Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 5 mois

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00L'Europe 1 soir week-end, 19h21, Stéphanie Demureux.
00:04On est toujours en compagnie de Gilles Boutin et Adrien Matou, mes débatteurs de la deuxième heure.
00:08On vient d'écouter Philippe Vigier, un proche de François Bayrou.
00:13C'est vrai que c'est frappant ce décalage entre ce député qui avait pourtant l'air d'avoir beaucoup d'idées
00:21et qui ne semble pas avoir finalement communiqué avec François Bayrou,
00:24qui a choisi sa méthode seule dans son couloir, Gilles Boutin.
00:28François Bayrou a fait comme il l'a toujours fait, manifestement.
00:31Il fait les choses à sa façon et ça se ressent même sur la communication de Matignon.
00:35D'habitude, vous avez des échanges assez fluides.
00:38Là, c'était toujours très compliqué lorsqu'il faut creuser un certain nombre de questions,
00:41notamment dans cette période où on ne parle que de budget, d'avoir des informations.
00:46Et c'était même le supplice pour les communicants parce que c'est la manière de François Bayrou de travailler.
00:53Et il a prolongé cette manière de travailler jusqu'au bout en ne prévenant personne.
00:57Et ce qui était bluffant, c'est qu'il a annoncé avoir recours à cet article pour réclamer la confiance des parlementaires
01:03sans avoir rien dealé, comme on dit, avec les autres partis.
01:09On le pensait sincèrement quand il l'a fait.
01:11On s'est dit qu'il a forcément eu des prises de parole avec le RN ou bien le PS.
01:15Mais non, rien du tout.
01:16Et François Bayrou, qu'on dit madré, qu'on dit habile, ne l'a absolument pas été.
01:23Et même dans cette période où il explique qu'il a voulu être dans le dialogue,
01:28il passe son temps à engueuler tout le monde, à leur dire qu'ils se sont mal comportés,
01:32que tout le monde est irresponsable.
01:33Comment voulez-vous attraper cette situation ?
01:35Je trouve que c'est un rendez-vous manqué.
01:37Oui, c'est ça, il y a un beau gâchis quand même.
01:40Il n'a rien fait pour améliorer les choses, c'est un beau raté.
01:44La semaine va être quand même à haut risque, demain la chute du gouvernement.
01:48Le 10 septembre, on a entendu Manon Aubry, ils ont envie de tout bloquer, c'est clair.
01:53Ce qui va peut-être entraver encore les petites entreprises, les commerces.
01:58Le 12 septembre, c'est la note de Fitch, avec peut-être une dégradation de la France.
02:04On sait ce que ça veut dire, des taux d'intérêt plus lourds.
02:07Pour notre pays, ça va se répercuter directement sur les Français,
02:10qui emprunteront plus cher, s'ils veulent acheter par exemple un logement.
02:14Adrien Matou, c'est un gâchis.
02:17Aujourd'hui, comment on s'en sort, surtout concrètement ?
02:20Si j'avais la réponse, je ne serais pas là.
02:23Sur le gâchis, ce qui est fou, c'est qu'il y a une dichotomie profonde
02:27entre l'identité politique de François Bayrou et son comportement à Matignon.
02:31Puisque François Bayrou, le fondateur et chef du Modem,
02:35il représente une doctrine, une sensibilité politique qui est assez peu présente en France,
02:42qui est la démocratie chrétienne, qui est une sensibilité de centre droit,
02:46qui prône le compromis, le dialogue, qui est beaucoup plus présente en Allemagne,
02:50par exemple, ou aux Pays-Bas.
02:51Et toute sa vie, il a prôné des mesures qui allaient en cohérence avec cette sensibilité politique.
03:01Donc il était pour la proportionnelle, il était pour un gouvernement plus parlementaire,
03:04où on fait des coalitions, où on discute.
03:06Donc c'était a priori l'homme idoine pour occuper ce poste à Matignon,
03:10sans majorité, où il faut aller voir les uns et les autres.
03:14Alors qu'est-ce qui s'est passé ?
03:15En fait, paradoxalement, François Bayrou est vraiment un homme de la Vème République,
03:21dans le mauvais sens du terme, c'est-à-dire qu'il a quand même été dans une gouvernance solitaire,
03:27où on apprend qu'il n'a même pas appelé les socialistes pendant l'été,
03:30alors qu'il était évident que les seuls, a priori, sur lesquels il pouvait compter pour ne pas sauter à l'automne,
03:36c'était les socialistes.
03:37Il met tout le monde devant le fait accompli, y compris ses propres ministres,
03:41avec cette annonce du vote de confiance.
03:42C'est assez étonnant quand même de voir que même celui qui se voulait le chantre
03:47d'un régime beaucoup plus parlementaire fait de compromis et de coalitions,
03:51s'est comporté comme un homme de la Vème République,
03:54et c'est ce qui va causer sa perte sans doute demain.
03:55C'est parce que je suis persuadé que François Bayrou a une telle estime de lui-même,
04:01et ça s'est transparé quelques jours seulement après qu'il réussisse à se faire nommer à Matignon,
04:06parce qu'il a été au forceps.
04:09La façon dont il nous expliquait sa vision de l'homme qui pourrait mettre tout le monde d'accord,
04:19la façon dont il en parlait, c'est que tout repose sur l'homme, sur la figure.
04:22Ce n'est pas tellement ce qu'il veut faire précisément, la méthode, c'est qu'il faut quelqu'un.
04:26Alors évidemment, on avait tous compris qu'il pensait très très fortement à lui,
04:30mais c'est surprenant effectivement pour quelqu'un qui se réclame de cette doctrine,
04:34et donc a priori d'une méthode, de dire en fait non, ça va reposer sur moi.
04:36Vous avez entendu Philippe Vigée qui disait, mais il avait même, à l'instar d'Emmanuel Macron,
04:41on s'en souvient, les voeux de fin d'année avec l'histoire du référendum, on l'attend toujours.
04:45Alors là, c'est Philippe de Villiers, vous l'avez vu dans les colonnes du JDD,
04:48qui appelle à un référendum sur l'immigration.
04:52Est-ce que la consultation des Français, ça ne serait pas une porte de sortie honorable,
04:58irrespectueuse des institutions aujourd'hui ?
05:00Pourquoi ne l'a-t-on pas utilisé ?
05:02C'était le moment, non, Adrien Matou ?
05:04Alors c'est une question qu'on a posée dans le numéro de Marianne, d'ailleurs, cette semaine.
05:07Ça pourrait faire partie des méthodes de gouvernement,
05:11contourner le blocage de l'Assemblée en passant par le référendum.
05:15Il y a plusieurs écueils quand même.
05:16La première, c'est qu'Emmanuel Macron a beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup
05:20promis des référendums pendant des années.
05:22Il y a un vraiment à côté, je vais en faire un, je vais en faire un.
05:24Il ne l'a jamais fait.
05:26Et on arrive à un moment où le rejet est tellement fort
05:29qu'il y a toujours une dimension plébiscitaire dans un référendum.
05:32Alors, on aurait tort de dire que les Français ne comprennent pas la question
05:35et ne votent que sur celui qui la pose.
05:37Mais de fait, si Emmanuel Macron engageait un référendum décisif aujourd'hui...
05:40Ah oui, mais bon, voilà, 1969, on était pané, mais c'est une manière de sortir
05:47finalement la tête haute et dans le respect des institutions, non ?
05:51Ceci dit, je suis d'accord avec vous, ceci dit, c'est quand même le président
05:54qui décide d'engager un référendum.
05:56On le voit mal, il se dirait une balle dans le pied à ce point.
05:58Et le deuxième écueil, c'est que toutes les questions ne peuvent pas être résolues
06:01par ça et notamment celles du budget.
06:02On ne soumet pas, a priori, un budget par référendum.
06:06Oui, et puis ils sauteraient en permanence.
06:07Les présidents, à chaque fois, ils faisaient comme le général de Gaulle
06:10et qu'ils remettaient en jeu leur mandat.
06:13Aujourd'hui, ce n'est absolument plus possible.
06:15Et je pense que la logique gaullienne ne fonctionnait que pour le général de Gaulle
06:18et aussi parce qu'il avait cette conscience des choses.
06:23Mais aujourd'hui, c'est inenvisageable.
06:25Et je pense qu'il serait irresponsable de la part d'un président de la République
06:28aujourd'hui de mettre son mandat dans la balance
06:30parce qu'il sauterait automatiquement.
06:33Donc, pourquoi pas recourir à des plébiscites à l'ancienne ?
06:38Oui, façon Napoléon III.
06:40Mais en plus de ça, c'est compliqué.
06:41On en a parlé aussi sur les questions de budget.
06:43Comment voulez-vous solliciter tous les Français
06:46sur des questions profondément techniques ?
06:48Ça me semble très ardu.
06:50On n'a pas parlé de Bruno Retailleau.
06:52Il nous reste quelques instants.
06:53Bruno Retailleau, alors là aussi, c'est la ligne de crête pour les LR.
06:57Entre Laurent Wauquiez, qui ne censurera pas les socialistes
07:01et qui laisse d'ailleurs les députés libres de leur vote
07:04et Bruno Retailleau qui a émis aujourd'hui des conditions
07:06avec des accords de gouvernement,
07:09conditions le régalien et le budget.
07:12Il joue gros aussi, Bruno Retailleau, dans cette séquence.
07:15C'est un autre rendez-vous manqué.
07:17On le verra bien.
07:19Pas encore.
07:19Lui joue gros, oui.
07:20C'est une question de timing.
07:22Le timing joue contre tout le monde.
07:25Ça vaut pour Laurent Wauquiez également.
07:27Il est dans une course, il est en retard depuis la dissolution.
07:30Laurent Wauquiez court après les autres en permanence.
07:32Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau, lui est passé devant.
07:36Si Bruno Retailleau devait quitter le gouvernement maintenant,
07:39on nous dit tous que ce serait très dangereux.
07:42Pour lui, qu'il va y perdre des points,
07:44que c'était sa rampe de lancement,
07:46ce n'est pas faux.
07:47Et en même temps, je pense qu'il a déjà capitalisé.
07:49Il peut penser à l'avenir relativement sereinement,
07:53je pense, même s'il doit quitter le gouvernement demain.
07:57Il ne faut pas s'inquiéter pour son avenir.
08:00Adrien Matou.
08:00On a quand même du mal à distinguer ce qui relève pour ces deux hommes
08:04de l'intérêt de la France et de l'intérêt pour leur propre personne.
08:07Parce qu'on a quand même l'impression que chacun
08:08essaie de défendre la position qui lui sied le mieux.
08:12Bruno Retailleau, son jeu, c'est de convaincre la droite
08:15qu'il n'existe nul salut en dehors de l'âge actuel,
08:17c'est-à-dire alliance entre le macronisme, le centre et LR.
08:21Laurent Wauquiez a à peu près tout l'inverse.
08:23Le problème pour eux qui va se poser,
08:25c'est que la marge pour le prochain Premier ministre
08:27sera a priori sur la gauche du macronisme
08:30avec les députés socialistes.
08:33Donc la question va être pour LR
08:35jusqu'où on accepte un Premier ministre
08:38et un programme qui penchent vers la gauche
08:40sans faire défection.
08:42Ça c'est non pour Bruno Retailleau,
08:44les socialistes, il l'a clairement dit.
08:46Oui, mais ça pourrait être par exemple
08:46une personnalité issue de la gauche du macronisme
08:49avec un projet d'économie
08:51qui pencherait un peu plus vers la gauche.
08:52Et la question, ça va être jusqu'où on va
08:54pour accepter que le gouvernement tient en fait.
08:57On aura chaque chose en son temps.
08:59Première étape demain,
08:59donc avec le vote de confiance,
09:02évidemment, toutes les équipes d'Europe 1 sont mobilisées.
09:05Sonia Mabrouk aura comme invité demain
09:07Sébastien Chenu pour la grande interview à 8h10.
09:10Merci à tous les deux, Gilles Boutin, Adrien Matou.
09:14Merci.
Commentaires

Recommandations