, j'en avais vu un juste avant de perdre la vue,
02:59qui enlaçait amoureusement sa contrebasse et il m'était resté en mémoire.
03:06Moi, je dis que les yeux sont partis au bout des doigts.
03:20En sculptant le monde avec sa mémoire,
03:23France ne devrait jamais manquer d'inspiration
03:26et continue à modeler la Terre à sa façon.
03:28Sous-titrage Société Radio-Canada
03:30Sous-titrage Société Radio-Canada
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