00:00Le mot d'ordre du moment, dissolution ou démission.
00:02Et vous, ce matin, vous prenez le contre-pied du Rassemblement National
00:06et vous dites que le RN n'a pas intérêt à la dissolution.
00:08Ah oui, alors je reconnais qu'après avoir vu les images de ce week-end,
00:11on pourrait légitimement penser le contraire.
00:14De Londres, où quelques 150 000 personnes se sont rassemblées
00:18contre l'immigration, jusqu'à Bordeaux,
00:21où quelques 7 000 militants se sont réunis pour le RN.
00:26Le camp nationaliste a clairement le vent en poupe.
00:29Et les sondages sont d'ailleurs unanimes.
00:31Ils prédisent tous un raz-de-marée lepéniste en cas de législatives anticipées
00:36avec plus de 30% des voix.
00:38C'est énorme, énorme, mais peut-être pas suffisant
00:42pour garantir une majorité absolue.
00:45Or, vu les difficultés que rencontrent les partis traditionnels
00:49à gouverner en majorité relative,
00:52difficile d'imaginer le parti à la flamme faire mieux en pareille situation.
00:57Sans compter que ce que ne mesurent pas les sondages,
00:59c'est le contexte dans lequel se dérouleraient les élections en question.
01:03Et c'est là qu'il y a encore un hic,
01:05parce que le calendrier politique de Marine Le Pen
01:08est percuté de plein fouet par son agenda judiciaire.
01:12Parce que si dissolution il doit avoir,
01:13ce ne sera qu'en toute fin d'année,
01:16après une éventuelle censure sur le budget.
01:18Les élections législatives auraient donc lieu trois semaines plus tard.
01:21Et la campagne, elle, elle aurait lieu sur tout le mois de janvier.
01:25Autrement dit, précisément pendant que Marine Le Pen sera à la barre
01:29en train de plaider sa cause dans son procès en appel
01:32dans l'affaire des assistants d'eurodéputés.
01:35Vous voyez que ce n'est quand même pas idéal
01:37pour lancer une campagne victorieuse.
01:38Si je vous écoute, ça fait quand même beaucoup de hic.
01:41Pourquoi le parti choisit-il de s'en têter alors ?
01:43Eh bien pour deux raisons,
01:45toutes aussi défendables et discutables l'une que l'autre.
01:48La première, c'est que l'impopularité d'Emmanuel Macron
01:51est devenue telle qu'elle a réveillé le dégagisme des oppositions,
01:55dont celle du RN,
01:56d'où ce tiraillement du parti entre d'un côté
01:59sa tentation de l'institutionnalisation
02:01pour conquérir un nouvel électorat,
02:03et puis de l'autre côté son obligation à la radicalisation
02:07pour satisfaire sa base militante.
02:09L'équation est insoluble.
02:11Et puis la seconde raison, c'est la situation personnelle de Marine Le Pen.
02:15La double finaliste de la présidentielle
02:17est convaincue qu'en cas d'élections anticipées,
02:20elle pourra tordre le bras du Conseil constitutionnel
02:23et maintenir sa candidature malgré sa peine d'inéligibilité.
02:27Le pari est extrêmement risqué pour elle.
02:29La question qui se pose donc au RN est assez simple en fait.
02:34C'est est-ce qu'il vaut mieux jouer la politique de la terre brûlée
02:37au risque de tout perdre
02:38et de jeter l'exécutif dans les bras de la gauche ?
02:41Ou est-ce qu'il vaut mieux renouer avec la stratégie constructive
02:45pour tenter d'engranger des victoires budgétaires
02:47comme sur la question de l'immigration par exemple ?
02:51En attendant, soit une défaite, soit un reset en 2027.