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  • il y a 5 mois
La date est partout, sur les chaînes de télé et les réseaux sociaux : le 10 septembre, les Français sont appelés à faire la grève de la consommation et à sortir dans la rue. Mais qui sont les véritables protagonistes de ce mouvement protéiforme ? Comment s’est-il développé ? Notre journaliste Emmanuelle Anizon a mené l'enquête. D'une vidéo publiée sur TikTok en juillet à la généralisation de la formule « Bloquons tout », elle retrace l'histoire de cette mobilisation éclair.

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00:00Être ouverte au peuple de France, pour le 10 septembre 2025, le jour où la France s'arrête.
00:05Cette vidéo, c'est le point de départ de ce mouvement du 10 septembre.
00:09Elle a été faite par Christelle.
00:11Christelle, je l'ai découverte au cours d'une enquête, elle n'avait encore jamais parlé à un journaliste.
00:16Christelle, elle a 46 ans, elle est employée dans un petit commerce du sud de la France.
00:23Elle a été gilet jaune, elle a en tout cas soutenu les gilets jaunes en 2018.
00:26Elle gagne 1 500 euros par mois et elle explique toutes les charges qu'elle a, les deux enfants qu'elle élève seule, parce que c'est une maman solo.
00:34Tout ça fait qu'elle arrive à la fin du mois avec des gros problèmes.
00:38Et c'est ce qui fait que ce soir, le 10 juillet 2025, elle s'est dit comment est-ce qu'on pourrait aujourd'hui encore recréer une mobilisation, un appel.
00:46Elle réfléchit, elle se dit de toute façon en 2018, les gilets jaunes se sont fait casser la figure dans les manifestations.
00:51Il ne faut pas demander aux gens de sortir.
00:53Mais en fait, ce qui serait bien, c'est de montrer notre mécontentement par rapport à ce système économique tel qu'il ne fonctionne pas.
01:00Et donc finalement, faire une sorte de grève économique.
01:02Et si on restait chez nous, et si on arrêtait la consommation, la carte bancaire.
01:06Ce soir-là, et les 2-3 jours qui suivent, elle travaille en fait à un texte.
01:10Comme elle n'est pas très sûre d'elle, elle me dit, moi j'ai juste un BEP, j'ai pas fait d'études.
01:14Elle fait réécrire ce texte à ChatGPT, à une IA.
01:19Elle publie cette vidéo le 14 juillet au soir, c'est-à-dire la veille des annonces budgétaires de François Bayrou.
01:26Ces annonces dont on dit qu'elles ont provoqué un raz-de-marée mécontentement et le début de ce mouvement.
01:31Elle publie cette vidéo sur TikTok.
01:33Et le lendemain, quand elle se réveille, elle se rend compte que la vidéo a été vue 300 000 fois, à peu près.
01:40Et puis très vite, 600 000 fois.
01:41Et qu'en fait, se déchaîne à ce moment-là sur les réseaux sociaux des tas de propositions, d'initiatives à partir du 10 septembre.
01:48Et cette date, Christelle dit qu'en fait, elle y a pensé.
01:51Parce que simplement, elle s'est dit, bon, on est le 10 juillet, il faut peut-être deux mois pour se mobiliser.
01:56J'attends la rentrée, bon, je donne le 10 septembre.
01:59Mais c'est une date qu'elle a décidée un peu comme ça, par hasard.
02:01Il y a donc ce point de départ avec Christelle.
02:04Christelle, elle est appelée dès le lendemain par un certain Julien Mariciot,
02:08qui lui est un autodidacte aussi, qui a créé une espèce de maison citoyenne dans son village.
02:14Et qui, sur un site qu'il a créé quelques mois auparavant, qui s'appelle Les Essentiels,
02:18appelle à une France souveraine, à une sortie de l'Europe,
02:22à une plus forte représentation des citoyens dans la vie politique,
02:25une démocratie plus participative.
02:28Ce qui était d'ailleurs une des revendications très fortes des Gilets jaunes.
02:30Christelle décide de rejoindre ce groupe des Essentiels.
02:33Elle donne sa vidéo, qui se retrouve sur ce site des Essentiels.
02:36Cette vidéo continue de vivre sa vie.
02:38Et surtout, en fait, elle est très, très vite copiée, mais reprise autrement,
02:42avec des tracts, des affiches, des gens qui, partout sur les réseaux sociaux,
02:46appellent à une mobilisation pour ce 10 septembre.
02:49Les Essentiels, on a l'impression que c'est un groupe souverainiste.
02:53Donc, Jean-Élysat, c'est d'extrême droite.
02:54Julien, en question, avec qui j'ai longuement parlé, me dit,
02:57« Mais moi, je ne suis pas d'extrême droite, je suis juste un citoyen anti-parti. »
03:01Et puis, très vite, ce mouvement, en fait, leur échappe aux Essentiels, à Julien et à Christelle.
03:06Il y a quelqu'un qui crée un site qui s'appelle Bloquons-Tout,
03:09un compte X, dans lequel il reprend, en fait, les idées du 10 septembre.
03:14Ce site Bloquons-Tout explose littéralement.
03:17Il y a des gens de tous bords qui s'étripent sur ce qu'il faut faire ce 10 septembre
03:20et les solutions apportées, mais surtout, au bout de trois jours, ce site ferme
03:24parce que son créateur, qui veut rester anonyme, dit qu'il a trop de pression.
03:29Mais néanmoins, ce mot Bloquons-Tout donne le nom, finalement, à ce mouvement du 10 septembre.
03:34Il y a des gens qui se disent « On ne peut pas laisser ce mouvement s'arrêter comme ça »
03:40et qui décident de le faire perdurer.
03:42Parmi ces gens, il y a un homme qui s'appelle Maxime.
03:44Il a été candidat aux législatives dans un petit parti citoyen écolo de gauche
03:50et il a des boucles télégrammes qu'il avait créées au moment du mouvement des retraites.
03:56Pour Bloquons-Tout, il a réactivé ces boucles télégrammes
03:59et il décide de continuer cette aventure sous un nouveau nom qui sera « Indignons-nous ».
04:04On est donc bien passé de Christelle aux Essentiels à Bloquons-Tout
04:09et en quelques jours à Indignons-nous.
04:11Mais tout ça, en fait, est une élimination d'un même mot d'ordre
04:14qui est le 10 septembre « Faisons quelque chose ».
04:17Indignons-nous.
04:18Un profil qui est différent des premiers.
04:20C'est des gens qui sont plus jeunes, plus militants, très à gauche, écolo.
04:24Donc c'est toute cette mouvance que l'on a vue naître ces dernières années,
04:27notamment, rappelez-vous, avec les mégabassines, Extinction Rebellion.
04:30Au début, on était sur un mot d'ordre « Confinez-vous, faites la grève de la carte bancaire,
04:35de la consommation ».
04:35Et là, avec ce « Indignons-nous », on est beaucoup plus déjà dans des actions
04:40qui vont sans doute être des actions de blocage,
04:42qui seront plus visibles mais aussi peut-être plus violentes.
04:45Tout ça est très ordonné avec des commissions.
04:48Notamment, on retrouve dans les assemblées les codes un peu de nuit debout.
04:51Clairement, ce mouvement aujourd'hui a été pris en main, on va dire,
04:54par une gauche et des jeunes politisés.
04:56La question, c'est évidemment qui va se joindre ou pas.
04:59Je suis allée sur un rond-point gilet jaune qui survit depuis 7 ans.
05:03Comme souvent chez les gilets jaunes, on retrouve des gens qui sont à droite, à gauche ou rien.
05:09Et d'ailleurs, ils sont très divisés, finalement, sur ce mouvement.
05:11Il y a ceux qui estiment qu'il faut continuer, que c'est une espèce de résurgence des gilets jaunes,
05:16qu'il faut absolument y participer.
05:18Puis il y a un certain nombre, et assez nombreux d'ailleurs,
05:21qui estiment qu'on est déjà dans une récupération politique
05:24et qui, eux, pour l'instant en tout cas, regardent ça avec beaucoup, beaucoup de prudence.
05:28C'est encore un mouvement qui est difficile à appréhender,
05:31surtout qu'il y a un refus de leader, il y a un refus d'incarnation,
05:35que ce soit avec ceux du début, les essentiels, ou aujourd'hui avec Indignons-nous.
05:40Tout vient du bas, tout doit être collectif.
05:43Et donc, forcément, c'est beaucoup plus compliqué à appréhender,
05:46y compris pour ceux qui organisent ce mouvement lui-même.
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