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  • il y a 1 an
Jean-Pierre Colombies, ancien commandant des stups à Paris et Marseille, dévoile les coulisses du trafic de drogue : députés sous cocaïne, guerres de quartiers entre voyous, cartels colombiens impitoyables… Un témoignage explosif au cœur d’enquêtes qui ne pardonnent pas.

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🎙 Dans cette série d’interviews, nos journalistes plongent au cœur des enquêtes criminelles en donnant la parole à ceux qui les mènent : enquêteurs, experts judiciaires, et professionnels de la scène de crime.

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Transcription
00:00Pour la première fois, j'ai vraiment failli tuer quelqu'un.
00:02Qu'est-ce qu'un type du cartel de Cali pouvait faire à Salon de Provence ?
00:04Le type sort comme un éclair et nous braque.
00:08Véritablement, le milieu était tellement pourri qu'on se sentait tout permis.
00:12La dose magique, c'est un coup tordu qui nous arrivait de faire quelquefois.
00:16C'était de contrôler quelqu'un et de lui mettre une dose dans la poche.
00:19Opération XXL à l'Assemblée nationale, ça m'aurait bien amusé.
00:23En fait, l'héroïne, c'était le porte-documents.
00:26Bonjour, Jean-Pierre Colombias, ancien policier, est ravi d'être de nouveau invité chez le Nouveau Détective.
00:42On va commencer avec votre première anecdote.
00:45Vous avez été confronté indirectement au cartel colombien de Cali.
00:51Est-ce que vous pouvez me parler de cette affaire, le dossier Margarita ?
00:54Alors, pas indirectement, directement.
00:57Oui, c'était leur... Je vous laisse expliquer.
01:00Fin des années 90, nous avons eu une information au départ à laquelle on ne croyait absolument pas.
01:07Quelqu'un nous avait expliqué qu'un représentant du cartel de Cali,
01:12qui était installé à Salon de Provence, comme quoi ce n'est pas nouveau,
01:16était cherché à recruter des hommes pour participer au trafic du cartel de Cali.
01:23Alors, à cette époque-là, moi, j'étais dans un groupe de voie publique des stups à Marseille,
01:28qui dit trafic de voie publique, dit petit trafic, pas trafic international.
01:32On va dire le deal de rue, pour être simple.
01:34Donc, ça nous paraissait un petit peu surprenant, pour ne pas dire surréaliste.
01:39Qu'est-ce qu'un type du cartel de Cali pouvait faire à Salon de Provence ?
01:41Et de fil en aiguille, on a enquêté sur ce monsieur,
01:44qui est un comptable connu pour des petites escroqueries.
01:47On a enquêté sur ce monsieur, qui est un comptable connu pour des petites escroqueries.
01:52Un type qui n'avait pas une envergure exceptionnelle.
01:54Ce n'est pas un caïd, un gros vaillou marseillais.
01:57Et on s'est intéressé à lui, on a fouillé.
01:59On s'est dit, est-ce que c'est vrai, est-ce que ce n'est pas vrai ?
02:01On s'est mis à le suivre.
02:02On s'est mis quand même à le suivre.
02:04Et on s'est rendu compte qu'effectivement, ce petit monsieur était le logisticien du cartel de Cali, en Provence.
02:12Et que son rôle, alors il avait une cagnotte, enfin une cagnotte.
02:15Il avait un budget qu'il était alloué par Cali, par les Colombiens.
02:20Et il était chargé de recruter des hommes et d'acheter des bateaux, essentiellement.
02:26Donc, les hommes en question étaient des voyous marseillais, de moyenne gamme.
02:29Non plus, là encore, ni des caïds, ni des voyous de cité.
02:34On est fin des années 90.
02:36Et il allait régulièrement, ce qu'on a constaté, puisqu'on l'a suivi, sur la côte d'Azur,
02:41donc Antibes, Saint-Raphaël et autres, où il allait acheter des bateaux, des voiliers,
02:47qui correspondaient à un gabarit bien spécifique,
02:50parce qu'il ne fallait pas que ce soit trop grand, ni trop petit, pour ramener plusieurs centaines de kilos de cocaïne.
02:55C'était quoi ? C'était des bateaux de présence ?
02:57Oui, des petits bateaux de croisière, pas des gros, des bateaux de tourisme,
03:03assez passants inaperçus, justement.
03:05Pas tape à l'œil, tout ça.
03:07Et recruter également des marins.
03:09Alors, ce n'est pas compliqué, il existe des sociétés qui permettent de recruter des équipages,
03:14des membres d'équipage.
03:16Dans ces petits ports, il y a toujours des gens qui sont volontaires pour faire des croisières.
03:20Vous savez, souvent, on paye quelqu'un pour acheminer un bateau à Saint-Martin ou aux Antilles.
03:26Les gros propriétaires ne vont pas voguer eux-mêmes.
03:28On fait transiter ces bateaux-là par des marins professionnels.
03:31Et après, on fait du cabotage sur les côtes.
03:33Bref, on suit ce type et puis on décide de le mettre sur écoute.
03:36Parce qu'il fallait en savoir beaucoup plus.
03:39Et là, on le met sur écoute.
03:40Et on se rend compte qu'effectivement, cet homme est en lien non seulement avec des boyous marseillais,
03:45mais qu'il a un vrai lien avec le cartel de Camus.
03:48Et là, il nous arrive quand même une petite mésaventure.
03:51C'est qu'on est convoqué par le chef de la brigade des stupes de Marseille
03:55qui nous dit « mais qu'est-ce que vous êtes en train de faire ? »
03:57Et là, on lui explique.
03:58On fait notre boulot.
04:00On a une info, on creuse.
04:02Et là, on se fait menacer.
04:04Parce qu'on apprend que ce monsieur, en fait, est également ciblé par un office parisien
04:10qui est l'Office du Blanchiment qui venait d'être créé.
04:13Et qu'il y avait une opération globale qui s'appelait Opération Margarita.
04:18Et cette opération Margarita était sous l'autorité de la DEA américaine, de l'Office.
04:26Et nous, nous arrivions un petit peu comme une…
04:30Comme un cheveu sur la soupe.
04:32Complètement un cheveu sur la soupe.
04:33Et on nous menaçait, littéralement, de se faire casser si cette affaire capotait du fait de notre intervention.
04:42Donc, on a eu un dilemme.
04:43Qu'est-ce qu'on fait ?
04:45Donc, on pensait qu'on devait tout cesser, on devait tout arrêter.
04:48Et étonnamment, on nous a laissé continuer nos petites surveillances et nos écoutes sur ce monsieur qui se lâchait totalement.
04:57Au niveau des écoutes, il se lâchait allègrement.
04:58Il expliquait à ses sbires qu'il faisait désormais partie de la plus grosse organisation criminelle du monde, la plus grosse organisation de production de cocaïne au monde.
05:07Mais même eux étaient totalement dépassés par ça, parce qu'il faut se mettre à leur place.
05:12Habituellement, c'était des voyous marseillais de seconde zone.
05:15Et là, il se retrouvait un type qui leur achetait des voitures cash.
05:18On l'a suivi jusqu'à un concessionnaire Audi, il faut le dire.
05:22Et il a acheté devant nos yeux deux Audi neuves pour nos petits trafiquants locaux, qui n'en revenaient pas.
05:30Eux-mêmes, ils avaient déjà du mal à boucler les fins de mois.
05:32Et on leur referait des voitures neuves, clés en main, parce qu'il fallait qu'ils aient tous les moyens de se déplacer.
05:37La contrepartie est d'être à disposition à 100% du cartel, dès lors que le cartel donnerait l'ordre d'aller décharger les bateaux à la Rochelle, parce qu'ils devaient arriver à la Rochelle.
05:49De fil en aiguille, tout se passe pour nous à peu près normalement.
05:52On arrive quand même à gérer.
05:54On arrive à intercepter des communications surréalistes dans lesquelles ils commandent un sous-marin.
05:59C'est pour ça que quand j'entends aujourd'hui parler, entendre certains politiciens ou certains journalistes qui ne sont pas bien informés,
06:05de dire « Ah, vous vous rendez compte, les trafiquants utilisent des sous-marins ».
06:09Mais ça se fait depuis le début.
06:10Depuis le début, ils utilisent tous les moyens possibles pour acheminer la cocaïne.
06:14Bref, on arrive au moment fatidique où la cocaïne est chargée à Saint-Martin,
06:21300 kilos de cocaïne qui devait être acheminée sur la Rochelle.
06:25Le bateau quitte le port des Antilles, se dirige donc vers les côtes françaises,
06:32et au beau milieu de sa course, le top interpellation est donné.
06:37Pourquoi ?
06:38Tout simplement parce qu'il fallait que cette affaire, pour justifier la création de ce nouvel office,
06:43reste une opération de blanchiment, ou plutôt d'une opération anti-blanchiment.
06:48Et il fallait qu'il fasse un gros coup ?
06:50Il fallait qu'il fasse un gros coup, pas nécessairement avec de la cocaïne.
06:53Et nous, on était fous de rage.
06:54Parce qu'on s'est dit « Mais ce n'est pas possible, on avait surveillé cet homme et ce business pendant des mois,
07:00tout en faisant encore des petites affaires de trafic local. »
07:03On faisait notre petit travail de petits fonctionnaires, bien gentils, bien obéissants,
07:08pour arrêter nos petits dealers de rue.
07:10Et là, le top interpellation est donné.
07:13Alors que la coque était en cours d'acheminement.
07:15Comme ça qu'on a arrêté le neveu du chef du cartel de Cali, à Salon de Provence notamment.
07:21C'est une opération à laquelle j'ai participé physiquement.
07:24Avec une opération de perquisition aussi dans un casino d'une petite ville de la Côte d'Azur.
07:31Donc c'était une opération de grande ampleur quand même.
07:34Mais sans cocaïne.
07:36Oui, c'était que le blanchiment en fait.
07:37Que le blanchiment, que sous l'aspect du blanchiment.
07:39Nous, on était fous de rage.
07:41Parce qu'on savait que la cocaïne était tout simplement en cours d'acheminement.
07:45Et voilà, on le vivait très mal.
07:48Tout le monde est arrêté.
07:50Notre petit escroc lui aussi.
07:51Et il se trouve que je faisais, je gérais les écoutes.
07:56Et je vais récupérer la dernière cassette post-arrestation si vous voulez.
08:00Et là j'entends une conversation surréaliste de ce pauvre skipper qui était dans l'Atlantique.
08:07Avec 300 kilos de côté.
08:08Mais non, c'est l'Atlantique, autant pour moi.
08:10Et qui appelle au secours parce qu'il n'a plus de nouvelles de personne.
08:15Et il appelle avec un téléphone à l'époque.
08:16C'était un téléphone satellitaire, c'est pas un téléphone.
08:19Il n'y a pas de portable à l'époque.
08:20Et il appelle au secours notre contact salonné.
08:25M'aider, m'aider, qu'est-ce qui se passe ?
08:26J'ai plus de nouvelles de personne.
08:28Qu'est-ce qui se passe ?
08:29Au secours.
08:30Bon finalement, le bateau arrivera, mais il arrivera sans la cocaïne.
08:34Il a tout jeté par-dessus bord.
08:35Il a tout jeté par-dessus bord.
08:36Et cette cocaïne, on la retrouvera quelques semaines plus tard parce qu'elle va échouer sur les côtes de la côte ouest française.
08:44Et on retrouvera des ballots de cocaïne qui auront dérivé jusque-là.
08:48Voilà.
08:48Donc, cette histoire de Margarita, on l'a en travers.
08:52On l'a eu en travers.
08:53Elle est ancienne maintenant.
08:54Parce qu'on nous a quand même bien coupé l'herbe sous le pied.
08:57Mais pour vous dire que ce marché international, on en fait un peu ce qu'on veut.
09:02Oui, c'est sûr.
09:03Donc ça, c'est une affaire qui vous a quand même marqué.
09:05Ah bah oui.
09:05Est-ce que vous en avez une autre qui vous vient en tête, qui vraiment vous a vraiment, vous vous en souvenez encore aujourd'hui très bien ?
09:14Il y en a beaucoup, oui.
09:16Il y a beaucoup d'affaires.
09:17Pour la première fois, j'ai vraiment failli tuer quelqu'un.
09:20Là, c'est vrai que cette histoire-là, elle m'a marqué parce que je me dis qu'il y a quand même parfois un signe du destin.
09:27On peut se faire tuer ou on peut tuer quelqu'un.
09:30Et c'était une affaire où j'étais à la permanence d'Estup à l'époque.
09:33Parce qu'à la brigade d'Estup, dans les années 80, au quai des Orphèves, il y avait des groupes de permanence, de ramassage, on va dire, qui faisaient le tout venant.
09:42Toutes les stupes de Paris étaient amenées à la brigade d'Estup.
09:44Il faut imaginer ce que ça représente.
09:47On avait plus de 10 000 personnes par an qui transitaient par le quai des Orphèves.
09:51Et puis, il y a des groupes d'enquête qui travaillent sur des dossiers plus importants.
09:55Et quand j'étais donc au ramassage, à la permanence d'Estup, on reçoit un jour une information
10:00comme quoi il y avait dans un pavillon de la région parisienne, en 1994, de mémoire,
10:05un monsieur qui était dépositaire de plusieurs dizaines de kilos.
10:10On n'avait pas de cadre légal, on n'avait rien, on n'avait pas plus d'informations que ça.
10:14Que faire ?
10:14Et on savait que cette drogue ne faisait que transiter.
10:17Donc là encore, on fait appel à nos amis des douanes,
10:19parce qu'eux peuvent intervenir sans cadre légal quasiment.
10:22Ils peuvent faire une perquisition douanière sans avoir à se poser de questions de savoir
10:27s'il y a des acheteurs, des vendeurs, ils n'ont pas de surveillance à faire.
10:31Ils peuvent intervenir comme ça.
10:32Donc, on les appelle et on dit voilà, il faudrait intervenir là-dedans.
10:36Ce que nous faisons, un jour à 6h du matin, on frappe, c'est un petit pavillon de banlieue,
10:41on frappe à sa porte avec les douaniers, on ouvre la porte,
10:44on se retrouve face à une dame, la pauvre, elle était à 6h du matin,
10:47elle était en peignoir, elle sortait de son lit.
10:48On la pousse, on entre chez ce monsieur, on trouve effectivement 3 kilos de cannabis
10:55dans un four qui était posé là, et on le trouve dans un petit local au fond du jardin,
11:02vide, on sent une odeur de cannabis très forte,
11:05et effectivement plusieurs dizaines de kilos avaient été stockés là, mais plus rien.
11:10Tout avait disparu.
11:11D'accord.
11:11Une petite explication d'ailleurs là-dessus.
11:14Et on se dit mais où est le monsieur quoi ? Où est-il ?
11:16Elle ne dit pas toute seule.
11:17Et on se rend compte qu'en ouvrant la porte du pavillon, on avait caché un escalier
11:22dérobé qui menait à l'étage supérieur du pavillon.
11:24Faute professionnelle, réelle.
11:28Et donc à un moment donné, avec un de mes collègues qui s'appelle Philippe,
11:32on s'enlomait Fifi, on avait tous un surnom à l'époque.
11:35Fifi, on monte à l'escalier et on entend trifouiller.
11:38On entend que quelqu'un fouille dans un tiroir.
11:40Donc là on se dit, il y a un petit problème quoi.
11:43On sort tous les deux notre arme et moi à cette époque, j'avais un automatique.
11:47Et lui avait un revolver.
11:49Alors pourquoi est-ce que, qu'est-ce qu'un automatique a participé ?
11:52Oui, vous pouvez expliquer la différence.
11:53Alors le revolver, il n'y a pas besoin de l'armer, il suffit d'appuyer sur la détente pour le coup pas.
11:58L'automatique, pour engager la cartouche dans la chambre, il faut l'armer.
12:01D'accord ?
12:02Et j'avais oublié d'armer mon automatique.
12:05Donc en fait, mon arme était vide.
12:08Et lorsqu'on arrive à l'étage, ça aussi c'est une faute professionnelle, clairement.
12:11Et lorsqu'on arrive à cet étage supérieur, on entend toujours trifouiller.
12:16On se met en position de tir, on dit, sors de là.
12:20Et à ce moment-là, le type sort comme un éclair et nous braque.
12:23Et pendant quelques secondes, vraiment le temps a suspendu son vol.
12:31Un an, j'ai passé, mais il est passé un bon moment.
12:33On se retrouve face à un mec qui nous braque avec ce que moi je pensais être un pistolet aussi.
12:39C'est quelque chose de noir.
12:40Et il nous braque.
12:41Et on reste comme ça.
12:42Et donc je l'avais dans mon viseur.
12:44Mon copain Fifi, il l'avait également dans son viseur.
12:46Et on ne tire pas.
12:48Et c'est là qu'on se dit qu'il y a un bon Dieu, pour ceux qui y croient.
12:50Le type, à un moment donné, réalise que nous sommes des flics et pose ce qu'il avait entre les mains par terre.
12:57Et c'était un pistolet en plastique.
12:59Ah oui, donc là, en fait, si vous aviez armé, vous auriez tiré ?
13:02Si j'avais armé, je serais tiré.
13:03Oui, vous étiez en état de légitimisation.
13:05J'étais en état, oui, supposé l'être.
13:08Donc, c'est pour ça que parfois je considère qu'il y a...
13:12Vous savez, les orientaux disent que si ce n'est pas arrivé, c'est que ça ne devait pas arriver.
13:17Et après, il a compris, on lui a dit qu'on était des flics.
13:19Donc, il s'est rendu, on a fait notre affaire, tout ça.
13:22Et le soir même, on a fait notre petite procédure, tout ça.
13:27Je suis allé le voir, je lui ai raconté ce qu'il en était.
13:29J'ai été acheter une bouteille de whisky.
13:31Et je lui ai dit, voilà, on va boire un coup parce que toi, tu n'es pas mort.
13:34Et moi, je n'ai pas perdu mon job.
13:38Ça ne se parait plus aujourd'hui.
13:39Mais qu'est-ce qui se passe dans votre tête à ce moment-là ?
13:42Quand vous êtes tous les trois, vous regardez comme ça en chien de faïence, le temps est suspendu, vous l'avez dit.
13:47Mais qu'est-ce qui se passe dans votre tête à ce moment-là ?
13:49Dans ma tête, il s'est passé un truc très simple.
13:51Je lui ai dit que j'étais un gros con.
13:53Parce que je n'avais pas armé mon pistolet d'automatique.
13:56Parce que lui aurait eu une véritable arme, j'étais mort.
13:57C'est moi qui étais mort.
13:58Et votre collègue, par contre, n'a pas tiré ?
14:00C'est là où il y a un miracle.
14:02C'est que lui, qui aurait pu tirer, ne l'a pas fait non plus.
14:06Donc, il y a un miracle.
14:07L'autre s'en est sorti miraculeusement.
14:10Et moi, surtout, je n'ai pas perdu mon job, ni lui d'ailleurs.
14:13Parce qu'on était vraiment…
14:14Oui, on aurait pu légitimement tirer.
14:16D'accord.
14:17Mais vous auriez été sanctionné pour ça ?
14:19Bien sûr.
14:20Il y aurait eu une enquête.
14:21Alors, sanctionné, je ne sais pas.
14:23Mais il y aurait eu une enquête administrative, on aurait eu une montagne d'emmerdements, clairement.
14:27Et puis, des remords, quoi.
14:28Vous tuez quelqu'un, imaginez que vous tuez quelqu'un qui n'est pas armé.
14:32Qui a un pistolet en plastique, quoi.
14:35Voilà, quoi.
14:36Il faut vivre avec ça, après, quand même.
14:38Donc, comme quoi, il y a des affaires qui, finalement, parfois se finissent bien.
14:41Très bien.
14:43Et vous en avez d'autres que vous m'avez racontées qui étaient vraiment comiques, pour le coup.
14:49C'est cette histoire du chien que vous m'avez racontée sur Pinchet.
14:53Alors, c'est une affaire avec les Pakistanais.
14:55Oui.
14:55On avait un indique, à l'époque, qui était pakistanais et qui avait des informations absolument incroyables.
15:03Je ne sais pas comment il se débrouillait pour les avoir, mais il les avait.
15:06Et alors, pour le coup, c'est le contre-exemple de ce que je vous ai expliqué tout à l'heure.
15:10Il ne nous a jamais demandé de ce truc.
15:13Il nous donnait des informations, mais toujours sans contrepartie.
15:17Ce qui me laisse à penser que, quand même, il agissait pour le compte de quelqu'un d'autre.
15:20Parce qu'il ne pouvait pas avoir ces informations-là sans être au contact d'un autre dealer.
15:26C'est impossible.
15:28Impossible.
15:29Et un jour, il nous balance un type.
15:31Il nous dit, voilà, je connais un Pakistanais.
15:32Il a une mallette.
15:34Il y a de l'héroïne dedans.
15:35Alors, il faut savoir qu'à l'époque, les Pakistanais, la filière pakistanaise,
15:38je ne sais pas si elle existe encore, je parle des années 80,
15:41faisait entrer en France ce qu'on appelait de la braune.
15:45La marron, en anglais.
15:46Alors, moi, la braune, parce que la texture de l'héroïne de l'époque était marron.
15:51Vraiment, c'était une héroïne de très, très mauvaise qualité,
15:54qui était vendue pas très chère.
15:57Donc, c'était vraiment du bas de gamme.
15:59Il a rentré pas mal.
16:00Et il nous dit, voilà, ce type a fait rentrer de la cam dans une mallette.
16:07C'est tout.
16:07On ne savait pas s'il dit qu'il est vraiment lui-même.
16:09On ne savait pas comment c'était revendu.
16:11Rien.
16:11Il ne savait rien.
16:12Il nous dit simplement, je sais où il habite.
16:14Voilà, avec ça, débrouille-toi à coiffre.
16:16Et, alors là, elle est significative, cette affaire, pour deux aspects.
16:21Parce qu'on n'était pas très gentil à l'époque.
16:23On était même des tordus.
16:25On était vraiment tordus.
16:25Et pour être au stup à l'époque, il fallait être tordu.
16:29C'est pour ça que c'est un métier à part, vraiment très à part.
16:31Donc, on fait venir notre indique dans notre petite voiture de surveillance,
16:34dans une petite 4L, qu'on voit très bien dans le film L627,
16:38qui au moins, il nous désigne le type, parce qu'on ne le connaissait pas.
16:41Lui, il l'avait déjà vu.
16:42On n'avait rien de plus sur lui.
16:43Donc, il se met dans la camionnette de surveillance avec nous.
16:46Et à un moment donné, il nous dit, hop, c'est lui.
16:49Bon, on surveille, on le suit.
16:52Il ne fait rien de particulier.
16:53Il va acheter des bananes et des fruits.
16:55OK, qu'est-ce qu'on fait ?
16:57On ne sait pas.
16:58Il ne vendait pas.
16:58Ce n'était pas un dealer.
16:59Un dealer comme on avait l'habitude de le voir.
17:01Alors, on se décide de faire l'opération dose magique.
17:04Qu'est-ce que la dose magique ?
17:08Eh bien, la dose magique, c'est un coup tordu qui nous arrivait de faire quelquefois.
17:12C'était de contrôler quelqu'un et de lui mettre une dose dans la poche.
17:16Mais que quand vous étiez sûr que cette personne…
17:19Bien évidemment que c'était un dealer, on ne faisait pas ça sur le tout venant.
17:22C'était une façon de piéger quelqu'un pour pouvoir ensuite justifier une perquisition.
17:27Donc, je vous avoue que ce n'était pas très glorieux.
17:29Et ça nous évitait de faire des planquettes terminables,
17:31surtout quand on n'avait aucun renseignement.
17:33Parfaitement illégal.
17:34Oui, on précise aujourd'hui que c'est quelque chose qui ne se fait plus…
17:37Ah ben, c'est illégal.
17:38Oui, oui, vraiment, c'est quelque chose que…
17:39Il faut dire les choses.
17:40Oui, oui, oui.
17:41Oui, il faut appeler un chat à un chat.
17:43Donc, on contrôle ce type.
17:45Et donc, miracle, il a une dose dans la poche.
17:47Lui, il nous regarde avec un grand sourire.
17:49Mais il a compris.
17:50Il a, ben oui.
17:53Forcément.
17:54Et nous voilà partis en perquisition chez lui.
17:58On a vite compris qu'on n'avait pas affaire à un débutant
18:00parce que le gars était d'un calme olympien.
18:02Si vous, ça vous arrive, ou si moi, ça m'arrive, je vais hurler.
18:05Parce qu'on ait trouvé une dose dans ma poche.
18:08Il ne dit rien.
18:09On fait la perquisition chez lui.
18:11Rien.
18:12OK.
18:13On va chercher la mallette.
18:14On descend à la cave où il avait une cave.
18:17Heureusement.
18:18Et on fait le même topo.
18:20On cherche.
18:20Et entre-temps, comme on n'avait rien trouvé,
18:22on avait appelé un chien stup.
18:24Il va bien nous aider, ce chien stup, quand même.
18:26Le fameux.
18:27Puisqu'on n'avait rien trouvé.
18:28Oui.
18:28Et le chien stup dans l'appartement ne trouve rien.
18:31OK.
18:32On descend dans la cave.
18:33On va appeler le chien Rex.
18:35Et on continue.
18:37Et là, dans la cave, on voit une mallette.
18:40On s'est dit, ça a l'air de correspondre.
18:44Et on fait passer le chien.
18:46Et le chien ne fait rien.
18:50Et quand je dis rien, c'est rien.
18:51Il ne marque pas.
18:52Nous, on attendait quoi ?
18:53Qu'il aille sur la mallette.
18:54Qu'il remue la queue.
18:55Et voilà.
18:56Qu'on justifie notre présence, quoi.
18:59Puisqu'on avait commencé à bidouiller.
19:01Et le chien ne bouge pas.
19:03Il ne réagit absolument pas.
19:05Donc là, on s'est dit, on a un problème.
19:06Vous dites, ça se trouve, l'indique, c'est trompé.
19:09On y croyait quand même, parce que c'est un bon indique.
19:11Et on va voir avec le maître chien.
19:15On lui dit, écoute, tu te démerdes.
19:18Il faut que le chien marque sur la mallette.
19:21Et finalement, il se débrouille.
19:24Il arrive à mettre le chien sur la mallette.
19:27Et le chien, à force de lui mettre le nez dessus, remue la queue.
19:30Il dit, ah, il y a quelque chose dans la mallette.
19:31Le truc à peine forcé.
19:33À peine forcé.
19:35On ouvre la mallette.
19:36Oh, toujours pas de câme.
19:39Donc là, on commence à désespérer.
19:40On se dit, ce n'est pas possible.
19:41Et puis, on sent quelque chose.
19:43À un moment donné, il y a quand même l'instinct qui rentre en jeu.
19:46Et on déchire le double fond de la mallette.
19:48Et là, on trouve enfin un kilo d'héroïne compacté dans le double fond de la mallette.
19:55Donc, le renseignement était bon.
19:56Ah oui.
19:58Heureusement.
19:58C'est fou parce qu'il y a eu la présence d'esprit de le dissimuler dans la…
20:02Ah, mais c'était très bien fait.
20:03Oui.
20:03Et après, on a eu l'explication.
20:04En fait, l'héroïne était conditionnée dans du papier carbone.
20:09Et donc, c'était absolument indétectable pour quelque chien que ce soit.
20:12Donc, Rex n'avait pas tout à fait que des défauts.
20:14Il ne pouvait pas le trouver.
20:16Tout simplement.
20:17Mais bon, il a fallu quand même forcer le destin.
20:19L'aider un petit peu.
20:20L'aider beaucoup même.
20:21L'aider beaucoup.
20:23Et voilà, on était…
20:25Oui, on avait des méthodes un petit peu…
20:27Oui.
20:28Un petit peu…
20:28On était un peu des cow-boys quand même.
20:30De toute façon, voilà, il faut dire que c'est des choses qui se faisaient dans les années 80-90.
20:36Voilà.
20:36Qui ne se faisaient plus, qui ne se feraient plus.
20:38Qui, j'espère, ne se font plus.
20:39Oui, parce que voilà, comme vous l'avez dit, c'est vraiment illégal.
20:41Oui, mais vous savez, on vivait dans un temps et dans un espace-temps où tout était permis, véritablement.
20:49On avait des infos en continu.
20:51On n'avait pas toujours le temps de les vérifier.
20:53On n'avait pas toujours le temps de faire des enquêtes fouillées.
20:57Il y en avait trop.
20:58Donc, on était un petit peu des corsaires.
20:59On montait à l'abordage.
21:01On faisait beaucoup d'hôtels comme ça.
21:02On visitait beaucoup d'hôtels sans avoir un cadre légal vraiment bien défini.
21:06Et on faisait des contrôles un peu aléatoires.
21:08Et on trouvait souvent des gars avec des stups, avec plus ou moins des armes.
21:13C'est arrivé fréquemment.
21:14Et on ne se posait pas la question de savoir vraiment si c'était légal ou pas ce que nous faisions.
21:19Mais on était dans une époque et un temps où, véritablement, le milieu était tellement pourri qu'on se sentait tout permis.
21:25Il faut le reconnaître.
21:27D'accord.
21:27Donc, voilà quoi.
21:28C'était très dangereux aussi pour nous.
21:30Parce qu'on entrait dans des lieux qu'on ne connaissait pas.
21:34Des chambres d'hôtels ou des appartements.
21:37On ne savait vraiment pas ce qu'il y avait dehors.
21:38Derrière, par exemple.
21:40Et vous parliez de cet indique pakistanais qui vous a donné d'autres...
21:45Oui.
21:45Beaucoup, beaucoup d'affaires.
21:48Oui.
21:48En tout cas, des affaires très rigolotes.
21:50C'est l'affaire en matière d'endroits de conditionnement.
21:53Il nous a fait découvrir pas mal de choses.
21:57Notamment, il nous avait également balancé un autre truc, un autre type, du même Maccabi que celui-là.
22:03Et alors là, c'est encore pire que le premier.
22:04Il nous avait dit, je connais un gars qui va prendre l'avion tout à l'heure à Roissy.
22:08Il part pour l'Angleterre.
22:10Il a un livre avec de l'héroïne dedans.
22:11Avec ça, débrouille-toi.
22:15Donc, pareil, on le prend en filature au sortir de son appartement.
22:19Il part avec, je crois qu'il était avec sa femme.
22:21Le voilà parti à Roissy.
22:22Et qu'est-ce qu'on fait ?
22:24Pas de cadre légal, rien.
22:25Donc, on fait la même chose.
22:26On appelle nos douanes, nos amis douaniers.
22:28On dit, contrôlez-le.
22:29Ce type a de la cam' avec lui.
22:30Il a de l'héroïne.
22:32Il le bloque à l'embarquement.
22:34Il le fouille, mais alors de la tête aux pieds, pas d'héroïne.
22:38Et nous, on insiste.
22:39On dit, attendez, ce n'est pas possible.
22:40Ce type a de l'héroïne dans un livre.
22:43Oui, mais il n'y a qu'un problème.
22:44Il n'a pas de livre.
22:46Ah, d'accord.
22:47Donc, il faut se creuser la tête.
22:49On dit, il y a un truc.
22:50Il y a un truc, on ne sait pas comment, mais il a conditionné.
22:53Et il se trouve qu'un douanier a une idée de génie.
22:56Il a dans ses bagages un porte-documents sans document.
23:00Vous savez, les porte-documents cartonnés dans lesquels vous avez peut-être ça quelque
23:04part dans vos archives, ou ce qu'on mettait dans tous les commissariats, les pages de justice.
23:09Et il a l'idée de déchirer ce porte-documents.
23:14Et là, on découvre des feuilles compactées d'héroïne.
23:18En fait, l'héroïne, c'était le porte-documents.
23:22C'est-à-dire la matière de papier ?
23:26Voilà.
23:26N'en n'était pas.
23:27N'en n'était pas.
23:28C'était de l'héroïne.
23:29D'accord.
23:30Et en fait, ce type, on l'a su plus tard, amenait en Angleterre ce qu'il allait proposer
23:34comme mode de conditionnement.
23:36Ah oui, donc il venait présenter son...
23:38Son produit.
23:39Comme un commercial.
23:40Exactement.
23:41C'était un commercial.
23:42Quand je vous dis qu'il s'adapte, il s'adapte très bien.
23:45Il faut savoir qu'il y a des modes de conditionnement complètement surréalistes.
23:48La cocaïne rentre sous diverses formes.
23:49Sous forme d'alcool, sous forme de chemise.
23:52On peut conditionner la cocaïne sous mille et une formes pour la faire rentrer.
23:55Sur forme de statuette.
23:57Enfin, sous plein de choses.
23:58Ensuite, les chimistes la reconditionnent et ils arrivent à la retrouver.
24:01L'héroïne, c'est pareil.
24:03On peut la conditionner de plein, plein de façons.
24:05Et notamment cette affaire-là qui était assez évocatrice.
24:09Et vous savez combien ça représentait à peu près en termes de grammes ?
24:12Non, non, ce n'était pas énorme.
24:14C'était quelques centaines de grammes.
24:16Mais l'idée...
24:16D'ailleurs, on s'est fait engueuler par les Anglais.
24:18Parce que les Anglais avaient l'information également.
24:21Ah oui.
24:21Et eux comptaient le suivre en Angleterre pour démanteler tout le réseau.
24:27Parce qu'après, il aurait suffi pour eux de remplir tout un conteneur de porte-documents.
24:31Ça passait comme une lettre.
24:32Là, pour le coup, c'est le cas de le dire.
24:34Comme une lettre à la poste.
24:36Mais on a, malheureusement pour eux, on a mis les doigts dedans.
24:39Donc, il n'y a pas de quoi s'envanter, c'est clair.
24:42Mais on a eu beaucoup d'affaires comme ça, assez sidérantes.
24:45Je pense à cette affaire des Libanais.
24:47Dans les années 80, les milices libanaises envoyaient beaucoup de représentants de milices en Europe.
24:54Et en France en particulier.
24:55Pour revendre de l'héroïne.
24:56Qui était d'ailleurs fabriquée par des anciens chimistes de la French Connection.
25:00Qui était installée là-bas, en Syrie, dans la plaine de l'Abeka.
25:03Et ils importaient de l'héroïne de très très très bonne qualité.
25:07Pour la revendre par des réseaux.
25:08Le problème, c'est qu'ils n'avaient pas de trafiquants sur place.
25:11Et les gens qu'ils envoyaient en France, étaient des gens qui n'étaient pas des voyous.
25:14C'était des missiles aux minicis.
25:16C'était des soldats.
25:18Des sympathisants.
25:19Des membres actifs.
25:20Des cadres parfois des milices.
25:22Pas du tout voyous.
25:23Des chefs d'entreprise.
25:24Qui arrivaient avec de la câble et dont ils ne savaient pas quoi faire.
25:27Alors, ils prenaient contact avec des voyous.
25:30Pour que ces voyous-là la revendent.
25:32Et c'est comme ça qu'on a eu un jour une information.
25:34Encore par un indique.
25:36Qui était hôtelier.
25:38Et ce type-là, un jour, nous informe.
25:39Informe notre chef de groupe.
25:41Il dit, voilà, j'ai des Libanais dans mon hôtel.
25:43Ils ont de l'héroïne à vendre.
25:45J'en ai acheté pour eux.
25:47Il en a acheté.
25:48Il en a gardé pour lui.
25:48Oui, tout de suite, on est dans un accord qui n'est pas sain.
25:54Puisqu'il fallait accepter que notre indique récupère une part de cette drogue.
25:59Pour nous, intercepter le revendeur et faire une autre affaire.
26:03Du moins, continuer l'affaire différemment.
26:05Oui, il n'y a pas de question de l'arrêter en fait.
26:08Pas tout de suite.
26:09Du moins de l'arrêter quand nous, nous voulions.
26:11Oui.
26:12Et c'est ce qu'on a fait.
26:13C'est-à-dire qu'on l'a laissé acheter sa drogue.
26:15Qu'il n'a pas payé.
26:16Et on a suivi le revendeur jusqu'à un endroit où il avait entreposé un autre stock d'héroïne.
26:22Et on ne l'a interpellé qu'après.
26:24D'accord.
26:25Et quand on l'a interpellé, il se trouve que c'était un chef d'entreprise qui travaillait dans l'import-esport de meubles libanais.
26:32Qui occupait un autre hôtel.
26:33Qui avait une autre chambre d'hôtel.
26:34Où l'attendait son complice.
26:36Qui avait de l'argent liquide.
26:37Beaucoup d'espèces.
26:39Et une autre partie.
26:40Il y avait eu quelques centaines de grammes.
26:41Je crois 100 ou 150 grammes d'héroïne.
26:43Et de fil en aiguille, ces types-là ont fini par nous avouer que la drogue rentrait dans des meubles
26:50qui étaient stockés à Montpellier, dans des tables.
26:54Et qu'il restait de la drogue là-bas.
26:57Et donc, je me suis retrouvé, moi, le lendemain de cette interpellation dans un avion,
27:01direct sur Montpellier.
27:02Et là, c'était une scène digne d'X-Files, quasiment.
27:05Où avec un de mes collègues, on est parti à Montpellier, avec les policiers de la VSRPJ de Montpellier.
27:10Et on cherchait, on arrivait dans un entrepôt de meubles où il y avait des centaines de meubles.
27:14Comment trouver ?
27:16Et ils nous ont guidés par téléphone.
27:18On avait été un petit peu squattés chez un résident, un gardien de l'entrepôt qui n'était pas loin.
27:24Et on a effectivement trouvé deux planches dans lesquelles étaient alvéolées des sachets de plusieurs centaines de grammes.
27:33En tout, il y avait trois kilos d'héroïne qui étaient conditionnés dans les planches.
27:37Oui, parce que quand vous avez dit dans des tables, ce n'était pas dans des tiroirs, c'était vraiment à l'intérieur.
27:41C'était à l'intérieur.
27:42La planche elle-même était compactée en alvéole, comme une ruche d'abeille, si vous voulez.
27:47Oui, donc quasiment indétectable.
27:48Parfaitement indétectable.
27:49Et seul un professionnel, un menuisier professionnel avait pu le fabriquer.
27:54Or, il se trouve qu'il y avait deux choses.
27:56C'est qu'un, il y avait un menuisier dans la bande et deux, ils étaient tous franc-maçons.
28:01Ah oui.
28:01Étonnant.
28:03Enfin bon, on connaît les relations assez particulières qu'il peut y avoir dans les relations.
28:08Vous savez, à l'époque, il y avait beaucoup de liens entre certains membres de la communauté libanaise installée en France
28:14et les réseaux miliciens sur place.
28:17On a arrêté, par exemple, deux frères, deux frères libanais avec trois kilos d'héroïne
28:22qui avaient très largement participé à la libération d'otages français au Liban.
28:27Il y a toujours une interface, si vous voulez, entre les milieux de la criminalité et parfois le monde politique.
28:32Vous m'avez aussi parlé d'une affaire avec un steward qui cachait de la drogue dans un gâteau.
28:40Alors, tout à fait.
28:41Oui, c'est toujours le même indique.
28:43Toujours notre ami pakistanais qui avait vraiment des renseignements assez surprenants
28:49et qui, un jour, nous informe qu'un membre d'équipage de la Pakistan Airlines introduit de l'héroïne dans des gâteaux.
28:58C'est pareil, vous prenez ça avec beaucoup de circonspections.
29:03Et puis, il organise un rendez-vous lui-même.
29:05Alors, il avait quand même du cran parce qu'il a organisé là aussi un coup d'achat,
29:10ce qu'on appelle un coup d'achat.
29:11C'est-à-dire que l'indique se présente auprès du revendeur comme un acheteur potentiel
29:14et vous, vous n'êtes pas loin pour intercepter le dealer au moment de la transaction.
29:19Et donc, on se rend dans un hôtel qui est dans l'espace d'Orly.
29:25C'était à Orly à l'époque.
29:27On se met en surveillance.
29:28Il y a un premier contact qui est établi avec un grand gars qui arrive.
29:33Enfin, il discute classique.
29:34Et puis, on type part.
29:35Et puis, quand il revient, on l'interpelle.
29:37On l'arrête.
29:38Effectivement, c'est un steward de la compagnie Pakistan Airlines.
29:43On le met en garde à vue.
29:44On va faire la perquisition dans les chambres dédiées à l'équipage de l'avion,
29:49mais sans savoir, je ne parle pas très bien le pakistanais,
29:52qui est plus ou moins lié au trafic.
29:55Parce que lui, il ne nous parle que d'un seul steward,
29:57mais on ne sait absolument pas si les autres membres de l'équipage
30:01ont un rôle de près ou de loin avec ce trafic.
30:04Donc, on met tout le monde en garde à vue.
30:06Notre steward et les hôtesses, puisqu'il n'y avait que des hôtesses.
30:10Et on amène tout ça, tout ce petit monde au quai des Orphères.
30:13On fait notre procédure.
30:14Il est déféré.
30:16L'affaire se passe bien.
30:17Rien d'extraordinaire.
30:18Les hôtesses sont finalement libérées.
30:21Et l'affaire est close, tout simplement.
30:24Quelques jours plus tard, notre indique nous appelle.
30:27Il dit, voilà, moi, je reçois mes journaux.
30:29Il disait beaucoup la presse pakistanaise, pour le coup.
30:32Il dit, tiens, au Pakistan, il parle de votre affaire.
30:34Il dit, de notre affaire ?
30:35Pourquoi il parle de notre affaire ?
30:36Et en fait, c'était quand même la pakistanaire en ligne.
30:38C'était comme si des membres d'équipage d'Air France étaient interpellés pour trafic de stupes à l'étranger.
30:43Je pense que la presse française en parlerait.
30:45Et là, on tombe du placard.
30:47Il nous explique que nous sommes accusés, nous, policiers français,
30:50un, d'avoir torturé les membres d'équipage et d'avoir violé les hôtesses.
30:55Ni plus ni moins.
30:56Donc, ça nous a fait un petit peu sourire.
30:58Mais comment c'est arrivé comme ça ?
31:00Je ne sais pas.
31:01Parce que je pense que la presse locale n'est pas très encline à reconnaître les fautes.
31:07C'est quand même la ligne aérienne officielle.
31:10Elle représente l'État.
31:12Donc, plutôt que de dire qu'on a des membres d'équipage qui ne sont pas très clairs,
31:16on a accusé la police française d'être à la fois des tortionnaires et des violeurs.
31:19Et la drogue, lui, il l'avait cachée ?
31:21Dans un gâteau.
31:21Je confirme.
31:22Il l'avait cachée dans un gâteau.
31:24Je ne sais pas trop où vous décrivez.
31:26Je ne suis pas spécialiste en pâtisserie pakistanaise.
31:29Ce n'est pas spécialement la meilleure du monde.
31:31Et puis, on s'en fout.
31:33C'est surtout, c'était effectivement mis dans les gâteaux.
31:36Et donc, dans ces années, est-ce que vous avez côtoyé des criminels célèbres ?
31:41Alors, indirectement, oui, mais pas à la brigade des stups.
31:46On était voisins de la brigade criminelle.
31:48Donc, on voyait un petit peu tous les phénomènes criminels qui étaient arrêtés à cette époque-là,
31:53dont Paulin et Mathurin, qui étaient eux-mêmes consommateurs de produits stupéfiants.
31:58Et qui ont été entendus.
31:59Alors, Paulin et Mathurin, pour rappel, c'est ceux qui tuaient des tueurs de vieilles dames,
32:03comme on disait à l'époque, dans le nord de Paris.
32:06Et ils étaient toxicomanes aussi.
32:08Mais sans plus, quoi.
32:11Ce n'était pas la majorité du genre.
32:14On avait des stars qui passaient parfois dans nos locaux comme consommateurs.
32:19C'est ma prochaine question.
32:20Donc, il y avait des stars, vraiment, qui vous en avez eu beaucoup ?
32:24Pas moi, personnellement, parce qu'il y avait un groupe dédié.
32:26On avait des groupes d'enquête qui avaient quand même un lien plus particulier avec le milieu du showbiz.
32:33Parce qu'on avait des chanteurs.
32:36On avait des personnalités de premier plan qui étaient connues.
32:40Qui avaient leurs fiches.
32:42Je ne sais pas ce qu'elles sont devenues, d'ailleurs.
32:43Je pense qu'elles sont dans certains bureaux de collectionneurs.
32:47Des friches anthropométriques de personnalités qui passaient par nos locaux.
32:54Je ne sais pas s'ils seraient de bon ton de les nommer.
32:56Je ne vois pas l'intérêt.
32:57Et des politiques ?
32:58Des politiciens consommateurs, personnellement, non.
33:01Je n'en ai pas connu.
33:03Comme on ne sait pas.
33:05Oui, parce que, voilà, on en parlait un tout petit peu en off tout à l'heure.
33:07Il y en a, ça circule à l'Assemblée.
33:10Ce n'est même pas un secret.
33:12Oui, non, mais je pense que là aussi, c'est un secret de Paulie Chinelle.
33:14D'ailleurs, ils le disent eux-mêmes, qu'ils ont une grosse pression.
33:16Et que pour ça, il faut tenir le coup.
33:18Et que consommer de la cocaïne, par exemple, ou d'autres produits de synthèse,
33:23ne serait pas à considérer comme de la science-fiction.
33:25Enfin, on a vu toutes les affaires qui se sont succédées.
33:28Pellerin, l'autre, le sénateur, l'on, Guerriot.
33:31Louis Boyard, qui, le plus naturellement du monde,
33:34nous explique qu'il a revendu du cannabis pour se venir à ses besoins.
33:37En fait, on vit quand même dans un monde de fous.
33:40À l'époque, un policier aurait dit ça.
33:42Il était juste purement et simplement révoqué.
33:45Nous, on a des députés, des sénateurs qui consomment allègrement.
33:49On a ce sénateur qui a essayé de droguer une de ses collègues
33:54pour abuser d'elle, probablement.
33:56Et ça passe très bien.
33:57Il n'est pas démissionnaire.
33:58Il faut quand même que ces gens-là sont toujours bénéficiaires
34:02de leur mandat de représentation nationale,
34:04ou députés, ou sénateurs.
34:06Ce qui est quand même fou.
34:07Oui, c'est fou.
34:08Fou.
34:08Ils ne mettent plus un pied à l'Assemblée nationale, au Parlement.
34:11Et il n'y a aucune procédure de destitution.
34:15Ce qui est quand même parfaitement anormal.
34:17Il ne faut pas hésiter à le dire.
34:19Ce n'est pas juste moralement.
34:20Ça ne pose pas juste un problème moral.
34:21Il est juste anormal, sidérant, que ces gens-là soient encore dépositaires d'un mandat populaire.
34:27Ils devraient remettre.
34:28S'ils ont un peu de cran, un peu de courage, droit dans leur botte,
34:32ils démissionnent de leur poste de représentant de la nation,
34:35soit députés, soit sénateurs, et ils se représentent.
34:38Pour voir.
34:39Mais on sait que ça circule.
34:42Et au Parlement, dans son ensemble.
34:44J'aurais aimé une opération XXL à l'Assemblée nationale.
34:47Ça m'aurait bien amusé.
34:48Vous imaginez ce spectacle de chien Renifleur à l'Assemblée nationale ?
34:52Je pense qu'ils auraient plus de succès que Rex.
34:53Oui, là, il n'y a pas de question de dose magique.
34:55Non, il n'y aurait pas besoin de dose magique.
34:58Vous avez quitté la police en 2018.
35:00C'est bien ça.
35:02Et donc, aujourd'hui, je suppose que vous continuez de regarder ça de plus ou moins près.
35:07Quand vous voyez des gamins de 14-15 ans qui sont sur des points de deal,
35:13qu'est-ce que vous en pensez ?
35:15Déjà, est-ce que c'était comme ça, déjà, de votre époque ?
35:17Est-ce que ça commençait si jeune ?
35:18Non.
35:19Ah oui, donc ça, c'est vraiment...
35:20Oui, c'est un phénomène récent parce qu'on a fait une guerre très efficace, d'ailleurs,
35:24contre les grandes têtes d'affiches, contre les gros caïds qui sont tombés, c'est vrai.
35:28Mais la nature a horreur du vide.
35:30Dès lors que vous laissez tomber...
35:31En fait, il n'y a plus de règlement de compte.
35:33Pourquoi ?
35:34Dans un certain laps de temps.
35:36Parce que ça signifie que quelqu'un a pris la main.
35:38On va être clair.
35:38Quand il n'y a plus de règlement de compte pendant une période donnée, dans une ville,
35:43dans une cité, c'est que quelqu'un a pris la main.
35:45Il y a un caïd qui a imposé sa loi.
35:47Très clairement.
35:48Et ce qui s'est passé, c'est lorsque des grandes têtes d'affiches ont été soit descendues,
35:54soit arrêtées, eh bien, ça s'est décliné vers le bas.
35:58Les petits caïds veulent être vizirs à la place du vizir.
36:03Et donc, se font la guerre entre eux.
36:05Tout simplement.
36:06On se bagarre pour des marchés.
36:08Tout simplement.
36:08C'est du business.
36:09On se bagarre pour tenir tel hall d'immeuble, tel quartier.
36:13Donc, il y a une guerre qui s'installe.
36:15Une guerre d'influence.
36:16Et on se flingue allègrement.
36:18Le gros problème, c'est que plus ça se décline vers le bas,
36:22plus ça veut dire que le marché est devenu anarchique.
36:24Et qu'on ne maîtrise plus rien.
36:25Que quand vous avez des gamins de 14 ans qui se promènent avec des kalachnikovs,
36:30ou aujourd'hui avec des fusils mitrailleurs américains,
36:32parce que ça nous arrive via le marché noir d'Ukraine,
36:35c'est qu'il y a un souci.
36:36C'est que plus personne ne tient le haut du pavé.
36:38Et qu'il n'y a plus de loi du milieu.
36:40Alors, quand je dis du milieu, je ne parle pas de code d'honneur.
36:42Je parle simplement qu'il y a une tête d'affiche qui tient le réseau,
36:46qui gère ça d'une main de fer, et qui impose sa loi.
36:49À partir du moment où il y a trop de meurtres,
36:51et que vraiment, on a des gamins armés,
36:53c'est que malheureusement, on n'a pas quelqu'un
36:55qui a une influence suffisante pour tenir le trafic.
36:58Ça peut paraître sidérant, ce que je suis en train de dire,
37:00mais il vaudrait presque mieux laisser monter en puissance
37:03des têtes d'affiches avec lesquelles on puisse avoir un lien,
37:06ce qui a existé dans l'histoire de la criminalité.
37:09Là encore, ce n'est pas du fantasme,
37:11ce n'est pas de la littérature.
37:12On savait à un moment donné à qui s'adresser,
37:14parce qu'il y avait des caïds.
37:16Et simplement, lorsque ces caïds ne sont plus là,
37:19la guerre des petits chefs commence et se développe.
37:21Cet pire empire, ça va en s'amplifiant ?
37:24Oui, parce que ça se conjugue avec un autre phénomène
37:26qui déborde le phénomène des stupes,
37:28qui est un phénomène vraiment sociologique.
37:30C'est-à-dire que tous ces gamins de cité,
37:31tous ces gamins de cité n'en respectent plus rien.
37:34Il n'y a plus d'échelle de valeur.
37:36Ils évoluent dans un monde qui est déconnecté du réel,
37:39déconnecté de ce que nous, nous avons connu.
37:41Pas vous, vous êtes trop jeunes,
37:43mais de ce que nous avons connu il y a 30 ou 40 ans en arrière,
37:46c'est-à-dire un monde où il y avait un État autoritaire et visible.
37:50Or, cet État s'est complètement désagrégé
37:52et ils ne représentent plus rien à leurs yeux.
37:55Pour eux, l'État, c'est leur cité.
37:57Leur société, c'est la leur, c'est leur groupe communautaire,
38:00avec leur valeur, parfois importée de l'extérieur.
38:03Et donc, pour eux, tout ce qui est police, justice,
38:06est vécu comme un adversaire,
38:07pas comme une autorité,
38:09mais comme presque un concurrent de leur autorité.
38:12Il n'y a pas de zone de non-droit en France,
38:14contrairement à ce qui est dit.
38:15Il y a les zones d'un autre droit,
38:17avec une autre économie.
38:19Et cette économie, elle est alimentée notamment par les stupes.
38:21Aussi, par de la prostitution, dans un autre registre.
38:25Mais tout ce petit monde,
38:27c'est recréé un monde à eux,
38:29avec des codes sociaux,
38:30avec une justice à eux.
38:32Et ces justices,
38:33sa partie la plus visible,
38:34c'est parfois des exécutions,
38:35parce que la peine de mort existe chez les voyous.
38:37On va dire qu'on se met à la place de ces enfants,
38:39de se dire qu'ils peuvent gagner 3000 euros par mois,
38:42rien qu'en faisant les...
38:43Par mois ?
38:43Par semaine ?
38:44Oui, par semaine.
38:45Alors, on ne peut pas...
38:47Enfin, c'est compliqué de les convaincre
38:49de trouver un emploi légal.
38:52Ce n'est pas que c'est difficile,
38:54c'est que c'est impossible.
38:55Ah oui.
38:55C'est-à-dire qu'ils sont rentrés dans une telle dynamique
38:57de la transgression,
38:59d'une vie en parallèle,
39:00que vous ne pourrez jamais
39:01les faire bosser sur quelque chose,
39:04un emploi classique, traditionnel.
39:06Quelqu'un qui a gagné des milliers d'euros
39:07à faire le chouf,
39:08ou en tout cas quelques centaines d'euros
39:10à faire le chouf,
39:10vous allez lui expliquer
39:11qu'il faut travailler pour 900 euros
39:13ou 800 euros
39:14comme apprenti quelque part
39:16et puis s'inscrire
39:17dans une dynamique professionnelle
39:18commencée par le SMIC.
39:19Non, mais attendez,
39:20il faut...
39:21Ça n'a pas de sens.
39:22Et puis l'exemple vient d'en haut.
39:24Quand vous avez tout un État
39:25qui fonctionne avec une forme
39:26de culte de la transgression,
39:28j'en reviens aux exemples
39:29de consommateurs
39:30de la part de députés
39:31ou de sénateurs
39:32et d'hommes politiques
39:33dans leur ensemble,
39:34comment voulez-vous
39:34que ces gens-là
39:35respectent quoi que ce soit ?
39:36Ou qu'ils aient envie
39:37d'aller travailler pour un patron
39:38sous l'autorité,
39:40je ne sais pas moi,
39:40d'un petit agent de maîtrise.
39:41Mais ça n'a pas de sens.
39:43Les types se sont baladés
39:43avec des pistolets automatiques,
39:45des pistolets mitrailleurs.
39:47Ils ont peut-être vu
39:47leurs copains se faire tuer
39:48ou peut-être qu'eux-mêmes
39:49ont participé
39:50à des règlements de comptes
39:51et vous allez leur demander
39:52de se plier à une hiérarchie,
39:54de se plier à un ordre moral.
39:55Ils vont vous rire au nez.
39:57D'ailleurs, ils vous rirent au nez.
39:58Ils nous rirent au nez.
39:59En fait, ils n'ont connu que ça.
40:01Pour eux, la vie légale,
40:03c'est quelque chose de parallèle.
40:05Ça n'existe même pas
40:06dans leur perception.
40:07Dans leur mode de pensée,
40:08ça n'existe pas.
40:09Et vous rajoutez à ça
40:10le fait que finalement,
40:11vivre dans la transgression,
40:12quelque part, c'est marrant.
40:14C'est ludique.
40:16Vous vivez comme un petit hors-la-loi,
40:17un petit caïd de cité.
40:20Donc, vous voulez quoi ?
40:21Qu'ils reprennent leurs études ?
40:22Mais ça n'a pas de...
40:23Il n'y a pas de perception intellectuelle
40:25pour eux par rapport à ça.
40:27Vous avez des gamins de 16-17 ans
40:28qui sont dans la transgression
40:30dès l'adolescence,
40:32qui ont quitté le circuit scolaire,
40:35qui conduisent des bagnoles,
40:37qui mènent une vie de caïd,
40:38alors qu'ils n'en sont pas.
40:40Mais c'est un monde parallèle, clairement.
40:42Pour les délinquants,
40:44le monde de la délinquance d'aujourd'hui,
40:45particulièrement de la petite délinquance,
40:47délinquance mineure,
40:48la loi ne signifie rien.
40:50Il ne passe pas un jour en prison,
40:52pas un.
40:53Et les centres d'éducation renforcés
40:54sont totalement insignifiants
40:55et insuffisants.
40:57Donc, on s'installe gentiment
40:59dans le monde de la délinquance.
41:01On vend du shit
41:01ou on vend de la cam
41:02parce que c'est le moyen le plus simple
41:05de gagner beaucoup d'argent.
41:07Monter au braquage,
41:08ça n'a plus d'intérêt
41:08parce que dans les banques,
41:09il n'y a plus d'argent.
41:10Braquer la petite épicerie locale,
41:12c'est souvent des gens
41:13que vous connaissez au quotidien.
41:15Donc, le moyen le plus simple,
41:16c'est encore de vendre du shit.
41:18Et ça se marche très bien
41:19parce qu'on délocalise la revente,
41:22on est très souple,
41:23on ubérise le trafic de stupes
41:25et on est complètement largué.
41:27Complètement.
41:28Oui, parce qu'en parallèle,
41:30la police ne suit pas
41:31ces changements constants
41:33et pourquoi ?
41:34Ils sont très, très rapides.
41:35Alors, moi, je ne dirais pas
41:36la police.
41:36Justement, c'est là
41:37où il y a un problème
41:38dans le débat.
41:39C'est qu'on place toujours
41:40le débat du trafic
41:41au niveau policier-justice.
41:43C'est politicien.
41:45C'est au niveau de la politique
41:46et de l'anticipation.
41:48Il n'y a pas eu d'anticipation
41:49sur cette évolution du trafic.
41:51Voilà.
41:51On considère que, finalement,
41:53la présence policière,
41:54on peut y substituer
41:56les caméras, par exemple.
41:57Ah, c'est très bien.
41:58C'est merveilleux, la caméra.
42:00Les drones.
42:01On met des drones.
42:02Mais enfin,
42:02sauf que ce n'est pas dissuasif.
42:04Non.
42:05La seule chose
42:05qui dissuade vraiment
42:06la criminalité de la rue
42:08du quotidien,
42:09c'est des policiers.
42:11Et pas systématiquement
42:12des policiers municipaux
42:13que moi, j'assimite
42:14dans bien des cas
42:14à des gardes champêtres.
42:16Mais on a supprimé
42:17un policier sur deux,
42:18des policiers de quartier.
42:19Et tout y a perdu.
42:20Tout.
42:21Le renseignement judiciaire,
42:23mais pas seulement
42:23le renseignement judiciaire,
42:24également le renseignement
42:25tout court.
42:26Parce que tous ces jeunes
42:27qui ont basculé
42:28à un moment donné
42:28dans le djihadisme
42:30sont passés au travers
42:31des mailles du filet.
42:32Parce que plus personne
42:32ne les connaissait.
42:33Petite question piège
42:34de la fin.
42:35Avec tout ce que vous avez vécu,
42:36est-ce qu'un jour
42:37vous avez consommé
42:38la drogue ?
42:39Non.
42:41Avec tout ce que vous avez vu,
42:42justement ?
42:42Justement.
42:43C'est le meilleur drogue de mède.
42:45Non, ça ne m'a jamais donné envie.
42:46Clairement.
42:47Clairement.
42:47Non.
42:48Non.
42:48Non.
42:49Ce n'est pas un truc
42:49qui m'a...
42:50Pourtant,
42:51on en a eu.
42:52On en a eu.
42:52On en est passés
42:54par les mains de la drogue.
42:55Voilà.
42:56Au bout de ces dix ans,
42:56vous avez décidé
42:57de partir des stups.
42:58C'était trop ?
42:59Oui.
42:59Quand mes enfants sont nés,
43:01je me suis dit
43:01qu'à un moment donné,
43:02il faut s'arrêter.
43:03Il faut s'arrêter
43:03parce que vous sentez
43:07qu'il faut décrocher de ça.
43:09C'est trop mal, ça.
43:10Vraiment.
43:11Pas physiquement,
43:12mais d'abord physiquement
43:14parce que c'est hyper fatigant
43:15que j'avais deux bébés
43:16et qu'il fallait s'occuper
43:17de mes bébés prioritairement.
43:19parce qu'il faut recadrer les choses,
43:24redevenir quelqu'un de normal.
43:26Redevenir tout simplement
43:27quelqu'un de normal
43:28avec des vraies valeurs,
43:30avec fréquenter des gens
43:32qui sont d'un autre univers.
43:34Mais pas les stups.
43:35Arrêtez d'avoir des indies
43:37qui soient des prostituées,
43:38des dealers,
43:38des consommateurs.
43:40Oui.
43:40Pouf.
43:41Soufflez.
43:42Si j'ai un conseil à donner
43:43à des jeunes flics,
43:45c'est éviter les stups.
43:46Même si vous avez envie
43:48de jouer au cowboy ou aux indiens.
43:49Ce qui était un peu
43:49mon challenge au départ,
43:52c'était de jouer à ça,
43:53d'avoir une vie trépidante,
43:54d'avoir une vie d'action,
43:55ce que j'ai eu pendant des années.
43:57C'est vrai.
43:58C'est excitant
43:59de faire des arrestations
44:00de gens dangereux.
44:03Ça peut paraître étrange
44:04de dire ça,
44:04mais oui, c'est excitant.
44:07Écoutez, merci beaucoup,
44:08Jean-Pierre,
44:08pour votre sincérité
44:09et pour ces anecdotes.
44:12D'ailleurs,
44:12on en a un petit peu parlé,
44:13mais vous êtes en train
44:15de préparer un livre.
44:16J'essaye.
44:17Oui, dans lequel
44:17vous pouvez nous en parler
44:19un petit peu.
44:19Vous allez parler de quoi dedans ?
44:20De tout.
44:22C'est-à-dire qu'on peut le dire,
44:24on a évoqué ma carrière
44:26lors de précédents entretiens.
44:28J'ai eu la chance
44:29pendant 34 ans
44:31de toucher un petit peu
44:32à tout,
44:33à la vulgaire criminelle,
44:35au banditisme,
44:36aux atteintes aux personnes,
44:37à l'agression sexuelle,
44:38les viols,
44:40au commissariat,
44:41certaines affaires
44:42qui ont été très médiatisées.
44:43on l'a évoqué grâce à vous
44:45dans le Nouveau Détective.
44:48Je vous remercie
44:48de m'avoir donné
44:49cette possibilité
44:50de développer
44:50ce que d'autres
44:52ont mis de côté,
44:53peut-être.
44:55L'affaire Dominique Aubry
44:56et la sœur de la page.
44:56Exactement,
44:57l'affaire Dominique Aubry,
44:57l'affaire de la pendule de Neuilly,
44:59il y en a beaucoup à faire.
45:00Il y en a beaucoup à faire.
45:02J'ai saisi votre message.
45:06Mais voilà,
45:06une vie,
45:08je ne sais même pas
45:09comment la qualifier,
45:11si c'est une vie de flic
45:12ou une vie d'homme
45:13qui a été dans la police.
45:14Je ne saurais pas trop
45:15comment la cerner
45:16parce que j'ai touché à tout.
45:18Et le fait d'avoir touché à tout
45:20d'abord me pose un problème
45:22parce que je ne sais pas
45:23par quel bout le prendre.
45:24Je n'aime pas beaucoup parler
45:25de raconter ma vie, mon œuvre.
45:28Je ne me sens pas
45:28assez légitime pour ça.
45:30Je suis quelqu'un
45:31qui a traversé une période,
45:32qui a connu une évolution
45:34de ce métier
45:35pendant 34 ans,
45:36c'est vrai,
45:37avec tous les avatars
45:38que la politique
45:39a pu nous imposer,
45:40nous infliger.
45:42Je pèse mes mots.
45:43Je dis nous infliger
45:44parce que ce métier
45:45souffre effectivement
45:46d'être utilisé abondamment
45:48de manière anormale
45:50par le politicien,
45:51par nos politiciens
45:52qui se servent
45:53de l'institution
45:54comme d'un tremplin
45:55professionnel.
45:57Et moi,
45:57je trouve ça assez lamentable.
45:59Voilà.
46:00Et notamment sur
46:01l'aspect stupéfiant
46:03parce qu'ils envoient
46:04des flics au carton,
46:05hommes et femmes,
46:06sans se poser la question
46:07des dégâts que ça pose
46:08dans leur vie privée,
46:09dans leur vie professionnelle
46:10et sans leur donner
46:11véritablement les moyens
46:12de cette lutte.
46:13Merci beaucoup.
46:14Merci d'être venu.
46:14Merci à vous.
46:15Merci de nous avoir partagé
46:16vos histoires.
46:18Merci à tous
46:18de nous avoir écoutés.
46:20Pensez à vous abonner
46:20pour ne manquer
46:21aucune interview.
46:22et à très bientôt
46:23sur la chaîne
46:23du Nouveau Détective.
46:24Sous-titrage Société Radio-Canada
46:26Sous-titrage Société Radio-Canada
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