00:00Monsieur le Président, bonjour.
00:01Bonjour.
00:02Bonjour.
00:02Merci infiniment d'être au micro de France Inter.
00:05Vous êtes à Paris en ce moment, Alexander Schoub, pour une réunion de la coalition des volontaires pour soutenir l'Ukraine.
00:14Vous étiez à l'Élysée en présence de Volodymyr Zelensky.
00:18Qu'est-ce que vous retenez ? Quelle est la mesure la plus importante pour soutenir l'Ukraine encore et toujours ?
00:25Maintenant, il y a peut-être deux choses.
00:27Les premiers sont des garanties de sécurité.
00:31On a discuté dans la coalition et puis avec le Président Trump.
00:36Le Président Macron a fait un super travail parce qu'on a trouvé une solution.
00:41Et maintenant, on a décidé qu'il y a des garanties de sécurité militaires.
00:47Le deuxième est comment pousser Poutine vers la paix ?
00:51Parce qu'il ne comprend que le pouvoir.
00:54Donc, on avait beaucoup discuté des sanctions, des pressions financières, les autres choses.
01:01Donc, pour moi, cette réunion de coalition et puis cette réunion avec le Président Trump étaient un succès ici à Paris.
01:09Un succès ici à Paris.
01:11Mais quelle est cette solution ? Est-ce qu'on a vraiment l'espoir aujourd'hui d'accéder à un cessez-le-feu, à un accord de paix ?
01:20Est-ce qu'il y a quelque chose qui pourrait arrêter la Russie dans son agression contre l'Ukraine ?
01:27Oui, la Chine, je dis toujours parce que c'est la Chine qui, quand même, fait la plupart du financement de cette guerre pour la Russie avec, bon, l'énergie, c'est clair.
01:42Mais à notre expérience en Finlande, en frontière de 1300 kilomètres avec les Russes, on a eu une guerre avec eux une trentaine de fois pendant les années.
01:53C'est que les Russes, et surtout Poutine, ne comprennent que le pouvoir.
02:00Donc, il faut pousser, il faut donner la pression et la solution, la seule solution sont les sanctions.
02:07Mais enfin, à mon avis, il faut avoir deux étapes.
02:11La première, le cessez-le-feu.
02:13Oui.
02:13Et on essaie de trouver une solution, mais c'est très difficile.
02:16Et le deuxième, c'est le PMM.
02:18Mais Poutine ne veut pas.
02:20C'est le problème maintenant.
02:22Donc, il faut avoir...
02:22Il ne veut pas du cessez-le-feu ou il ne veut pas de la paix, M. le Président ?
02:27Les deux.
02:27Les deux.
02:28Parce que le but du président, la stratégie du président Poutine n'a pas changé.
02:33Il voulait bien prendre toutes les graines, il va détruire les graines et la souveraineté des graines.
02:38Donc, c'est le Poutine avec qui on travaille maintenant.
02:42Vous dites qu'il faut donc lui mettre la pression à Vladimir Poutine.
02:45Il y a des sanctions, un nouveau train de sanctions.
02:47Il y en a eu déjà beaucoup avant.
02:49Donc, vous avez besoin de l'aide de Donald Trump.
02:52Et vous avez, vous membres de la coalition, parlé à Donald Trump à l'issue de votre réunion.
02:57Est-ce que vous avez eu l'impression, vous qui le connaissez bien, qu'il était prêt à mettre cette pression avec vous ?
03:05Oui, mais je crois qu'on avait beaucoup parlé aussi de pression de Chine.
03:11Donc, on va continuer un peu la discussion avec les Américains.
03:16Comment faire ? Qu'est-ce qu'il faut faire ?
03:18Parce que le président Trump a un sentiment que c'est seulement lui qui fait la pression avec les tarifs de 50% ?
03:26Et il a posé la question, qu'est-ce que vous faites en Europe ?
03:29Et puis, c'est un peu une réponse qui était bien faite par le président de la commission, Ursula von der Leyen,
03:35qui travaille avec Trump sur cette question aussi.
03:37Mais vous comptez sur la Chine, qui aujourd'hui s'affiche à Pékin avec Vladimir Poutine,
03:43aux côtés de Vladimir Poutine et de Kim Jong-un, le dirigeant nord-coréen.
03:48C'était une démonstration de pouvoir.
03:52C'était un symbole d'un monde qui n'est pas un monde de l'Ouest, n'est-ce pas ?
03:58Qui n'est pas un monde d'institution internationale, ce qui n'est pas un monde de multilatéralisme.
04:04C'était la multipolarité.
04:08Et le président Trump, je crois qu'il a le dit publiquement aussi,
04:11que cette parade militaire était donnée sûrement, certainement seulement pour une personne, c'était lui.
04:20C'était évidemment ce qu'il fallait comprendre.
04:23Est-ce que vous avez le sentiment, en sortant de l'Élysée,
04:26de penser qu'un jour l'Ukraine pourra reconquérir les territoires qu'elle a perdus au profit des Russes ?
04:34Ce n'était pas la question aujourd'hui.
04:36Donc, c'est pour ça qu'on a deux étapes.
04:39On comprend un peu comment perdre les territoires,
04:44parce que la Finlande a perdu 10%.
04:46Il inclut les territoires où mon père et mes grands-pères sont nés.
04:51Mais ce n'était pas la question maintenant.
04:53Donc, la question maintenant était les garanties de sécurité et puis les sanctions.
04:59Si on a un cessez-de-fait, on peut commencer à discuter des territoires,
05:03mais c'est une question qui va être décidée seulement par Vladimir Selensky.
05:09Monsieur le Président, vous êtes apparu par effraction sur la scène internationale
05:14au moment d'une réunion au mois d'août au bureau Oval à Washington DC avec Donald Trump.
05:22Le monde vous a vu apparaître, vous a découvert à la fois comme personnalité
05:27et aussi le rôle que pouvait jouer la Finlande pour une solution à ce conflit.
05:33Comment est-ce que vous définiriez votre rôle aujourd'hui sur la scène internationale ?
05:38Est-ce que vous êtes un médiateur ?
05:40Est-ce que vous êtes celui qui explique les Russes à Donald Trump,
05:45qui leur dit arrêtez d'être naïf, Monsieur le Président Trump ?
05:50Quel est votre rôle ?
05:51Bon, je viens d'un petit pays qui a une expérience avec la Russie.
05:55Il ne faut pas inflater le rôle de président de la Finlande.
05:59Je suis peut-être un petit interprète.
06:03Ils sont des grands États membres qui font le leadership,
06:07comme Emmanuel Macron qui fait un travail énorme,
06:10comme le premier ministre Keir Starmer ou le chancelier Friedrich Merz.
06:15Et si je peux aider un peu avec Zelensky, avec Trump,
06:20mais mon ligne, c'est toujours d'être dans le back office européen.
06:24Il faut rappeler, Monsieur le Président Stoub,
06:27il faut rappeler aux Français que quand on est finlandais,
06:30quand on naît dès le plus jeune âge,
06:33on grandit avec la mémoire de la guerre contre l'URSS.
06:37On a besoin de ce détour par l'histoire
06:40pour comprendre l'actualité et votre présence à Paris.
06:44Il y a un très bon livre pour ça, sur la guerre de l'hiver.
06:48Exactement, les guerriers de l'hiver.
06:50Olivier Norek.
06:51Mais oui, il faut le lire.
06:53Il avait une phrase extraordinaire, Olivier Norek,
06:56dans un pays qui ne souhaitait que la paix, la Finlande,
07:00ça prenait aussi l'art de la guerre.
07:03Est-ce que c'est votre position à vous quand vous avez rejoint l'OTAN ?
07:09Ce pays pacifique qu'est la Finlande rejoint l'OTAN,
07:13s'arme, se prépare à faire la guerre, un jour, contre la Russie.
07:19Nous sommes des réalistes.
07:21Ça veut dire que nous sommes toujours préparés.
07:25Après la guerre froide, on a continué d'augmenter notre militaire.
07:30On a quand même plus de 900 000 personnes qui ont fait un service militaire,
07:35moi inclus, mon fils aussi.
07:38On a 290 qu'on peut utiliser dans notre réserve.
07:45On a plus de 60 F-18.
07:49On a acheté 64 F-35.
07:53On a une artillerie qui est la plus grande en Europe.
07:56Et on n'a pas ça parce qu'on a peur de Stockholm, non ?
07:59Non, mais vous avez des armes américaines.
08:01Mais oui, on a beaucoup d'armes américaines, inclut des jasmes.
08:05Effectivement, vous avez augmenté votre budget pour la défense.
08:09Vous avez aussi distribué un guide de survie aux citoyens finlandais
08:13pour qu'ils sachent comment réagir.
08:15Je crois que c'était plutôt la Suède, parce qu'on est toujours...
08:17On sait comment le faire.
08:19Vous savez déjà.
08:20En tout cas, est-ce que vous avez l'impression que nous,
08:23qui sommes plus à l'ouest, plus loin de la Russie,
08:26nous sous-estimons cette menace russe ?
08:29Oui et non.
08:31Oui, parce que nous sommes très unis.
08:33Tout le monde comprend pourquoi, qu'est-ce qu'on fait des choses.
08:37Bon, on a vu, par exemple, les Ukrainiens utiliser les drones
08:40plus que 5 000 kilomètres.
08:43Donc, c'est pas loin, Paris, de Moscou.
08:45Mais non, parce que c'est pas une réalité chez vous.
08:49C'est une réalité chez nous, mais nous sommes unis dans l'Union européenne
08:52et nous sommes unis dans l'OTAN.
08:54Donc, c'est pour ça que je suis ici, comme président de la Finlande,
08:58qui travaille très, très proche du président de la France.
09:01Et si on revient, justement, à l'issue de cette réunion,
09:05à l'issue de la réunion, le président Emmanuel Macron a dit
09:07que 26 pays étaient prêts à être présents sur le sol,
09:12en Ukraine, en mer ou dans les airs.
09:14La Finlande en fait partie ?
09:15On va participer, c'est sûr et certain.
09:18Mais c'est toujours une décision politique.
09:20À mon avis, on peut le faire.
09:23Il y a à peu près 50 différentes façons de le faire.
09:26Mais la Finlande va participer dans une forme ou l'autre.
09:30Vous pouvez nous donner des précisions ?
09:32Est-ce que vous seriez prêt à engager des troupes combattantes ?
09:35Non, je ne peux pas, parce que c'est une décision politique
09:38qu'ils ont fait en Finlande, dans un bon moment.
09:42La média finlandais a posé exactement la même question.
09:45Donc, je ne peux pas donner vous une réponse.
09:47Excusez-moi.
09:48Vous n'avez pas à vous excuser.
09:50L'avenir, nul ne sait de quoi il sera fait.
09:53Mais, M. le Président, il y a le mot que vous avez prononcé,
09:57d'unité.
09:57D'unité, et c'est une question qui est au cœur d'un livre
10:01que vous avez écrit sur le triangle du pouvoir.
10:04L'Ouest, est-ce que ça existe vraiment ?
10:08Lorsqu'on voit au sein de l'Union européenne des pays comme la Hongrie,
10:12votre homologue Victor Orban, par exemple,
10:15qui, lui, est sur la ligne de Vladimir Poutine,
10:19cette unité, il n'y a pas de consensus véritablement entre les 27 ?
10:24Pas dans les 27, c'est clair, avec les pays comme l'Hongrie ou la Slovaquie,
10:29qui ont une ligne complètement différente.
10:31Mais l'Ouest, pour moi, c'est à peu près 50 pays qui sont des démocraties,
10:37donc, incluent Japon, Australie et les autres.
10:40Il faut continuer de travailler sur la base des valeurs,
10:44comme la démocratie, le droit fondamental,
10:48et les autres, et continuer de travailler ensemble.
10:50Et à mon avis, nous sommes dans une phase des relations internationales
10:55où l'ordre est en train de changer.
10:58Ça veut dire moins de multilatéralisme, plus de multipolarité.
11:05Et si on veut bien gagner ce petit changement d'ordre,
11:09il faut travailler avec la Sud,
11:11comme les pays comme l'Inde ou les pays comme l'Afrique du Sud.
11:15Mais comment convaincre un homme comme Donald Trump,
11:18dont on sait que vous êtes proche,
11:20notamment parce que vous jouez au golf et qu'on a le temps de parler le long d'un parcours,
11:25mais comment est-ce que vous lui dites qu'il faut qu'il rejoigne le concert des nations,
11:31qu'il ne peut pas en rester à « America first », l'Amérique d'abord ?
11:35Ce n'est pas facile.
11:36J'ai été vachement honnête, ce n'est pas facile du tout.
11:39Pourquoi ?
11:40C'est parce que la politique des relations internationales de Donald Trump est très transactionaliste.
11:46Mais j'essaie de parler avec lui franchement,
11:50et je dis toujours qu'il faut avoir des amis, il faut avoir des alliés.
11:56Ce que vous avez vu à Pékin cette semaine,
12:00ce n'est pas un mot qui est dirigé par vous, monsieur le président.
12:03Mais si vous êtes ensemble avec nous, les Européens, les autres démocraties,
12:07bon, on va gagner.
12:09Alors la Russie a déjà averti ce jeudi qu'elle refusait de discuter
12:13d'une quelconque intervention étrangère en Ukraine, quelle que soit sa forme.
12:18Et il y a eu la réponse du secrétaire général de l'OTAN,
12:21qui a dit clairement que ce n'était pas à Moscou de décider.
12:25Est-ce que l'espoir est encore permis,
12:27puisque l'objectif c'est de mettre Vladimir Poutine autour d'une table de discussion ?
12:31Oui. À mon avis, il y a trois pilières pour un État.
12:38Le premier, c'est l'indépendance.
12:40Le deuxième, c'est le territoire.
12:43Le troisième, c'est la souveraineté.
12:46Et il ne faut pas toucher à la souveraineté de l'Ukrainien.
12:50C'est à eux de décider s'ils voulaient bien être dans l'Union européenne ou dans l'OTAN.
12:54Et c'est la question de plus importante dans cette guerre.
12:57Quelques dernières questions pour finir rapidement, M. le Président.
13:01Et merci du temps que vous nous accordez.
13:03Qu'est-ce qu'il y a dans la tête d'un Finlandais aujourd'hui ?
13:06Qu'est-ce qui domine comme sentiment ?
13:08Il faut rappeler que votre capitale, Helsinki,
13:11elle est à quelques dizaines de kilomètres seulement de Saint-Pétersbourg.
13:15Est-ce que c'est un pays qui aujourd'hui se sent protégé par l'OTAN et ses alliés ?
13:21Ou est-ce qu'un Finlandais grandit, vit avec la peur, la peur du Russe ?
13:26Non, pas du tout.
13:27Dans la tête de la Finlande, c'est la calme.
13:30On est très calme, on est bien collecté dans la situation.
13:34Et nous, on donne la sécurité pour l'OTAN.
13:38On ne prend pas.
13:39C'est pour ça qu'on a un des plus grands militaires en Europe maintenant.
13:42Et je peux être aussi direct parce que je suis le chef d'État.
13:47Je suis la seule personne qui a une possibilité de voir toute l'information cruciale.
13:54Et moi, je dors bien. Pas de problème.
13:55Quels sont les scénarios possibles aujourd'hui ?
13:58Vladimir Poutine dit « oui, je vais discuter » ou bien quoi ?
14:01Ou bien quoi ?
14:03On va continuer la guerre, malheureusement.
14:05Et c'est ce qu'on essaie d'éviter.
14:08Et nous voulons bien fermer ce chapitre tragique dans l'histoire de l'Europe.
14:13Mais on a les moyens financiers de cette guerre.
14:15Oui, ce sont des sanctions, par exemple.
14:18Dernière question, monsieur le Président.
14:20Vous aimez la France ?
14:21Mais oui.
14:22Oui ?
14:23Qu'est-ce que ce pays représente pour vous, Finlandais, qui est à l'autre bout de l'Union européenne ?
14:27L'histoire, culture, l'amour, les restaurants.
14:33Moi, j'étais ici à Paris.
14:34J'étudie un peu dans la Sorbonne.
14:37On fait beaucoup de nos vacances ici.
14:39On a beaucoup d'amis aussi.
14:41Ma femme parle français.
14:42Pas comme moi, je parle comme voix espagnole.
14:45Vous parlez parfaitement.
14:46Elle parle très bien.
14:47Mes enfants parlent français.
14:48Donc, on aime bien la France.
14:50C'est clair.
14:51Et c'est bien parce que dans le système alphabétique, c'est la Finlande et la France.
14:55Toujours un côté et l'autre.
14:57Donc, je suis content.
14:58Je suis toujours là avec Emmanuel Macron.
15:01Merci infiniment, Alexander Stoub, de nous avoir reçus ici, dans ce territoire finlandais,
15:08en plein cœur de Paris, à l'ambassade de Finlande.
15:11Merci beaucoup de m'avoir.
15:12Très bon séjour à Paris.
15:14Merci beaucoup.
15:15J'ai oublié une chose.
15:16La Tour de France, la plus importante.
15:19Et ça, c'est essentiel.
15:20Le maillot jaune, évidemment.
15:22Merci.
15:22Merci.
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