00:00En direct à la radio et à la télé, l'invité d'ici matin, Jeanne-Marie Marcos, c'est le professeur Julien Delrieux
00:04à l'occasion de la journée mondiale contre la maladie d'Alzheimer, organisée aujourd'hui à l'hôpital Dieu.
00:09Bonjour Julien Delrieux.
00:11Bonjour.
00:11Vous êtes neurologue de cette invitation.
00:14Responsable de l'hôpital Jour Alzheimer au CHU de Toulouse à la Grave.
00:18Un million de personnes en France sont atteintes par cette maladie neurodégénérative.
00:23Est-ce qu'il y a de plus en plus de cas jeunes ?
00:26Alors je ne dirais pas qu'aujourd'hui il y a plus de cas jeunes.
00:28Je dirais surtout qu'on a fait énormément de progrès dans la démarche diagnostique.
00:32On a des outils aujourd'hui de précision pour pouvoir faire ce diagnostic de manière très précoce,
00:38à un stade très débutant.
00:40Et donc c'est plutôt notre amélioration du process diagnostic qui s'est améliorée
00:44plus que le nombre de cas de patients jeunes.
00:47Donc justement, comment on détecte la maladie, soi-même ou via ses proches ?
00:51Alors c'est un petit peu les deux.
00:53Un des symptômes principaux de la maladie qui est assez fréquent,
00:56c'est ne pas se rendre compte de ses propres déficits, de ses propres difficultés de mémoire.
01:01Donc certains patients qui s'en rendent compte peuvent faire la démarche de venir à nous,
01:05mais parfois c'est plus l'entourage, notamment familial, qui nous adresse les patients via le médecin traitant.
01:12Il faut venir le plus tôt possible, pourquoi ?
01:14Alors aujourd'hui, clairement, on fait le diagnostic de cette maladie trop tardivement en France,
01:19mais également dans le monde.
01:21On diagnostique le plus souvent cette maladie à un stade modéré,
01:24c'est-à-dire à un stade où déjà l'autonomie de la personne est impactée.
01:28Donc il faut y venir effectivement le plus tôt possible.
01:31Il faut être dans une attitude un petit peu de prévention.
01:35Et puis également, les innovations thérapeutiques que l'on peut proposer à nos patients,
01:40elles concernent dans la majorité des situations les cas débutants de la maladie.
01:44On va en parler, mais des signes qui ne trompent pas.
01:47Des signes qui ne trompent pas, il n'y en a pas beaucoup.
01:50Parce que souvent, on va dire...
01:53Avoir du mal à lire l'heure par exemple ? Ou c'est déjà avancé ça ?
01:56Ça peut être déjà avancé, mais souvent il y a une ambiguïté entre des difficultés de concentration
02:00et des difficultés de mémoire.
02:01Les patients viennent à nous parce qu'ils nous rapportent
02:04j'ai du mal à retrouver mes lunettes, je ne sais plus où je me suis garé,
02:07je vais dans une pièce, je ne sais plus pourquoi j'y vais.
02:10Ça, c'est plutôt le symptôme de difficultés de la concentration.
02:14Les vraies difficultés de mémoire, c'est des répétitions auprès de l'entourage.
02:17On s'énerve, on s'agace aussi plus souvent ?
02:19Alors la maladie est souvent associée effectivement à des difficultés psychocomportementales.
02:24L'irritabilité en fait partie, oui.
02:25Je lis que la perte d'odorat est un signe avant-coureur. Vous confirmez ou pas du tout ?
02:29Alors la perte d'odorat est majoritairement plus un signe avant-coureur des maladies comme la maladie de Parkinson ou les maladies apparentées.
02:36Il y a un médicament qui existe, l'Ecanemab, commercialisé aux Etats-Unis, notamment sous le nom de l'Ecambi,
02:44mais la Haute Autorité de Santé refuse de l'autoriser. Vous le regrettez ?
02:48Alors je le regrette. En premier lieu, c'est une énorme déception pour nos patients et pour leurs familles
02:54qui attendent de ça depuis un an et demi parce que forcément les patients et l'entourage y se renseignent.
03:01Et ils voient que ce médicament est disponible depuis juillet 2023 aux Etats-Unis et dans d'autres péri-européens.
03:08Donc oui, je le regrette puisque c'est un traitement qui a quand même montré une belle efficacité malgré quelques effets indésirables.
03:14Mais une efficacité sur court terme, pas à long terme ?
03:17Une efficacité aujourd'hui clairement prouvée sur une étude qui a duré 18 mois.
03:21Des études sont en cours pour montrer une efficacité à plus long terme.
03:27Mais déjà cette efficacité sur 18 mois, elle a montré un ralentissement d'environ 27% du déclin cognitif.
03:33Également un ralentissement sur l'autonomie et une amélioration de la qualité de vie des patients.
03:39Donc aujourd'hui, en France, à Toulouse, on n'a aucun traitement à donner à un malade d'Alzheimer ?
03:45Alors à Toulouse, et c'est valable également en France, on a quand même des traitements qui sont disponibles en officine.
03:51Des traitements qui ne sont pas des traitements qui modifient véritablement l'évolution de la maladie,
03:56mais qui jouent plutôt sur les symptômes.
03:58Mais ces traitements, ils ont une efficacité très modeste et ils ont été déremboursés en 2018.
04:03Vous avez lancé il y a deux ans, en tout cas testé un traitement non médicamenteux pour agir sur les symptômes.
04:09Il ciblait l'inflammation au niveau du cerveau et de l'intestin par des émissions de photons.
04:14Est-ce que vous en avez des conclusions ?
04:16Alors nous n'en avons pas encore les conclusions, puisque nous cherchons encore des participants pour cette étude.
04:21C'est une étude qui dure un an, avec six mois d'intervention.
04:24Et au cours de ces six mois d'intervention, plus de 84 séances de photobiomodulation sont administrées aux patients.
04:31Avec des mots simples, comment fonctionne ce traitement ?
04:34Alors c'est du rouge et de l'infrarouge.
04:36Le patient porte un casque, il a également une ceinture abdominale.
04:39Le traitement est délivré via ce dispositif-là.
04:46Ce sont des séances qui durent une vingtaine de minutes.
04:49La difficulté, c'est la disponibilité des patients, parce que vous comprenez bien que 84 séances en six mois,
04:55ça demande quand même un gros investissement par rapport à la disponibilité des patients.
04:59Mais on peut vous contacter si on a du temps ?
05:00Évidemment, vous pouvez nous contacter si vous avez du temps.
05:04Ça concerne les patients qui ont une maladie d'Alzheimer légère à modérer.
05:09Évidemment, on se fera un plaisir de proposer cette intervention aux patients.
05:12Merci beaucoup, professeur Julien Del Rio, responsable de l'hôpital de Jour Alzheimer au CHU Toulouse à La Grave,
05:18l'association France Alzheimer, qui organise d'ailleurs ce mercredi une journée d'information sur la maladie
05:23à l'Hôtel-Dieu avec des témoignages et des spécialistes pour répondre à toutes vos questions.
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